⚡ Points Clés

En résumé: La réglementation PSP algérienne crée des entités fintech agréées, mais sans mandat formel d’API bancaire ouverte, ces fintechs opèrent en écosystèmes isolés. La Banque d’Algérie devrait publier un document consultatif sur les normes API d’ici fin 2026.

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🧭 Radar de Décision

Pertinence pour l’Algérie
Élevée

L’open banking concerne directement les 47 millions d’utilisateurs d’Internet algériens, 1,2 million de PME et l’ensemble de la dynamique concurrentielle du secteur bancaire et la trajectoire d’inclusion financière
Calendrier d’action
6-12 mois

L’agrément PSP est actif ; la Banque d’Algérie devrait publier un document consultatif sur l’open banking en 2026 pour s’aligner sur le calendrier de la Stratégie Fintech 2024-2030
Parties prenantes clés
Régulateurs de la Banque d’Algérie, DSI des banques publiques et privées, fondateurs de startups fintech, équipe des services numériques d’Algérie Poste, agences de protection des consommateurs
Type de décision
Stratégique

Détermine l’architecture de l’écosystème des services financiers algériens pour la prochaine décennie, affectant la concurrence, l’innovation et l’inclusion financière
Niveau de priorité
Élevé

Le cadre d’agrément PSP crée les entités ; sans mandat API, ces fintechs opèrent en écosystèmes isolés plutôt que de se connecter à l’infrastructure financière existante

En bref : La réglementation PSP de l’Algérie est un premier pas solide, mais la véritable transformation nécessite un mandat formel d’open banking de la Banque d’Algérie. Les banques devraient commencer dès maintenant les évaluations de compatibilité API. Les fondateurs de fintechs devraient concevoir leurs produits pour une intégration future aux API bancaires plutôt que des systèmes en boucle fermée. Les régulateurs devraient publier un document consultatif sur les normes techniques d’open banking avant fin 2026 pour maintenir l’élan de la Stratégie Fintech 2024-2030.

La réglementation PSP : le premier cadre de licence fintech de l’Algérie

Le 17 août 2025, la Banque d’Algérie a publié l’Instruction n° 06-2025, établissant formellement les règles pour les Prestataires de Services de Paiement (PSP). Cette réglementation est le premier cadre dédié de l’Algérie pour l’agrément des fintechs, créant une voie juridique pour les entités non bancaires offrant des services de paiement numérique sous la supervision de la banque centrale.

La réglementation introduit un système à trois niveaux pour les portefeuilles numériques basé sur le niveau de vérification du client. Le niveau 1 autorise des soldes jusqu’à environ 100 000 DZD (~740 $) avec une identification basique. Le niveau 2 permet jusqu’à 500 000 DZD (~3 700 $) avec justificatif de revenus et pièce d’identité officielle. Le niveau 3 prend en charge jusqu’à un million DZD (~7 400 $) mais exige une vérification renforcée incluant un entretien vidéo.

Tous les services doivent être conduits exclusivement en dinars algériens. La réglementation impose des normes pour les réseaux d’agents, des exigences de protection des consommateurs et des obligations de lutte contre le blanchiment d’argent — créant un cadre de conformité parallèle aux réglementations européennes sur les PSP tout en s’adaptant à l’économie algérienne dominée par l’argent liquide.

Du cadre PSP à l’open banking : le chaînon manquant

L’Instruction 06-2025 répond à la question de qui peut offrir des services de paiement numérique et dans quelles conditions. Ce qu’elle n’aborde pas encore, c’est comment ces services se connectent aux comptes bancaires existants et aux données financières — le cœur de l’open banking.

L’open banking, dans sa définition standard, exige que les banques partagent les données des comptes clients et les capacités d’initiation de paiement avec des prestataires tiers autorisés via des API standardisées. La Directive révisée sur les services de paiement (PSD2) de l’UE a imposé ce partage en 2018 ; le Nigéria a lancé son cadre d’open banking en 2023 ; et la banque centrale d’Arabie saoudite a publié des normes d’open banking en 2025.

L’Algérie n’a pas encore adopté de mandat formel d’open banking. Début 2026, aucune réglementation ni cadre formel n’existe pour obliger les banques à ouvrir leurs données ou systèmes de paiement à des tiers agréés via des API. Cela signifie que les fintechs opèrent dans leurs propres écosystèmes fermés plutôt que de se connecter aux comptes bancaires existants des clients.

La Stratégie Fintech 2024-2030 signale l’intention du gouvernement de développer cette capacité. L’open banking et les paiements instantanés étaient au cœur des discussions d’experts lors de l’élaboration de la stratégie, les positionnant comme leviers de transformation financière. Mais l’intention politique ne s’est pas encore traduite en mandat réglementaire.

Ce que l’open banking permettrait en Algérie

Agrégation de comptes

Les consommateurs et entreprises algériens gèrent actuellement des relations séparées avec les banques, Algérie Poste (comptes CCP) et les portefeuilles numériques émergents. Un cadre d’open banking permettrait aux fintechs autorisées d’agréger tous les comptes dans un tableau de bord unique, offrant aux utilisateurs une vue complète de leur situation financière. Pour les quelque 47 millions d’utilisateurs d’Internet en Algérie, cette consolidation serait transformatrice.

Initiation de paiement

Les fintechs agréées pourraient initier des paiements directement depuis les comptes bancaires des clients, en contournant les réseaux de cartes. C’est important en Algérie car la pénétration des cartes reste faible — la carte Edahabia d’Algérie Poste et les cartes interbancaires CIB servent d’instruments de paiement électronique principaux, mais l’argent liquide domine encore environ 60 % des transactions. L’initiation de paiement par API pourrait permettre des virements directs de banque à commerçant à moindre coût que le traitement par carte.

Prêt et scoring de crédit

Avec un accès basé sur le consentement aux données de transactions bancaires, les fintechs pourraient construire des modèles de scoring de crédit pour les populations actuellement exclues du prêt formel. Les PME algériennes — environ 1,2 million d’entreprises — peinent souvent à accéder au crédit bancaire en raison d’une documentation insuffisante. L’évaluation du crédit basée sur les transactions pourrait débloquer la capacité de prêt sans exiger de garanties traditionnelles.

Intégration transfrontalière

L’adhésion de l’Algérie en 2025 au Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) crée un rail de paiement transfrontalier. Les API d’open banking permettraient aux fintechs algériennes de construire des services connectant les comptes nationaux au PAPSS, facilitant les paiements commerciaux intra-africains sans passer par des banques correspondantes européennes.

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L’écosystème fintech algérien : prêt pour les API ?

L’écosystème montre des signes précoces de maturité. Un nombre estimé de 30 à 35 startups fintech opèrent en Algérie, couvrant les paiements numériques, la banque mobile, l’infrastructure financière et les services liés aux cryptomonnaies. L’application BaridiMob d’Algérie Poste a démontré l’appétit des consommateurs pour les services financiers numériques, avec des millions d’utilisateurs actifs effectuant des virements entre particuliers et des paiements de factures.

La préparation côté bancaire est plus inégale. Les banques publiques algériennes — qui dominent le système financier — modernisent leurs systèmes bancaires centraux, mais la compatibilité API varie considérablement d’un établissement à l’autre. Les banques privées et les initiatives numériques plus récentes d’acteurs établis comme Société Générale Algérie et BNP Paribas El Djazaïr disposent de piles technologiques plus modernes pouvant supporter l’intégration API plus rapidement.

La transformation numérique du secteur bancaire algérien, régie par la Loi bancaire et monétaire n° 23-09, fournit le cadre législatif dans lequel les réglementations d’open banking pourraient être promulguées. La loi donne à la Banque d’Algérie l’autorité de fixer des normes pour les systèmes de paiement électronique et les services financiers numériques.

Choix de conception réglementaire à venir

L’Algérie fait face à plusieurs choix de conception qui façonneront son cadre d’open banking. La Banque d’Algérie doit décider entre une approche mandatée (exigeant des banques qu’elles partagent données et API, comme l’UE et le Nigéria l’ont fait) ou une approche guidée par le marché (encourageant l’adoption volontaire des API, comme certains marchés asiatiques l’ont choisie). Compte tenu de la structure financière dominée par les banques en Algérie et du rôle significatif du secteur public, une approche mandatée avec des calendriers de mise en œuvre progressive semble plus susceptible de stimuler l’adoption.

Les normes techniques sont tout aussi importantes. Le cadre doit spécifier les protocoles API, les normes d’authentification, les formats de données et les exigences de sécurité. Les normes internationales comme NextGenPSD2 du Berlin Group ou le Standard d’Open Banking du Royaume-Uni fournissent des modèles, mais l’Algérie devra les adapter à son contexte réglementaire, ses exigences linguistiques et son infrastructure bancaire existante.

Les mécanismes de protection des consommateurs et de consentement au partage des données doivent s’aligner sur le cadre algérien de protection des données renforcé par la Loi 25-11. Les banques ne peuvent pas partager les données des clients avec les fintechs sans consentement explicite et éclairé — et les clients doivent pouvoir révoquer ce consentement à tout moment.

Construire le cadre

Les composantes réglementaires se mettent en place. L’Instruction 06-2025 crée les entités fintech agréées qui consommeraient les API bancaires. La Loi 25-11 établit le cadre de protection des données régissant les données financières partagées. La Loi sur les services de confiance fournit l’infrastructure d’identité numérique et d’authentification. L’adhésion au PAPSS crée le rail de paiement transfrontalier.

Ce qui reste, c’est la réglementation de connexion : une instruction ou un décret de la Banque d’Algérie mandatant spécifiquement le partage de données par API entre banques et prestataires tiers agréés, avec des normes techniques, des calendriers de mise en œuvre et des mécanismes d’application.

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Questions Fréquemment Posées

L’Algérie dispose-t-elle actuellement d’une réglementation d’open banking ?

Non. En avril 2026, l’Algérie ne dispose d’aucun mandat formel d’open banking obligeant les banques à partager les données clients ou les capacités d’initiation de paiement avec des fintechs tierces via des API. Cependant, l’Instruction 06-2025 de la Banque d’Algérie (agrément PSP), la Stratégie Fintech 2024-2030 et les réglementations complémentaires comme la Loi 25-11 (protection des données) créent le fondement réglementaire sur lequel un cadre d’open banking peut être construit.

Quelle est la différence entre la réglementation PSP et l’open banking ?

La réglementation PSP (Instruction 06-2025) définit qui peut offrir des services de paiement numérique et dans quelles conditions — exigences d’agrément, limites de portefeuille, protection des consommateurs. L’open banking va plus loin : il exige que les banques partagent les données des comptes clients et les capacités de paiement avec des prestataires tiers autorisés via des API standardisées. L’agrément PSP crée les entités fintech ; l’open banking les connecte à l’infrastructure bancaire existante.

Comment l’open banking bénéficierait-il aux consommateurs et entreprises algériens ?

L’open banking permettrait l’agrégation de comptes entre banques et Algérie Poste, l’initiation de paiement par API qui pourrait réduire la dépendance à l’argent liquide et aux cartes, le scoring de crédit basé sur les transactions pour les PME actuellement exclues du prêt formel, et l’intégration avec le PAPSS pour les paiements commerciaux transfrontaliers africains. Pour les consommateurs, cela signifie plus de concurrence, de meilleurs services et des coûts réduits dans les produits financiers.

Sources et lectures complémentaires