Le corridor qui change la façon dont les Africains envoient de l’argent
Pendant des décennies, un commerçant nigérian voulant payer un fournisseur ghanéen avait trois options : du cash physique à la frontière, un virement en USD via une banque correspondante, ou un transfert mobile money passant par une étape de conversion USD. Chaque option empilait des frais au-dessus de la valeur réellement transférée et transformait une transaction régionale en arbitrage de devise forte.
Le 2 février 2026, Onafriq Nigeria Payments Ltd — un prestataire agréé par la CBN — et PAPSS ont lancé le pilote du premier corridor sortant par portefeuille d’Afrique du Nigeria vers le Ghana, entièrement en naira, instantané et sans conversion en devise forte. TechAfrica News l’a présenté comme « les premiers paiements instantanés en naira par portefeuille mobile d’Afrique ».
Comment fonctionne le service
Le pilote achemine un paiement initié depuis un portefeuille mobile nigérian, à travers la couche d’interopérabilité d’Onafriq, sur le rail de règlement PAPSS, jusqu’à un destinataire au Ghana — compte bancaire ou compte mobile money. La Banque Centrale du Nigeria a approuvé le service, comme rapporté par TechArena, et la fenêtre opérationnelle est un pilote de six mois qui a débuté le 1er décembre et court jusqu’à mi-2026.
L’architecture à trois parties mérite une lecture attentive. Le détail de CIO Africa souligne que banques et opérateurs mobile money sont tous dans la boucle — ce n’est pas un corridor « wallet only » contournant la banque formelle. C’est un rail qui fait passer une expérience consommateur mobile-first dans la fiabilité du règlement bancaire.
L’échelle : Onafriq + PAPSS en chiffres
L’écosystème combiné est l’effort d’interopérabilité des paiements africains le plus ambitieux jamais tenté :
- Onafriq : plus d’un milliard de portefeuilles mobiles connectés
- PAPSS : 160+ banques commerciales dans 19 pays africains
- Couverture : plus de 400 millions de comptes bancaires côté PAPSS
- Type de transaction : instantané, de compte à compte, en monnaie locale
Selon Businessday NG, le pilote s’appuie sur un corridor Ghana-Nigeria instantané lancé plus tôt en 2026 — ce qui signifie que, pour la première fois, les flux bidirectionnels portefeuille-à-portefeuille entre les deux plus grandes économies d’Afrique de l’Ouest sont structurellement possibles.
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Pourquoi le « naira-first » compte
Le design naira-first n’est pas une curiosité technique. Il inverse le défaut du règlement transfrontalier africain, qui a historiquement exigé une dollarisation en deux étapes : quand l’expéditeur convertit le naira en USD, et quand le destinataire convertit l’USD en cedi. Chaque leg perdait 2 à 5 % en spreads et frais, plus ce que la banque correspondante physique ajoutait.
En maintenant le règlement en naira et en laissant PAPSS gérer la conversion de devise une seule fois au niveau du règlement, le corridor comprime la pile de frais en une seule étape. La couverture de Maglazana met l’accent sur l’impact PME : « un moyen plus rapide et moins cher d’atteindre les clients et fournisseurs de l’autre côté de la frontière ».
Ce que cela débloque pour l’économie numérique africaine
Trois effets se propagent depuis ce pilote :
- Commerce PME dans l’AfCFTA — la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine attendait une infrastructure de paiement à la hauteur de son cadre juridique. Les corridors naira-cedi en sont la brique.
- Réduction de la dépendance au dollar — chaque transaction transfrontalière réglée en monnaie locale est une transaction qui ne sort pas de liquidité USD des marchés africains. Les banques centrales le demandent depuis une décennie.
- Expérience consommateur mobile-first — le pilote prouve le modèle wallet-à-wallet. D’autres corridors — Kenya-Tanzanie, Sénégal-Côte d’Ivoire, Algérie-Tunisie — deviennent des déploiements modèle plutôt que des projets d’ingénierie sur mesure.
Daily Times Nigeria et Ghanamma ont saisi le poids politique : c’est la première fois que des présidents et gouverneurs africains peuvent pointer un produit transfrontalier visible par les consommateurs, opérationnel, construit sans SWIFT ni Visa dans le chemin de règlement.
Les questions ouvertes
Trois inconnues façonneront l’ampleur du modèle. Premièrement, la tarification — si Onafriq et PAPSS finissent plus chers que les corridors régionaux de M-Pesa, l’adoption cale. Deuxièmement, la conformité — FATF, screening des sanctions et contrôles AML doivent tenir à l’échelle des portefeuilles, pas seulement des banques. Troisièmement, la gestion de liquidité — PAPSS a besoin de pools FX suffisants par paire de corridor pour régler les déséquilibres, et c’est là que la pression d’échelle se fera sentir en premier.
La perspective Afrique du Nord
Pour l’Algérie, le Maroc, la Tunisie et l’Égypte, le modèle Onafriq-PAPSS est un avant-goût de ce à quoi un corridor naira-dinar-cedi pourrait ressembler. L’Algérie a rejoint PAPSS en 2025, entrant ainsi dans l’écosystème de 19 pays. Un corridor portefeuille en dinar algérien vers le Nigeria ou le Ghana exigerait la même coordination tripartite — un PSP local à échelle wallet, l’approbation explicite de la Banque d’Algérie et le règlement via PAPSS — et comblerait l’un des écarts de longue date dans les services d’exportation algériens et les flux de remises.
Questions Fréquemment Posées
Qu’est-ce que PAPSS et qui l’opère ?
PAPSS est le Pan-African Payment and Settlement System, une infrastructure opérée par Afreximbank en partenariat avec l’Union africaine et les banques centrales. Il règle les transactions transfrontalières entre pays participants en monnaies locales, avec 160+ banques commerciales et 19 pays membres début 2026.
Le service Onafriq-Ghana est-il opérationnel ou toujours en pilote ?
Le service fonctionne comme un pilote de six mois approuvé par la Banque Centrale du Nigeria, du 1er décembre à mi-2026. Il traite des transactions réelles pendant la période pilote, avec une mise en service formelle attendue après revue du CBN des résultats du pilote.
Les utilisateurs ou entreprises algériens peuvent-ils utiliser le corridor Nigeria-Ghana ?
Pas directement — le corridor est limité au Nigeria comme origine et au Ghana comme destination. Toutefois, l’Algérie a rejoint PAPSS en 2025, ce qui la rend éligible à de futurs partenariats de corridor. Les fintechs algériennes bâtissant des produits d’interopérabilité wallet similaires peuvent solliciter une intégration PAPSS via les banques commerciales locales.
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Sources et lectures complémentaires
- Onafriq s’associe à PAPSS pour le premier paiement sortant par portefeuille — Onafriq
- Onafriq et PAPSS lancent les premiers paiements instantanés en naira — TechAfrica News
- Onafriq et PAPSS pilotent les paiements transfrontaliers Nigeria-Ghana — CIO Africa
- Naira Wallet Payments Nigeria Ghana Onafriq PAPSS — TechArena
- Nigeria-Ghana en naira-first avec Onafriq et PAPSS — Businessday NG
- Nigeria et Ghana lancent des paiements transfrontaliers par portefeuille — Daily Times Nigeria
- Onafriq et PAPSS lancent le pilote de paiements sortants — Maglazana
- Africa’s Largest Digital Payments Gateway — Onafriq













