La décision qui ouvre le marché satellite algérien
Le 9 avril 2026, l’Autorité de Régulation de la Poste et des Communications Électroniques (ARPCE) a lancé l’Appel d’offres n° 01/2026 pour l’attribution de deux licences permettant l’établissement et l’exploitation de réseaux publics de communications électroniques par satellites non géostationnaires (NGSO). Cet appel — relayé par Space in Africa et TechAfrica News — est le signal le plus clair à ce jour que l’Algérie entend laisser entrer les opérateurs mondiaux de constellations basse orbite, mais à ses propres conditions réglementaires.
Jusqu’à présent, des opérateurs NGSO comme Starlink ne pouvaient pas vendre légalement leurs services aux utilisateurs finaux algériens. Le nouveau cadre crée une voie structurée : deux licences, une fenêtre de retrait de dossier bornée et un ancrage réglementaire national. Cela compte parce que l’Algérie est le plus grand pays d’Afrique par la superficie, et le satellite reste le seul moyen réaliste de livrer du haut débit au Sahara, aux sites pétroliers et gaziers, et aux wilayas du Sud dans la décennie.
Ce que le cadre exige réellement
Selon la notice publiée par l’ARPCE, l’appel est ouvert à deux catégories de candidats : les détenteurs actuels d’une licence VSAT en Algérie, et les opérateurs étrangers possédant une constellation NGSO à couverture mondiale. La fenêtre de retrait des dossiers s’est tenue du 9 au 19 avril 2026 au siège de l’ARPCE à Hussein Dey, Alger, contre paiement d’un droit non remboursable de 1 000 000 DZD sur le compte CPA de l’ARPCE.
Les objectifs stratégiques, tels que décrits par Ecofin Agency et SatellitePro ME, sont explicites : diversifier les services de communications électroniques, stimuler la concurrence et garantir un accès équitable à Internet. Le texte cible aussi spécifiquement les applications IoT dans l’agriculture, les mines et le transport — trois secteurs où la couverture cellulaire est faible mais la valeur économique par capteur connecté élevée.
Publicité
Pourquoi deux licences, ni une ni dix
Le choix de deux licences est un design politique délibéré. Une seule licence reviendrait à donner un monopole à un opérateur étranger, ce qui contredit la préférence algérienne de longue date pour des marchés concurrentiels. Un nombre illimité de licences saturerait le spectre et fragiliserait l’industrie VSAT incumbent. Deux licences créent une structure de duopole qui préserve la concurrence, donne à l’ARPCE un levier pour imposer des obligations de couverture, et s’aligne sur les modèles déjà testés au Nigeria, au Kenya et au Maroc — chacun ayant autorisé Starlink sous des cadres numériques restreints similaires en 2024-2025.
Pour les entreprises algériennes, notamment dans les hydrocarbures, la logistique, l’agro-industrie et la connectivité des agences bancaires, l’implication pratique est qu’elles devraient disposer d’au moins une option NGSO dans 12-18 mois, avec facturation locale, SLA locaux et — surtout — des flux de données conformes aux règles nationales de connectivité.
L’angle de la connectivité souveraine
L’appel d’offres s’inscrit dans un arc politique plus large. En mars 2026, les ministres africains ont adopté la Déclaration d’Alger sur la souveraineté des télécommunications africaines, un cadre de 14 articles couvrant la connectivité universelle, la protection des infrastructures critiques, la souveraineté des données et les compétences. L’appel NGSO opérationnalise ces principes à domicile : les constellations étrangères sont bienvenues, mais sous licences algériennes, numérotation algérienne et supervision de l’ARPCE.
Cet équilibre — ouverture plus souveraineté — est exactement ce que le Global Africa Tech Summit a désigné comme la nouvelle norme continentale. L’Algérie est parmi les premiers pays à traduire la Déclaration en un instrument concret, prêt à candidater.
Ce que les parties prenantes algériennes doivent surveiller
Trois jalons détermineront si le cadre tient ses promesses. D’abord, l’identité des deux lauréats et les engagements de couverture figurant dans les annexes de leurs licences. Ensuite, le délai de mise en service commerciale — l’ARPCE publie généralement ses décisions dans les 90 à 180 jours suivant la clôture. Enfin, les conditions d’interconnexion avec le backbone national d’Algérie Télécom, qui détermineront la compétitivité tarifaire pour les clients entreprises et secteur public.
Si ces trois éléments s’alignent, la pile de connectivité souveraine algérienne — câbles sous-marins via Algérie Télécom, fibre terrestre via le backbone national, 4G/5G via Mobilis/Djezzy/Ooredoo et désormais NGSO pour la longue traîne — devient l’une des plus complètes de la région.
Questions Fréquemment Posées
Qu’est-ce qu’un satellite NGSO et en quoi diffère-t-il du VSAT traditionnel ?
NGSO signifie orbite non géostationnaire — des satellites qui gravitent beaucoup plus près de la Terre que les systèmes géostationnaires historiques. Cette proximité offre une latence plus faible (20-50 ms contre 600+ ms en GEO) et un débit par utilisateur plus élevé, ce qui rend viables sur satellite les applications temps réel comme la visioconférence, les services cloud et la télémétrie IoT. Les services VSAT traditionnels en Algérie reposent sur des satellites GEO, aux cas d’usage plus étroits.
Les foyers algériens pourront-ils s’abonner directement à Starlink une fois les licences attribuées ?
Uniquement via un titulaire de licence autorisé. L’appel d’offres de l’ARPCE prévoit deux licences pour des réseaux publics de communications électroniques, ce qui signifie que le service de détail doit passer par les entités licenciées selon les règles algériennes — facturation locale, traitement des données et obligations de protection du consommateur. L’abonnement transfrontalier direct reste hors du cadre approuvé.
Comment cet appel d’offres soutient-il les objectifs plus larges de souveraineté numérique ?
La structure des licences maintient l’autorité réglementaire à Alger — l’ARPCE fixe les obligations de couverture, les règles tarifaires, les conditions d’interconnexion et les exigences de traitement des données. Cela s’aligne sur la Déclaration d’Alger sur la souveraineté des télécommunications africaines adoptée en mars 2026, qui met l’accent sur la participation étrangère sous supervision nationale plutôt que sur une fourniture de services extraterritoriale.
—
Sources et lectures complémentaires
- ARPCE — Communiqué sur l’appel d’offres NGSO
- Algeria Opens Tender for Two NGSO Satellite Licenses — Space in Africa
- Algeria Launches Tender for Two NGSO Satellite Telecom Licences — TechAfrica News
- Algeria Opens Satellite Market to Competition — Ecofin Agency
- Algeria opens satellite communications market to new players — SatellitePro ME
- Algiers Declaration Signals Africa’s Shift Toward Digital Sovereignty — The Middle East Observer
















