Ce que la révision du DMA a révélé — et ce qu’elle a ouvert
Le Digital Markets Act est entré en application en mars 2024. La première révision formelle de la Commission, exigée avant le 3 mai 2026, a évalué si la loi nécessitait une révision après deux ans d’application. La conclusion principale, publiée le 28 avril 2026 : le DMA « reste adapté à son objectif » et aucune modification législative n’est nécessaire à ce stade. Le communiqué de révision de la Commission cite des résultats concrets pour les consommateurs : les utilisateurs européens d’iPhone peuvent désormais définir des navigateurs et applications de paiement alternatifs par défaut, la messagerie multiplateforme est opérationnelle, et des boutiques d’applications tierces ont été lancées sur iOS. La FAQ sur la révision du DMA confirme des résultats positifs sur l’interopérabilité, la portabilité des données et les écrans de choix.
Mais la vraie nouveauté n’est pas ce que la révision a conclu sur le passé — c’est ce qu’elle a ouvert pour l’avenir. La Commission a identifié cinq préoccupations spécifiques à l’IA qui orienteront l’application du DMA jusqu’en 2028 au moins :
- Accès égal aux systèmes d’exploitation pour les services d’IA
- Auto-préférence des outils d’IA des gatekeepers sur leurs rivaux
- Accès aux données pour développer des services d’IA concurrents
- Dépendances envers l’infrastructure cloud pour l’entraînement de modèles
- Nécessité d’une coopération réglementaire entre les autorités du DMA et de l’IA Act
La Commission a adopté une position interprétative aux implications importantes : les systèmes d’IA capables de récupérer, synthétiser et présenter des informations en réponse à des requêtes utilisateur sont désormais considérés comme concurrents des moteurs de recherche. Cela signifie que les obligations de Google en vertu de l’article 6 du DMA s’étendent désormais à la gouvernance de l’accès à ses fonctionnalités d’IA, pas seulement à son produit de recherche traditionnel.
Le bilan d’application avant la révision
La révision ne s’est pas déroulée dans un vide d’application. Avant avril 2026, la Commission avait déjà démontré sa volonté d’imposer des sanctions significatives :
Apple : 500 millions d’euros (avril 2025) pour violation des règles anti-orientation qui empêchaient les développeurs de l’App Store de diriger les utilisateurs vers des options d’achat externes moins chères. Apple a fait appel. L’amende a établi que la Commission utiliserait son pouvoir de sanction, pas seulement le dialogue réglementaire.
Meta : 200 millions d’euros pour son modèle publicitaire « consentement ou paiement », que la Commission a jugé ne pas offrir de véritables alternatives aux utilisateurs. Meta a également fait appel et est par ailleurs sous enquête pour l’intégration de l’IA dans WhatsApp sans option de refus.
Alphabet/Google : deux procédures de spécification ouvertes en janvier 2026, toutes deux portant sur les obligations liées à l’IA : l’une sur les exigences d’interopérabilité, l’autre sur l’accès aux données de recherche pour les services d’IA tiers. L’annonce de janvier 2026 de la Commission confirme que ces procédures visent spécifiquement la façon dont Google régit l’accès des rivaux d’IA aux mêmes fonctionnalités de plateforme disponibles pour ses propres produits.
Amazon et Microsoft : enquêtes sur l’informatique en nuage lancées en novembre 2025, examinant si le bundling de services d’IA avec l’infrastructure cloud constitue une auto-préférence interdite par le DMA.
Les données de Reuters relayées par Euronews montrent que les utilisateurs européens se détournent déjà des navigateurs par défaut comme Chrome et Safari suite aux écrans de choix imposés par le DMA — preuve concrète que les exigences d’interopérabilité produisent des effets réels sur le marché.
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Ce que les obligations IA des gatekeepers signifient pour le marché
Signal 1 : l’accès aux fonctionnalités IA est désormais une question de conformité DMA
La détermination de la Commission que les systèmes d’IA de récupération d’informations concurrencent les moteurs de recherche efface une distinction sur laquelle Google et d’autres s’appuyaient : que leurs produits d’IA (Gemini, Copilot, Siri Intelligence) étaient distincts de leurs « services de plateforme centraux » désignés au titre du DMA. Sous ce nouveau cadre, les mêmes obligations d’accès qui empêchent Google de s’auto-préférer dans les résultats de recherche s’appliquent désormais à la façon dont Google régit l’accès des tiers à ses fonctionnalités d’IA. Toute entreprise d’IA qui a besoin d’un accès égal aux API des systèmes d’exploitation mobiles, aux données de recherche ou aux fonctionnalités d’infrastructure cloud pour concurrencer efficacement doit surveiller de près les procédures de spécification de janvier 2026.
Signal 2 : le bundling cloud est sous surveillance active
Les enquêtes de novembre 2025 sur le bundling d’IA cloud d’Amazon et Microsoft sont les actions d’application du DMA les plus significatives pour les acheteurs technologiques d’entreprise. Si la Commission conclut que le bundling d’Azure OpenAI avec l’infrastructure Azure constitue une auto-préférence interdite par le DMA, les remèdes pourraient inclure une séparation structurelle, des mandats d’interopérabilité entre plateformes cloud, ou des exigences de tarification d’accès pour le déploiement de modèles d’IA.
Signal 3 : la conclusion « adapté à son objectif » n’est pas un blanc-seing — c’est une ligne de base
La conclusion selon laquelle aucune révision législative n’est nécessaire peut être mal interprétée comme une approbation du statu quo. Ce n’est pas le cas. « Adapté à son objectif » signifie que l’architecture juridique est solide ; cela ne dit rien sur la conformité complète des gatekeepers. La révision a explicitement noté que « les gatekeepers ont déployé des mesures pour contourner leurs obligations » et que des mesures d’application plus strictes sont nécessaires.
Ce que les entreprises et les développeurs doivent faire maintenant
1. Évaluer si votre activité dépend de l’accès à l’IA contrôlé par les gatekeepers
Si votre produit repose sur un accès égal aux données de recherche de Google, aux API iOS d’Apple, aux données marketplace d’Amazon ou à l’infrastructure cloud IA de Microsoft pour fonctionner de manière compétitive, les procédures de spécification contre ces gatekeepers sont directement pertinentes pour votre activité. Suivez les procédures via le portail DMA de la Commission ; lorsque des décisions de spécification sont émises (généralement 6 à 12 mois après l’ouverture des procédures), elles créent des obligations contraignantes que vous pouvez utiliser comme base juridique pour des demandes d’accès.
2. Évaluer votre intégration IA au regard des obligations d’interopérabilité DMA
Pour toute plateforme ou outil d’IA opérant dans l’UE, deux changements réglementaires s’appliquent désormais en parallèle : l’interdiction NCII de l’IA Act Omnibus (effective décembre 2026) et les obligations d’accès IA élargies du DMA. Les produits intégrant des fonctionnalités d’IA — notamment ceux accédant aux données de plateforme, aux API des systèmes d’exploitation ou à l’infrastructure de messagerie — font face à des exigences de conformité sous les deux régimes.
3. Utiliser le mécanisme de plainte du DMA si vous vous voyez refuser un accès égal
Le DMA inclut un mécanisme formel permettant aux tiers de déposer des plaintes auprès de la Commission concernant le non-respect des gatekeepers. Si un gatekeeper refuse l’interopérabilité, nie l’accès égal aux fonctionnalités IA, ou conditionne l’accès à des termes non offerts à ses propres produits, cela constitue un motif de plainte. Plusieurs entreprises ont déjà utilisé ce mécanisme avec succès.
La question réglementaire
La vision IA de la révision du DMA signale que la réglementation numérique européenne entre dans une période où la gouvernance de l’IA et l’application du droit de la concurrence convergent. La Commission a explicitement signalé la nécessité d’une « coopération réglementaire croisée » entre l’application du DMA (sur l’accès et l’interopérabilité) et l’application de l’IA Act (sur la classification des risques et les utilisations interdites). Cela signifie qu’un seul produit — par exemple une fonctionnalité d’IA intégrée dans un système d’exploitation mobile — peut simultanément devoir respecter les règles d’interopérabilité du DMA, les exigences de transparence de l’IA Act, et les contraintes de traitement des données du RGPD.
Les entreprises les mieux positionnées pour cet environnement sont celles qui ont construit des architectures juridiques et de conformité traitant ces cadres comme un système unifié. Les prochaines mesures d’application contre les pratiques d’accès IA de Google produiront les premières interprétations contraignantes de l’interaction entre les obligations DMA et IA Act — et ces interprétations fixeront la base de conformité pour toutes les entreprises d’IA opérant en Europe.
Questions fréquentes
Quelles entreprises sont désignées comme « gatekeepers » au titre du DMA ?
Au moment de la révision d’avril 2026, sept entreprises sont désignées comme gatekeepers DMA : Apple, Google (Alphabet), Meta, Amazon, Microsoft, ByteDance et Samsung. La désignation signifie que leurs services de plateforme centraux — recherche, réseaux sociaux, systèmes d’exploitation, plateformes cloud, messagerie — sont soumis à l’ensemble des obligations d’interopérabilité, d’accès et de non-discrimination du DMA.
Qu’a réellement conclu la révision du DMA concernant le besoin de changements législatifs ?
La Commission a conclu que le DMA « reste adapté à son objectif » et qu’aucune révision législative n’est prématurée à ce stade. L’architecture de la loi a été jugée solide et produisant des résultats positifs dans les domaines des écrans de choix et de l’interopérabilité de la messagerie. La Commission a mandaté un suivi continu des questions spécifiques à l’IA et de la concurrence dans l’informatique en nuage.
Comment la position d’application IA du DMA affecte-t-elle les entreprises hors UE ?
Toute entreprise fournissant un système d’IA ou une plateforme numérique aux utilisateurs de l’UE — quel que soit son lieu d’incorporation — est soumise aux obligations du DMA si elle atteint les seuils de gatekeeper. Pour les entreprises plus petites en dessous de ces seuils, l’application des accès IA crée des opportunités commerciales : les gatekeepers étant tenus de fournir un accès égal aux fournisseurs d’IA tiers, ces tiers (y compris les startups non européennes) acquièrent des droits d’accès opposables qu’ils n’avaient pas précédemment.
Sources et lectures complémentaires
- Révision DMA : adaptée à son objectif — Commission européenne
- FAQ sur la révision du DMA — Commission européenne
- Comment le DMA a changé la vie des citoyens européens — Euronews
- Révision DMA deux ans : priorités IA et cloud — ComplianceHub.Wiki
- La Commission ouvre des procédures pour aider Google sur l’interopérabilité IA — Commission européenne
- Ce que la première révision du DMA change vraiment — TechPolicy.Press












