Ce qu’a réellement annoncé le partenariat ASIS-Ministère
Le 12 février 2026, le Ministère de la Formation Professionnelle et de l’Enseignement Professionnel a organisé un séminaire national à Alger en partenariat avec l’ASIS — Agence des Systèmes d’Information Sécurisés — pour lancer une initiative formelle connectant la formation professionnelle en cybersécurité à la stratégie nationale. La ministre Nassima Arhab a décrit l’initiative comme « s’inscrivant dans le cadre de la Stratégie Nationale de Sécurité des Systèmes d’Information et suivant les directives du Président Abdelmadjid Tebboune pour relever les défis de la cybersécurité ». Abdeslam Belghoul, Directeur Général de l’ASIS, a souligné l’urgence de développer l’expertise locale pour protéger les infrastructures numériques nationales de l’Algérie.
Le résultat concret est un ensemble de nouveaux programmes de qualification certifiants basés sur l’Approche par Compétences — une méthodologie qui définit les résultats d’apprentissage en termes de compétences professionnelles observables. Les programmes utilisent « salles de classe intelligentes et outils de configuration à distance » pour élargir la portée géographique au-delà d’Alger. L’initiative comble une lacune structurelle identifiée dans la stratégie nationale de cybersécurité 2025-2029 : le manque de capital humain formé capable de pourvoir les unités cybersécurité dédiées mandatées pour les institutions publiques par le Décret 26-07.
Le contexte de menace qui motive l’investissement n’est pas théorique. En 2024, l’Algérie s’est classée 17e mondiale parmi les cibles d’attaques cybernétiques. DZ-CERT et les systèmes nationaux ont bloqué plus de 125 millions d’attaques impliquant des fichiers infectés, 13 millions de tentatives de phishing et près de 750 000 pièces jointes malveillantes.
Le déficit de talents que l’initiative est conçue à combler
Avant le partenariat ASIS-Ministère, le développement des talents cybersécurité en Algérie était dispersé : enseignement supérieur (ESST, INSIM Oran), auto-certification (CEH, CISSP, ISO 27001, OSCP de façon indépendante), et formation financée par les employeurs principalement étrangers. Le résultat : une réserve de talents genuinement compétente — environ 22% des professionnels algériens de la cybersécurité travaillent à distance pour des employeurs internationaux selon l’étude State of Algerian Software Engineering 2024 — mais insuffisante face à la demande domestique.
Pour les entreprises tech algériennes, l’initiative de février 2026 crée une opportunité de recrutement concrète : une cohorte de techniciens cybersécurité localement formés, officiellement certifiés, entrant sur le marché du travail avec des accréditations liées aux normes reconnues par l’ASIS, à un coût d’emploi significativement inférieur aux tarifs internationaux. Les spécialistes algériens certifiés facturent environ 250 € par jour contre 900 € en France ou en Allemagne — un différentiel de coût d’environ 70%.
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Un cadre de reconnaissance à trois niveaux pour les employeurs algériens
Niveau 1 : Rôles opérationnels — Recrutement direct dans le pipeline professionnel
Les programmes de certificats professionnels ciblent les rôles opérationnels de premier et second niveau : analystes sécurité, techniciens sécurité réseau, opérateurs de surveillance système et coordinateurs de réponse aux incidents. Pour les entreprises construisant leur première fonction sécurité interne, ces diplômés représentent la voie de recrutement la plus rapide et rentable. La certification selon l’Approche par Compétences signifie que les compétences sont observables et testables — les employeurs peuvent utiliser des scénarios standardisés pour vérifier qu’un titulaire de certificat sait configurer un tableau de bord SIEM, conduire une analyse de vulnérabilité ou rédiger un rapport d’incident DZ-CERT. Les startups et PME algériennes qui ne peuvent justifier un architecte senior certifié CISSP devraient construire leur base sécuritaire depuis ce niveau, avec un parcours d’évolution clair pour éviter l’attrition vers le travail distant international.
Niveau 2 : Rôles spécialisés — Pipeline professionnel complété par une certification internationale
Pour les rôles nécessitant une spécialisation technique plus approfondie — testeurs d’intrusion, architectes cloud sécurité, analystes de renseignement sur les menaces — le certificat professionnel est une base, pas une finalité. Les entreprises tech algériennes disposant du budget pour investir dans le développement des talents devraient identifier les diplômés professionnels performants et sponsoriser leur progression vers les certifications reconnues internationalement : CompTIA Security+ comme première étape, puis CEH ou OSCP pour les rôles offensifs, et CISSP pour la direction sécurité. La combinaison formation locale alignée ASIS et certification internationale rend un candidat viable tant pour les rôles seniors domestiques que pour le marché distant international.
Niveau 3 : Leadership sécurité — Voie complémentaire avec des embauches expérimentées
Les rôles CISO, Directeur Sécurité et Responsable Conformité requièrent une profondeur technique et une expérience organisationnelle que les programmes professionnels ne produisent pas en 12-24 mois. Pour les entreprises algériennes nécessitant un leadership sécurité immédiatement, la stratégie réaliste est double : recruter un professionnel de sécurité expérimenté du pool existant (diplômé universitaire, certifié CISSP ou ISO 27001, avec expérience opérationnelle) tout en construisant simultanément le pipeline junior et intermédiaire depuis le programme professionnel. L’embauche expérimentée fournit le cadre de gouvernance ; les diplômés professionnels apportent la capacité opérationnelle.
Où cela s’inscrit dans l’architecture cybersécurité algérienne 2026
L’initiative ASIS-Ministère n’est pas un programme de main-d’œuvre isolé — c’est un composant d’un développement réglementaire et institutionnel coordonné que l’Algérie a accéléré depuis fin 2025. Le Décret 26-07 (janvier 2026) exige des unités cybersécurité dédiées dans les institutions publiques. La stratégie nationale 2025-2029 (Décret 25-321) fixe le cadre politique. Le cadre de gouvernance des données (Décret 25-320) crée de nouvelles obligations pour les opérateurs. Chacun crée un signal de demande de personnel cybersécurité formé que le pipeline professionnel ASIS-Ministère est conçu à alimenter.
Pour les entreprises tech privées algériennes, l’implication concurrentielle est directe : les entreprises qui s’engagent dès maintenant avec les cohortes du programme professionnel — via des stages, des accords de pré-embauche ou des partenariats de formation formels avec l’ASIS — auront un avantage de recrutement sur celles qui attendent que les talents arrivent sur le marché ouvert. Les 22% de professionnels algériens cybersécurité travaillant actuellement à distance pour des employeurs internationaux représentent une offre déjà extraite. Les nouvelles cohortes professionnelles représentent une offre adressable — pour les entreprises prêtes à faire l’investissement institutionnel nécessaire.
Foire aux questions
À quelles certifications mènent les nouveaux programmes ASIS-Ministère ?
L’initiative 2026 utilise une « Approche par Compétences » débouchant sur des certificats nationalement reconnus liés aux normes ASIS. Ces certifications sont alignées sur les référentiels internationaux (CEH, CISSP, ISO 27001, CompTIA Security+) mais ne sont pas identiques à ces accréditations. Les diplômés souhaitant des certifications reconnues internationalement doivent passer des examens séparés, que certains employeurs commencent à sponsoriser.
Comment le différentiel salarial entre professionnels algériens et européens affecte-t-il le recrutement privé ?
Les spécialistes algériens certifiés facturent environ 250 € par jour contre 900 € en France ou Allemagne — environ 70% moins cher. C’est un avantage concurrentiel pour les employeurs algériens payant en dinars, mais aussi un risque de rétention : les spécialistes performants travaillent de plus en plus à distance pour des clients européens aux tarifs européens. Les entreprises proposant une progression de carrière claire et un soutien aux certifications ASIS retiennent les talents plus efficacement.
Qu’est-ce que l’École Nationale de Cybersécurité de Sidi Abdellah et quand produira-t-elle ses premiers diplômés ?
L’École Nationale de Cybersécurité a été annoncée en 2024 pour le parc technologique de Sidi Abdellah près d’Alger, conçue comme solution institutionnelle à long terme pour produire des talents de leadership en cybersécurité. Aucun calendrier de diplômation public n’a été confirmé à mai 2026. Le programme professionnel 2026 est le pont à court terme.
Sources et lectures complémentaires
- L’Algérie développe la formation professionnelle en cybersécurité — TechAfrica News
- L’Algérie intensifie la formation cybersécurité face aux attaques — Agence Ecofin
- Stratégie nationale de cybersécurité de l’Algérie 2025-2029 — AlgeriaTech
- L’Algérie ordonne des unités cybersécurité dans le secteur public — Agence Ecofin
- L’écosystème cybersécurité en Algérie — Blog Systelium
- CTF national de cybersécurité en Algérie — CyberTalents














