Ce que dit réellement le règlement 24-04
Le règlement n° 24-04, émis le 13 octobre 2024 par le Gouverneur de la Banque d’Algérie, définit les conditions spécifiques d’« autorisation de constitution, d’agrément et d’exercice » des activités de banque digitale. C’est le premier texte du droit bancaire algérien qui envisage une banque entièrement digitale comme une catégorie de licence distincte — et non comme un canal numérique d’une institution physique existante.
Selon l’analyse d’Algeria Invest, le règlement fixe un périmètre délibérément strict. Une banque digitale doit (a) exercer ses activités exclusivement dans l’environnement digital, (b) maintenir son siège administratif en Algérie, et (c) héberger sa plateforme digitale en Algérie. L’établissement de succursales de banques digitales étrangères n’est pas autorisé. Les exigences de présence locale sont intentionnelles : le régulateur veut des entités régulées, pas des wrappers d’API opérés depuis l’étranger.
Le règlement s’inscrit au-dessus de la loi 23-09 du 21 juin 2023 (loi monétaire et bancaire), texte chapeau. Ensemble, les deux donnent à la Banque d’Algérie une boîte à outils complète pour autoriser, superviser et au besoin retirer l’agrément d’une banque digitale — les mêmes pouvoirs de supervision qu’elle exerce déjà sur les établissements de crédit conventionnels.
Le parcours d’agrément en deux étapes
Une demande d’agrément sous le règlement 24-04 est un processus séquencé, non un dépôt unique. Les équipes conformité doivent prévoir deux soumissions distinctes, séparées par un délai pouvant atteindre 12 mois.
Étape 1 — Autorisation de constitution. Le demandeur soumet une demande au Président du Conseil de la Monnaie et du Crédit. Le dossier doit comprendre une présentation du projet, une étude technico-économique, les statuts juridiques, les procédures de contrôle interne et de gestion des risques, ainsi que des mesures spécifiques de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Le Conseil délivre une autorisation formelle de constitution.
Étape 2 — Agrément. Une fois l’autorisation obtenue, le demandeur dispose de 12 mois pour solliciter l’agrément complet auprès du Gouverneur de la Banque d’Algérie. L’agrément est ce qui permet à la banque d’ouvrir effectivement ses portes et d’accueillir des clients. Manquer la fenêtre des 12 mois signifie revenir à l’étape 1.
La règle d’actionnariat est la contrainte la plus importante autour de la table fondatrice : au moins 30 % du capital de la banque doit être détenu par une banque algérienne établie disposant d’une expertise en banque en ligne. Cela écarte de fait le neobank fintech-only à l’européenne — toute banque digitale algérienne a besoin d’un partenaire bancaire historique au cap-table dès le premier jour.
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La place de la stratégie fintech 2024-2030
Le règlement 24-04 ne vit pas en vase clos. C’est une composante de la stratégie fintech 2024-2030, qui inclut aussi le règlement PSP (instruction 06-2025), l’adhésion au PAPSS et le sandbox réglementaire prévu.
Selon l’annonce de la Banque d’Algérie relayée par Afreximbank, l’Algérie est devenue en 2025 le 18ᵉ pays à rejoindre le Pan-African Payment and Settlement System — un mouvement qui ouvre des rails de paiement transfrontaliers entre les banques algériennes et le reste de la zone ZLECAf sans passer par la correspondance bancaire en USD ou EUR. Pour les candidats à un agrément de banque digitale, l’adhésion au PAPSS est un déblocage stratégique : une licence sous le règlement 24-04 + connectivité PAPSS = une offre transfrontalière sérieuse dès le lancement.
Côté prestataires de services de paiement, l’instruction 06-2025 fixe un capital minimum de 160 millions DZD (environ 1,2 million USD) pour les sociétés enregistrées comme PSP. Les particuliers ne peuvent pas devenir PSP — seules les sociétés. Le sandbox réglementaire vise une pleine opération en 2026 pour permettre à au moins 20 startups fintech par an de tester leurs innovations sous supervision, selon le calendrier publié de la Phase 1 de la stratégie fintech 2024-2030.
Ce que doivent préparer fondateurs et banques en place
Construire une banque digitale en Algérie est un exercice pluriannuel et capitalistique qui mêle droit bancaire, architecture IT, programmes AML et négociations partenariales. La bonne préparation aujourd’hui détermine si une demande de 2026 passe, reste bloquée en correction ou n’est jamais soumise.
1. Verrouillez le partenaire bancaire algérien avant de rédiger le dossier
La règle des 30 % de détention par une banque algérienne n’est pas négociable. Les fondateurs qui se présentent au Conseil de la Monnaie avec un cap-table offshore et un « nous trouverons un partenaire » perdent la salle. Avant de dépenser pour des consultants juridiques et IT, signez un term sheet non contraignant avec au moins une banque partenaire algérienne couvrant (a) la prise de capital, (b) la représentation au gouvernance, (c) l’appui opérationnel pendant la fenêtre de 12 mois, et (d) un chemin d’expansion en cas de sortie du partenaire. Les banques en place ont du levier ici, mais elles ont aussi un intérêt à participer — le règlement 24-04 a clairement été rédigé pour les garder dans l’histoire bancaire digitale plutôt que à côté.
2. Concevez l’étude technico-économique autour de la contrainte d’hébergement local
L’exigence « plateforme hébergée en Algérie » remodèle la pile technologique. Une architecture cloud-native standard déployée sur AWS Frankfurt ou Google Cloud Paris ne respecte pas la règle. L’étude technico-économique doit montrer concrètement où la plateforme de production tournera — cloud souverain (data center d’Algérie Télécom, futur cloud national), on-premises dans un site algérien certifié Tier-III ou hybride. Construisez les projections de coût pour la colocation algérienne, l’énergie et la climatisation, et la duplication PRA en Algérie. Les fondateurs qui sous-estiment cette ligne se retrouvent avec un dossier qui échoue à la revue technique.
3. Traitez l’AML/CFT comme un volet à part entière, pas comme une section
Des mesures AML/CFT spécifiques sont explicitement requises dans le dossier d’étape 1 — ce n’est pas un renvoi de bas de page. Le droit algérien applique le cadre aligné FATF via plusieurs textes, et le Conseil attend de voir des outils concrets : flux de due-diligence client pour l’onboarding digital, règles de monitoring transactionnel, workflows de déclaration de soupçon, screening des sanctions, et un compliance officer nommé. Beaucoup de fondateurs fintech essaient d’expédier un chapitre AML mince et de gonfler la section technologique. Cela se voit. Embauchez l’expertise AML tôt — le coût d’erreur post-agrément est la suspension de licence.
4. Planifiez la fenêtre des 12 mois de manière opérationnelle
Les 12 mois entre l’autorisation d’étape 1 et l’agrément d’étape 2 ne sont pas du temps mort. C’est la phase de construction : développement de la plateforme, recrutement de l’équipe opérationnelle, finalisation des contrats fournisseurs, achèvement des tests de pénétration et répétitions générales des parcours client. Un candidat banque digitale qui traite ces 12 mois comme une file d’attente plutôt qu’une fenêtre de construction arrive à l’étape 2 avec un bureau vide et aucun produit fonctionnel. L’agrément du Gouverneur exige une démonstration de l’état opérationnel — front office, back office, trésorerie, KYC, monitoring des transactions, support client — pas seulement un deck.
La place dans l’écosystème bancaire algérien de 2026
Le règlement 24-04 est la modernisation bancaire algérienne la plus ambitieuse en deux décennies. Bien exécuté, il produit une génération de banques digitales algériennes capables de rivaliser sur l’expérience client avec les acteurs régionaux. Mal exécuté, il produit un cimetière réglementaire de demandes bloquées et une communauté fintech frustrée.
Le chemin réaliste pour 2026 est incrémental. La première vague d’agréments ira très probablement à des dossiers portés par des banques en place : une grande banque commerciale algérienne prend la tête, fait entrer un partenaire opérationnel fintech, et utilise le nouveau règlement pour lancer une filiale digitale qui va concurrencer le segment sous-bancarisé. Les dossiers purement fintech ne suivront qu’une fois le premier cycle ayant prouvé que le parcours d’agrément est exécutable.
Pour les fondateurs qui ne visent pas directement une licence bancaire, la voie PSP de l’instruction 06-2025 et le sandbox réglementaire à venir sont les portes d’entrée 2026 plus accessibles. Le statut PSP permet l’acquiring, les wallets, l’initiation de paiement et plusieurs services adjacents sans le poids bilanciel d’une licence bancaire — et le sandbox est conçu pour tester les produits avant de s’engager sur une catégorie de licence. Le bon séquencement pour beaucoup d’équipes est sandbox → PSP → banque digitale, sur un horizon de 3 à 5 ans, plutôt que banque digitale dès le premier jour.
Questions Fréquemment Posées
Que demande réellement le règlement 24-04 de la Banque d’Algérie ?
Le règlement 24-04 du 13 octobre 2024 fixe les conditions d’agrément d’une banque entièrement digitale en Algérie. Les candidats doivent maintenir leur siège administratif en Algérie, héberger la plateforme digitale en Algérie, et au moins 30 % du capital doivent être détenus par une banque algérienne établie disposant d’une expertise en banque en ligne. Le processus de licence comporte deux étapes : autorisation de constitution par le Conseil de la Monnaie et du Crédit, suivie dans les 12 mois par l’agrément complet du Gouverneur de la Banque d’Algérie.
Comment le règlement 24-04 s’inscrit-il dans la stratégie fintech 2024-2030 ?
Le règlement 24-04 est une composante d’une pile coordonnée qui inclut aussi la loi 23-09 du 21 juin 2023 (loi monétaire et bancaire), l’instruction 06-2025 régissant les PSP avec un capital minimum de 160 millions DZD, l’adhésion de la Banque d’Algérie au PAPSS en 2025, et un sandbox réglementaire prévu pour 2026. L’objectif global est de porter 50 % des transactions au sans-cash d’ici 2030.
Un fondateur fintech peut-il demander un agrément de banque digitale sans partenaire bancaire algérien ?
Non. L’exigence des 30 % de détention par une banque algérienne est structurelle et non négociable. Les fondateurs doivent obtenir un term sheet non contraignant avec au moins une banque algérienne établie disposant d’expertise en banque en ligne avant de soumettre le dossier d’étape 1. Sans ce partenaire au cap-table dès le tour fondateur, la demande n’avancera pas.
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Sources et lectures complémentaires
- Digital Banks in Algeria: A Study of Bank of Algeria Regulation 24/04 — Journal of Human Sciences
- Introduction au règlement 24-04 du 13 octobre 2024 — Algeria Invest
- Algeria’s Fintech Ecosystem in 2026 by Building Momentum — The Fintech Times
- Bank of Algeria joins PAPSS Network — African Export-Import Bank
- Algeria Launches First Fintech Regulation for PSPs — Startup Researcher















