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Le réseau de câbles sous-marins de l’Algérie : l’infrastructure invisible derrière chaque connexion

février 26, 2026

Algeria's Submarine Cable Network: The Invisible Infrastructure Behind Every Connection

Les câbles auxquels vous ne pensez jamais

Chaque email envoyé depuis Alger, chaque appel vidéo depuis Oran, chaque workload cloud poussé depuis un data center de Bab Ezzouar vers un hyperscaler européen transite par l’un d’un petit nombre de câbles à fibres optiques sous-marins reposant sur le fond de la Méditerranée. Ces câbles sont la pièce la plus critique de l’infrastructure numérique algérienne, et pourtant ils ne reçoivent pratiquement aucune attention publique.

La connectivité internet internationale de l’Algérie dépend de cinq systèmes de câbles sous-marins et d’une liaison terrestre : ALVAL (Alger-Valence), ORVAL (Oran-Valence), SeaMeWe-4, Medex et Alpal-2, plus une connexion fibre terrestre via la Tunisie. Ensemble, ces systèmes transportent la totalité du trafic de données international de l’Algérie. Bien que la route terrestre tunisienne fournisse une certaine redondance, elle ne peut égaler la capacité des liaisons sous-marines, faisant des câbles méditerranéens l’épine dorsale de tout ce qui est numérique dans le pays.

La fragilité de cette configuration se manifeste périodiquement. Des rapports de pannes de câbles causant une dégradation notable sur le réseau d’Algérie Télécom ont circulé au fil des années, bien que les incidents spécifiques ne soient pas toujours bien documentés publiquement. Ce qui est incontestable, c’est la réalité structurelle : des millions d’utilisateurs, des milliers d’entreprises et l’ambition d’e-gouvernement du pays reposent sur une couche d’infrastructure que la plupart des décideurs ne peuvent pas dessiner sur une carte.


Inventaire des câbles sous-marins de l’Algérie

ALVAL et ORVAL sont les liaisons les plus récentes et à plus haute capacité. Mis en service commercial le 31 décembre 2020, ces systèmes jumeaux connectent respectivement Alger et Oran à Valence, en Espagne. Chaque route porte deux paires de fibres, donnant au système combiné ALVAL/ORVAL une capacité totale de conception de 40 Tbps utilisant la technologie DWDM 100×100 Gbps. Valence sert de passerelle vers les points d’échange internet européens, faisant de ces câbles l’épine dorsale de facto de la bande passante internationale algérienne. Exploités par Algérie Télécom en partenariat avec les membres du consortium, ils représentent de loin la plus grande part de la capacité installée de l’Algérie.

SeaMeWe-4, l’un des plus longs systèmes de câbles sous-marins au monde s’étendant de la France à Singapour, atterrit à Annaba. Cela donne à l’Algérie un chemin international secondaire qui ne se termine pas à Valence et se connecte à l’écosystème câblier Asie-Europe plus large. SeaMeWe-4 fournit plusieurs térabits par seconde de capacité sur le segment algérien.

Medex ajoute une autre route méditerranéenne avec une capacité d’environ 2 Tbps. Il fournit une diversité supplémentaire au-delà du corridor valencien, un facteur important pour la planification de la résilience.

Alpal-2, géré par Sparkle (anciennement Telecom Italia Sparkle), relie Alger à Palma de Majorque. Avec une capacité allant jusqu’à 85 Gbps, c’est le plus petit des systèmes sous-marins algériens en termes de bande passante, mais il fournit tout de même une option de routage distincte via les Baléares vers le backbone européen.

Au total, la capacité câblière internationale installée de l’Algérie est d’environ 10,2 Tbps à travers tous les systèmes opérationnels — un chiffre significativement supérieur aux anciennes estimations de 3-5 Tbps qui apparaissent dans certains rapports, principalement parce que la pleine capacité d’ALVAL/ORVAL est souvent sous-rapportée. Pourtant, même à 10,2 Tbps installés, l’Algérie reste bien derrière ses voisins nord-africains. Le Maroc bénéficie de connexions à plusieurs câbles de consortium majeurs, y compris 2Africa et plusieurs systèmes du corridor atlantique, lui donnant une bande passante agrégée substantiellement plus grande. L’Égypte, avec ses stations d’atterrissage stratégiques du canal de Suez, se situe à un ordre de grandeur entièrement différent. L’écart précis est difficile à déterminer — les chiffres exacts de capacité opérationnelle sont étroitement gardés par les opérateurs — mais la position relative de l’Algérie en bas de la connectivité nord-africaine ne fait pas débat.

Le côté demande souligne l’urgence. La consommation de données de l’Algérie a augmenté à un rythme stupéfiant, passant de 379,7 millions de Go au T2 2020 à 3,3 milliards de Go au T2 2025, soit une multiplication par 8,7 en seulement cinq ans. Cette trajectoire ne montre aucun signe de ralentissement, ce qui signifie que même le plafond de conception de 40 Tbps d’ALVAL/ORVAL fera face à une pression dans la décennie si les tendances de consommation se maintiennent.


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Points de défaillance uniques et la question de la résilience

Le risque de concentration est aigu. Les cinq systèmes de câbles atterrissent sur la côte méditerranéenne algérienne, dans un corridor géographique d’environ 900 km de large. Un événement sismique majeur, un incident d’ancrage dans les voies de navigation, ou un sabotage coordonné — un scénario que les planificateurs de défense européens discutent de plus en plus — pourrait altérer simultanément plusieurs systèmes.

Les stations d’atterrissage elles-mêmes présentent une autre vulnérabilité. Alger héberge plusieurs atterrissages de câbles, mais l’infrastructure physique sur ces sites n’a pas suivi le rythme des investissements observés dans les stations d’atterrissage de Marseille, Barcelone ou Gênes. L’alimentation redondante, la sécurité physique et la capacité des salles de colocation dans les stations d’atterrissage algériennes sont en retard par rapport aux meilleures pratiques méditerranéennes. Le Comité International de Protection des Câbles (ICPC) a signalé à plusieurs reprises que l’infrastructure câblière méditerranéenne dans son ensemble est sous-protégée par rapport à la croissance du trafic.

L’Algérie manque également d’une station d’atterrissage sur sa côte est au-delà d’Annaba, laissant le corridor économique Constantine-Skikda dépendant du backhaul terrestre vers Annaba ou Alger pour le transit international. Tout plan sérieux d’infrastructure numérique pour les zones économiques de l’est algérien doit combler cette lacune.


Le câble Medusa : une mise à niveau générationnelle

Le système de câble sous-marin Medusa prévu représente de loin la mise à niveau la plus significative de la connectivité internationale de l’Algérie depuis des décennies. Projet de 342 millions d’euros, Medusa est cofinancé par le Mécanisme pour l’Interconnexion en Europe pour le Numérique (CEF Digital, contribuant 38,3 millions d’euros) et la Banque européenne d’investissement (BEI, avec un prêt de 40 millions d’euros). La construction est menée par ASN (Alcatel Submarine Networks, filiale de Nokia) et Elettra Tlc, avec Orange comme partenaire clé du consortium.

Le tracé de Medusa crée une topologie en anneau à travers le sud de la Méditerranée, connectant le Portugal, l’Espagne, la France, l’Italie et Chypre avec l’Algérie, le Maroc, la Tunisie et l’Égypte. L’architecture en anneau est significative : une coupure de câble unique ne coupe pas la connectivité car le trafic se reroute autour de l’anneau dans la direction opposée. Pour un pays qui a historiquement dépendu de liaisons point à point, ce changement topologique seul représente une mise à niveau majeure de la résilience.

Les chiffres de capacité sont transformateurs. Medusa transportera 24 paires de fibres, chacune avec une capacité minimale de 20 Tbps, donnant au système une capacité potentielle totale d’environ 480 Tbps. Pour mettre cela en perspective, la base installée actuelle totale de l’Algérie est d’environ 10 Tbps. Même si la part de l’Algérie dans la capacité de Medusa n’est qu’une fraction du total, le système multiplierait la bande passante internationale disponible plusieurs fois, changeant fondamentalement l’économie de l’adoption du cloud, de la livraison de contenu et des services intensifs en données.

Le calendrier du projet prévoit les premières liaisons — connectant le Maroc et la Tunisie — entrant en service au T4 2025, avec les connexions algériennes suivant en 2026. Les contrats de construction ont été attribués en juillet 2023, et le projet semble progresser dans les délais début 2026.


Ce que les opérateurs et les décideurs devraient faire maintenant

La priorité immédiate est de s’assurer que les connexions algériennes de Medusa sont complétées et activées dans les délais en 2026. Les retards dans les projets de câbles sous-marins sont courants, et la participation de l’Algérie doit rester pleinement financée et diplomatiquement soutenue. L’ARPT (Autorité de Régulation de la Poste et des Télécommunications) devrait publier les données de capacité et d’utilisation des câbles pour permettre une planification éclairée du secteur privé.

Deuxièmement, l’Algérie devrait investir dans une nouvelle station d’atterrissage sur la côte est, idéalement près de Jijel ou Bejaïa, pour desservir le corridor économique oriental et fournir une diversité géographique. L’investissement dans une station d’atterrissage est modeste par rapport aux standards d’infrastructure — estimé entre 15 et 30 millions de dollars — mais produit des bénéfices de résilience démesurés.

Troisièmement, la stratégie de hub de transit nécessite des politiques d’accès ouvert aux stations d’atterrissage. Si Algérie Télécom monopolise l’accès aux atterrissages de câbles, les opérateurs internationaux et les fournisseurs de contenu contourneront l’Algérie plutôt que de transiter par elle. Marseille est devenue la capitale méditerranéenne de la bande passante européenne précisément grâce à la colocation neutre vis-à-vis des opérateurs dans ses stations d’atterrissage. L’Algérie devrait s’inspirer de ce modèle.

Enfin, le concept de liaison fibre trans-saharienne — connectant à travers le Niger pour acheminer le trafic internet d’Afrique de l’Ouest et centrale vers l’Europe via les stations d’atterrissage algériennes — mérite un investissement soutenu. Le Nigeria, le Tchad, le Niger et le Mali dépendent actuellement de routes satellite coûteuses ou de routes terrestres longue distance. Un chemin de transit algérien serait parmi les traversées méditerranéennes les plus courtes pour ce trafic, générant des revenus de transit et un levier géopolitique. Avec Medusa fournissant la capacité méditerranéenne, la pièce manquante est le backbone terrestre vers le sud.

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🧭 Radar de Décision

Dimension Évaluation
Pertinence pour l’Algérie Critique. Toute la connectivité internationale dépend de 5 systèmes de câbles sous-marins avec un risque géographique concentré. La croissance de 8,7x de la consommation de données en cinq ans rend l’expansion de capacité urgente.
Infrastructure prête ? Partiellement. ALVAL/ORVAL (2020) sont modernes, mais la capacité totale installée (~10,2 Tbps) est modeste. Medusa sera transformateur mais n’est pas encore opérationnel pour l’Algérie.
Compétences disponibles ? Limitées. L’expertise en ingénierie de câbles sous-marins est mince au niveau national ; les partenariats de consortium avec ASN, Elettra Tlc et Orange sont essentiels.
Calendrier d’action 2026 pour les liaisons Medusa Algérie ; la planification d’une station d’atterrissage orientale devrait commencer immédiatement.
Parties prenantes clés Algérie Télécom, ARPT, MPT (Ministère de la Poste et des Télécommunications), ASN, Elettra Tlc, Orange, Sparkle, UE/BEI.
Type de décision Investissement en infrastructure stratégique avec un horizon d’impact de 20 ans.

En bref : L’ensemble de l’avenir numérique de l’Algérie repose sur une poignée de câbles sous-marins que la plupart des responsables ne peuvent pas nommer. Le projet Medusa — un système en anneau de 342 M EUR et 480 Tbps arrivant en 2026 — représente une opportunité unique par décennie, mais uniquement si l’accès aux stations d’atterrissage est ouvert et que les lacunes d’infrastructure de la côte est sont comblées tant que la fenêtre est encore ouverte.

Sources et lectures complémentaires

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