Un règlement arrive avant l’ouverture du bac à sable
Le paysage des paiements en Algérie s’est doté d’une pièce d’architecture fondamentale en août 2025. Avec l’Instruction n° 06-2025, datée du 17 août 2025, la Banque d’Algérie a défini — pour la première fois — les règles régissant le fonctionnement des prestataires de services de paiement (PSP). Avant ce texte, une startup fintech construisant un portefeuille numérique ou un réseau d’agents ne disposait d’aucun document unique lui indiquant quel capital détenir, comment protéger l’argent des clients, ou quelles étaient ses obligations lorsqu’un agent mandaté commettait une erreur. L’Instruction 06-2025 répond à ces trois questions.
L’instruction est la couche réglementaire sur laquelle repose le futur bac à sable. Selon la Stratégie nationale Fintech 2024-2030 de l’Algérie, la Banque d’Algérie prévoit de lancer un bac à sable réglementaire en 2026 qui accueillera au moins 20 innovateurs fintech par an pour tester des modèles de paiement sous supervision. Le séquencement est délibéré et constructif : écrire d’abord le règlement, puis ouvrir un couloir contrôlé où les startups peuvent expérimenter face à celui-ci. Pour les 30 à 35 startups fintech déjà actives dans les paiements numériques, la banque mobile et l’infrastructure financière en Algérie, cela offre un chemin clair du prototype au produit agréé.
Cela compte parce que l’Algérie bâtit un véritable élan dans les paiements numériques. Les paiements électroniques ont progressé de 46 % pour atteindre environ 7 milliards de dollars en 2025, et la stratégie nationale vise 50 % de transactions sans espèces d’ici 2030. Le bac à sable est le mécanisme qui permet aux nouveaux produits de paiement d’atteindre cet objectif en toute sécurité.
Ce que l’Instruction 06-2025 établit réellement
Le règlement est précis, et trois piliers le définissent.
Portefeuilles numériques par paliers. L’Instruction 06-2025 introduit un système de portefeuille à trois niveaux calibré sur la vérification d’identité. Le niveau 1 permet des soldes jusqu’à 100 000 DZD (environ 740 dollars) avec une identification numérique de base. Le niveau 2 relève le plafond à 500 000 DZD (environ 3 700 dollars) et exige une pièce d’identité officielle numérisée ainsi qu’un justificatif de revenu. Le niveau 3 prend en charge jusqu’à 1 000 000 DZD (environ 7 400 dollars) mais ajoute des contrôles plus stricts, y compris un entretien vidéo. Cette structure graduée permet à une startup d’intégrer rapidement un utilisateur non bancarisé au niveau 1, puis d’approfondir la relation à mesure que la confiance et la documentation s’établissent.
Cantonnement des fonds clients. Chaque dinar qu’un PSP détient pour le compte d’un client doit reposer dans un compte de cantonnement dédié auprès d’une banque commerciale, et le solde de ce compte doit correspondre à la somme des comptes clients dès le jour ouvrable suivant. Cela sépare l’argent des clients du capital d’exploitation de la startup, de sorte que le risque commercial d’un PSP ne touche jamais les fonds que ses utilisateurs lui confient.
Responsabilité et sécurité. Les PSP sont pleinement responsables des actes de tout agent mandaté qu’ils déploient, doivent détenir une garantie bancaire ou une assurance de responsabilité professionnelle, et doivent appliquer une authentification forte du client sur les paiements. Tous les services sont fournis exclusivement en dinars algériens sur le territoire national. La politique fiscale renforce cette orientation : la loi de finances 2025 a introduit des exonérations de droit de timbre sur les paiements électroniques et a exonéré de TVA et de droits de douane les kits d’assemblage de terminaux de paiement jusqu’en décembre 2027.
Publicité
Comment le bac à sable s’inscrit dans une vision plus large
Un bac à sable réglementaire est un environnement de test supervisé. À l’intérieur, une startup peut exploiter un produit de paiement en conditions réelles avec des utilisateurs réels (souvent plafonnés) pendant une période déterminée, dans les conditions fixées par le régulateur, sans avoir d’abord à obtenir un agrément complet. Le régulateur observe l’expérience et en tire des enseignements, et la startup apprend exactement quelles règles son produit doit satisfaire pour évoluer vers un agrément PSP complet. Les deux parties réduisent le risque.
Le projet de bac à sable de l’Algérie s’articule avec des mouvements d’intégration plus larges. En 2025, la Banque d’Algérie a rejoint le Pan-African Payment and Settlement System (PAPSS), ouvrant un rail transfrontalier auquel les diplômés du bac à sable pourront à terme se connecter. Combiné à l’objectif sans espèces et aux incitations fiscales, le bac à sable est une pièce d’un effort coordonné — et le règlement donne à cet effort une fondation stable sur laquelle bâtir.
Ce que les fondateurs de fintech algériens devraient faire
La fenêtre entre aujourd’hui et le lancement du bac à sable en 2026 est un temps de préparation, pas d’attente. Les fondateurs qui se présenteront prêts avanceront plus vite dans le couloir.
1. Concevoir selon l’Instruction 06-2025 dès le premier jour, pas après un pivot
Concevez votre produit en fonction du modèle de portefeuille à trois niveaux et de l’exigence de cantonnement avant d’écrire le moindre code de production. Réintégrer un compte de cantonnement et une réconciliation au jour ouvrable suivant dans un système conçu sans eux coûte cher. Traitez l’instruction comme votre cahier des charges : associez chaque palier KYC à un parcours d’intégration, et architecturez les comptes de fonds clients comme étant cantonnés dès le départ. Ainsi, à l’ouverture du bac à sable, votre candidature démontre la conformité au lieu de la promettre.
2. Préparer tôt votre garantie bancaire et votre dispositif d’authentification
L’instruction exige une garantie bancaire ou une assurance de responsabilité professionnelle, ainsi qu’une authentification forte du client. Les deux demandent du temps. Engagez dès maintenant les discussions avec une banque commerciale sur le compte de cantonnement et la garantie, et choisissez un fournisseur d’authentification prenant en charge les méthodes multifacteurs attendues par les régulateurs. Les fondateurs qui considèrent cela comme des tâches du jour du lancement découvrent qu’il s’agit de cycles d’approvisionnement de six semaines. Sécuriser ces éléments avant l’appel du bac à sable témoigne d’un sérieux opérationnel envers le superviseur.
3. Préparer un dossier de bac à sable qui nomme vos paramètres de test
Une candidature au bac à sable est la plus solide lorsqu’elle propose ses propres garde-fous : combien d’utilisateurs vous intégrerez, quels plafonds de transaction s’appliquent, combien de temps dure le test, et à quoi ressemble le succès. Rédigez ce dossier dès maintenant — une hypothèse claire, une cohorte d’utilisateurs plafonnée, des indicateurs définis et un plan de sortie vers l’agrément complet. Avec au moins 20 places ouvertes chaque année, une proposition précise et autolimitée est bien plus facile à approuver pour la Banque d’Algérie qu’une proposition ouverte.
4. Aligner votre produit sur un besoin de paiement non satisfait, pas sur une copie
Les meilleurs candidats au bac à sable résolvent un problème concret — intégrer les non-bancarisés au niveau 1, l’acceptation par les micro-commerçants, ou les corridors de transfert — plutôt que de cloner un portefeuille existant. Avec 30 à 35 startups déjà actives, la différenciation compte. Reliez votre produit à un écart mesurable dans le parcours sans espèces vers l’objectif 2030, et vous donnez au régulateur une raison de prioriser votre place.
La leçon structurelle
L’Instruction 06-2025 et le bac à sable 2026 révèlent ensemble la manière dont l’Algérie choisit de développer son économie des paiements : d’abord les règles, puis l’expérimentation contrôlée, puis l’échelle. Cette séquence est ce qui donne aux fondateurs, aux banques et aux utilisateurs une base stable sur laquelle bâtir. Pour une startup, le règlement lève l’ambiguïté — les exigences sont écrites, les paliers de portefeuille sont définis, et le chemin vers un agrément passe par un test supervisé plutôt que par une porte fermée. Pour l’écosystème plus large, le cadre transforme l’ambition des 50 % sans espèces d’ici 2030 d’un slogan en un pipeline opérationnel. Les institutions qui bâtissent cette architecture donnent au secteur fintech algérien exactement ce dont l’innovation rapide des paiements a le plus besoin : une fondation claire et applicable, et un espace sanctionné pour prouver que de nouvelles idées fonctionnent avant qu’elles n’atteignent des millions de personnes.
Questions Fréquemment Posées
Qu’est-ce que l’Instruction n° 06-2025 ?
Il s’agit du premier règlement dédié de la Banque d’Algérie pour les prestataires de services de paiement, publié le 17 août 2025. Il définit les paliers de portefeuille numérique, le cantonnement des fonds clients via des comptes dédiés, la responsabilité des agents et les exigences d’authentification forte du client pour les PSP opérant en Algérie.
Quand le bac à sable réglementaire ouvre-t-il et combien de startups peuvent y participer ?
La Stratégie nationale Fintech 2024-2030 de l’Algérie prévoit de lancer le bac à sable réglementaire en 2026. Il est conçu pour accueillir au moins 20 innovateurs fintech par an afin de tester des modèles de paiement sous la supervision directe de la Banque d’Algérie avant de demander un agrément complet.
Quels sont les trois paliers de portefeuille numérique selon les nouvelles règles ?
Le niveau 1 permet des soldes jusqu’à 100 000 DZD (environ 740 dollars) avec une pièce d’identité de base ; le niveau 2 permet jusqu’à 500 000 DZD (environ 3 700 dollars) avec une pièce d’identité numérisée et un justificatif de revenu ; le niveau 3 permet jusqu’à 1 000 000 DZD (environ 7 400 dollars) et ajoute des contrôles plus stricts, dont un entretien vidéo.
Sources et lectures complémentaires
- complémentaires
- Instruction n° 06-2025 du 17 août 2025 — Banque d’Algérie
- Algeria’s Fintech Ecosystem in 2026 by Building Momentum — The Fintech Times
- Algeria Opens for Fintech: New PSP Rules Create a Playbook for Payments Startups — Launch Base Africa
- Objectif généralisation du paiement électronique : 2025, l’année de la fintech — Le Jeune Indépendant
- Can Algeria break North Africa’s fintech order and finally ditch cash? — Allen & Dreyfus














