Le jalon qui change le récit
Pendant des années, la critique la plus répandue de l’écosystème startup algérien était qu’il se tournait vers l’intérieur — construisant pour un marché domestique captif sans l’ambition ni l’infrastructure pour évoluer au-delà de ses frontières. Ce récit a discrètement expiré. En 2025, plus de 50 entreprises tech algériennes ont établi une présence internationale active dans au moins 19 marchés, couvrant huit pays européens, cinq régions arabes et africaines, et six marchés des Amériques, selon un programme d’exportation coordonné entre le ministère du Commerce extérieur et les institutions d’État partenaires.
Le signal qui a cristallisé ce changement est venu en décembre 2025, lorsque la plateforme travel-tech Völz a bouclé un tour de croissance de 600 millions de DZD (5 millions de dollars) mené par Tell Group et le holding industriel Groupe Industriel Babahoum Algérie (GIBA). Ce tour a déclenché la première sortie réussie du Fonds Algérien des Startups (ASF), qui a récupéré sa position avec un retour sur investissement de 3,35x — la preuve la plus claire que le véhicule de capital-risque soutenu par l’État peut générer de la liquidité pour son portefeuille. Le modèle de Völz est instructif : il résout le problème chronique des contrôles de change en Algérie en permettant aux utilisateurs de réserver des vols internationaux en dinars algériens, avec des options de paiement à la livraison pour les non-bancarisés. L’entreprise n’est pas devenue mondiale en ignorant les contraintes algériennes — elle l’est devenue en les transformant en produit.
Yassir, l’export le plus connu du pays, opère dans 45 villes réparties sur 6 pays, avec 8 millions d’utilisateurs et 100 000 chauffeurs et marchands actifs — le tout construit sur un Série B de 150 millions de dollars bouclé en novembre 2022 (mené par BOND) et un financement total d’environ 200 millions de dollars. Ce ne sont pas des anomalies. Ce sont des points de référence.
À quoi ressemble concrètement le déploiement dans 19 marchés
L’expansion géographique documentée en 2026 n’est pas principalement une histoire de startups tech — elle se situe à l’intersection de l’accélération plus large des exportations hors hydrocarbures que le président Tebboune a désignée comme pilier stratégique, 2026 étant qualifiée d' »année charnière pour l’accélération des exportations ». Le programme couvre 35 catégories de produits de l’agroalimentaire à l’industrie lourde, avec des entreprises comme Tosyali Algeria, Condor Electronics et Brandt Algeria en tête pour les biens physiques. Mais les entreprises tech et de services bénéficient du même élan institutionnel.
Faits clés vérifiés de la vague actuelle :
- 13 wilayas sont désormais des nœuds logistiques d’exportation actifs — Tizi Ouzou, Oran, Annaba, Sétif et Béjaïa parmi les plus actives
- Le ministère du Commerce extérieur sous Kamel Rezig coordonne l’accès aux salons professionnels prioritaires pour les startups labellisées
- Les exportations tech adjacentes — services logiciels, plateformes SaaS, logistique e-commerce — sont classifiées aux côtés des biens physiques dans le cadre des exportations hors hydrocarbures
TemTem, la plateforme de transport et de logistique, offre une autre référence concrète : elle a levé un Série A de 4 millions de dollars et opère désormais dans 21 des 48 wilayas algériennes avec plus de 200 000 clients et 4 000 chauffeurs actifs. L’expansion internationale est le prochain chapitre déclaré pour l’équipe. Le Fonds Algérien des Startups, avec sa base de capital de 2,4 milliards de DZD et son portefeuille de plus de 100 startups financées dans 20 secteurs, conçoit explicitement des tours de suivi pour soutenir la phase internationale, proposant des tranches de 2 millions, 5 millions et jusqu’à 20 millions de DZD.
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Pourquoi maintenant — et pourquoi cette cohorte est différente
Trois changements structurels expliquent pourquoi 2025-2026 est une ère différente de celle de 2019-2021, période d’internationalisme aspirationnel qui a produit peu de revenus tangibles hors d’Algérie.
Premièrement, le cadre réglementaire a mûri. Le Décret exécutif 20-254 — l’instrument fondateur du système du Label Startup — accorde aux entreprises labellisées des exonérations de TVA et de douanes sur les équipements R&D, des déductions fiscales R&D jusqu’à 30 % des dépenses (plafonnées à 200 millions de DZD annuellement), et l’accès à des quotas de marchés publics dédiés. L’enregistrement gratuit des brevets et des marques via l’INAPI pour les startups labellisées supprime un obstacle majeur à la protection de la propriété intellectuelle avant d’entrer sur des marchés étrangers.
Deuxièmement, la pile de financement est plus profonde. L’ASF coexiste désormais avec le Fonds IA d’Algérie Telecom de 1,5 milliard de DZD (lancé en février 2025) et le cadre FCPR de capital-risque privé (minimum 50 millions de DZD) — ce qui signifie qu’un fondateur peut séquencer du capital d’amorçage au capital de croissance au sein d’un seul écosystème domestique avant d’approcher des VCs étrangers. La sortie de Völz valide la trajectoire de rendement.
Troisièmement, le vivier de talents s’est élargi. Les 7 800 entreprises enregistrées sur le registre startup.dz d’Algérie (dont 2 300 détiennent le statut formel de Label Startup) représentent une génération de fondateurs directement exposés aux cycles de vente internationaux via le Programme Algérien des Startups à l’Étranger (ASEP), qui offre des voyages d’immersion entièrement financés dans des hubs d’innovation mondiaux.
Ce que les fondateurs doivent faire pour atteindre le marché 20
1. Résoudre une contrainte de change ou bancaire — puis exporter la solution
Le playbook de Völz est le modèle le plus reproductible de l’écosystème : identifier un point de friction dans l’infrastructure financière algérienne, construire un produit qui le résout domestiquement, et découvrir que la même friction existe au Maroc, au Sénégal, en Côte d’Ivoire et dans des dizaines d’autres marchés. Selon les données de l’aperçu de l’écosystème tech algérien, la fintech a levé 200 millions de dollars en 2024 — le secteur le plus important — précisément parce que ces frictions sont monétisables à grande échelle. Les fondateurs en logistique, paiements et tourisme devraient auditer leur PI de résolution de contraintes avant de pitcher une histoire d’expansion étrangère qui ignore leur avantage structurel.
2. Obtenir le Label Startup avant le premier accord transfrontalier
Le Label Startup sous le Décret 20-254 n’est pas un badge d’honneur — c’est une clé d’accès aux marchés publics. Les startups labellisées bénéficient de quotas de marchés publics en Algérie et, de plus en plus, de cadres bilatéraux qu’Algérie négocie avec les États membres de l’Union africaine. Les fondateurs qui retardent le labellisation jusqu’après leur premier accord international renoncent à l’incitation à la protection de la PI (dépôt gratuit INAPI), à la déduction fiscale R&D et à l’éligibilité au suivi ASF. Le ministère de l’Économie de la connaissance traite les demandes en trois mois ; la fenêtre de trois ans renouvelable commence à partir de la date d’approbation.
3. Utiliser l’ASEP comme sprint de validation de marché, pas seulement de networking
Le Programme Algérien des Startups à l’Étranger envoie les fondateurs dans des hubs d’innovation à l’étranger avec le mandat de rencontrer des investisseurs et des accélérateurs. Les fondateurs au meilleur retour sur investissement traitent chaque voyage ASEP comme un exercice de validation de marché structuré : arriver avec une hypothèse définie, planifier au moins cinq conversations clients, et revenir avec une lettre d’intention signée ou un refus documenté avec des raisons.
4. Intégrer la localisation dans la feuille de route produit avant de scaler
Le déploiement dans 19 marchés est géographiquement diversifié mais linguistiquement complexe — arabe, français, anglais et langues subsahariennes apparaissent tous dans la liste des marchés cibles. Les startups algériennes ont un avantage naturel dans la conception de produits bilingues arabe-français, mais les fondateurs sous-investissent systématiquement dans l’infrastructure de localisation avant de signer des accords de partenariat.
La leçon structurelle
La cohorte internationale de 50 entreprises est significative non pas parce que le chiffre est grand — il ne l’est pas, par rapport aux 100+ startups actives au niveau mondial du Maroc — mais à cause de ce qui l’a produite. La sortie de Völz, le retour de 3,35x de l’ASF, les cohortes ASEP et la surge de financement 2024 à 650 millions de dollars (une augmentation de 60 % en glissement annuel) sont tous en aval d’un seul pari fait en septembre 2020 : que labelliser les startups comme catégorie économique formelle, les exempter des contraintes corporatives héritées et les soutenir avec du capital-risque d’État générerait des entreprises exportables dans cinq ans. Ce pari a payé. Les cinq prochaines années testeront si l’infrastructure construite pour 2 300 startups labellisées peut évoluer vers l’objectif du ministère de 20 000 d’ici 2029.
Questions Fréquemment Posées
Qu’est-ce que le Fonds Algérien des Startups et comment soutient-il l’expansion internationale ?
Le Fonds Algérien des Startups (ASF) est un véhicule de capital-risque soutenu par l’État avec 2,4 milliards de DZD en capital, gérant un portefeuille de plus de 100 startups dans 20 secteurs. Il a enregistré sa première sortie réussie en décembre 2025 lorsque la travel-tech Völz a levé 5 millions de dollars, générant un retour de 3,35x pour le fonds. L’ASF propose des tours de suivi par tranches (2M, 5M, jusqu’à 20M DZD) spécifiquement conçus pour soutenir la phase de croissance internationale.
Combien de startups algériennes se sont développées à l’international et quels marchés ciblent-elles ?
En 2025, plus de 50 entreprises tech et tech-adjacentes algériennes ont établi une présence internationale dans 19 marchés, incluant huit pays européens, cinq régions arabes et africaines, et six marchés des Amériques. Yassir est l’exemple le plus emblématique, opérant dans 45 villes sur 6 pays avec 8 millions d’utilisateurs. Le ministère du Commerce extérieur coordonne l’accès prioritaire aux salons professionnels pour les startups labellisées.
Que fournit concrètement le Label Startup sous le Décret 20-254 ?
Le Label Startup, régi par le Décret exécutif 20-254 (septembre 2020), accorde : des exonérations de TVA et de douanes sur les équipements R&D, des déductions fiscales R&D jusqu’à 30 % des dépenses (plafond : 200M DZD/an), l’accès à des quotas de marchés publics dédiés, l’enregistrement gratuit de brevets et marques via l’INAPI, la création d’entreprise simplifiée sans capital minimum, et l’accès au Programme Algérien des Startups à l’Étranger.
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Sources et lectures complémentaires
- La première sortie du Fonds Public Algérien des Startups avec Völz à 5M$ — Launch Base Africa
- L’écosystème startup algérien en 2025 : une année de résilience et de transformation — Stats & Market Insights
- Made in Algeria : le programme d’exportation atteint 19 pays — DzairTube
- La scène tech et IA algérienne — AlgeriaTech
- Les 6 mécanismes les plus importants pour les startups algériennes en 2025 — LeanCubator












