⚡ Points Clés

Seulement 3 % des 11 520 répondants à la consultation ont soutenu l’exception d’opt-out initialement privilégiée par le gouvernement britannique pour les données d’entraînement de l’IA, contraignant Londres à abandonner cette proposition et à maintenir le droit d’auteur existant — une décision qui préserve des industries créatives pesant 145,8 milliards de livres de valeur ajoutée brute annuelle tout en laissant les entreprises d’IA sans la sécurité juridique qu’elles recherchaient.

En résumé : Le rejet par le Royaume-Uni d’une exception pour les données d’entraînement et l’approche « licence d’abord » de l’UE signalent un consensus mondial : les titulaires de droits d’auteur doivent conserver le contrôle sur l’utilisation de leurs oeuvres dans l’entraînement de l’IA.

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🧭 Radar de Décision (Perspective Algérie)

Pertinence pour l’Algérie
Moyenne

Les secteurs algériens des médias, de l’édition et de la musique seront confrontés à des questions similaires sur les données d’entraînement de l’IA à mesure que l’adoption de l’IA générative progresse au niveau national et régional dans le monde francophone et arabophone.
Infrastructure prête ?
Non

L’Algérie manque d’infrastructures robustes d’application du droit d’auteur, de plateformes de licences numériques et de sociétés de gestion collective capables de gérer les droits liés à l’IA à grande échelle. L’ONDA gère les droits traditionnels mais ne dispose d’aucun cadre pour les données d’entraînement de l’IA.
Compétences disponibles ?
Partielles

L’Algérie possède une expertise juridique en propriété intellectuelle à travers ses tribunaux de PI et l’INAPI, mais les connaissances spécialisées à l’intersection du droit d’auteur, de la technologie IA et de la régulation de la fouille de textes et données restent limitées.
Calendrier d’action
12-24 mois

Surveiller les développements législatifs britanniques, la mise en oeuvre du AI Act européen et les décisions judiciaires américaines pour constituer une base factuelle avant d’envisager des mises à jour du cadre algérien du droit d’auteur.
Parties prenantes clés
ONDA (office du droit d’auteur), INAPI (institut de propriété intellectuelle), ministère de la Culture, ministère de la Poste et des Télécommunications, organisations médiatiques algériennes, éditeurs arabophones, développeurs et startups IA locaux
Type de décision
Éducatif

Cet article fournit un contexte éducatif pour construire la compréhension et éclairer les décisions futures.

En bref : Le secteur créatif algérien — y compris l’édition en langue arabe, la musique et le cinéma — sera tôt ou tard confronté aux mêmes questions sur les données d’entraînement de l’IA que celles auxquelles le Royaume-Uni fait face. Le rejet de l’exception d’opt-out par Londres et l’approche « licence d’abord » de l’UE indiquent un consensus mondial selon lequel les titulaires de droits d’auteur doivent garder le contrôle. Les décideurs algériens à l’ONDA et au ministère de la Culture devraient étudier ces résultats pour préparer un cadre qui protège les créateurs algériens tout en maintenant le pays connecté aux outils d’IA bénéfiques.

Ce que dit réellement le rapport de mars 2026

Le 18 mars 2026, le gouvernement britannique a publié deux documents majeurs en vertu du Data (Use and Access) Act 2025 : un rapport sur le droit d’auteur et l’intelligence artificielle (Section 136) et une évaluation d’impact économique (Section 135). Produits conjointement par le Department for Science, Innovation and Technology (DSIT), l’Intellectual Property Office (IPO) et le Department for Culture, Media and Sport (DCMS), ces documents concluent un processus de consultation qui a attiré 11 520 réponses — 10 112 via Citizen Space et plus de 1 400 par courrier électronique.

Le résultat principal est sans ambiguïté : le gouvernement a abandonné son approche initialement privilégiée. L’Option 3 — une large exception commerciale de fouille de textes et de données (TDM) avec un mécanisme d’opt-out pour les titulaires de droits — est morte. Seulement 3 % des répondants via Citizen Space l’ont soutenue, contre 88 % en faveur de l’Option 1, qui imposerait l’obtention de licences pour toute utilisation d’oeuvres protégées dans l’entraînement de l’IA.

Plutôt que d’adopter l’une des quatre options de consultation, le gouvernement a choisi la prudence : maintenir le cadre juridique existant (Option 0 de facto), développer des normes de transparence volontaires, surveiller le marché émergent des licences et rassembler davantage de preuves avant de légiférer. La seule proposition législative concrète est la suppression de la Section 9(3) du Copyright, Designs and Patents Act 1988 (CDPA), qui accorde une protection par le droit d’auteur aux oeuvres générées par ordinateur sans auteur humain.

Les quatre options sur la table

La consultation de décembre 2024 présentait quatre voies politiques distinctes pour le traitement des données d’entraînement de l’IA par le droit d’auteur.

Option 0 — Statu quo : Aucune modification du droit d’auteur. L’entraînement commercial de l’IA copiant des oeuvres protégées sans autorisation reste potentiellement contrefaisant en vertu du CDPA. L’exception existante de la Section 29A ne couvre que la fouille de textes et de données à des fins de recherche non commerciale.

Option 1 — Licences obligatoires : Exiger des développeurs d’IA l’obtention de licences pour toute utilisation d’oeuvres protégées dans l’entraînement. Cette option a recueilli un soutien écrasant (88 % des répondants via Citizen Space) et s’aligne sur la position des industries créatives selon laquelle les titulaires de droits doivent contrôler l’utilisation de leurs oeuvres.

Option 2 — Large exception TDM : Créer une nouvelle exception commerciale de fouille de textes et de données sans opt-out — autorisant de facto l’entraînement illimité de l’IA sur des oeuvres protégées. C’était l’option la plus favorable à l’industrie de l’IA et la plus combattue par les industries créatives.

Option 3 — Exception TDM avec opt-out : L’approche initialement privilégiée par le gouvernement — une exception commerciale TDM où les titulaires de droits pouvaient se retirer via des mesures techniques comme robots.txt. Les industries créatives l’ont rejetée comme inadéquate, arguant que robots.txt ne s’applique qu’à l’exploration web, n’est pas assez granulaire pour des oeuvres spécifiques, et que la conformité est purement volontaire.

Le rapport de mars 2026 retire formellement l’Option 3 et n’endosse aucune des options restantes. Le gouvernement opère effectivement sous l’Option 0 tout en poursuivant la collecte de données.

Pourquoi l’approche volontaire a échoué

Avant la consultation formelle, le gouvernement britannique avait tenté une approche volontaire — réunissant développeurs d’IA et titulaires de droits créatifs pour négocier un code de conduite. La déclaration de progrès de décembre 2025, publiée en vertu de la Section 137 de la loi, reconnaissait des avancées limitées.

Trois obstacles structurels se sont avérés insurmontables.

Impasse sur la transparence. Les industries créatives exigeaient que les entreprises d’IA divulguent quelles oeuvres protégées elles utilisaient pour l’entraînement. Les entreprises d’IA ont résisté, invoquant la sensibilité concurrentielle et l’impossibilité technique d’une divulgation rétrospective pour des modèles entraînés sur des milliards de points de données. Le rapport note que plus de 90 % des répondants soutenaient la transparence obligatoire, mais le gouvernement s’est arrêté en deçà d’une exigence légale — proposant plutôt des bonnes pratiques sectorielles avec la possibilité d’une législation future.

Inadéquation des mécanismes d’opt-out. Les titulaires de droits souhaitaient des mécanismes techniquement applicables pour empêcher l’utilisation de leurs oeuvres dans l’entraînement de l’IA. Les entreprises d’IA ont proposé de respecter les directives robots.txt, mais cela ne s’applique qu’à l’exploration web et ne couvre pas les données obtenues par l’achat d’ensembles de données, les archives sous licence ou d’autres canaux. Aucun accord n’a pu être trouvé sur une alternative techniquement robuste.

Impasse sur la compensation. Les industries créatives réclamaient des cadres de licences ou des redevances légales pour l’utilisation dans l’entraînement de l’IA. Les entreprises d’IA arguaient que la valeur créée par l’entraînement est trop diffuse pour être attribuée à des oeuvres individuelles et que les exigences de licence rendraient le développement de l’IA prohibitivement coûteux. Le rapport qualifie cela d’asymétrie fondamentale d’incitations — les entreprises d’IA bénéficient du statu quo, tandis que les industries créatives supportent les coûts sans compensation.

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La pression parallèle : le rapport de la Chambre des Lords

Douze jours avant le rapport gouvernemental, la Commission des communications et du numérique de la Chambre des Lords a publié sa propre enquête : « AI, copyright and the creative industries » (HL Paper 267, 6 mars 2026). Les conclusions des Lords étaient plus tranchantes que celles du gouvernement.

La Commission a approuvé une approche « licence d’abord », recommandant explicitement de rejeter toute nouvelle exception TDM avec opt-out. Elle a appelé à des obligations de transparence légales — non volontaires — exigeant des développeurs d’IA qu’ils divulguent leurs sources de données d’entraînement. La Commission a également recommandé de nouvelles protections contre les répliques numériques non autorisées et les productions IA nuisibles « à la manière de » qui exploitent l’identité des créateurs.

Le rapport des Lords n’a pas force contraignante, mais il a exercé une pression politique significative. Sa publication quelques jours avant l’échéance légale du gouvernement signalait que le Parlement attend une action plus ferme que la prudente collecte de preuves finalement proposée.

La position du Royaume-Uni dans le paysage mondial

La décision du Royaume-Uni de maintenir son cadre juridique existant le place dans une position distinctive parmi les grandes juridictions en matière d’IA.

L’Union européenne a établi un cadre légal dans la Directive sur le droit d’auteur (2019/790). L’Article 3 autorise la fouille de textes et de données à des fins de recherche ; l’Article 4 permet le TDM commercial mais accorde aux titulaires de droits la possibilité de s’y opposer. Le AI Act renforce ce dispositif avec des exigences de transparence sur les données d’entraînement. L’approche européenne crée un régime de licence de facto pour l’entraînement commercial de l’IA.

Les États-Unis s’appuient sur le fair use (17 U.S.C. Section 107), avec plusieurs procès testant encore si l’entraînement de l’IA en relève. La décision la plus significative à ce jour est intervenue en février 2025, lorsque le juge Bibas a estimé que l’utilisation par ROSS Intelligence des résumés de Thomson Reuters pour entraîner un outil de recherche juridique IA ne relevait pas du fair use — la première juridiction américaine à se prononcer définitivement sur cette question. L’affaire est en appel devant le Third Circuit. Parallèlement, The New York Times c. OpenAI se poursuit en phase de discovery, avec une ordonnance de janvier 2026 contraignant OpenAI à produire 20 millions de journaux de conversations ChatGPT.

Le Royaume-Uni occupe désormais un terrain intermédiaire. Le droit d’auteur existant interdit probablement l’entraînement commercial non autorisé de l’IA (aucune exception spécifique n’existe), mais il n’y a pas de jurisprudence britannique testant cette interprétation ni de cadre légal traitant spécifiquement de l’entraînement de l’IA. Le gouvernement a choisi de ne pas créer de nouvelles exceptions et de ne pas imposer de licences — une posture qui préserve les protections des industries créatives en théorie tout en laissant l’application aux tribunaux.

Ce que cela signifie pour les industries créatives et les entreprises d’IA

Pour les industries créatives britanniques — contribuant à hauteur de 145,8 milliards de livres en valeur ajoutée brute à l’économie en 2024 et employant environ 2,4 millions de personnes — le résultat est une victoire relative. L’exception TDM redoutée qui aurait permis l’entraînement de l’IA sans consentement a été rejetée. Les protections existantes du droit d’auteur restent intactes, ce qui signifie que les entreprises d’IA ont techniquement besoin d’une autorisation pour utiliser des oeuvres protégées dans l’entraînement.

La nuance réside dans l’application. Sans exigences légales de transparence, les titulaires de droits ne peuvent pas facilement déterminer si leurs oeuvres ont été utilisées pour entraîner des modèles d’IA. Sans cadre de licence, il n’existe pas de mécanisme standardisé de compensation. Les industries créatives ont gagné l’argument politique mais manquent encore des outils pratiques pour exercer leurs droits.

Pour les entreprises d’IA, le résultat crée une incertitude juridique. L’entraînement sur des oeuvres protégées sans autorisation comporte un risque de contrefaçon en vertu du droit britannique existant, mais aucune entreprise n’a encore été poursuivie au Royaume-Uni pour l’entraînement de l’IA, et le gouvernement n’a signalé aucune intention de poursuivre l’application. La réalité pratique est que l’entraînement de l’IA continue pendant que le cadre juridique reste non testé.

Le marché émergent des licences pourrait combler cette lacune. Plusieurs entreprises d’IA ont déjà signé des accords de licence avec des éditeurs et des organisations de presse, et le gouvernement a indiqué qu’il souhaite que ce marché se développe organiquement avant d’envisager une intervention réglementaire.

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Questions Fréquemment Posées

Qu’a décidé le rapport britannique de mars 2026 sur le droit d’auteur et l’IA ?

Le rapport, publié le 18 mars 2026 en vertu des Sections 135 et 136 du Data (Use and Access) Act 2025, a formellement rejeté l’Option 3 initialement privilégiée par le gouvernement — une large exception commerciale de fouille de textes et de données avec un mécanisme d’opt-out. Seulement 3 % des 11 520 répondants à la consultation l’ont soutenue, contre 88 % en faveur des licences obligatoires. Le gouvernement a choisi de maintenir le droit d’auteur existant (statu quo), de développer des normes de transparence volontaires et de surveiller le marché émergent des licences plutôt que de légiférer immédiatement. La seule proposition législative concrète est la suppression de la protection de la Section 9(3) du CDPA pour les oeuvres générées par ordinateur.

En quoi l’approche du Royaume-Uni diffère-t-elle de celles de l’UE et des États-Unis ?

L’UE dispose d’un cadre légal dans la Directive sur le droit d’auteur où les titulaires de droits peuvent s’opposer à la fouille commerciale de textes et de données, créant un régime de licence de facto. Les États-Unis s’appuient sur le fair use, avec la première décision contre l’entraînement de l’IA (Thomson Reuters c. ROSS Intelligence, février 2025) désormais en appel. Le Royaume-Uni se situe entre les deux — le droit d’auteur existant interdit probablement l’entraînement commercial non autorisé de l’IA, mais il n’existe pas de législation spécifique ni de jurisprudence britannique testant cette interprétation. Le gouvernement a choisi de ne pas créer de nouvelles exceptions ni d’imposer de licences, laissant le cadre non testé.

Pourquoi l’Algérie devrait-elle s’intéresser au débat britannique sur le droit d’auteur et l’IA ?

L’expérience britannique révèle un schéma mondial : les négociations volontaires entre entreprises d’IA et industries créatives échouent en raison d’asymétries structurelles d’incitations, et les gouvernements sont poussés vers des solutions légales. Les industries créatives algériennes — littérature en langue arabe, musique, cinéma et journalisme — font face au même risque d’utilisation non autorisée pour l’entraînement de l’IA. Le rejet de l’opt-out par le Royaume-Uni et l’approche de licence de l’UE signalent que la protection du droit d’auteur pour les données d’entraînement devient la norme internationale. L’ONDA et les décideurs algériens devraient commencer à construire l’infrastructure technique et juridique pour l’application du droit d’auteur à l’ère de l’IA avant que l’adoption de l’IA générative ne rende la question urgente au niveau national.

Sources et lectures complémentaires