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La 5G est là : comment la révolution numérique de l’Algérie va transformer le cloud, l’IoT et les technologies d’entreprise

février 20, 2026

5G tower in Algeria with IoT and cloud technology

Après des années de travaux réglementaires et d’investissements en infrastructures, l’Algérie a officiellement inauguré les services mobiles 5G le 3 décembre 2025, lors d’une cérémonie au Centre international des conférences Abdelatif-Rahal à Alger. Le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, a qualifié ce lancement d’« étape décisive » dans la transformation numérique du pays. Le service commercial des trois opérateurs a suivi plus tard dans le mois.

Les trois opérateurs licenciés — Mobilis (branche mobile d’Algérie Télécom, entreprise publique), Djezzy et Ooredoo Algérie — ont collectivement versé 63,9 milliards de dinars (~492 millions US$) pour leurs licences de spectre. Il ne s’agit pas de paris hésitants. Les conditions de licence incluent des jalons de couverture contraignants : service pilote dans 8 wilayas au lancement, avec l’obligation d’une couverture nationale d’ici 2031.

L’Algérie entre dans l’ère de la 5G avec une base de connectivité massive déjà en place : 72,9 % de taux d’utilisation d’internet, 95,2 % de pénétration mobile, et environ 54,87 millions d’abonnés mobiles, dont près de 90 % déjà desservis par la 4G.


Ce qui a été concrètement déployé

Le déploiement initial repose sur une architecture 5G Non-Standalone (NSA) — un accès radio 5G superposé aux réseaux cœur 4G existants. Cette approche permet une mise sur le marché rapide pendant que les opérateurs progressent vers la 5G Standalone (SA), qui libérera le plein potentiel de la technologie : latence ultra-faible, découpage réseau (network slicing) et communications massives de type machine.

Les 8 wilayas pilotes comprennent Alger, Oran, Constantine et Sétif, ainsi que quatre autres wilayas couvrant les principales zones métropolitaines. Mobilis a enregistré des débits allant jusqu’à 1,2 Gbps lors des essais de février 2025, avec des débits utilisateurs typiques de 150 à 300 Mbps — une amélioration de 10 à 30 fois par rapport à la 4G.


Transformation industrielle : quand la 5G rencontre l’atelier

L’amélioration des débits pour le grand public fait les gros titres, mais le véritable impact économique réside dans les applications industrielles. Le gouvernement projette que l’écosystème numérique au sens large contribuera à hauteur de ~9 milliards US$ au PIB d’ici 2025, pour atteindre 13 milliards $ d’ici 2030.

Industrie manufacturière et Industrie 4.0

L’Algérie dispose d’une base industrielle substantielle — acier (complexe de Bellara à Jijel, Tosyali à Oran), assemblage automobile (Volkswagen à Relizane, Renault à Oran), ciment et pétrochimie. Ces installations ont fonctionné en grande partie sans connectivité numérique en temps réel sur les chaînes de production.

La 5G permet le déploiement de réseaux de capteurs sans fil pour la maintenance prédictive, de véhicules à guidage autonome nécessitant des temps de réponse de l’ordre de la milliseconde, et du contrôle qualité par vision artificielle sur les lignes de production. En janvier 2026, Ooredoo et ZTE ont organisé un sommet 5G dédié aux industries verticales à Alger, présentant des démonstrations d’automatisation assistée par robots et d’applications de fabrication intelligente — un signal fort que les opérateurs ciblent les revenus entreprise, et pas seulement les forfaits data grand public.

Agriculture et chaîne d’approvisionnement

Les territoires agricoles de l’Algérie — de la plaine de la Mitidja aux oasis de palmiers dattiers du Sahara — ont souffert d’un déficit de connectivité. Des capteurs IoT connectés en 5G peuvent surveiller l’humidité du sol, la température et les nutriments en temps réel, alimentant des plateformes d’intelligence artificielle dans le cloud (cloud computing) qui génèrent des recommandations d’irrigation. La coordination de flottes de drones sur de vastes exploitations et le suivi GPS en temps réel des produits du champ au marché peuvent cibler les 30 à 40 % de pertes post-récolte qui pénalisent actuellement la production maraîchère du pays.

Santé

Le système de santé algérien souffre d’un déséquilibre géographique sévère, les spécialistes étant concentrés dans les villes du nord. La qualité vidéo et la faible latence de la 5G rendent le télédiagnostic viable : un patient à Tamanrasset consultant un cardiologue à Alger avec une qualité proche de la consultation en personne. Le suivi à distance des patients via des dispositifs portables connectés (wearables) devient réalisable à grande échelle.


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Le nexus cloud-5G : pourquoi ils sont indissociables

Voici la thèse centrale pour les décideurs technologiques algériens : la 5G sans le cloud, c’est une infrastructure sans cerveau.

Une usine équipée de 10 000 capteurs connectés génère des gigaoctets de données par heure. Ces données n’ont aucune valeur sur un serveur local — elles prennent toute leur valeur lorsqu’elles sont traitées par des modèles d’IA tournant sur des plateformes cloud capables d’identifier des tendances, de prédire des pannes et de déclencher des réponses automatisées.

La 5G favorise également l’edge computing (informatique en périphérie de réseau) — le traitement des données au plus près de leur lieu de génération plutôt que dans un data center centralisé. Chacun des trois opérateurs algériens devra déployer des nœuds d’edge computing au sein de son infrastructure de stations de base 5G, créant ainsi un nouveau marché pour les services cloud en périphérie. À l’échelle mondiale, le marché de l’edge computing rendu possible par la 5G devrait atteindre 232 milliards $ d’ici 2030.

Point crucial : aucun hyperscaler majeur (AWS, Azure, Google Cloud) n’exploite actuellement de data center en Algérie. Combiné à la loi 18-07, qui impose l’hébergement local des données citoyennes et transactionnelles, cela crée à la fois une contrainte et une opportunité. Les fournisseurs cloud locaux et régionaux disposent d’une fenêtre pour capter la demande avant que les acteurs internationaux n’établissent une présence dans le pays.


Défis : un bilan honnête

Calendrier de couverture. La 5G ne couvre actuellement qu’une fraction du territoire algérien. Le Grand Sud saharien — 85 % de la superficie nationale — ne verra pas la 5G avant plusieurs années. Pour les opérations pétrolières et gazières, l’agriculture saharienne et le tourisme dans le sud, la connectivité satellitaire pourrait rester la seule option viable. Les études internationales estiment la couverture nationale complète entre 3 et 8 milliards $ d’investissements en infrastructures.

Accessibilité des terminaux. Les smartphones 5G d’entrée de gamme démarrent aux alentours de 24 500 DZD (~150 $) aux prix du marché de février 2026, les appareils de milieu de gamme se situant entre 42 000 et 78 000 DZD. Avec un PIB par habitant d’environ 4 400 $, l’adoption massive par le grand public sera lente. La 4G restera dominante pour la plupart des usages grand public au moins jusqu’en 2028-2029.

Fragmentation entre opérateurs. Trois réseaux 5G concurrents signifient que chacun couvre moins de territoire qu’une approche consolidée ne le permettrait. Les accords d’itinérance (roaming) entre opérateurs sont encore en cours de négociation et ne sont pas encore opérationnels.


Ce que les entreprises doivent faire dès maintenant

  1. Piloter des cas d’usage 5G sur les opérations à forte valeur ajoutée. La connectivité sur les chaînes de production, la gestion des interventions terrain et la visibilité sur la chaîne d’approvisionnement offrent le meilleur retour sur investissement initial. Le sommet Ooredoo-ZTE a présenté des applications industrielles concrètes — ce n’est pas de la théorie.
  2. Évaluer l’architecture cloud pour la compatibilité 5G. Si vos applications ne peuvent pas exploiter les réseaux mobiles ou si votre architecture de données n’est pas conçue pour le streaming de capteurs en temps réel, l’investissement 5G ne sera pas rentable.
  3. Contacter les équipes entreprise des opérateurs. Mobilis, Djezzy et Ooredoo proposent tous des unités commerciales dédiées aux entreprises avec des options de réseaux privés 5G pour les clients industriels. Négociez maintenant, tant que les opérateurs recherchent activement des comptes entreprise de référence.
  4. Anticiper la souveraineté des données. La loi 18-07 impose un hébergement local. L’instruction 02-2025 de la Banque d’Algérie définit le cadre de la banque numérique. Si votre application 5G traite des données personnelles ou financières, votre infrastructure cloud doit être localisée dans le pays.
  5. Surveiller le marché de l’edge computing. À mesure que les opérateurs déploient des nœuds en périphérie dans les stations de base 5G, de nouveaux modèles de services émergeront. Les pionniers qui concevront des architectures natives pour l’edge disposeront d’un avantage structurel.

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🧭 Radar de décision

Dimension Évaluation
Pertinence pour l’Algérie Élevée — la 5G est désormais active dans 8 wilayas avec 492 M$ investis ; chaque stratégie IT et cloud d’entreprise doit intégrer ce tournant.
Calendrier d’action 6-12 mois — pilotez des cas d’usage 5G dès maintenant pendant que les opérateurs se disputent les comptes entreprise de référence.
Parties prenantes clés Directeurs techniques (CTO), directeurs des systèmes d’information (DSI), architectes cloud, équipes entreprise des opérateurs télécoms, ministère du Numérique, responsables de sites industriels, fondateurs de startups IoT/edge.
Type de décision Stratégique — la convergence 5G-cloud redéfinit les investissements en infrastructures, le choix des fournisseurs et les décisions d’architecture applicative.
Niveau de priorité Élevé

En bref : Les entreprises algériennes dans l’industrie manufacturière, l’agriculture et la santé devraient contacter les équipes entreprise des opérateurs dès maintenant pour piloter des cas d’usage de réseaux privés 5G — la fenêtre concurrentielle est ouverte tant que Mobilis, Djezzy et Ooredoo recherchent activement des comptes de référence. Les architectes cloud doivent concevoir pour des architectures natives edge et la souveraineté des données (loi 18-07) avant que les hyperscalers n’entrent sur le marché.


Sources

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