Le boom du commerce social que le cash continue de dominer
L’Algérie dispose de l’un des écosystèmes de commerce social les plus actifs d’Afrique, mais il fonctionne presque entièrement en dehors du système financier formel. Des dizaines de milliers de marchands vendent des vêtements, de l’électronique, des cosmétiques et des articles artisanaux exclusivement via des groupes Facebook et des boutiques Instagram — sans inscription au registre du commerce, sans paiement en ligne et sans traçabilité. Selon la recherche e-commerce Algérie 2026 d’Ecommaps, plus de 85 % des transactions e-commerce en Algérie sont réglées par livraison contre remboursement (COD), reflétant une dépendance structurelle profonde à l’argent liquide, même si la pénétration d’internet dépasse 77 %.
Le caractère informel de ce commerce n’est pas accidentel — il a été le choix rationnel en l’absence d’une infrastructure de paiement numérique accessible et abordable. Jusqu’à récemment, la collecte d’un paiement en ligne exigeait d’être une entreprise enregistrée avec un compte bancaire, un accès aux passerelles de paiement certifiées SATIM et une capacité d’intégration technique que la plupart des petits vendeurs n’avaient tout simplement pas. Le nouveau cadre réglementaire PSP, combiné à l’expansion rapide de BaridiMob et Baridi Pay par Algérie Poste, commence à changer cette équation.
Pour l’économie dans son ensemble, les enjeux sont considérables. Quand les données Global Findex de la Banque mondiale indiquent que 57 % des adultes algériens — et 71 % des femmes — n’ont pas accès à un compte de transaction de base, tout mécanisme qui intègre les vendeurs du commerce social dans le système de paiement répond simultanément à l’inclusion financière et à l’élargissement de l’assiette fiscale.
Ce que le nouveau cadre PSP signifie pour les vendeurs
La Banque d’Algérie a émis l’Instruction n° 06-2025 le 17 août 2025, créant le premier cadre réglementaire formel du pays pour les Prestataires de Services de Paiement (PSP). Ce règlement unique redéfinit ce qui est possible pour les petits vendeurs selon quatre axes concrets.
Accès à un portefeuille à niveaux sans compte bancaire. L’instruction définit trois niveaux de portefeuille qui calibrent les exigences KYC sur le volume de transactions. Un portefeuille de niveau 1 — nécessitant uniquement une identité numérique de base — autorise des soldes jusqu’à 100 000 DZD (environ 740 USD). Pour un vendeur Facebook traitant des volumes modestes de vêtements ou d’électronique, ce plafond est suffisant pour gérer des dizaines de transactions par mois sans relation bancaire formelle.
Baridi Pay comme outil marchand à friction zéro. En juin 2025, Algérie Poste a lancé Baridi Pay, un service de paiement sans contact par QR code intégré à l’application BaridiMob. Selon DzairTube, BaridiMob a dépassé 5 millions de téléchargements Android et est l’application financière la plus téléchargée en Algérie. Un vendeur partageant un QR code dans une publication Facebook peut désormais accepter des virements instantanés en DZD confirmés par SMS — sans terminal POS requis.
Réseaux d’agents légaux pour l’intégration des marchands. L’Instruction n° 06-2025 autorise les PSP à nommer des agents de paiement — boutiques, bureaux de poste, autres points de service — pour gérer les dépôts et retraits pour le compte des détenteurs de portefeuilles numériques. Cela crée une couche de distribution qui peut atteindre les vendeurs informels dans les wilayas éloignées des infrastructures bancaires.
Protection des consommateurs qui renforce la confiance des acheteurs. Le règlement impose aux PSP de détenir tous les fonds clients sur des comptes séquestres ségrégués (comptes de cantonnement), séparés du capital opérationnel du PSP, avec un rapprochement quotidien des soldes. Les acheteurs qui hésitaient à payer en ligne en raison du risque de fraude disposent désormais d’un filet de sécurité réglementé.
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Ce que cela signifie pour les vendeurs informels algériens
La formalisation est une opportunité, pas seulement une charge de conformité. Les vendeurs qui migrent vers les transactions numériques documentées accèdent à un historique de crédit que les prêteurs privés et les programmes ANADE du gouvernement peuvent utiliser pour évaluer le risque. L’Algérie comptait 1 359 803 PME enregistrées fin 2022 — mais la population du commerce social s’étend certainement bien au-delà de ce chiffre.
1. Créer un compte marchand BaridiMob avant que les fonctionnalités de plateforme ne se ferment
La structure actuelle du portefeuille public BaridiMob permet à tout détenteur d’une carte d’identité nationale d’ouvrir un compte de niveau 1. Les vendeurs devraient s’inscrire maintenant, avant d’éventuels changements de règles futurs. Le coût d’entrée est nul. Les vendeurs peuvent immédiatement commencer à accepter les virements QR Baridi Pay.
2. S’inscrire comme auto-entrepreneur sur anae.dz pour protéger ses revenus
Le régime auto-entrepreneur lancé via anae.dz applique un taux IFU forfaitaire de 0,5 % du chiffre d’affaires annuel pour les prestataires de services numériques éligibles, contre 5 à 12 % sous l’inscription commerciale traditionnelle. Pour les vendeurs de biens numériques, cette voie offre une protection juridique, une clarté fiscale et l’éligibilité au microfinancement ANADE.
3. Migrer d’abord vos transactions à plus haute valeur vers le numérique
La stratégie de migration pratique ne consiste pas à éliminer le COD du jour au lendemain, mais à transférer les commandes à haute valeur et les acheteurs récurrents vers le paiement numérique. Proposez une petite remise (par exemple 50 DZD) pour le paiement via QR Baridi Pay. Au fil du temps, cela construit le ratio de transactions numériques qui rend le compte du vendeur plus attractif pour les prêteurs.
Le tableau d’ensemble : pourquoi cela compte au-delà des vendeurs individuels
Le gouvernement algérien a fixé un objectif de contribution de l’économie numérique à 20 % du PIB d’ici 2030. L’Algérie se classe 116e sur 193 pays à l’Indice de développement de l’e-gouvernement de l’ONU 2024, avec un score de 0,5956 — un point de départ qui souligne l’ampleur des travaux d’infrastructure nécessaires. Le cadre juridique de l’e-commerce algérien montre que la plupart des vendeurs numériques n’ont jamais obtenu le code d’activité 607.074 requis pour le commerce en ligne formel.
Le régime auto-entrepreneur d’anae.dz offre un pont pratique : les vendeurs de services numériques éligibles paient un IFU forfaitaire de seulement 0,5 % du chiffre d’affaires annuel — un taux si bas que la formalisation est financièrement rationnelle même pour un micro-vendeur générant 500 000 DZD par an. La trajectoire est positive. La prochaine période de 18 mois révélera si l’adoption par les marchands suit l’infrastructure.
Questions Fréquemment Posées
Quelle est la condition minimale pour accepter des paiements numériques en tant que vendeur informel en Algérie ?
Une carte d’identité nationale suffit pour ouvrir un portefeuille BaridiMob de niveau 1, qui autorise des soldes jusqu’à 100 000 DZD (environ 740 USD). Aucune inscription commerciale ni compte bancaire n’est requis à ce niveau. Les vendeurs peuvent immédiatement accepter des paiements QR Baridi Pay via l’application BaridiMob, avec des transactions confirmées par SMS en temps réel.
Passer aux paiements numériques signifie-t-il que je dois enregistrer mon entreprise formellement ?
Pas immédiatement. Le portefeuille BaridiMob de niveau 1 ne nécessite pas d’inscription commerciale. Cependant, les vendeurs qui souhaitent dépasser le plafond de 100 000 DZD ou accéder au financement ANADE devront passer au niveau 2 (preuve de revenus requise) ou s’inscrire comme auto-entrepreneur via anae.dz. Le régime auto-entrepreneur applique un faible impôt forfaitaire de 0,5 % du chiffre d’affaires annuel et est spécialement conçu pour les prestataires de services numériques.
Comment la nouvelle réglementation PSP protège-t-elle les acheteurs qui paient en ligne ?
L’Instruction n° 06-2025 de la Banque d’Algérie impose à tous les PSP de détenir les fonds des clients sur des comptes séquestres ségrégués (comptes de cantonnement) séparés du capital opérationnel, avec rapprochement quotidien des soldes. Les PSP doivent également maintenir des garanties bancaires ou une assurance en responsabilité professionnelle. Les fonds d’un acheteur détenus par un PSP agréé ne peuvent pas être mélangés aux dépenses de l’entreprise ni saisis en cas d’insolvabilité du PSP.
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Sources et lectures complémentaires
- Recherche e-commerce Algérie 2026 — Ecommaps
- L’Algérie s’ouvre à la fintech : nouvelles règles PSP — Launch Base Africa
- Algérie Poste lance Baridi Pay — DzairTube
- L’écosystème fintech algérien en 2026 — The Fintech Times
- Loi sur le e-commerce en Algérie 2026 — Ecommaps
- Les méthodes de paiement locales en Algérie — TransFi













