Ce que le Décret 26-07 Impose Réellement
L’architecture réglementaire algérienne en matière de cybersécurité a évolué rapidement. Le Décret présidentiel 20-05, émis en 2020, a créé le cadre national fondamental pour la sécurité des systèmes d’information. Décembre 2025 a apporté le Décret présidentiel 25-321, qui a approuvé la Stratégie nationale de cybersécurité 2025–2029, et novembre 2025 a introduit le Décret 25-298, qui a modifié le Décret 20-05 pour renforcer les exigences de gouvernance.
Le Décret 26-07, émis en janvier 2026, va plus loin : il établit des unités de cybersécurité dédiées au sein des institutions publiques, en précisant leurs missions et leurs structures organisationnelles. Il ne s’agit pas d’une aspiration politique — c’est un mandat opérationnel soutenu par l’autorité institutionnelle de deux organismes :
- ANSSI (Agence Nationale de Sécurité des Systèmes d’Information) : coordinateur national pour la mise en œuvre de la stratégie algérienne de cybersécurité, chargé de traduire la politique en exigences opérationnelles pour les entités étatiques.
- DZ-CERT (Équipe algérienne de réponse aux urgences informatiques), hébergé au CERIST : centre national opérationnel de réponse aux incidents de cybersécurité, d’analyse des menaces et de coordination internationale.
Il est important de noter que la Loi 18-04 de 2018 définit la cybersécurité comme « l’ensemble des outils, politiques, concepts de sécurité, mécanismes de sécurité » protégeant la disponibilité, l’intégrité et la confidentialité des données — et les fournisseurs de communications électroniques sont déjà soumis à des obligations de protection technique au titre de cette loi. Le Décret 26-07 crée la machinerie institutionnelle pour les faire respecter au sein de l’État et pour établir le référentiel auquel les entreprises privées seront de plus en plus mesurées.
Pourquoi le Secteur Privé Ne Peut Pas Traiter Cela comme un Problème du Secteur Public
Plusieurs dynamiques font entrer la logique de conformité du Décret 26-07 dans le secteur privé, même si le décret cible explicitement les institutions publiques.
Exposition des fournisseurs et prestataires. Les entreprises qui fournissent des services informatiques, du cloud géré, des réseaux ou du développement logiciel aux institutions publiques devront satisfaire aux normes de sécurité de leurs clients publics. Le suivi réglementaire algérien par Digital Policy Alert documente que le rythme de la réglementation numérique algérienne s’est fortement accéléré depuis fin 2025, avec trois instruments majeurs de cybersécurité émis en autant de mois. Lorsqu’une unité de cybersécurité d’un ministère procède à une revue de prestataires, cette revue sera guidée par les exigences organisationnelles du décret — ce qui signifie que les fournisseurs du secteur privé doivent aligner leurs propres contrôles sur ces exigences.
Le signal de la nomination d’un RSSI. L’Algérie a exigé que les systèmes d’information étatiques nomment un Responsable de la Sécurité des Systèmes d’Information (RSSI) depuis le Décret 20-05. Comme confirmé par le suivi des postures réglementaires en matière de cybersécurité, le Décret 26-07 étend cette logique à la gouvernance au niveau des unités au sein des organismes publics. Les entreprises privées opérant dans des secteurs réglementés — banques, énergie, télécommunications — subissent la même pression directionnelle de leurs régulateurs sectoriels.
La stratégie 2025–2029 crée des attentes d’audit. La Stratégie nationale de cybersécurité approuvée par le Décret 25-321 se concentre explicitement sur la protection des infrastructures numériques étatiques. À mesure que la mise en œuvre progresse, les entités privées qui interfacent avec les systèmes de l’État feront l’objet d’un contrôle de diligence renforcé, notamment en ce qui concerne la préparation aux notifications d’incidents et l’architecture des contrôles d’accès.
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Ce que les Responsables de la Conformité Entreprise Algériens Doivent Faire
1. Cartographier Vos Points de Contact Institutionnels par Rapport au Périmètre du Décret
La première étape n’est pas de créer une unité de cybersécurité — c’est de comprendre si et comment votre organisation est connectée aux institutions publiques couvertes par le décret. Réalisez un inventaire rapide des contrats avec le secteur public, des infrastructures partagées, des accords d’échange de données et des programmes conjoints. Pour chaque point de contact, documentez les contrôles de sécurité que vous fournissez actuellement, qui en est responsable, et s’ils résisteraient à une revue par une unité de cybersécurité d’institution publique nouvellement formée.
2. Aligner Votre Fonction de Sécurité Interne sur le Modèle Organisationnel de l’ANSSI
Le décret ne prescrit pas une structure unique, mais il exige des missions définies et une clarté organisationnelle. Les entreprises privées doivent comparer leurs fonctions de sécurité existantes — qu’il s’agisse d’un RSSI autonome, d’une équipe de sécurité informatique ou d’un SOC externalisé — avec le modèle qu’utilisera l’ANSSI pour évaluer la conformité des institutions publiques. Au minimum, cela signifie documenter : qui est responsable des décisions de sécurité, quelle est la chaîne de notification des incidents, comment les risques liés aux tiers sont gérés, et quel est le circuit d’escalade pour les incidents critiques.
3. Établir une Relation avec DZ-CERT Avant qu’un Incident Ne l’Impose
DZ-CERT est le hub opérationnel de réponse aux incidents de l’Algérie. Les organisations qui attendent une violation pour établir une relation avec DZ-CERT perdent deux avantages : l’accès au partage de renseignements qui découle d’un engagement proactif, et la crédibilité qui vient de la démonstration d’une préparation. Les entreprises doivent identifier et documenter le canal de contact DZ-CERT, s’abonner aux notifications de flux de menaces disponibles, et tester leurs procédures internes d’escalade des incidents contre un scénario de simulation se terminant par une notification DZ-CERT.
4. Mettre à Niveau la Gouvernance des Risques Fournisseurs pour Correspondre au Nouveau Référentiel
Le Décret 26-07 crée un référentiel de sécurité pour les institutions publiques qui se répercutera dans les processus d’achat. Les entreprises algériennes souhaitant conserver ou remporter des contrats publics devraient auditer de manière proactive les dispositions de sécurité dans leurs contrats fournisseurs existants. Plus précisément : vos principaux fournisseurs technologiques disposent-ils de plans de réponse aux incidents documentés, leurs contrôles d’accès sont-ils auditables, et portent-ils des certifications de sécurité qui satisferont la revue de prestataires d’une unité de cybersécurité d’institution publique ?
La Leçon Structurelle
Le Décret 26-07 n’est pas un événement réglementaire isolé — c’est le bras opérationnel d’un ensemble de trois décrets (Décrets 25-298, 25-321 et 26-07) émis entre novembre 2025 et janvier 2026. L’Algérie construit rapidement une architecture institutionnelle de cybersécurité. Le secteur public va créer les unités ; le secteur privé sera mesuré à leur aune.
Les entreprises qui traitent cela comme un problème réservé au secteur public se retrouveront du mauvais côté des critères d’achat dans 12 à 18 mois. Celles qui utilisent le décret comme impulsion pour formaliser leur gouvernance de sécurité — responsabilité du RSSI, relation DZ-CERT, contrôles fournisseurs — auront une posture de conformité qui les servira bien au-delà de cette réglementation spécifique.
Le schéma n’est pas propre à l’Algérie. La DGSSI du Maroc, l’ANSSi tunisienne et les cadres CSIRT d’Afrique du Sud ont tous créé une pression de conformité sur le secteur privé par le même mécanisme : mandater le secteur public, puis utiliser le droit des marchés et des contrats pour aligner les acteurs privés. L’Algérie suit délibérément cette trajectoire, et le rythme de sa récente production législative — trois instruments majeurs en trois mois — signale que la volonté politique derrière la stratégie 2025–2029 est réelle et dotée de moyens.
Questions Fréquemment Posées
Le Décret 26-07 impose-t-il directement des obligations aux entreprises privées ?
Le décret cible explicitement les institutions publiques, en les obligeant à créer des unités de cybersécurité dédiées. Cependant, les entreprises privées fournissant des services informatiques, des infrastructures gérées ou des logiciels aux institutions publiques feront face à des obligations indirectes lorsque leurs clients du secteur public appliqueront les normes organisationnelles du décret aux revues de prestataires et aux critères d’achat — rendant la conformité proactive une nécessité commerciale.
Quelle est la différence entre l’ANSSI et l’ASSI dans la gouvernance algérienne de la cybersécurité ?
L’écosystème national de cybersécurité algérien comprend l’ANSSI (Agence Nationale de Sécurité des Systèmes d’Information), qui coordonne la mise en œuvre de la stratégie nationale, et l’ASSI (Agence de la Sécurité des Systèmes d’Information), qui opère sous l’autorité du ministère de la Défense nationale. DZ-CERT, hébergé au CERIST, gère la réponse opérationnelle aux incidents. Les entreprises doivent adresser les notifications d’incidents et les demandes de partage d’informations à DZ-CERT, et suivre les orientations stratégiques de l’ANSSI.
Quel est le minimum qu’une entreprise privée doit faire pour s’aligner sur la direction de conformité du Décret 26-07 ?
Trois actions couvrent le référentiel essentiel : nommer une personne désignée (RSSI ou équivalent) avec une responsabilité documentée en matière de cybersécurité ; établir et tester une chaîne de notification des incidents qui se termine par une capacité de notification DZ-CERT ; et auditer les contrats fournisseurs pour les dispositions de sécurité qui résisteraient à une revue d’une institution publique. Ces étapes correspondent à la logique organisationnelle du décret sans nécessiter une structure d’unité d’institution publique à part entière.













