L’ampleur du problème d’exclusion financière en Algérie
Le chiffre de 57 % est au cœur de toute discussion sérieuse sur l’économie numérique algérienne, mais il est rarement décortiqué. Sur les quelque 47 millions d’habitants de l’Algérie, environ 22 millions d’adultes n’ont aucun compte de transaction formel — ni compte bancaire, ni portefeuille numérique vérifié, ni carte formelle. Les femmes sont touchées de manière disproportionnée : 71 % des adultes algériens non bancarisés sont des femmes, reflétant des obstacles structurels incluant l’informalité des revenus, l’éloignement géographique des agences et des facteurs culturels qui ont historiquement tenu les femmes à l’écart du système bancaire formel.
La conséquence pour l’économie numérique est directe. Un adulte sans compte de transaction ne peut pas payer des services en ligne, ne peut pas recevoir de revenus de plateformes numériques, ne peut pas accumuler un historique financier, et ne peut pas accéder au crédit. À une époque où les plateformes mondiales de travail indépendant, les abonnements numériques et les marchés en ligne présupposent une infrastructure financière de base, cette exclusion fonctionne comme un plafond de croissance pour tout un segment de la population.
Ce qui rend la période 2025-2026 différente des années précédentes, c’est que la contrainte d’infrastructure est enfin abordée par la réglementation plutôt que par des contournements. La pénétration bancaire en Algérie a historiquement été inférieure à celle des pairs régionaux non pas à cause d’une défaillance de la demande, mais parce que les frictions côté offre — exigences d’agence, preuve d’emploi formel, règles de solde minimum — ont placé l’ouverture de compte hors de portée pratique de larges segments de la population.
L’Instruction n° 06-2025, publiée par la Banque d’Algérie le 17 août 2025, est le premier cadre réglementaire à confronter directement cette friction. Elle ne se contente pas d’autoriser les portefeuilles numériques — elle les architecture autour du problème d’inclusion, avec des niveaux de portefeuille explicitement conçus pour l’intégration financière progressive.
Ce que le système de portefeuilles à trois niveaux signifie concrètement pour les Algériens non bancarisés
La structure de portefeuilles à trois niveaux de l’Instruction 06-2025 mérite d’être examinée en détail car elle représente une philosophie de conception délibérée : rejoindre les non bancarisés là où ils sont, puis créer une voie ascendante.
Niveau 1 — Entrée sans obstacles : Les portefeuilles de ce niveau peuvent contenir jusqu’à 100 000 DZD (environ 740 USD) et ne nécessitent qu’une identification numérique de base. Aucune preuve d’emploi, aucune visite en agence, aucun seuil de revenu minimum. Ce niveau cible directement les 10+ millions d’adultes algériens qui ont été exclus non par choix mais par friction administrative. Un commerçant de marché à Sétif ou un travailleur domestique à Oran peut ouvrir un portefeuille de niveau 1 sur un smartphone avec une photo de sa carte nationale d’identité.
Niveau 2 — Montée en capacité : Les portefeuilles de ce niveau permettent des soldes jusqu’à 500 000 DZD (environ 3 700 USD), nécessitent une carte nationale numérisée et une preuve de revenus, et ouvrent la voie à des transactions à l’échelle des affaires courantes.
Niveau 3 — Capacité quasi-bancaire : Jusqu’à 1 000 000 DZD (environ 7 400 USD), ce niveau ajoute un entretien KYC en vidéoconférence, plaçant les normes PSP algériennes en alignement avec les établissements de monnaie électronique européens.
Surtout, tous les fonds clients des PSP doivent être déposés dans des comptes de séquestre ségrégués auprès de banques commerciales — une règle de protection des consommateurs qui empêche une défaillance du PSP d’anéantir les soldes des utilisateurs.
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Ce que cela signifie pour les entrepreneurs et commerçants algériens
1. Construisez votre modèle économique autour de l’entonnoir Niveau 1 — pas la minorité bancarisée
Le segment client à plus haute valeur non exploité dans l’économie numérique algérienne n’est pas le professionnel urbain qui possède déjà un compte CPA et une carte EDAHABIA. Ce sont les 22 millions d’adultes non bancarisés. Les plateformes PSP qui privilégient l’intégration des portefeuilles de niveau 1 — en concevant des parcours simples, en proposant une inscription assistée par agent dans les zones de marché informel, et en fournissant des interfaces en langue arabe — se positionnent pour une base clients que les concurrents n’ont pas encore atteinte.
2. Utilisez le chevauchement EDAHABIA + PSP comme point d’intégration
La base de cartes EDAHABIA a doublé pour atteindre 14,3 millions fin 2024 — mais l’EDAHABIA est une carte de banque postale, pas un portefeuille numérique polyvalent. Les 14,3 millions de détenteurs d’EDAHABIA représentent des Algériens qui ont déjà démontré leur volonté d’utiliser un instrument financier numérique. Les PSP qui s’intègrent avec SATIM (le commutateur interbancaire national algérien, mis à niveau début 2025 pour prendre en charge les transferts instantanés) peuvent atteindre les détenteurs d’EDAHABIA comme des prospects qualifiés.
3. Concevez pour les utilisatrices — 71 % des non bancarisés sont des femmes
La part de 71 % des femmes dans la population non bancarisée n’est pas une note démographique — c’est un cahier des charges produit. L’intégration d’un portefeuille numérique qui ne nécessite pas de déplacement en agence, pas de divulgation de finances personnelles, et pas de preuve d’emploi formel est structurellement plus accessible aux femmes qui opèrent actuellement dans des économies informelles.
4. Comprenez la contrainte DZD — et travaillez dans ce cadre
L’Instruction 06-2025 exige que toutes les transactions PSP s’effectuent exclusivement en dinars algériens. Cela élimine le cas d’usage de la carte USD virtuelle pour les Algériens non bancarisés. L’opportunité est entièrement domestique : transferts entre pairs, paiements marchands, règlement de factures et commerce électronique local.
La place de tout cela dans l’infrastructure financière algérienne de 2026
L’Algérie a rejoint PAPSS le 15 août 2025, connectant plus de 150 banques commerciales africaines et réduisant les coûts de transaction transfrontalière jusqu’à 27 %. SATIM a mis à niveau son commutateur interbancaire début 2025 pour prendre en charge le règlement en temps réel. La base de cartes EDAHABIA a doublé en un an. Les transactions numériques ont augmenté de 71 % au T1 2024, avant même que la réglementation PSP soit finalisée.
Chacun de ces développements se renforce mutuellement. Un détenteur de portefeuille PSP de niveau 1 qui accumule un historique de transactions devient éligible au scoring de crédit — et finalement aux prêts aux PME, le produit que la « deuxième vague » de la fintech africaine (dont on projette l’expansion des revenus à 65 milliards de dollars d’ici 2030 selon l’analyse BCG 2026) livrera ensuite. La leçon structurelle est que l’inclusion financière à grande échelle nécessite une architecture réglementaire, pas seulement de l’innovation produit.
Questions Fréquemment Posées
Quelle est la différence entre un portefeuille PSP et un compte bancaire traditionnel en Algérie ?
Un portefeuille PSP (prestataire de services de paiement) sous l’Instruction 06-2025 ne nécessite pas de visite en agence bancaire, de preuve de revenu minimum ou de contrat d’emploi formel pour le niveau d’entrée. Il peut contenir jusqu’à 100 000 DZD avec uniquement une pièce d’identité numérique de base, alors qu’un compte bancaire traditionnel en Algérie nécessite généralement des documents qui excluent de larges segments de travailleurs informels. Les portefeuilles PSP sont également protégés par une ségrégation obligatoire des fonds.
Les détenteurs de portefeuilles PSP algériens peuvent-ils les utiliser pour des paiements internationaux ?
Non. L’Instruction 06-2025 limite explicitement toutes les transactions PSP aux dinars algériens, ce qui signifie que les portefeuilles PSP domestiques ne peuvent pas être utilisés pour payer des plateformes SaaS internationales, Amazon ou d’autres services libellés en USD/EUR. Pour les paiements numériques internationaux, les Algériens doivent utiliser des plateformes opérant sous des cadres de licence distincts.
Comment le taux de 57 % de non bancarisés en Algérie se compare-t-il aux pairs régionaux ?
Le taux de 57 % d’adultes non bancarisés en Algérie est plus élevé que les comparateurs régionaux comme le Maroc et la Tunisie, mais comparable aux marchés d’Afrique subsaharienne à des stades antérieurs de digitalisation financière. La différence clé est qu’l’Algérie a maintenant créé un cadre réglementaire (Instruction 06-2025) spécifiquement conçu pour combler cet écart grâce aux portefeuilles PSP à niveaux, plutôt que de s’appuyer uniquement sur l’expansion des agences bancaires.
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Sources et lectures complémentaires
- L’écosystème fintech de l’Algérie en 2026 : un élan croissant — The Fintech Times
- Réglementation des services de paiement numérique et droits des consommateurs en Algérie 2026 — AlgeriaTech
- Infrastructure de paiement instantané en Algérie — Lightspark Knowledge
- Exploration des modes de paiement locaux et de la finance numérique en Algérie — TransFi
- Les systèmes de paiement instantané africains ont traité 1 980 milliards de dollars en 2024 — Ecofin Agency
















