L’environnement réglementaire numérique de l’Algérie a connu plus de changements au cours des 18 derniers mois qu’au cours de la décennie précédente. Pour les fondateurs, les directeurs techniques et les équipes juridiques, comprendre le texte réel des lois — pas les résumés de seconde main — compte plus que jamais. Le cadre comprend désormais la loi sur le commerce électronique (18-05), la loi sur la protection des données (18-07) plus son amendement de 2025, la loi sur la signature électronique (15-04), une nouvelle réglementation fintech PSP, une interdiction totale des cryptomonnaies, et un décret présidentiel de janvier 2026 ajoutant des obligations de cybersécurité pour chaque institution publique.
Cet article passe en revue chaque instrument, ce qu’il dit réellement, et ce qu’il signifie pour les startups et entreprises technologiques opérant en Algérie.
Loi sur le Commerce Électronique 18-05 : Ce Qu’Elle Dit Réellement
La loi 18-05 (10 mai 2018) établit des obligations d’information obligatoires pour les fournisseurs de commerce électronique : conditions contractuelles, processus de retour, gestion des réclamations et règles de formation des transactions. Deux points critiques qui sont fréquemment mal représentés :
- La règle des « 7 jours de retour » n’est pas universelle : La loi 18-05 n’établit pas un droit de rétractation général de 7 jours pour tous les achats en ligne. Le retrait de 7 jours s’applique spécifiquement aux contrats de crédit et aux ventes à domicile (Article 14). Pour les produits non conformes commandés en ligne, le délai de retour est de 4 jours ouvrables à compter de la livraison effective, avec remboursement sous 15 jours. Tout opérateur de commerce électronique revendiquant un droit statutaire général de retour de 7 jours interprète mal le texte.
- Les paiements doivent emprunter des rails réglementés : Le paiement électronique doit être effectué via des plateformes exploitées exclusivement par des banques agréées par la Banque d’Algérie et par Algérie Poste, sous les contrôles de sécurité et d’interopérabilité de la banque centrale. C’est pourquoi les passerelles internationales comme Stripe et PayPal restent juridiquement complexes à intégrer sans autorisation explicite — pas une limitation technique, mais une décision d’architecture juridique.
- Exigences de domaine et d’hébergement : Les sites de commerce électronique doivent être hébergés en Algérie avec une extension `.com.dz`. Cela crée des obligations de résidence des données dès le départ et affecte les choix d’infrastructure pour toute startup exploitant une marketplace en ligne.
Le marché du commerce électronique en Algérie a atteint environ 1,5 milliard de dollars (2025), avec une croissance de 15 à 20 % par an, et un taux de pénétration de 16,3 % projeté à 19,4 % d’ici 2029. La part du commerce en ligne dans le commerce de détail total reste inférieure à 5 % — une marge de croissance énorme, mais qui nécessite de naviguer soigneusement dans ce cadre réglementaire.
Fintech : La Première Réglementation PSP de l’Algérie (Août 2025)
L’Instruction n° 06-2025 de la Banque d’Algérie (publiée le 17 août 2025) représente le premier cadre formel de l’Algérie pour les Prestataires de Services de Paiement — une réglementation historique pour les startups fintech. Dispositions clés :
- Système de portefeuille numérique à trois niveaux :
- Niveau 1 : solde jusqu’à 100 000 DZD (~750 $)
- Niveau 2 : solde jusqu’à 500 000 DZD (~3 750 $)
- Niveau 3 : solde jusqu’à 1 000 000 DZD (~7 500 $)
- Capital minimum : 160 millions DZD (~1,2 million $) pour créer un PSP
- Restriction monétaire : Toutes les opérations doivent être en dinars algériens uniquement
- Exigence territoriale : Le siège social et la plateforme de paiement doivent se trouver sur le territoire national algérien
- Règles du réseau d’agents : Les PSP peuvent opérer via des agents (détaillants, boutiques télécom) sous des normes de conformité définies
- Conformité LBC/KYC : Obligations complètes en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et de connaissance du client
Cette réglementation crée un cadre clair pour les startups fintech comme ALPAY et SofizPay — mais l’exigence de capital minimum de 160 millions DZD constitue une barrière significative à l’entrée qui limitera le marché aux acteurs bien financés.
L’Interdiction des Cryptomonnaies : Loi 25-10 (Juillet 2025)
L’Algérie a promulgué l’une des interdictions de cryptomonnaies les plus strictes au monde avec la Loi n° 25-10 (effective le 24 juillet 2025), criminalisant toutes les activités crypto y compris :
- La possession, l’achat et la vente de toute cryptomonnaie
- Le minage et la promotion des cryptomonnaies
- L’utilisation de cryptomonnaies pour les paiements
Sanctions : 2 à 12 mois d’emprisonnement et/ou amendes de 200 000 à 1 000 000 DZD (~1 500-7 700 $).
Pour les startups, c’est sans ambiguïté : tout token basé sur la blockchain, marketplace NFT, ou intégration de paiement crypto est illégal en vertu du droit algérien. Les startups Web3 servant le marché algérien doivent structurer leurs opérations en conséquence — ou opérer exclusivement dans des juridictions étrangères.
Protection des Données : Loi 18-07 et l’Amendement de 2025
La loi 18-07 (juin 2018) est le cadre principal de protection des données de l’Algérie. Ses règles de transfert transfrontalier sont explicites et strictes : les données personnelles ne peuvent être transférées vers un État étranger sans autorisation de l’ANPDP (Autorité Nationale de Protection des Données Personnelles), et uniquement si l’État destinataire assure un niveau de protection adéquat. Les transferts susceptibles de porter atteinte à la sécurité publique ou aux intérêts vitaux sont interdits quelle que soit l’autorisation.
L’amendement de juillet 2025 — Loi 11-25 — a significativement renforcé le cadre :
- Nomination obligatoire d’un DPO pour tous les responsables de traitement
- Analyses d’Impact sur la Protection des Données (AIPD) pour les traitements à haut risque
- Notification de violation sous 5 jours à l’ANPDP
- Définitions élargies couvrant les données biométriques, le profilage, la pseudonymisation et les violations de données
- Exigences de journaux de traitement applicables aux sous-traitants tiers
- Pôles régionaux d’audit et de contrôle pour une supervision élargie de l’ANPDP
Pour les startups utilisant tout outil SaaS hébergé à l’étranger — CRM, plateformes d’analytique, outils de support client, stockage cloud — ces obligations ne sont pas théoriques. Chaque sous-traitant qui touche des données personnelles algériennes doit être évalué selon ce cadre.
Une mise en garde importante : Malgré le cadre juridique complet, il n’y a pas d’actions d’application publiquement rapportées par l’ANPDP début 2026. L’autorité a publié des procédures de conformité mais n’a pas divulgué de sanctions ou d’enquêtes spécifiques. Ce déficit d’application pourrait se réduire à mesure que l’agence développe ses opérations et que les nouvelles obligations de DPO créent une pression de conformité interne au sein des organisations.
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Signature Électronique : Loi 15-04
La loi 15-04 (1er février 2015) établit qu’une signature électronique qualifiée répondant aux normes de sécurité et de fiabilité de la loi a la même valeur juridique qu’une signature manuscrite. Aucune signature électronique ne peut se voir refuser tout effet juridique au seul motif qu’elle est sous forme électronique.
La loi crée une structure de certification à trois niveaux :
- ANCE (Autorité Nationale de Certification Électronique) — rattachée au Premier Ministre, supervise l’ensemble du cadre
- AGCE (Autorité Gouvernementale de Certification Électronique) — sous le Ministre de la Poste et des Télécommunications, gère la certification du secteur public
- ARPCE — désignée comme Autorité Économique de Certification Électronique, supervisant les prestataires de services de certification du secteur privé
Mise à jour — Novembre 2025 : Le Conseil des Ministres a approuvé un projet de loi sur l’identification numérique et les services de confiance électroniques qui modernisera et remplacera la loi 15-04. La nouvelle loi couvre les signatures numériques, les cachets numériques, les horodatages, les sceaux électroniques, l’authentification web, et se relie au système de carte d’identité nationale biométrique de l’Algérie. Il est actuellement en cours d’examen au Parlement.
Cybersécurité : Décret 26-07 (Janvier 2026)
Le Décret Présidentiel n° 26-07 (7 janvier 2026) exige de chaque institution publique, administration et organisme public qu’il établisse une structure de cybersécurité dédiée — indépendante des opérations informatiques, rattachée directement au plus haut responsable de l’entité. Ce décret s’ajoute à la Stratégie Nationale de Sécurité des Systèmes d’Information 2025-2029 (Décret Présidentiel n° 25-321, 30 décembre 2025).
Pour les startups vendant au secteur public (B2G), cela signifie :
- Vos clients gouvernementaux disposent désormais d’évaluateurs de cybersécurité dédiés qui examineront la posture de sécurité de votre produit
- Les clauses de cybersécurité doivent être intégrées dans les contrats d’externalisation
- Les obligations de signalement d’incidents s’étendent aux fournisseurs
- La conformité avec la législation sur la protection des données est explicitement requise
Le Label Startup et l’Architecture Fiscale
Le système de Label Startup de l’Algérie, administré par le Ministère de l’Économie de la Connaissance, est la principale passerelle vers le soutien de l’État. Les critères de labellisation incluent : dépenses de R&D supérieures à 15 % du chiffre d’affaires, fondateurs titulaires de doctorats (50 %+), propriété de PI/brevets, ou présentation de prototype. Environ 7 800 entreprises se sont inscrites sur startup.dz, dont environ 2 300 détiennent le label formel.
Les startups labellisées bénéficient de :
- Exonérations fiscales : Exonération d’IRG (impôt sur le revenu) ou d’IBS (impôt sur les bénéfices des sociétés) pendant 4 ans à compter de l’obtention du label, renouvelable pour 2 années supplémentaires (jusqu’à 6 ans au total). Déductions R&D jusqu’à 30 % du bénéfice imposable, plafonnées à 200 millions DZD.
- Accès au Fonds Algérien des Startups (ASF) : Soutenu par 6 banques publiques avec 2,4 milliards DZD de capital, plus une facilité de 58 milliards DZD (411 millions $) à travers 58 fonds régionaux (un par wilaya). Maximum 150 millions DZD (~1 million $) par projet.
- Fonds IA d’Algérie Télécom : Un véhicule distinct de 1,5 milliard DZD (11 millions $) spécifiquement pour les startups IA, cybersécurité et robotique.
- Incitations boursières : Exonération complète de frais à la Bourse d’Alger pour 2026-2028 (frais de visa COSOB, frais d’admission SGBV, frais de conservation Algérie Clearing) pour des levées de fonds jusqu’à 500 millions DZD via le segment Croissance.
- Préférence dans les marchés publics : Statut favorisé dans les appels d’offres publics en vertu de la loi révisée sur les marchés publics.
La première introduction en bourse d’une startup (Moustachir, début 2025) et la première sortie du ASF (VOLZ, décembre 2025 avec un rendement de 3,35x) démontrent que ces mécanismes produisent des résultats — pas seulement des annonces politiques.
Ce Qui Arrive : SNTN-2030 et la Loi Numérique
La stratégie SNTN-2030 (« Algérie Numérique 2030 ») prévoit plus de 500 projets pour 2025-2026, dont 75 % axés sur la modernisation des services publics. Deux centres de données nationaux sont en construction (Mohammadia à 80 % d’achèvement, Blida à 50 %). L’agenda législatif plus large comprend le projet de loi sur l’identité numérique et les services de confiance (approuvé en cabinet en novembre 2025) et des cadres potentiels pour la transparence algorithmique et la régulation des plateformes.
Les startups déjà conformes aux obligations existantes — protection des données, réglementation des paiements, évaluations de cybersécurité — auront un avantage structurel quand la prochaine vague de réglementation arrivera.
Questions Fréquemment Posées
Qu’exige la loi sur l’économie numérique algérienne des entreprises tech ?
La loi établit des cadres pour les licences e-commerce, la régulation des paiements numériques, les exigences de localisation des données et la protection des consommateurs pour les transactions en ligne.
Comment cette loi affecte-t-elle spécifiquement les startups algériennes ?
Les startups bénéficient de cadres juridiques plus clairs pour le e-commerce et les paiements numériques, mais font face à de nouveaux coûts de conformité. La loi crée des opportunités en regtech, tandis que la localisation des données peut augmenter les coûts d’infrastructure.
Comment la loi numérique algérienne se compare-t-elle aux cadres régionaux ?
L’approche algérienne est plus prescriptive que celle de la Tunisie mais moins complète que celle du Maroc. Les exigences de localisation des données sont plus strictes que la plupart des pays nord-africains.
Sources et lectures complémentaires
- Journal Officiel — Loi 18-05 (Commerce électronique, mai 2018)
- Journal Officiel — Loi 18-07 (Protection des données, juin 2018)
- Journal Officiel — Loi 15-04 (Signature électronique, 2015)
- CMS Expert Guide — Algeria Data Protection Law 11-25
- LaunchBase Africa — Algeria Fintech PSP Rules
- Decrypt — Algeria Bans All Crypto Activities
- ARPCE — Décret Présidentiel n° 26-07 (Cybersécurité)
- Ecofin Agency — Algeria Opens Stock Market Access to Startups
- Global Trade Alert — ASF DZD 58 Billion Funding Capacity
- Biometric Update — Algeria Digital ID and Trust Services Law
















