Un Chiffre qui Veut Enfin Dire Quelque Chose
Pendant des années, les statistiques algériennes sur les cartes de paiement ressemblaient à une affiche aspirationnelle. Les cartes étaient émises, empilées dans un tiroir, utilisées une fois pour un retrait de salaire, puis ignorées. Ce cadrage n’est plus exact. Selon les chiffres compilés par GIE Monétique et relayés par la presse financière algérienne, le pays a terminé 2025 avec environ 21,9 millions de cartes interbancaires en circulation — un véritable doublement par rapport aux niveaux de 2022.
Le mix est révélateur : 81 % Edahabia (émises par Algérie Poste, environ 17,8 millions de cartes) et 19 % CIB (émises par le secteur bancaire, environ 4,1 millions de cartes). TSA-Algérie et Algerie Eco confirment tous deux la répartition 80/20 qui s’est maintenue sur plusieurs rapports trimestriels.
Croissance en Volume, pas Seulement en Émission
Le chiffre le plus intéressant se cache sous le décompte des cartes. El Watan rapporte que les paiements internet ont progressé de 179 % en 2025. Ce ne sont pas des retraits de salaire ou des rotations ATM — ce sont des règlements e-commerce, des factures d’utilités, des recharges mobiles, et une part croissante de transactions multi-commerçants. Le taux de croissance compte plus que le volume absolu car il traduit un changement comportemental, pas seulement un déploiement d’infrastructure.
Les paiements mobiles sont l’autre point positif. Baridi Pay, lancé par Algérie Poste, a atteint une adoption significative au second semestre 2025 avec l’expansion de l’acceptation QR chez les commerçants à Alger, Oran et Constantine. Pour la première fois, les consommateurs algériens ont un choix entre plastique et téléphone au point de vente.
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L’Écart d’Acceptation Reste le Sujet
L’émission est facile. L’acceptation est difficile. TSA-Algérie rapporte environ 80 000 terminaux de paiement électronique (TPE) actifs fin 2025, desservant une base commerciale de plus d’1 million de commerçants enregistrés. Soit environ 8 % de couverture — un chiffre qui explique pourquoi la plupart des cartes restent cantonnées au retrait cash.
Algerie Eco a rapporté un état antérieur en 2025 à 77 000 TPE actifs, montrant une tendance positive mais lente. Le goulot n’est pas la disposition du consommateur — c’est le coût du terminal, la vitesse d’onboarding marchand, et l’économie du MDR (taux de commission marchand) qui dissuade les petits détaillants d’absorber les frais de traitement.
Ce que Débloque le Chiffre — et ce qu’il Masque
Plus de 20 millions de cartes est un vrai jalon pour trois raisons :
1. Identité financière. Chaque carte Edahabia ou CIB est adossée à un compte. Même si ce compte dort comme véhicule d’épargne, le détenteur est désormais dans le système financier formel et peut être ciblé par des produits de crédit, d’assurance ou d’épargne — la prochaine phase de la poussée d’inclusion financière.
2. Règlement des factures numériques. Les compagnies d’utilités, Algérie Télécom, Mobilis, Djezzy, Ooredoo, et les autorités fiscales routent désormais des volumes significatifs via les rails carte. C’est le cas d’usage « collant » qui convertit les cartes d’ID en outils de transaction.
3. Activation du e-commerce. Les plateformes nationales — Yassir, Jumia, checkout Ouedkniss, Temtem — reposent toutes sur le règlement en ligne CIB/Edahabia. Sans 20+ millions de cartes, l’estimation du marché e-commerce à 7 milliards de dollars serait structurellement plafonnée.
Ce que le chiffre masque : le taux d’activation, la fréquence de transaction et l’économie marchande. Une carte utilisée six fois par an à un DAB n’est pas un instrument de paiement sans cash — c’est un outil de retrait sans reçu. La prochaine divulgation que GIE Monétique devrait publier est le taux de cartes actives (transactions par carte par mois) plutôt que le simple décompte en circulation.
Ce qui se Passe en 2026-2027
Le jalon est nécessaire mais pas suffisant. Pour convertir 20 millions de cartes en 50 % de transactions sans cash d’ici 2030, l’Algérie a besoin d’une densité TPE franchissant 20 % de couverture marchande (environ 200 000 terminaux actifs), d’une interopérabilité portefeuille mobile via un standard QR unifié, et d’une économie MDR qui fasse que les petits commerçants désirent — et non évitent — l’acceptation électronique.
Pour les banques, la question concurrentielle n’est plus « qui émet le plus de cartes ? » mais « qui construit le côté acceptation ? » Pour les fintech, l’opportunité se trouve dans l’outillage marchand : soft POS, tap-to-phone, tableaux de bord de rapprochement QR, et crédit PME bâti sur les données transactionnelles des cartes.
Le jalon des 20 millions est réel. Le prochain — 20 millions de cartes réellement transactives — est celui qui remodèle le commerce de détail algérien.
Questions Fréquemment Posées
Combien de cartes de paiement sont en circulation en Algérie ?
GIE Monétique rapporte environ 21,9 millions de cartes interbancaires en circulation fin 2025, réparties 81 % Edahabia (environ 17,8 millions, émises par Algérie Poste) et 19 % CIB (environ 4,1 millions, émises par le secteur bancaire). Cela représente plus du double de la base de 2022, qui tournait autour de 10 millions de cartes.
Pourquoi cela ne s’est-il pas traduit en adoption sans cash ?
L’écart se trouve côté acceptation. L’Algérie compte environ 80 000 TPE actifs pour plus d’1 million de commerçants enregistrés — environ 8 % de couverture. La détention de cartes est largement répartie mais la plupart des petits commerçants n’ont pas d’infrastructure d’acceptation électronique, ce qui maintient les transactions en cash même lorsque le consommateur a une carte en poche.
Que doivent faire commerçants et fintech maintenant ?
Les commerçants devraient évaluer les solutions soft POS et tap-to-phone, qui coûtent une fraction d’un TPE traditionnel et réduisent l’onboarding à quelques jours. Les fondateurs fintech devraient bâtir un outillage PME — tableaux de bord de rapprochement, scoring crédit basé sur les flux de cartes, agrégation QR sur Baridi Pay, Chinaâ Pay et portefeuilles bancaires — qui monétise la base de 21,9 millions de cartes plutôt que concurrencer sur l’émission.
Sources et lectures complémentaires
- Paiement électronique : les derniers chiffres du GIE Monétique — Eco Algeria
- L’Algérie : 80 000 TPE pour plus d’un million de commerçants à fin 2025 — TSA-Algérie
- Avec une évolution de 179 % en 2025 : Le paiement sur internet explose — El Watan
- Paiements électroniques en Algérie : les chiffres des sept premiers mois de 2025 — Algerie Eco
- E-paiement en Algérie : 77 000 TPE actifs sur un total de 1,6 million de commerçants — Algerie Eco
- E-Paiement en Algérie : le bilan 2025 — Maghreb Emergent











