⚡ Points Clés

Lorsque la startup travel-tech VOLZ a bouclé une levée de 600 millions de dinars (~5 M$) en Series A en décembre 2025 — le montant le plus élevé jamais levé par une startup algérienne en monnaie locale — elle a simultanément permis la première sortie réussie du Algerian Startup Fund avec un retour de 3,35x. Cette seule opération prouve que le pipeline algérien de capital-risque public-privé fonctionne, au moment même où les nouvelles réglementations FCPR permettent la création des premiers fonds de capital-risque privés du pays.

En résumé : Les fondateurs de startups algériennes devraient structurer leur levée de fonds autour de tours d’amorçage en dinars pour attirer le co-investissement de l’ASF, puis viser une Series A privée auprès de VC régionaux. Les investisseurs privés devraient pousser la COSOB pour un agrément FCPR plus rapide. Les 12 prochains mois sont critiques — le précédent VOLZ n’a de sens que si d’autres deals suivent.

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🧭 Radar de Décision

Pertinence pour l’Algérie
Élevée

valide directement le modèle de l’ASF et le cadre FCPR pour l’ensemble de l’écosystème
Calendrier d’action
Immédiat

des fonds privés se constituent actuellement /// la sortie de l’ASF crée un modèle pour les opérations ultérieures
Parties prenantes clés
Fondateurs de startups
Type de décision
Stratégique

moment structurant pour le capital-risque en Algérie
Niveau de priorité
Critique

premier cycle réussi de VC public-privé dans l’histoire de l’Algérie

En bref : La Series A de 5 M$ de VOLZ et la sortie à 3,35x de l’ASF changent fondamentalement la thèse d’investissement pour les startups algériennes. Les fondateurs devraient étudier le playbook de VOLZ — amorçage ASF, validation produit-marché, puis Series A privée. Les investisseurs privés devraient explorer le cadre FCPR pour un déploiement structuré de capital-risque. Les décideurs politiques devraient s’assurer que l’ASF recycle ses retours dans de nouveaux investissements pour maintenir la dynamique du pipeline.

L’opération qui a changé la donne

En décembre 2025, lors de la quatrième African Startup Conference à Alger, VOLZ a annoncé une levée de 600 millions de dinars (environ 5 millions de dollars) en Series A — le montant le plus élevé jamais levé par une startup algérienne en monnaie locale. Le tour a été mené par Tell Group, une société de services financiers et d’investissement, avec la participation du Groupe Industriel Babahoum Algérie (GIBA), le conglomérat basé à Biskra, surtout connu pour sa marque d’eau minérale Guedila.

Mais le chiffre phare masquait un développement encore plus transformateur au coeur de l’opération : le Algerian Startup Fund (ASF) a enregistré sa première sortie réussie, avec un retour de 3,35x sur son investissement initial dans VOLZ. Pour un fonds de capital-risque adossé à l’État, opérant dans un marché où beaucoup remettaient en question la capacité de l’argent public à être déployé efficacement dans les startups, un retour de 3,35x n’est pas qu’un succès financier — c’est une preuve de concept.

L’opération valide simultanément trois choses : que les startups algériennes peuvent développer des produits suffisamment importants pour attirer des capitaux sérieux, que le financement public en phase d’amorçage peut être recyclé en retours qui justifient l’existence du programme, et que les investisseurs privés algériens sont prêts à intervenir en Series A une fois que le risque a été atténué par un soutien institutionnel antérieur.

VOLZ : résoudre le problème de la réservation de vols en Algérie

Pour comprendre pourquoi VOLZ a attiré ce niveau d’investissement, il faut comprendre le problème qu’elle résout.

VOLZ a été fondée en 2022 par Mohamed Abdelhadi Mezi et Hacene Seghier en tant que plateforme technologique de voyage conçue pour répondre à un point de douleur fondamental des voyageurs algériens : la réservation de vols internationaux. Dans un pays où l’accès aux devises étrangères est étroitement contrôlé par la banque centrale et où les cartes de crédit permettant des achats internationaux sont rares, réserver des vols via des plateformes mondiales comme Expedia, Kayak ou Google Flights est effectivement impossible pour la plupart des consommateurs.

L’alternative traditionnelle est tout aussi frustrante. Les voyageurs algériens réservent généralement via des agences de voyages physiques qui opèrent avec une transparence limitée sur les prix, une sélection restreinte de compagnies aériennes, et des processus de paiement qui impliquent souvent le marché parallèle des devises. Pour un pays où des millions de citoyens voyagent chaque année — pour le Hajj et la Omra, les visites familiales en France et au Canada, les voyages d’affaires et le tourisme — l’expérience de réservation est restée bloquée à l’ère analogique.

VOLZ a construit une plateforme qui permet aux Algériens de rechercher, comparer et réserver des vols internationaux auprès de multiples compagnies aériennes — et surtout, de payer en dinars algériens. L’entreprise prend en charge les paiements en ligne et le paiement à la livraison, où les clients reçoivent leurs billets lors du paiement en personne. Cette approche « compatible hors ligne » répond à une réalité du marché : l’Algérie reste une économie à dominante cash, et de nombreux voyageurs potentiels sont soit non bancarisés, soit profondément méfiants envers les systèmes de paiement en ligne.

Depuis son lancement, l’entreprise a affiché une croissance de plus de 1 000 % en une seule année, validant la solidité de son modèle dans un marché que les analystes estiment à 2,3 milliards de dollars de dépenses annuelles totales des voyageurs algériens en vols internationaux.

Ce qui rend l’approche de VOLZ particulièrement convaincante, c’est la manière dont elle transforme les contraintes structurelles de l’Algérie en avantages concurrentiels. Les contrôles des changes qui ont dissuadé les concurrents mondiaux comme Booking.com et Skyscanner de construire des solutions spécifiques à l’Algérie sont précisément ce qui rend la plateforme de VOLZ, libellée en dinars, indispensable. L’économie à dominante cash qui limite les plateformes de paiement mondiales est ce qui fait du modèle de paiement à la livraison de VOLZ une fonctionnalité plutôt qu’un palliatif. Ce sont des barrières à l’entrée qui protègent VOLZ de la concurrence internationale d’une manière qu’une startup dans un marché plus ouvert ne pourrait jamais reproduire.

Comment fonctionne le Algerian Startup Fund — et pourquoi cette sortie compte

Le Algerian Startup Fund (ASF) a été lancé en octobre 2020, né d’une initiative présidentielle annoncée lors d’Algeria Disrupt et conçu pour doter l’Algérie d’un véhicule moderne de financement du capital-risque. Créé en partenariat avec six banques publiques — BEA, CPA, CNEP Banque, BNA, BADR Bank et BDL — le fonds agit comme un catalyseur, fournissant des capitaux en phase d’amorçage aux startups labellisées tout en professionnalisant le processus d’évaluation de l’adéquation produit-marché, des modèles économiques et de la gouvernance.

Les chiffres racontent l’ampleur de son action : selon son site officiel, l’ASF a reçu des candidatures de plus de 960 startups, traité plus de 440 demandes de financement, et soutenu des startups dans 41 des 58 wilayas d’Algérie. Le fonds peut investir jusqu’à 150 millions de dinars (environ 1,15 million de dollars) par projet, avec 37 investissements confirmés dans son portefeuille à ce jour.

Mais jusqu’à VOLZ, tout cela restait des investissements sur papier — des engagements dans un bilan sans valorisations testées par le marché. La sortie à 3,35x change fondamentalement la conversation.

Ce que signale un retour de 3,35x

Dans les marchés matures du capital-risque, un retour de 3,35x sur un investissement en amorçage ou pré-amorçage serait considéré comme respectable mais pas extraordinaire. Dans le contexte algérien, il est transformateur pour plusieurs raisons.

Preuve que le modèle fonctionne. Les détracteurs de l’ASF — et ils étaient nombreux — soutenaient que déployer des fonds publics dans les startups revenait à du jeu subventionné. Un retour de 3,35x démontre que l’investissement structuré en capital-risque, même aux stades les plus précoces, peut générer des retours financiers en Algérie.

Recyclage du capital. Le retour sur l’investissement de l’ASF dans VOLZ peut désormais être réinvesti dans de nouvelles startups, créant un cercle vertueux où une seule allocation initiale génère plusieurs générations de financement. C’est le mécanisme fondamental du capital-risque, et VOLZ a démontré qu’il fonctionne dans le contexte algérien. Pour le directeur général de l’ASF, Anys Rahabi, et d’autres acteurs de l’écosystème, cette sortie envoie un signal critique : le capital public peut être recyclé.

Réduction du risque pour l’investissement privé. Tell Group et GIBA sont entrés dans la Series A de VOLZ après que l’ASF avait déjà validé l’entreprise au stade de l’amorçage. Ce modèle « public d’abord, privé ensuite » réduit la perception du risque pour les investisseurs privés qui, autrement, ne seraient pas disposés à signer les premiers chèques pour des startups non éprouvées.

Référence pour les sorties futures. Chaque entreprise du portefeuille de l’ASF dispose désormais d’un point de référence concret. Les fondateurs peuvent s’appuyer sur le retour de 3,35x de VOLZ lorsqu’ils présentent leur projet à des investisseurs privés, et l’ASF lui-même dispose d’un historique à présenter aux parties prenantes gouvernementales pour justifier la poursuite du financement.

La révolution FCPR : le capital-risque privé arrive en Algérie

La sortie de VOLZ intervient à un moment charnière pour l’infrastructure du capital-risque en Algérie. En octobre 2024, la COSOB (le régulateur des marchés de capitaux en Algérie) a publié le Règlement n24-02, paru au Journal Officiel en mai 2025, établissant le cadre juridique des Fonds Commun de Placement à Risque (FCPR) — des fonds de capital-risque privés pouvant être constitués avec un minimum de 50 millions de DZD (environ 385 000 $). Le règlement a également créé un second type de véhicule, la SICAR (Société d’Investissement en Capital à Risque), offrant deux structures distinctes pour le déploiement du capital-risque.

C’est un changement structurel majeur. Avant le cadre FCPR, l’Algérie ne disposait d’aucun véhicule réglementé pour le capital-risque privé. Les particuliers ou les family offices souhaitant investir dans des startups devaient le faire via des arrangements informels, des achats directs de capital ou le fonds public ASF. Les cadres FCPR et SICAR créent des véhicules d’investissement réglementés et professionnels comparables aux structures de fonds de capital-risque dans les écosystèmes de startups établis à travers le monde. Au moins 50 % des actifs du fonds doivent être investis dans des sociétés non cotées, garantissant que les capitaux affluent vers les entreprises privées qui en ont le plus besoin.

Afiya Investments est devenu le premier FCPR agréé, géré par Tell Markets — une société de gestion de fonds spécialisée dans la structuration et la gestion de véhicules d’investissement. Afiya Investments se concentrera sur le financement de sociétés non cotées dans les secteurs de la santé, de l’industrie pharmaceutique et des énergies renouvelables. Son agrément marque le début de ce qui pourrait devenir une nouvelle classe de capital-risque privé en Algérie.

Pourquoi la sortie de l’ASF et le calendrier du FCPR convergent

La sortie de VOLZ et le cadre FCPR représentent deux faces du même basculement structurel : la maturation du pipeline de capital-risque algérien.

Étape 1 (2020-2025) : Le capital public fait la preuve du concept. L’ASF a déployé de l’argent public dans des startups en phase d’amorçage, acceptant le risque que les investisseurs privés ne prendraient pas. La sortie de VOLZ valide cette approche.

Étape 2 (2025-présent) : Le capital privé entre en jeu. Avec le cadre FCPR désormais en place et l’ASF offrant une sortie comme preuve de concept, les gestionnaires de fonds privés peuvent lever des capitaux auprès d’investisseurs avec une clarté réglementaire, une protection juridique et un historique démontré prouvant que les startups algériennes peuvent générer des retours.

Étape 3 (futur) : Le capital institutionnel suivra. À mesure que les FCPR construisent leur historique et que davantage de sociétés du portefeuille de l’ASF sortent, des investisseurs institutionnels plus importants — fonds de pension, compagnies d’assurance, allocations de fonds souverains — pourraient commencer à allouer des capitaux au capital-risque algérien en tant que classe d’actifs.

Cette évolution en trois étapes reflète le parcours de développement du capital-risque dans pratiquement tous les marchés émergents qui ont réussi à construire un écosystème de startups, du fonds EDBI soutenu par le gouvernement de Singapour qui a financé des entreprises en phase d’amorçage dans les années 2000 à la croissance de sociétés de capital-risque indépendantes dans la décennie suivante.

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Ce que VOLZ prévoit de faire avec 5 millions de dollars

Le capital de la Series A financera l’expansion de VOLZ sur plusieurs fronts, comme rapporté par de multiples sources.

Nouveaux produits de voyage. Au-delà de la réservation de vols, VOLZ développe des services de voyage supplémentaires pour les consommateurs. Chaque produit additionnel augmente la valeur vie client et renforce l’avantage concurrentiel de la plateforme.

Gestion des voyages d’affaires. VOLZ prépare le lancement d’un produit dédié aux entreprises visant à aider les sociétés algériennes à optimiser et gérer leurs opérations de voyage. L’entreprise a déjà obtenu un partenariat commercial avec Turkish Airlines, accédant aux tarifs corporate et au programme partenaire de la compagnie. Le segment de la gestion des voyages B2B est relativement inexploité en Algérie, où la plupart des voyages d’affaires sont encore gérés par des agences de voyages traditionnelles avec une intégration technologique limitée.

Technologie et expansion de l’équipe. Le financement soutiendra également l’automatisation du back-end pour réduire les erreurs de réservation et permettre l’expansion de l’équipe technique de VOLZ.

Expansion régionale. VOLZ entend s’étendre vers des marchés en Afrique du Nord et de l’Ouest où les mêmes défis structurels existent — options de paiement limitées, tarification opaque et systèmes de réservation fragmentés. La conception de la plateforme autour des paiements en monnaie locale et du paiement à la livraison la rend naturellement adaptable à d’autres marchés présentant des contraintes de change similaires et des économies à dominante cash.

Les investisseurs : pourquoi Tell Group et GIBA sont importants

La composition du syndicat d’investisseurs de VOLZ est aussi significative que le montant levé.

Tell Group a mené le tour. Tell Group opère dans les services financiers et la gestion d’investissements — son entité affiliée Tell Markets gère Afiya Investments, le premier FCPR agréé en Algérie. L’implication de Tell Group signale que le secteur émergent des services financiers en Algérie considère l’investissement dans les startups comme un déploiement viable de capitaux, et sa connexion au cadre FCPR signifie qu’il peut canaliser les futurs capitaux de fonds vers des opérations parallèlement à ses investissements directs.

GIBA — Groupe Industriel Babahoum Algérie — a co-investi dans le tour. Le conglomérat industriel basé à Biskra est surtout connu pour Guedila, l’une des marques de consommation les plus reconnues en Algérie. L’entrée de GIBA dans l’investissement en startups signale un changement plus large dans la façon dont le secteur privé industriel algérien perçoit l’économie de l’innovation. Historiquement, les groupes industriels algériens ont investi dans des secteurs qu’ils connaissent : l’immobilier, l’importation, l’agriculture et l’industrie manufacturière. L’idée qu’un conglomérat industriel investisse dans une startup de technologie du voyage aurait été impensable il y a cinq ans.

GIBA apporte non seulement du capital, mais aussi une expertise en distribution, une expérience en construction de marque et une compréhension approfondie du comportement des consommateurs algériens. Pour VOLZ, avoir un investisseur qui a porté une marque de consommation à une notoriété nationale offre un accès à des connaissances opérationnelles que les investisseurs purement financiers ne peuvent proposer.

Cette combinaison d’un investisseur financier (Tell Group) et d’un investisseur industriel stratégique (GIBA) constitue une structure de syndicat idéale — qui pourrait servir de modèle pour les futurs tours de financement de startups algériennes où les fondateurs recherchent à la fois du capital et une valeur ajoutée opérationnelle.

L’effet écosystème : ce que VOLZ signifie au-delà de VOLZ

L’opération VOLZ envoie des ondes de choc à travers l’écosystème startup algérien au sens large.

Pour les fondateurs

VOLZ démontre que construire autour des contraintes de l’Algérie — contrôles des changes, comportement à dominante cash, infrastructure de paiement limitée — peut être un atout plutôt qu’un handicap. L’entreprise n’a pas essayé de forcer les consommateurs algériens à adopter un modèle de paiement occidental. Au contraire, elle a conçu un produit qui fonctionne dans la réalité existante tout en faisant progresser subtilement les consommateurs vers l’adoption numérique. Cette philosophie « travailler avec le marché, pas contre lui » est une leçon pour chaque fondateur de startup algérien.

Pour le portefeuille de l’ASF

Les entreprises restantes du portefeuille de l’ASF évoluent désormais dans un environnement d’investissement différent. Leurs prochaines conversations de levée de fonds peuvent s’appuyer sur une sortie concrète avec un multiple de retour documenté. Pour les entreprises préparant leurs propres tours de Series A, le playbook de VOLZ — capital public en amorçage, validation de l’adéquation produit-marché, puis Series A privée — est un modèle reproductible.

Pour les investisseurs privés

L’investissement de Tell Group et GIBA dans VOLZ envoie un signal aux autres groupes industriels et family offices algériens : l’investissement dans les startups est viable. L’Algérie dispose d’une richesse privée significative concentrée dans les conglomérats industriels et les groupes de négoce, mais ces capitaux ont historiquement été dirigés vers l’immobilier, les importations et les entreprises établies. L’opération VOLZ — et en particulier le retour documenté de l’ASF — fournit la preuve nécessaire pour réorienter une partie de ces capitaux vers l’innovation.

Pour la African Startup Conference

L’annonce de VOLZ lors de la quatrième African Startup Conference à Alger — qui a réuni plus de 25 000 participants, plus de 35 délégations ministérielles, 200 exposants, 300 experts internationaux et 150 investisseurs sous le thème « Raising African Champions » — positionne l’Algérie comme plus qu’un pays hôte d’événements startups. C’est désormais un marché où de vraies opérations se concluent et de vraies sorties se réalisent.

La vue d’ensemble : l’infrastructure VC algérienne en 2026

La sortie de VOLZ, le cadre FCPR et l’agrément d’Afiya Investments signalent collectivement que l’infrastructure de capital-risque algérienne entre dans une nouvelle phase. Le pays dispose désormais :

  • D’un fonds public (ASF) avec 37 investissements, une sortie avérée et du capital recyclé pour de nouveaux déploiements
  • D’un cadre de fonds privés (FCPR/SICAR) permettant des véhicules de capital-risque réglementés pour la première fois, sous le Règlement COSOB n24-02
  • Du premier fonds privé agréé (Afiya Investments) géré par Tell Markets, prêt à déployer du capital privé dans les startups
  • D’une voie d’accès boursière pour les sorties de startups via le segment Croissance de la Bourse d’Alger, avec des exonérations de frais jusqu’en 2028 couvrant les transactions jusqu’à 500 millions de DZD — déjà démontrée par l’introduction en bourse de Moustachir en 2024
  • D’une Series A record démontrant que les investisseurs privés financeront les startups algériennes en phase de croissance

Ce n’est plus une collection d’initiatives déconnectées. C’est le début d’un pipeline de capital-risque — du pré-amorçage public en passant par l’amorçage, la Series A, et à terme les sorties sur les marchés publics. La capacité de l’Algérie à accélérer ce pipeline suffisamment vite pour retenir ses meilleurs fondateurs et rivaliser avec des écosystèmes mieux financés dans la région dépendra de l’exécution au cours des 24 à 36 prochains mois.

L’opération VOLZ est la preuve que le pipeline peut fonctionner. Ce qui se passera ensuite déterminera si ce fut un succès isolé ou le premier d’une longue série.

Les lacunes restantes : ce dont l’Algérie a encore besoin

Malgré les progrès représentés par le tour de VOLZ et le cadre FCPR, des lacunes significatives subsistent dans l’infrastructure de capital-risque algérienne.

Les montants des tickets restent faibles. À 5 millions de dollars, la Series A de VOLZ est un record pour l’Algérie — mais c’est un tour d’amorçage selon les standards de la Silicon Valley et une Series A modeste même en comparaison régionale. Des startups égyptiennes ont levé des Series A de 30 à 50 millions de dollars. Tant que l’Algérie ne pourra pas supporter des tours de financement plus importants, les entreprises ayant validé leur adéquation produit-marché devront peut-être lever à l’international ou se relocaliser pour accéder au capital de croissance.

Les voies de sortie sont limitées. L’ASF a réalisé sa sortie par une cession secondaire à des investisseurs privés. La Bourse d’Alger offre une voie d’introduction en bourse avec des exonérations de frais jusqu’en 2028 pour les transactions jusqu’à 500 millions de DZD. Mais les cessions commerciales à de plus grandes entreprises — la voie de sortie de startup la plus courante au niveau mondial — restent rares en Algérie, en partie parce que les conglomérats industriels du pays ne commencent que maintenant à considérer les acquisitions de startups comme un outil stratégique.

Complexité juridique et réglementaire. Le droit commercial algérien, la réglementation des investissements étrangers et le cadre fiscal n’ont pas été conçus pour les transactions de capital-risque. Les questions telles que les pactes d’actionnaires, les obligations convertibles, les instruments SAFE et les structures d’actions multi-classes — qui sont standard dans le VC mondial — nécessitent un montage juridique créatif dans le contexte algérien. Construire une culture de l’equity reste un chantier en cours.

Capital humain. L’Algérie ne manque pas de talent technique, mais les opérateurs de startups expérimentés — des personnes ayant construit et fait croître des entreprises à travers plusieurs phases de développement — restent rares. Les entrepreneurs algériens les plus expérimentés sont souvent basés à l’étranger, et les attirer de retour nécessite non seulement du financement mais aussi un écosystème plus large de mentorat, de communauté et de qualité de vie.

Financement de suivi. La capacité à lever une Series A est significative, mais le parcours du capital-risque ne s’arrête pas là. Les entreprises qui réussissent après leur Series A auront besoin de tours de Series B et C pour passer à l’échelle — des stades de financement qui n’ont actuellement aucune voie établie en Algérie. Sans un écosystème domestique de financement de suivi, les startups qui réussissent pourraient être contraintes de chercher des capitaux internationaux et potentiellement de relocaliser leur siège à l’étranger, diluant l’effet de construction de l’écosystème de l’investissement initial.

Combler ces lacunes prendra des années, pas des mois. Mais la trajectoire est claire : l’infrastructure de capital-risque algérienne passe de « inexistante » à « naissante » — et l’opération VOLZ marque le point d’inflexion où cette transition est devenue indéniable.

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Questions Fréquemment Posées

Comment le Fonds Algérien pour les Startups a-t-il réalisé un rendement de 3,35x sur son investissement dans VOLZ, et pourquoi cette sortie est-elle considérée comme historiquement significative ?

L’ASF a investi dans VOLZ au stade d’amorçage, et lorsque VOLZ a bouclé son Series A de 600 millions de dinars (~5 millions de dollars) en décembre 2025, mené par Tell Group avec la participation de GIBA, l’ASF est sorti par une vente secondaire aux nouveaux investisseurs avec un multiple de 3,35x. Cet événement est historiquement significatif car il s’agit de la première sortie réussie pour un fonds de capital-risque adossé à l’État en Algérie, prouvant que le capital d’amorçage public peut générer de véritables rendements financiers et être recyclé dans de nouveaux investissements — un modèle que les critiques avaient qualifié de « pari subventionné ».

Qu’est-ce que le cadre FCPR sous le Règlement COSOB n24-02, et comment Afiya Investments représente-t-elle une nouvelle ère pour le capital-risque privé en Algérie ?

Le Règlement COSOB n24-02, émis en octobre 2024 et publié au Journal Officiel en mai 2025, a établi le cadre juridique des Fonds Commun de Placement à Risque (FCPR) — la première structure réglementée de fonds de capital-risque privé en Algérie, nécessitant un minimum de 50 millions de DZD (~385 000 dollars) avec au moins 50 % des actifs investis dans des sociétés non cotées. Afiya Investments, gérée par Tell Markets et axée sur la santé, la pharmacie et les énergies renouvelables, est devenue le premier FCPR approuvé, marquant la transition d’un marché où tout le financement des startups était soit public (ASF) soit informel vers un marché doté de véhicules de capital-risque privé réglementés.

Comment VOLZ a-t-elle transformé les contrôles des changes et l’économie dominée par le cash en Algérie en avantages compétitifs sur un marché du voyage de 2,3 milliards de dollars ?

VOLZ a construit une plateforme permettant aux Algériens de rechercher, comparer et réserver des vols internationaux en payant en dinars — y compris un paiement à la livraison où les clients reçoivent leurs billets en payant en personne. Les contrôles des changes qui ont dissuadé les concurrents mondiaux comme Booking.com et Skyscanner de développer des solutions spécifiques à l’Algérie sont devenus l’avantage concurrentiel de VOLZ. L’économie dominée par le cash qui limite les plateformes de paiement mondiales est devenue un atout grâce au modèle adapté au hors-ligne de VOLZ. Cette approche a généré une croissance de plus de 1 000 % en un an sur un marché estimé à 2,3 milliards de dollars de dépenses annuelles des voyageurs algériens en vols internationaux.

Sources et lectures complémentaires