Un appel continental à l’action depuis Tunis
Lors d’une réunion internationale de haut niveau à Tunis le 27 mars 2026, la ministre algérienne de la Formation et de l’Enseignement professionnels, Nassima Arhab, a lancé un appel vigoureux en faveur d’une « transformation profonde » des systèmes de formation à travers l’Afrique. Le continent, a-t-elle soutenu, a besoin de compétences flexibles et à haute valeur ajoutée, adaptées au rythme rapide des mutations du marché du travail, avec l’innovation et l’excellence au coeur de chaque réforme.
La réunion avait été convoquée pour le lancement du rapport régional « Apprendre aujourd’hui pour construire demain : Excellence et équité par les compétences des jeunes », réunissant des hauts responsables de toute l’Afrique aux côtés de représentants de l’UNESCO et de l’Organisation internationale du travail. Le ministre tunisien de l’Emploi et de la Formation, Riadh Chaoud, a co-présidé l’événement, centré sur une réflexion stratégique autour de l’avenir des systèmes éducatifs et de leur rôle dans le renforcement de la souveraineté nationale et de la stabilité socio-économique.
Arhab a utilisé cette tribune pour plaider en faveur de systèmes de formation produisant des « compétences professionnelles de haut niveau », soulignant que des programmes figés et obsolètes ne peuvent pas suivre le rythme de l’économie numérique. Elle a fait valoir que les nations africaines doivent pivoter vers des référentiels basés sur les compétences, modulaires, mesurables et réactifs aux besoins des employeurs. Le véritable défi, a-t-elle insisté, réside dans la « restructuration des systèmes de formation » et le passage « des modèles classiques à des approches fondées sur l’excellence et une réponse effective aux besoins du marché ».
Une session consacrée au Maghreb en marge de la conférence a permis aux représentants des pays d’Afrique du Nord d’échanger sur leurs expériences nationales et d’identifier des défis communs. Les participants se sont accordés sur l’urgence d’accélérer les réformes structurelles, de renforcer les partenariats stratégiques et de développer des systèmes de formation plus innovants et résilients, alignés sur les transformations régionales et internationales.
Le RNFC : l’Algérie joint le geste à la parole
Ce qui confère une réelle crédibilité au plaidoyer de l’Algérie, c’est qu’Arhab est arrivée à Tunis après avoir lancé une réforme concrète sur le plan national. Le 16 mars 2026, elle a présidé le lancement officiel du Référentiel National de Formation et de Compétences (RNFC) à Alger.
Le RNFC représente un changement fondamental dans l’approche algérienne de l’enseignement professionnel. L’ancien système organisait la formation autour de plus de 400 spécialités fixes réparties en 23 secteurs professionnels. Le nouveau référentiel abandonne cette structure rigide au profit d’unités de compétences pouvant être évaluées, certifiées et cumulées individuellement. Cette approche modulaire permet aux travailleurs de se perfectionner progressivement, aux employeurs de trouver des candidats aux capacités vérifiées, et au système de formation de s’adapter rapidement lorsque de nouvelles technologies créent de nouvelles exigences en matière de compétences.
Le ministère a décrit le RNFC comme « un pilier central de la réforme en cours du secteur, visant à construire un système de formation plus moderne et plus efficace, capable de mieux répondre aux besoins de l’économie nationale et à l’évolution rapide des emplois et des technologies ». La réforme s’attaque à un décalage persistant entre compétences et emploi : le taux de chômage en Algérie s’élevait à 9,7 % en 2024 malgré plus de 450 000 créations d’emplois cette année-là, le chômage des jeunes atteignant environ 29,7 %.
Les chiffres derrière l’ambition
L’expansion de la formation en Algérie ne relève pas de la seule rhétorique — les chiffres sont substantiels. Pour la seule rentrée de février 2026, le ministère a ouvert environ 285 000 nouvelles places de formation, dont plus de 57 000 places d’apprentissage intégrées directement en entreprise. Le cycle précédent d’octobre 2025 avait déjà inscrit 672 000 stagiaires et introduit 40 nouvelles spécialités, avec un accent particulier sur les domaines numériques tels que le développement logiciel, la cybersécurité, la science des données, l’intelligence artificielle et le marketing numérique.
Combinées, les deux rentrées consécutives représentent près de 957 000 nouvelles places de formation — une échelle que peu de nations africaines peuvent égaler.
De nouveaux programmes de qualification orientés certification, basés sur l’approche par compétences, ont été lancés parallèlement à la rentrée de février. L’un des domaines prioritaires est la cybersécurité, où l’Algérie développe des parcours de formation dédiés pour répondre à la demande croissante de professionnels de la sécurité — un besoin amplifié par l’exposition du pays à plus de 70 millions de cyberattaques en 2024, le classant au 17e rang mondial parmi les nations les plus ciblées.
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Dynamique bilatérale et multilatérale
La diplomatie de formation de l’Algérie s’étend au-delà de la conférence de Tunis. Durant la même période, l’Algérie et la Tunisie ont formalisé une coopération approfondie en matière de formation professionnelle en établissant un comité technique sectoriel conjoint. Ce comité préparera des plans d’action annuels, suivra leur mise en oeuvre et évaluera les résultats. Les deux pays ont convenu d’activer les accords de coopération entre institutions de formation spécialisées, notamment dans la formation de formateurs et l’ingénierie de formation — reconnaissant que la qualité des instructeurs constitue le goulot d’étranglement de toute transformation des compétences.
Fin mars 2026, la ministre Arhab a également reçu Amandeep Singh Gill, Sous-Secrétaire général et Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour les technologies numériques et émergentes. La rencontre s’est concentrée sur l’intégration de l’intelligence artificielle et des technologies modernes dans les systèmes de formation algériens, avec des discussions sur la numérisation, l’innovation et l’entrepreneuriat. La visite de Gill en Algérie — où il a également participé au sommet Global Africa Tech 2026 et rencontré le ministre de l’Économie de la connaissance Noureddine Ouadah — a souligné la visibilité croissante du pays en tant qu’interlocuteur sérieux en matière de politique numérique de la main-d’oeuvre.
Lors de Global Africa Tech 2026, tenu à Alger du 28 au 30 mars, les ministres africains ont adopté la Déclaration d’Alger sur la souveraineté africaine en matière de télécommunications (2026-2030). Cette déclaration en 14 articles établit des engagements en matière de connectivité universelle, de protection des infrastructures numériques critiques, de souveraineté des données et de développement du capital humain — en cohérence avec les Objectifs de développement durable et l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a souligné l’ambition du pays de servir de pôle d’innovation numérique pour l’Afrique.
Pourquoi l’approche algérienne compte pour l’Afrique
L’Afrique fait face à un déficit critique de compétences numériques. Une étude conjointe de l’Union africaine et de l’UNESCO a révélé que seulement 10 à 15 % des jeunes Africains ont accès à une éducation numérique structurée, et moins de 5 % sont formés à des compétences avancées comme la programmation, l’analyse de données ou la cybersécurité. Le rapport « Foresight Africa 2025-2030 » de la Brookings Institution estime que 230 millions d’emplois nécessiteront des compétences numériques d’ici 2030, créant jusqu’à 650 millions d’opportunités de formation numérique représentant un potentiel économique de 130 milliards de dollars — mais seulement si les gouvernements construisent les cadres politiques et les capacités institutionnelles pour en tirer parti.
La combinaison par l’Algérie d’un cadre national concret (le RNFC), de chiffres d’inscription massifs, de mécanismes de coopération bilatérale et d’un engagement actif auprès d’organisations internationales comme l’UNESCO, l’OIT et l’ONU la positionne comme l’une des rares nations africaines à traduire le discours sur le développement de la main-d’oeuvre en politique actionnable. En défendant l’approche par compétences lors de la conférence de Tunis, l’Algérie ne réforme pas seulement son propre système — elle propose un modèle reproductible pour le continent.
L’épreuve de l’exécution
Le véritable test sera l’exécution. Lancer un référentiel est une chose ; l’intégrer dans des centaines de centres de formation, recycler des milliers d’instructeurs et maintenir l’alignement avec les besoins du secteur privé en est une autre. Mais avec près de 957 000 nouvelles places de formation ouvertes en seulement deux cycles, une coopération bilatérale active avec la Tunisie, un engagement direct avec l’ONU sur l’intégration de l’IA, une plateforme continentale dans la Déclaration d’Alger et un Secrétariat général de suivi et de coordination en cours de mise en place, l’Algérie a assemblé les éléments constitutifs d’une transformation de la main-d’oeuvre qui s’étend bien au-delà de ses frontières.
Questions Fréquemment Posées
Qu’est-ce que le RNFC algérien et comment change-t-il la formation professionnelle ?
Le Référentiel National de Formation et de Compétences (RNFC) est le nouveau cadre national de formation et de compétences de l’Algérie, lancé le 16 mars 2026. Il remplace l’ancien système de plus de 400 spécialités fixes réparties en 23 secteurs professionnels par des unités de compétences modulaires pouvant être évaluées, certifiées et cumulées individuellement. La formation est désormais organisée autour de compétences mesurables et pratiques plutôt que de programmes académiques rigides, permettant une adaptation plus rapide aux évolutions du marché du travail.
Combien de nouvelles places de formation l’Algérie a-t-elle ouvertes en 2025-2026 ?
L’Algérie a ouvert environ 285 000 nouvelles places de formation pour la rentrée de février 2026, dont plus de 57 000 places d’apprentissage en entreprise. Combiné au cycle d’octobre 2025 qui a inscrit 672 000 stagiaires, les deux rentrées consécutives représentent près de 957 000 nouvelles places de formation, avec un accent marqué sur les domaines numériques comme la cybersécurité, l’IA, le développement logiciel et la science des données.
Pourquoi la réforme de la formation algérienne est-elle importante pour le reste de l’Afrique ?
Une étude conjointe Union africaine-UNESCO a révélé que seulement 10 à 15 % des jeunes Africains ont accès à une éducation numérique structurée, et la Brookings Institution estime que 650 millions d’opportunités de formation numérique d’une valeur de 130 milliards de dollars pourraient émerger d’ici 2030. La combinaison par l’Algérie d’un cadre national concret (RNFC), d’une échelle d’inscription massive, d’une coopération bilatérale avec la Tunisie et d’un plaidoyer continental la positionne comme l’une des rares nations africaines à convertir le discours sur le développement de la main-d’oeuvre en politique opérationnelle reproductible.
Sources et lectures complémentaires
- Tunisia: Algeria Advocates for Overhaul of Training Systems to Foster High-Value Skills — Africa News DZ
- Algeria Overhauls Training System With Shift to Skills-Based Model — Ecofin Agency
- Algeria Plans 285,000 New Vocational Training Places in 2026 — Ecofin Agency
- Tunisia and Algeria Step Up Vocational Training Cooperation — News Tunisia
- Africa Adopts Algiers Declaration to Strengthen Telecom Sovereignty — TechAfrica News
- Algeria Expands Vocational Training to Meet Growing Cybersecurity Demand — TechAfrica News
- The Algerian Minister of Vocational Training Receives the UN Secretary-General’s Envoy on Technology — Algerian Radio
- Africa Faces Critical Digital Skills Gap as Youth Population Booms — Ecofin Agency
- Africa Could Create 650 Million Digital Training Opportunities by 2030 — Ecofin Agency





