⚡ Points Clés

L’Algérie a connecté 3 millions de foyers aux réseaux fibre jusqu’au domicile (FTTH), contre seulement 53 000 en 2020 — un taux de croissance supérieur à 5 500 %. Avec le lancement de débits résidentiels de 1,6 Gbps, l’offre FTTH la plus rapide de tout le continent africain, et un engagement ferme d’éliminer toutes les lignes cuivre d’ici fin 2027, l’Algérie mène l’un des programmes de modernisation du haut débit les plus ambitieux du continent.

En résumé : Les entreprises et professionnels IT algériens doivent évaluer leur connectivité actuelle et migrer vers la FTTH s’ils ne l’ont pas encore fait. L’abandon du cuivre d’ici 2027 n’est pas optionnel — les organisations encore sur ADSL ont besoin de plans de migration dès maintenant. Pour les entrepreneurs tech, la combinaison de la fibre gigabit et de la 5G crée des conditions d’infrastructure capables de supporter des applications et services cloud-natifs auparavant non viables en Algérie.

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🧭 Radar de Décision

Pertinence pour l’Algérie
Haute

Pertinence pour l’Algérie : Haute — impact direct sur chaque foyer et entreprise du pays.
Calendrier d’action
Immédiat

Immédiat — la migration fibre et l’abandon du cuivre sont en cours
Parties prenantes clés
Algerie Telecom
Type de décision
Stratégique

Stratégique — les entreprises doivent planifier en fonction de la disponibilité de la fibre
Niveau de priorité
Critique

Niveau de priorité évalué à Critique en fonction de l’impact et de l’urgence.

En bref : Les entreprises et professionnels IT algériens doivent évaluer leur connectivité actuelle et migrer vers la FTTH s’ils ne l’ont pas encore fait. L’abandon du cuivre d’ici 2027 n’est pas optionnel — les organisations encore sur ADSL ont besoin de plans de migration dès maintenant. Pour les entrepreneurs tech, la combinaison de la fibre gigabit et de la 5G crée des conditions d’infrastructure capables de supporter des applications et services cloud-natifs auparavant non viables en Algérie.

Une annonce historique

Le 20 février 2026, le ministre de la Poste et des Télécommunications Sid Ali Zerrouki a confirmé que le pays avait atteint 3 millions de foyers connectés au haut débit fibre jusqu’au domicile (FTTH). Cette annonce a marqué un point d’inflexion décisif dans la stratégie nationale algérienne en matière de haut débit, validant des années d’investissement en infrastructure mené par l’opérateur public Algerie Telecom.

Ce jalon est d’autant plus remarquable lorsqu’on le mesure à la situation de l’Algérie seulement six ans auparavant. Début 2020, l’Algérie comptait environ 53 000 abonnés FTTH. Le passage de 53 000 à 3 millions représente un taux de croissance que peu d’opérateurs télécoms nationaux dans le monde ont égalé dans un délai aussi court.

Le ministre Zerrouki a présenté cette réalisation comme le résultat direct des directives stratégiques du président Abdelmadjid Tebboune visant à étendre l’infrastructure numérique à haut débit sur l’ensemble du territoire national. Le plan « Tout Fibre » du gouvernement, qui vise à généraliser la couverture fibre optique dans les 58 wilayas d’ici 2027, est désormais visiblement en bonne voie.

La trajectoire de croissance : d’une niche à un phénomène de masse

L’expansion FTTH de l’Algérie a suivi une courbe exponentielle qui s’est nettement accélérée après 2022. Les chiffres racontent une histoire convaincante de montée en puissance infrastructurelle :

  • 2020 : ~53 000 abonnés FTTH
  • 2022 : ~478 000 abonnés FTTH
  • 2023 : ~1,08 million d’abonnés FTTH (croissance de 126 % en glissement annuel)
  • Avril 2025 : 2 millions d’abonnés FTTH, couvrant environ 27 % des 7,4 millions de foyers algériens
  • Septembre 2025 : 2,5 millions d’abonnés FTTH
  • Février 2026 : 3 millions de foyers connectés en FTTH

Qu’est-ce qui a alimenté cette accélération ? Plusieurs facteurs convergents. Premièrement, Algerie Telecom a massivement investi dans l’infrastructure de distribution fibre, déployant de nouveaux équipements dans toutes les wilayas et étendant les armoires de distribution fibre dans les quartiers résidentiels. Deuxièmement, le gouvernement a adopté des stratégies tarifaires destinées à rendre la fibre accessible : des offres promotionnelles ont ramené le coût d’abonnement à seulement 300 DZD (environ 2 $) pour le premier mois, avec l’installation gratuite du modem optique pour les clients migrant depuis l’ADSL. Troisièmement, la dégradation progressive du réseau cuivre ADSL vieillissant a créé une demande naturelle de migration — à mesure que la fiabilité du cuivre déclinait, la fibre est devenue non seulement plus rapide, mais souvent plus stable.

Le taux de pénétration actuel d’environ 40 % des foyers (3 millions sur ~7,4 millions) laisse encore une marge de croissance importante. Mais le rythme des nouveaux raccordements — en moyenne environ 100 000 par mois tout au long de 2025 — suggère que l’Algérie pourrait approcher les 50 % de pénétration des foyers avant la fin de 2026.

L’infrastructure derrière les chiffres

Atteindre 3 millions de foyers ne se résume pas à installer 3 millions de terminaux de réseau optique. Le déploiement a nécessité la construction de l’ensemble de l’infrastructure de réseau optique passif (PON) à partir de zéro dans la plupart des zones : câbles de transport fibre depuis les centraux, terminaux de ligne optique (OLT) aux nœuds d’échange, concentrateurs de distribution fibre au niveau des quartiers, et raccordements de dernier kilomètre vers les résidences individuelles.

Algerie Telecom a déployé de nouveaux équipements fibre dans les 58 wilayas, un engagement en faveur de l’équilibre géographique qui distingue l’approche algérienne des pays où le déploiement fibre se concentre exclusivement sur les marchés urbains rentables. Le réseau de transport fibre national — qui avait atteint près de 200 000 kilomètres de câble fibre optique fin 2021 et a continué de s’étendre depuis — fournit l’épine dorsale à laquelle ces réseaux de distribution locaux se connectent. Le réseau comprend sept boucles régionales NG-DWDM, chacune capable de transmettre jusqu’à 3 térabits par seconde.

Le déploiement a également nécessité une montée en compétences de la main-d’œuvre. L’installation de fibre exige des techniciens spécialisés pour l’épissurage, les tests et la mise en service — des compétences qui n’existaient pas à grande échelle sur le marché du travail algérien il y a six ans. Algerie Telecom a investi dans des programmes de formation et s’est associé à des fournisseurs d’équipements pour constituer une main-d’œuvre d’installateurs nationaux capable de soutenir les rythmes de raccordement mensuels exigés par le déploiement.

L’adoption par l’Algérie de la technologie XGS-PON pour ses offres haut de gamme est également remarquable. Plutôt que de s’appuyer uniquement sur le GPON historique (limité à 2,5 Gbps en flux descendant partagé), l’opérateur a introduit des modems XGS-PON pour les clients disposant d’offres de 1 Gbps et plus — une technologie symétrique capable de 10 Gbps qui offre la marge nécessaire pour fournir 1,6 Gbps aux abonnés individuels même avec des taux de partage standard. Ce choix technologique tourné vers l’avenir signifie que l’infrastructure supportant les offres les plus élevées peut accueillir des paliers de débit bien supérieurs aux offres actuelles sans nécessiter de remplacement d’équipements.

La fibre résidentielle la plus rapide d’Afrique : 1,6 Gbps

La vitesse compte autant que la couverture. En août 2025, Algerie Telecom a lancé de nouvelles offres IDOOM Fibre avec des débits allant jusqu’à 1,6 gigabit par seconde — les débits FTTH résidentiels les plus rapides disponibles sur l’ensemble du continent africain. Cela faisait suite au précédent record de l’opérateur de 1,2 Gbps établi en novembre 2024, lui-même un jalon continental à l’époque.

L’offre à 1,6 Gbps n’est pas simplement un produit vitrine réservé à une poignée d’utilisateurs premium. Le portefeuille IDOOM Fibre d’Algerie Telecom comprend une gamme de paliers de débit conçus pour différents profils d’utilisation, depuis des offres d’entrée de gamme adaptées à la navigation légère jusqu’aux paliers intermédiaires pour le streaming et le télétravail, en passant par des débits de classe gigabit pour les utilisateurs intensifs et les créateurs de contenu. Suite à une restructuration récente, le palier d’entrée de gamme a été porté à 60 Mbps, tandis que les paliers supérieurs atteignent 1,5 Gbps et 1,6 Gbps.

La tarification reste compétitive selon les standards régionaux, avec des offres fibre d’entrée de gamme à partir d’environ 2 200 DZD par mois. Les paliers gigabit et au-delà comportent une tarification premium mais restent accessibles par rapport aux offres comparables en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

Pour mettre en perspective ce que signifie 1,6 Gbps en termes pratiques : à cette vitesse, un film en Full HD se télécharge en environ 4 secondes, un jeu de 50 Go s’installe en moins de 5 minutes, et un foyer peut simultanément diffuser plusieurs flux vidéo 4K, jouer en cloud gaming et effectuer de gros transferts de fichiers sans dégradation perceptible. Pour la main-d’œuvre en télétravail et les entrepreneurs numériques algériens, ces débits éliminent la bande passante comme goulet d’étranglement.

L’abandon du cuivre : une échéance ferme

Les ambitions fibre de l’Algérie s’accompagnent d’un engagement tout aussi audacieux : l’abandon complet du réseau de télécommunications cuivre d’ici fin 2027. Il ne s’agit pas d’un objectif indicatif ou d’une déclaration d’intention — le gouvernement l’a positionné comme une politique d’infrastructure contraignante, soutenue par des directives présidentielles.

Le réseau cuivre, construit sur plusieurs décennies et autrefois l’épine dorsale de l’internet fixe algérien via la technologie ADSL, est devenu un passif de plus en plus coûteux. Les lignes cuivre souffrent d’une dégradation du signal proportionnelle à la distance, d’une vulnérabilité aux intempéries et aux dommages physiques, et de plafonds de débit fortement limités. Maintenir le réseau cuivre tout en construisant simultanément la fibre représente un double coût qu’Algerie Telecom est désireux d’éliminer. En septembre 2024, environ 2,6 millions d’abonnés restaient sur l’ADSL cuivre, soit 44 % des 5,9 millions d’abonnés à l’internet fixe à cette date.

La stratégie d’abandon suit une approche région par région. À mesure que l’infrastructure fibre atteint un quartier, les services ADSL sur cuivre sont progressivement migrés. Les clients sur ADSL cuivre se voient proposer des incitations à la migration subventionnées — y compris des modems optiques gratuits et la suppression des frais d’installation — pour accélérer le basculement volontaire avant le démantèlement de l’infrastructure cuivre.

L’échéance de 2027 est ambitieuse selon les standards internationaux. La France, souvent citée comme leader du déploiement fibre, a fixé son propre objectif d’arrêt du cuivre à 2030. Le calendrier compressé de l’Algérie reflète à la fois l’urgence de la modernisation et l’avantage relatif de construire la fibre dans un marché où l’infrastructure cuivre n’a jamais été aussi profondément ancrée que dans les marchés télécoms plus anciens.

L’abandon du cuivre procure également à Algerie Telecom un bénéfice matériel en termes de réduction des coûts. Exploiter deux réseaux fixes parallèles — fibre et cuivre — double approximativement les coûts de maintenance de l’infrastructure du dernier kilomètre. Chaque quartier qui passe entièrement à la fibre permet à l’opérateur de démanteler les points de distribution cuivre, de réduire les interventions terrain pour la réparation des pannes cuivre, et de réaffecter le personnel technique aux nouvelles installations fibre plutôt qu’à la maintenance du réseau historique.

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Cartographier les lacunes : une approche participative

Même au moment de célébrer le cap des 3 millions, Algerie Telecom a reconnu que d’importantes lacunes de couverture subsistent. Environ 4,4 millions de foyers — près de 60 % du total — ne sont toujours pas connectés à la fibre. Beaucoup d’entre eux se trouvent dans des zones rurales, des wilayas du sud et des zones périurbaines où l’infrastructure de distribution fibre n’a pas encore été déployée.

Pour y remédier de manière systématique, Algerie Telecom a lancé une enquête publique en ligne invitant les citoyens à signaler les zones dépourvues de connectivité fibre. L’enquête, hébergée sur le site officiel d’Algerie Telecom, demandait aux comités de quartier et aux représentants locaux de fournir des informations détaillées incluant les noms de localités, le nombre estimé de foyers et les coordonnées GPS. La période de soumission s’est étendue jusqu’en juillet 2025.

Cette approche cartographique participative est inhabituelle dans le secteur des télécoms, où les opérateurs s’appuient généralement sur des bases de données internes de planification réseau. En externalisant l’identification des lacunes auprès des citoyens, Algerie Telecom obtient un renseignement granulaire, issu du terrain, que la planification purement descendante pourrait manquer — en particulier dans les zones où les bases de données d’adresses officielles sont incomplètes ou obsolètes.

Les données collectées via l’enquête alimentent directement le plan d’action 2026 d’Algerie Telecom, qui priorise le déploiement dans les zones identifiées comme mal desservies. L’approche remplit également une fonction d’engagement citoyen, signalant aux habitants des zones non connectées que leurs besoins sont reconnus et mis en file d’attente pour action.

Le facteur de convergence 5G

Le jalon fibre de l’Algérie n’existe pas de manière isolée. Il arrive dans le sillage immédiat d’un autre événement infrastructurel transformateur : le lancement commercial des services 5G le 3 décembre 2025. Les trois opérateurs licenciés — Mobilis (branche mobile d’Algerie Telecom), Djezzy et Ooredoo Algeria — ont versé un total combiné de 63,9 milliards de dinars (~492 millions $) pour leurs licences de spectre 5G.

La relation entre FTTH et 5G est symbiotique. Les stations de base 5G nécessitent un backhaul fibre à haute capacité pour tenir leurs promesses de débit. Sans une infrastructure fibre étendue atteignant les sites d’antennes, la couverture 5G reste théorique. Le réseau fibre de 3 millions de foyers algériens fournit précisément le substrat de backhaul qui rend le déploiement 5G économiquement viable au-delà des wilayas pilotes initiales.

Les licences 5G incluent des jalons de couverture contraignants : un service pilote dans huit wilayas au lancement, avec une obligation pour les opérateurs de s’étendre à dix wilayas supplémentaires par an jusqu’à ce que la couverture nationale soit atteinte d’ici 2031. Atteindre ce mandat nécessitera la poursuite de la construction fibre en profondeur dans les villes secondaires et les zones semi-rurales — créant un cercle vertueux où les exigences du déploiement 5G tirent l’investissement fibre vers l’avant.

Implications économiques et sociales

L’ampleur de la transformation du haut débit en Algérie a des implications qui vont bien au-delà des débits de téléchargement. Le gouvernement a explicitement lié le déploiement fibre à son programme plus large de modernisation économique, incluant des plans visant à porter la contribution du secteur numérique au PIB à 20 % d’ici 2030 à travers plus de 500 projets numériques planifiés pour 2025-2026.

Le haut débit à grande vitesse constitue une infrastructure fondamentale pour plusieurs secteurs que le gouvernement a priorisés :

E-gouvernement et services publics numériques : L’Algérie a engagé la numérisation de processus administratifs — déclarations fiscales, état civil, immatriculation des entreprises — qui nécessitent un haut débit fiable pour atteindre les citoyens hors des grandes villes. La connectivité fibre dans les 58 wilayas signifie que ces services peuvent être réalistement accessibles à l’échelle nationale plutôt que de rester des commodités urbaines.

Éducation et recherche : Les universités et institutions de recherche nécessitent une connectivité à large bande passante pour le cloud computing, les plateformes de recherche collaborative et l’accès aux bases de données académiques mondiales. Le réseau fibre fournit l’épine dorsale permettant au système d’enseignement supérieur algérien en pleine croissance de participer aux réseaux de recherche internationaux.

Santé et télémédecine : La vaste géographie de l’Algérie — c’est le plus grand pays d’Afrique par superficie — rend la télémédecine particulièrement pertinente pour les populations des wilayas du sud. Les établissements de santé connectés en fibre peuvent supporter des consultations vidéo en haute définition, le diagnostic à distance et la transmission d’imagerie médicale que les connexions ADSL ne pouvaient pas gérer de manière fiable.

Écosystème startup : La scène tech startup émergente de l’Algérie dépend d’un haut débit abordable et fiable. Le développement cloud, la livraison de SaaS et la collaboration à distance avec des clients internationaux requièrent tous une connectivité que la fibre offre et que le cuivre ne peut pas fournir.

Contexte régional : où se situe l’Algérie

Le cap des 3 millions de FTTH positionne l’Algérie comme le plus grand marché FTTH d’Afrique du Nord en nombre d’abonnés. L’Égypte est en tête pour le nombre total d’abonnés au haut débit et les débits médians de téléchargement, mais a été plus lente dans la transition du DSL vers la fibre, s’appuyant davantage sur les mises à niveau VDSL. Le déploiement fibre de la Tunisie en est encore à un stade plus précoce.

À l’échelle du continent africain, les débits résidentiels de 1,6 Gbps de l’Algérie sont inégalés. Les opérateurs fibre d’Afrique du Sud proposent des débits maximaux de 1 Gbps dans des zones urbaines sélectionnées. Safaricom Home Fibre au Kenya a introduit un forfait Platinum à 1 Gbps en septembre 2024, bien que ses paliers les plus populaires restent bien en deçà. Le marché fibre du Nigeria est en croissance mais reste concentré à Lagos et Abuja.

La comparaison continentale souligne une réalité qui n’est pas toujours reconnue à l’international : l’Algérie a discrètement construit l’un des réseaux de haut débit fixe les plus avancés d’Afrique, exécutant un programme de déploiement qui rivalise avec ou dépasse ce que des nations bien plus riches ont accompli dans des délais comparables.

Il convient de noter que le déploiement FTTH de l’Algérie bénéficie également d’une structure démographique favorable. Avec une population d’environ 47 millions d’habitants concentrée le long de la bande côtière méditerranéenne — environ 70 % de la population vit dans les 10 % septentrionaux du territoire — les conditions économiques du déploiement fibre sont plus favorables que dans les pays à populations dispersées. Le défi réside dans les 30 % restants : les communautés des Hauts Plateaux, de l’Atlas saharien et du Grand Sud où la densité de population chute drastiquement et les coûts de déploiement par foyer augmentent en conséquence.

Bande passante internationale : le facteur câbles sous-marins

L’infrastructure fibre domestique ne constitue que la moitié de l’équation. À mesure que des millions de foyers algériens accèdent à des connexions de classe gigabit, la demande en bande passante internationale — les câbles sous-marins et les liaisons transfrontalières qui connectent l’Algérie à l’infrastructure internet mondiale — augmente en proportion directe.

L’Algérie se connecte actuellement à l’internet mondial via plusieurs systèmes de câbles sous-marins, notamment la liaison Alval/Orval vers l’Espagne (jusqu’à 40 Tbps de capacité maximale, mise en service en décembre 2020) et le système historique SeaMeWe-4. La bande passante internationale installée totale du pays s’élève à environ 10,2 Tbps.

Cette capacité est sur le point de s’accroître considérablement. Deux nouveaux systèmes de câbles sous-marins sont prévus pour entrer en service en Algérie en 2026 : le câble Medusa (8 700+ km, 342 millions EUR, 24 paires de fibres à 20 Tbps chacune) avec des points d’atterrissement à Alger et Collo, et le câble Africa-1 atterrissant à Bejaia avec une capacité de 200-300 Gbps. Ensemble, ces systèmes multiplieront la bande passante internationale disponible de l’Algérie, garantissant que la capacité du réseau fibre domestique soit proportionnée au transit international.

Le timing est crucial. Sans nouvelle capacité de câbles sous-marins, les liaisons internationales existantes de l’Algérie feraient face à une congestion croissante à mesure que des millions de nouveaux abonnés fibre stimulent la demande de services cloud, de streaming et de transfert de données international. L’arrivée synchronisée de la construction fibre domestique et de la nouvelle capacité de câbles sous-marins représente une planification d’infrastructure coordonnée qui positionne favorablement l’Algérie pour une croissance soutenue de la bande passante.

Perspectives

Le chemin de 3 millions vers la couverture universelle reste exigeant. Les 60 % restants de foyers non connectés comprennent les déploiements les plus difficiles et les plus coûteux — zones rurales à faible densité de population, terrains montagneux en Kabylie et dans les Aurès, et vastes wilayas sahariennes où les conditions économiques de la fibre sont fondamentalement différentes des déploiements urbains.

La stratégie d’Algerie Telecom pour ces zones restantes combinera probablement la poursuite de l’extension FTTH dans les zones périurbaines avec l’accès sans fil fixe (tirant potentiellement parti du nouveau réseau 5G) pour les localités les plus reculées. L’échéance de l’abandon du cuivre en 2027 crée une urgence : chaque foyer actuellement sur ADSL cuivre a besoin d’une alternative avant que ce réseau ne soit éteint.

La dimension qualité de service mérite également attention. Déployer la fibre est nécessaire mais insuffisant — l’expérience de l’abonné dépend de débits effectifs constants, d’un temps de disponibilité fiable et d’une réparation réactive des pannes. À mesure que le réseau passe de 3 millions à 5 millions d’abonnés et au-delà, Algerie Telecom devra faire évoluer proportionnellement ses systèmes de support opérationnel, ses capacités de supervision réseau et sa capacité de service client. Certains des défis qui ont historiquement affecté l’expérience internet en Algérie — débits inconsistants, résolution lente des pannes et congestion aux heures de pointe — sont autant opérationnels qu’infrastructurels, et devront être traités parallèlement à la poursuite du déploiement physique.

L’année à venir mettra à l’épreuve la capacité de l’Algérie à maintenir l’élan de son déploiement à mesure qu’elle passe des zones urbaines à haute densité à des terrains plus exigeants. Mais la trajectoire est claire. Avec 3 millions de foyers connectés, les débits fibre résidentiels les plus rapides d’Afrique, la 5G commerciale en cours et une date ferme d’abandon du cuivre au calendrier, l’infrastructure haut débit de l’Algérie connaît une transformation qui façonnera l’économie numérique du pays pour les décennies à venir.

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Questions Fréquemment Posées

Comment l’Algérie est-elle passée de 53 000 abonnés FTTH en 2020 à 3 millions en février 2026 ?

La croissance FTTH de l’Algérie a suivi une courbe exponentielle : d’environ 53 000 abonnés en 2020 à 478 000 en 2022, puis 1,08 million en 2023 (croissance de 126 % en glissement annuel), 2 millions en avril 2025 couvrant 27 % des 7,4 millions de foyers algériens, et enfin 3 millions en février 2026. Cela représente un taux de croissance dépassant 5 500 %, porté par le plan « Tout Fibre » sous les directives stratégiques du Président Tebboune pour étendre la couverture fibre à l’ensemble des 58 wilayas d’ici 2027.

Quel est le calendrier de l’abandon complet du réseau cuivre en Algérie, et qu’est-ce que cela signifie pour les utilisateurs ADSL ?

L’Algérie s’est engagée à éliminer toutes les lignes téléphoniques en cuivre d’ici fin 2027. Cet abandon du cuivre n’est pas optionnel. Les organisations et ménages encore sur ADSL doivent élaborer des plans de migration dès maintenant, car le plan « Tout Fibre » vise à généraliser la couverture en fibre optique dans les 58 wilayas d’ici cette échéance. Le Ministre de la Poste et des Télécommunications Sid Ali Zerrouki a confirmé ce calendrier parallèlement à l’annonce du jalon de 3 millions de raccordements FTTH.

Comment la vitesse FTTH de 1,6 Gbps en Algérie se compare-t-elle aux autres pays africains, et quels développements 5G la complètent ?

L’offre FTTH résidentielle de 1,6 Gbps de l’Algérie est la vitesse fibre la plus rapide disponible en Afrique, lancée par Algérie Télécom. En complément, les trois opérateurs mobiles — Mobilis, Djezzy et Ooredoo — ont commencé les déploiements commerciaux de la 5G après l’obtention de licences d’une valeur combinée de près de 492 millions de dollars. La combinaison de la fibre gigabit et de la 5G crée des conditions d’infrastructure capables de supporter des applications cloud-native et des services auparavant non viables en Algérie.

Sources et lectures complémentaires