Ce que la décision des trois institutions change concrètement
Pendant la majeure partie de l’histoire des startups algériennes, la Bourse des Valeurs d’Alger était sans pertinence pour les fondateurs en phase de démarrage. L’introduction en Bourse impliquait une maturité juridique, des états financiers audités, des obligations de transparence et — surtout — une superposition de frais à chaque étape : enregistrement auprès de la COSOB, visa réglementaire sur les documents d’information, admission à la liste officielle, et frais courants de conservation et de règlement via Algérie Clearing. Ces coûts plaçaient le financement par le marché public résolument dans le domaine des PME matures et des émetteurs d’obligations corporate, et non des fondateurs développant des logiciels, des solutions logistiques ou des edtech.
La décision conjointe adoptée début 2026 et applicable à compter du 1er février 2026 rompt avec cette logique. Trois autorités de régulation — la COSOB (Commission d’Organisation et de Surveillance des Opérations de Bourse), Algérie Clearing et la Bourse des Valeurs d’Alger — se sont coordonnées pour dispenser une startup de l’ensemble des frais qu’elle paierait normalement lors d’une levée de fonds sur le segment Growth :
- Frais de visa réglementaire de la COSOB sur le prospectus ou le document d’information
- Droits d’admission à la liste officielle des cours
- Frais d’inscription boursière payables à la BVA
- Frais de conservation, de règlement-livraison et de gestion des titres payables à Algérie Clearing
La dispense s’applique jusqu’au 31 décembre 2028, ouvrant une fenêtre de 34 mois pendant laquelle la barrière à l’entrée par les coûts est structurellement supprimée. Le plafond de capital par tour est fixé à 500 millions DZD — soit environ 3,8 millions USD au taux actuel — ce qui couvre la tranche de pré-Série A la plus souvent recherchée par les startups algériennes labellisées.
Cette décision complète deux véhicules existants sans s’y substituer : le Fonds de Soutien à la Nouvelle Startup (FSN), qui offre des instruments de subvention et de prêt non dilutifs, et le cadre de financement participatif en actions de la COSOB introduit par le Règlement 24-02, qui ouvre la participation des particuliers via des portails agréés pour des montants plus faibles.
Qui est éligible et ce qu’exige le segment Growth
La dispense de frais est réservée aux entreprises détenant le label officiel « Startup » délivré par le comité Startup Algeria relevant du Ministère de l’Économie de la Connaissance et des Startups. Le label n’est pas automatique — il exige la démonstration d’un produit ou service innovant, d’une entité juridique algérienne enregistrée et d’une détention algérienne d’au moins 51 %. Début 2026, plus de 4 000 entreprises détiennent ce label (l’objectif gouvernemental pour 2029 est de 20 000 startups labellisées), constituant le vivier éligible au segment Growth de la BVA.
Le segment Growth a des exigences d’admission inférieures à celles du marché réglementé principal : aucune capitalisation boursière minimale, un document d’information simplifié plutôt qu’un prospectus complet, et des obligations de transparence continue allégées. Cependant, les entreprises doivent tout de même remplir des prérequis de gouvernance de base :
- Au moins deux années d’états financiers audités
- Un commissaire aux comptes indépendant enregistré
- Une description claire du modèle économique, des facteurs de risque et de l’utilisation des fonds levés
- Un intermédiaire teneur de marché désigné (un courtier-négociateur agréé par la COSOB)
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Ce que cela signifie pour les fondateurs de startups algériennes
1. Réalisez l’analyse coût-bénéfice avant de choisir le FSN ou la voie FCPR
La dispense de frais supprime le principal frein — le coût — qui rendait la Bourse sans intérêt pour les startups. Mais le segment Growth de la BVA exige toujours des états financiers audités et un intermédiaire agréé. Les fondateurs doivent comparer le coût total du capital entre trois canaux : le FSN (non dilutif mais plafonné et processus lourd), les portails de financement participatif en actions de la COSOB (participation des particuliers mais plafond de 50 millions DZD par campagne), et le segment Growth de la BVA (jusqu’à 500 millions DZD, visibilité institutionnelle, mais charge de transparence plus élevée). Pour les startups ayant dépassé leur première étape de validation du marché avec deux années de comptes, la voie Growth présente désormais un avantage réel de coût pendant la fenêtre 2026-2028.
2. Obtenez ou renouvelez le label Startup avant la fermeture de la fenêtre
La dispense est conditionnée à la détention d’un label valide au moment de la demande. Le label doit être renouvelé tous les trois ans. Les fondateurs qui ont laissé leur label expirer — notamment ceux qui l’ont obtenu en 2022 ou 2023 et ne l’ont pas encore renouvelé — ne pourront pas bénéficier des conditions de dispense. Le comité Startup Algeria gère les renouvellements via le même portail en ligne que les demandes initiales. Prévoyez au moins 30 jours pour que le comité traite un renouvellement avant toute démarche auprès de la Bourse.
3. Préparez les états financiers maintenant, pas au moment de la levée de fonds
L’exigence de deux années d’états financiers audités est le blocage le plus fréquent pour les fondateurs qui approchent le segment Growth. Beaucoup de startups labellisées — en particulier celles constituées en 2023-2024 sous la forme juridique simplifiée SAS — n’ont pas désigné de commissaire aux comptes indépendant car cela n’était pas auparavant exigé par leur structure de gouvernance. Le coût de l’audit rétroactif de deux années de comptes est nettement plus élevé que des audits annuels continus. Les fondateurs qui envisagent une levée sur la Bourse en 2027 ou 2028 doivent désigner un commissaire aux comptes enregistré maintenant et s’assurer que les comptes des exercices 2025 et 2026 sont formellement audités avant la fermeture de la fenêtre de dispense.
4. Engagez un intermédiaire agréé tôt dans le processus
Le segment Growth exige un intermédiaire teneur de marché désigné — l’un des courtiers-négociateurs enregistrés auprès de la COSOB. En 2026, le nombre d’intermédiaires agréés en Algérie équipés pour conseiller sur les offres Growth est limité. La demande augmentera à mesure que la fenêtre de dispense deviendra plus connue. Les fondateurs qui engagent un intermédiaire douze mois avant leur date de lancement prévue bénéficieront d’un meilleur accès aux capacités, d’une meilleure tarification des honoraires d’intermédiaire (non couverts par la dispense) et d’un document d’information mieux organisé.
La vision d’ensemble : l’approfondissement du marché des capitaux comme instrument de politique
La dispense de frais n’est pas une mesure isolée. Elle s’inscrit dans une séquence plus large de décisions réglementaires visant à approfondir les marchés de capitaux algériens en tant que canal de financement de l’économie productive. Le véhicule FCPR (Règlement COSOB 24-02) a créé l’enveloppe de capital-risque institutionnel. Le cadre de financement participatif en actions a ouvert la participation des particuliers pour des montants plus modestes. La dispense de frais sur le segment Growth de la BVA offre désormais un pont vers le marché public pour les entreprises assez grandes pour bénéficier d’un accès plus large aux capitaux, mais pas encore prêtes pour une introduction complète sur le marché principal.
Pris ensemble, ces trois instruments créent un véritable escalier de financement pour l’écosystème startup : financement participatif retail pour les premières levées, FSN pour les capitaux non dilutifs de transition, FCPR pour les tours de capital-risque institutionnel, et segment Growth de la BVA pour les levées de pré-IPO plus importantes. Le marché algérien n’avait jamais disposé de cette gamme d’options structurées simultanément disponibles.
La fenêtre de dispense de trois ans (2026-2028) est conçue pour construire un historique. Si les startups labellisées réalisent avec succès des levées sur le segment Growth, la demande démontrée fournira l’argument réglementaire pour pérenniser le régime à frais réduits ou relever le plafond de capital au-dessus de 500 millions DZD. Les fondateurs qui agissent tôt dans cette fenêtre ne bénéficient pas seulement de la dispense — ils contribuent au précédent réglementaire qui déterminera si l’instrument survit au-delà de 2028.
Foire aux questions
Q : Une startup labellisée mais avec moins de deux années de comptes audités peut-elle tout de même candidater ?
Le segment Growth exige au moins deux années d’états financiers audités comme condition d’admission. La dispense de frais de la COSOB ne modifie pas cette exigence. Les startups constituées après 2024 devront construire leur historique d’audit avant de pouvoir accéder à la voie Growth, et devraient envisager le canal du financement participatif en actions (plafond de 50 millions DZD) en attendant.
Q : La dispense couvre-t-elle les honoraires de conseil de l’intermédiaire agréé ?
Non. La dispense couvre uniquement les frais réglementaires et boursiers facturés par la COSOB, la BVA et Algérie Clearing. L’intermédiaire agréé (courtier-négociateur) facture des honoraires de conseil et de tenue de marché séparés qui restent à la charge de la startup. Ces honoraires sont négociés sur le marché et ne sont pas couverts par la décision conjointe.
Q : Une startup déjà inscrite sur le segment Growth peut-elle bénéficier rétroactivement de la dispense ?
La décision précise que l’exemption s’applique aux levées de fonds réalisées à partir du 1er février 2026. Les levées antérieures à cette date ne sont pas couvertes. Cependant, les startups ayant réalisé un premier tour et planifiant une deuxième levée sur le segment Growth après le 1er février 2026 sont éligibles à la dispense pour ce nouveau tour.
Sources et lectures complémentaires
- L’Algérie facilite l’accès au marché boursier pour les startups — Waya Media
- COSOB — Site officiel du régulateur
- Moniteur des politiques d’investissement : Décrets liés à la loi sur l’investissement en Algérie — CNUCED
- Nouvelle loi sur l’investissement en Algérie — Norton Rose Fulbright
- Fonds algérien de soutien aux startups et cadre COSOB — AlgeriaInvest
















