Le plus grand câble de la Méditerranée
Le système de câble sous-marin Medusa est, à tous égards, le projet de télécommunications sous-marines le plus ambitieux que la Méditerranée ait jamais connu. S’étendant sur plus de 8 700 kilomètres avec des points d’atterrissage dans plusieurs pays sur les deux rives de la Méditerranée, Medusa crée un anneau numérique continu à haute capacité autour du bassin méditerranéen — reliant la côte atlantique du Portugal aux rivages orientaux de Chypre et de l’Égypte, avec l’Afrique du Nord pleinement intégrée à chaque segment.
Le projet est développé par AFR-IX Telecom, un opérateur d’infrastructure basé à Barcelone spécialisé dans la connectivité africaine, et fabriqué par Alcatel Submarine Networks (ASN), filiale de Nokia. Les contrats de construction, attribués à ASN et au spécialiste italien des câbles marins Elettra Tlc, sont entrés en vigueur le 3 juillet 2023, la fabrication et le déploiement se déroulant par segments successifs depuis lors.
L’investissement total est estimé à 342 millions d’euros (374 millions de dollars), hors extension prévue Medusa Africa qui prolongera à terme le système vers le sud le long de la côte atlantique de l’Afrique. Cela fait de Medusa l’un des projets d’infrastructure de télécommunications les plus capitalistiques actuellement en cours dans la région euro-méditerranéenne.
Architecture technique : 24 paires de fibres à 20 Tbps chacune
Les spécifications techniques de Medusa le placent résolument dans la nouvelle génération de systèmes de câbles sous-marins. Le câble transporte 24 paires de fibres par segment, chacune capable d’un débit de 20 Tbps, pour une capacité totale du système de 480 térabits par seconde. Pour mettre cela en perspective, 480 Tbps suffisent à transporter environ 100 millions de flux vidéo HD simultanés — plus que la population combinée de l’Algérie, de la Tunisie et de la Libye regardant en streaming en même temps.
Le système utilise la plateforme Nokia 1830 GX Series avec optique cohérente ICE7, permettant la transmission de dizaines de térabits par seconde par paire de fibres avec une faible latence et une haute efficacité énergétique. Il s’agit de la même technologie optique utilisée dans les câbles transocéaniques les plus avancés reliant l’Amérique du Nord et l’Europe.
Medusa sert également de plateforme de déploiement pour le projet PSI (Protection and Predictive maintenance of Submarine cable Infrastructures), une initiative de recherche financée par le ministère espagnol de la Science et de l’Innovation et le programme NextGenerationEU de l’UE. Le projet PSI utilise la technologie High-Fidelity Distributed Acoustic Sensing (HDAS) — une technique de détection par fibre optique qui utilise le câble lui-même comme capteur continu, détectant les vibrations acoustiques sur toute sa longueur. Cela permet de détecter les menaces potentielles, notamment les coups d’ancre, l’activité sismique et la proximité des navires, favorisant une maintenance prédictive capable de résoudre les problèmes avant qu’ils ne provoquent des interruptions de service.
Points d’atterrissage : un anneau méditerranéen
Les points d’atterrissage de Medusa forment un anneau quasi complet autour de la Méditerranée, connectant les deux rives :
Méditerranée Nord (Europe) :
- Lisbonne, Portugal
- Barcelone et Zahara de los Atunes, Espagne
- Marseille, France
- Mazara del Vallo, Italie
- Tympaki, Grèce (Crète)
- Yeroskipou, Chypre
Méditerranée Sud (Afrique du Nord et Moyen-Orient) :
- Nador et Tétouan, Maroc
- Alger et Collo (wilaya de Skikda), Algérie
- Bizerte, Tunisie
- Misrata et Benghazi, Libye
- Port-Saïd, Égypte
- Tartous, Syrie (ajouté en 2025)
Le système s’est élargi depuis sa conception initiale, le calendrier officiel du projet reflétant les accords signés avec les partenaires d’atterrissage à travers la Méditerranée. Malte devrait rejoindre le réseau ultérieurement, et une extension stratégique vers Aqaba, en Jordanie — donnant accès à la mer Rouge et à l’Arabie saoudite via un partenariat avec Etihad Salam — a été annoncée en octobre 2025.
Pour l’Algérie, les deux points d’atterrissage — Alger et Collo — revêtent une importance stratégique. Alger offre une connectivité directe à haute capacité vers la capitale et sa concentration d’utilisateurs gouvernementaux, financiers et corporatifs. Collo, située dans la wilaya orientale de Skikda, apporte une diversité géographique qui renforce la résilience physique (une coupure de câble à un emplacement ne désactive pas les deux) et réduit la latence pour les utilisateurs de l’est algérien, notamment à Constantine, Annaba et dans les centres industriels de l’Est.
Le calendrier de déploiement 2025-2026
Le déploiement de Medusa progresse par segments successifs :
Octobre 2025 — Marseille : Le premier atterrissage a eu lieu le 8 octobre 2025, à la station d’atterrissage câble d’Orange à Marseille. Marseille est déjà le plus grand hub de câbles sous-marins de la Méditerranée, accueillant les atterrissages de multiples systèmes majeurs reliant l’Europe à l’Afrique et à l’Asie.
Novembre 2025 — Bizerte, Tunisie : Le deuxième atterrissage a suivi le 1er novembre 2025, à Bizerte sur la côte nord de la Tunisie. Orange Tunisie et Tunisie Telecom sont les partenaires d’atterrissage, Tunisie Telecom ayant acquis une paire de fibres dédiée. Le segment Marseille-Bizerte — une liaison de 1 050 kilomètres connue sous le nom de « Via Tunisia » — a été parmi les premiers segments à devenir commercialement opérationnel début 2026.
Décembre 2025 — Nador, Maroc : Le troisième atterrissage de la Phase 1 a complété le triangle de déploiement initial, avec une liaison de 1 416 kilomètres reliant Nador directement à Marseille. Orange Maroc et inwi ont servi de partenaires d’atterrissage.
2026 — Algérie et Méditerranée orientale : Le ministre algérien de la Poste et des Télécommunications a confirmé, lors d’une visite du site de la station d’atterrissage de Collo à Skikda, que le câble sous-marin à fibre optique Medusa entrera en service au point d’atterrissage de Collo d’ici fin 2026. La section orientale du système — englobant les segments Algérie, Libye et Égypte — devrait être opérationnelle fin 2026, l’anneau méditerranéen complet atteignant son plein statut opérationnel début 2027.
La position actuelle de l’Algérie en matière de câbles sous-marins
Pour apprécier ce que Medusa apporte, il est nécessaire de comprendre l’infrastructure de bande passante internationale existante de l’Algérie. Le pays se connecte actuellement à l’internet mondial via plusieurs systèmes de câbles sous-marins :
Alval/Orval (mis en service en décembre 2020) : Le système de câbles Alval (Alger-Valence) et Orval (Oran-Valence) relie l’Algérie à l’Espagne via deux routes totalisant 770 km, avec une capacité totale de 40 Tbps utilisant la technologie DWDM 100×100 Gbps sur deux paires de fibres par route. C’est actuellement la liaison internationale la plus performante de l’Algérie et elle a constitué une mise à niveau transformatrice lors de sa mise en service.
SeaMeWe-4 : Ce système historique relie Singapour à la France en passant par l’Asie du Sud, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, l’Algérie étant l’un de ses points d’atterrissage. Bien que toujours opérationnel, SeaMeWe-4 est un système mature dont la capacité par paire de fibres est nettement inférieure à celle des câbles plus récents.
Med Cable Network et Alpal-2 : Des câbles méditerranéens supplémentaires fournissant une bande passante internationale complémentaire.
La capacité totale de bande passante internationale installée de l’Algérie s’élève à environ 10,2 térabits par seconde sur l’ensemble des systèmes, avec environ 5,4 Tbps en utilisation active — représentant environ 52 % d’utilisation. Le gouvernement a explicitement exprimé son intention de doubler cette capacité — une ambition que l’arrivée de Medusa sert directement.
Avec les 24 paires de fibres de Medusa offrant chacune 20 Tbps, même une allocation modeste aux points d’atterrissage algériens pourrait multiplier plusieurs fois la bande passante internationale disponible du pays. La capacité exacte disponible pour l’Algérie dépendra des accords commerciaux entre AFR-IX Telecom, Algerie Telecom et les autres acquéreurs de capacité Medusa, mais l’ampleur de l’augmentation potentielle est considérable.
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Africa-1 : le deuxième câble arrivant en 2026
Medusa n’est pas le seul système de câble sous-marin prévu pour atterrir en Algérie. Le câble Africa-1, un système distinct de 10 000 km construit par Alcatel Submarine Networks, atterrira à Bejaïa sur la côte est de l’Algérie. Africa-1 se compose de 8 paires de fibres avec une capacité de conception de 96 Tbps, équipé d’équipements de transmission ASN 1620 Softnode dotés de cartes de ligne cohérentes avancées XWAV prenant en charge des longueurs d’onde de 200/300/400 Gbps. Le câble relie la France à l’Afrique de l’Est, au Moyen-Orient et à l’Asie du Sud via la Méditerranée, avec un consortium comprenant Etisalat, G42, Mobily, Pakistan Telecommunication Company et Telecom Egypt.
Bien qu’offrant une capacité totale inférieure à celle de Medusa, Africa-1 ajoute une dimension supplémentaire de diversité à la connectivité internationale de l’Algérie. Disposer de points d’atterrissage de câbles sous-marins à quatre emplacements géographiques distincts — Alger, Oran (Alval/Orval), Collo/Skikda (Medusa) et Bejaïa (Africa-1) — répartit les risques et fournit des alternatives de routage qui renforcent la résilience globale du réseau.
L’arrivée simultanée de deux systèmes de câbles sous-marins en une seule année est sans précédent pour l’Algérie et constituera la plus grande expansion annuelle de la bande passante internationale du pays dans l’histoire de ses télécommunications.
La dimension EU Global Gateway
Medusa n’est pas uniquement un projet commercial de télécommunications. C’est le premier projet numérique Global Gateway de la Commission européenne — une initiative phare dans le cadre de la stratégie de l’UE pour investir dans des infrastructures durables reliant l’Europe aux régions partenaires à travers le monde.
Le soutien financier de l’UE est substantiel. La Commission européenne, à travers le Connecting Europe Facility (CEF Digital), a alloué 38,3 millions d’euros de subventions au projet via plusieurs sous-programmes dont ATMED-DG, ATMED Nador, ATMED Malta-DG et ATMED EAST-DG. De plus, une subvention d’investissement distincte de 40 millions d’euros a été signée entre la Commission européenne, la Banque européenne d’investissement (BEI), GEANT et AFR-IX Telecom — spécifiquement destinée au soutien de la connectivité recherche et éducation (R&E) sur les deux rives de la Méditerranée. La BEI devrait également fournir jusqu’à 100 millions d’euros de prêts pour l’infrastructure.
La composante GEANT est particulièrement significative pour les institutions académiques et de recherche algériennes. GEANT exploite le plus grand réseau de recherche et d’éducation au monde, connectant plus de 50 millions d’utilisateurs dans 10 000 institutions en Europe. Grâce à un contrat de 25 ans signé avec Medusa en 2024, les universités et centres de recherche nord-africains — y compris le réseau national de recherche algérien ARN — bénéficieront d’une connectivité à haute capacité et faible latence vers ce réseau. Cette capacité n’était historiquement accessible qu’aux institutions européennes.
Pour l’UE, Medusa comporte également une dimension explicite de souveraineté numérique. Le câble fournit un réseau de connectivité fiable, soutenu par l’Europe, en Méditerranée, réduisant la dépendance vis-à-vis d’infrastructures contrôlées par des entités non européennes. Cette motivation géopolitique — garantir que les flux de données euro-méditerranéens transitent par des infrastructures de confiance et gouvernées de manière transparente — est un moteur significatif de l’engagement de financement public.
Lors du Forum Global Gateway d’octobre 2025, l’UE est allée plus loin, annonçant son soutien à une extension stratégique de Medusa vers le Moyen-Orient, avec la Jordanie comme point de connexion initial et un partenariat avec Etihad Salam d’Arabie saoudite pour l’accès à la mer Rouge. Si elle se concrétise, cette extension transformerait Medusa d’un anneau méditerranéen en un corridor euro-méditerranéen-moyen-oriental, l’Algérie étant positionnée à un point de jonction stratégique.
Ce que Medusa signifie pour les entreprises et utilisateurs algériens
Les implications pratiques de Medusa pour l’écosystème technologique algérien sont significatives sur plusieurs dimensions :
Réduction de la latence vers les régions cloud européennes : La majorité des entreprises algériennes utilisant des services cloud se connectent à des centres de données à Marseille, Paris ou Francfort. Medusa fournit un chemin de fibre direct et à haute capacité entre l’Algérie et Marseille — réduisant potentiellement la latence aller-retour à des millisecondes à un chiffre. Pour les applications sensibles à la latence (collaboration en temps réel, trading financier, jeux vidéo), c’est une amélioration significative.
Marge de capacité pour la croissance 5G et FTTH : L’Algérie a lancé la 5G commerciale en décembre 2025 avec des licences attribuées à Mobilis, Djezzy et Ooredoo, et a dépassé les 3 millions de foyers connectés en FTTH en février 2026. Ces deux technologies génèrent une demande massive en bande passante internationale montante. Sans nouvelle capacité de câble sous-marin, les liaisons internationales existantes de l’Algérie feraient face à une congestion croissante à mesure que la consommation domestique de bande passante augmente. Medusa fournit la marge nécessaire pour absorber des années de croissance de la demande sans goulot d’étranglement au niveau du transit international.
Tarification compétitive du transit : Plus de capacité de câble sous-marin signifie plus de concurrence entre les fournisseurs de bande passante en gros, ce qui se traduit généralement par des coûts de transit par mégabit plus bas pour les FAI et entreprises algériens. Des coûts de transit réduits se répercutent dans la chaîne de valeur, permettant potentiellement des offres haut débit moins chères et une tarification plus compétitive pour les services hébergés dans le cloud.
Résilience en cas de catastrophe : L’infrastructure actuelle de câbles sous-marins de l’Algérie, bien qu’adéquate, concentre les points d’atterrissage à Alger et Oran. L’ajout de Medusa à Collo/Skikda et d’Africa-1 à Bejaïa crée une diversité géographique qui réduit considérablement le risque qu’une seule coupure de câble — qu’elle soit causée par un séisme, un dragage d’ancre ou un accident de construction — ne perturbe la connectivité internationale du pays.
Accès à la recherche et à l’éducation : La capacité financée par GEANT sur Medusa ouvre une connectivité directe entre les universités algériennes et le réseau européen de recherche. Cela permet la participation à des collaborations de recherche intensives en données, l’accès à des ressources de calcul haute performance et l’intégration dans des réseaux académiques pan-méditerranéens qui étaient auparavant inaccessibles en raison de contraintes de bande passante.
L’extension Medusa Africa : une future porte vers le sud
Le système Medusa actuel n’est, par conception, que la première phase d’une ambition plus vaste. AFR-IX Telecom a annoncé des plans pour Medusa Africa, une extension qui prolongerait le câble vers le sud le long de la côte atlantique de l’Afrique, connectant les pays d’Afrique de l’Ouest qui dépendent actuellement d’un nombre limité de systèmes de câbles pour leur bande passante internationale.
L’extension Medusa Africa a déjà obtenu des soutiens : AFR-IX Telecom a obtenu 14,3 millions d’euros de financement européen et un soutien américain pour le projet via le programme CEF Digital, signalant un fort soutien international pour l’extension de la portée du système. ACE Gabon a déjà signé pour l’atterrissage du câble à Port-Gentil, au Gabon.
Pour l’Algérie, l’extension Medusa Africa transforme les stations d’atterrissage du pays de points terminaux méditerranéens en nœuds de transit potentiels pour le trafic circulant entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest. Ce positionnement de transit — où l’infrastructure algérienne ne sert pas uniquement ses propres besoins en bande passante mais transporte également du trafic pour d’autres nations africaines — crée à la fois des opportunités de revenus et un levier stratégique. Les frais de transit provenant du transport du trafic destiné à l’Afrique de l’Ouest à travers les stations d’atterrissage algériennes pourraient partiellement compenser les propres coûts de capacité du pays tout en renforçant le rôle de l’Algérie en tant que hub de connectivité continentale.
Le paysage infrastructurel méditerranéen au sens large
Medusa s’inscrit dans une vague plus large de construction de câbles sous-marins qui redessine fondamentalement la connectivité méditerranéenne. La région connaît ce que les analystes du secteur décrivent comme une « renaissance câblière » — la période la plus intensive de déploiement de nouveaux câbles sous-marins en Méditerranée depuis la fin des années 1990.
Les systèmes clés aux côtés de Medusa comprennent :
2Africa (soutenu par Meta) : Avec 45 000 km et 46 stations d’atterrissage dans 33 pays, l’un des câbles sous-marins les plus longs jamais construits, encerclant l’ensemble du continent africain et se connectant à la Méditerranée via l’Égypte. Le système 2Africa principal a été achevé en novembre 2025, l’extension 2Africa Pearls vers le Golfe se poursuivant en 2026. 2Africa ajoute une capacité massive à la connectivité internationale de l’Afrique mais suit un schéma de routage différent de Medusa, desservant principalement les côtes atlantique et de l’océan Indien de l’Afrique.
Alval/Orval (existant) : La liaison directe de l’Algérie vers l’Espagne, mise en service en décembre 2020, offrant 40 Tbps de capacité sur 770 km. Ce système a démontré la capacité de l’Algérie à commander et exploiter une infrastructure de câble sous-marin moderne.
EIG et AAE-1 : Des systèmes existants transitant par la Méditerranée entre l’Europe et l’Asie, avec des points d’atterrissage en Égypte qui se connectent à l’Algérie via des liaisons terrestres.
L’effet cumulé de ces systèmes — existants et nouveaux — est une région méditerranéenne en transition, passant d’un goulot d’étranglement relatif en bande passante à l’un des corridors maritimes les plus densément câblés au monde. Pour l’Algérie, située au centre géographique de la côte nord-africaine, cette transformation convertit sa position géographique en avantage stratégique.
Perspectives : de l’atterrissage à l’impact
L’atterrissage physique d’un câble sous-marin est une étape importante, mais l’impact économique dépend de ce qui se passe après la mise en service du câble. Plusieurs facteurs détermineront l’efficacité avec laquelle l’Algérie exploitera la capacité de Medusa :
Accords commerciaux : Les conditions auxquelles les opérateurs algériens — principalement Algerie Telecom, mais potentiellement aussi Djezzy et Ooredoo — accèdent à la capacité Medusa détermineront la quantité de bande passante qui transitera effectivement par les points d’atterrissage algériens et à quel coût.
Distribution terrestre : Un câble sous-marin atterrissant à Collo ne bénéficie aux utilisateurs de Constantine et d’Annaba que si la fibre terrestre relie la station d’atterrissage aux centres de population intérieurs. Le réseau de fibre domestique en expansion de l’Algérie (atteignant désormais plus de 3 millions de foyers connectés en FTTH) fournit l’infrastructure de distribution, mais il est essentiel de garantir un backhaul adéquat depuis les stations d’atterrissage vers les principaux nœuds d’échange métropolitains.
Développement des centres de données : Une connectivité internationale à haute capacité crée les conditions pour le développement de centres de données en Algérie. Héberger du contenu localement — que ce soit via des nœuds CDN, des points de présence cloud ou des installations de colocation — réduit la latence, maintient le trafic de données domestique lorsque c’est possible et crée des opportunités de services à valeur ajoutée.
Clarté réglementaire : Le cadre réglementaire des télécommunications de l’Algérie devra s’adapter aux nouvelles réalités de la connectivité internationale multi-câbles, incluant des politiques d’accès ouvert aux stations d’atterrissage, une tarification d’interconnexion transparente et une utilisation efficace du spectre de la capacité disponible.
Diffusion de contenu et edge computing : Avec une connectivité internationale à haute capacité, l’Algérie devient un emplacement plus attractif pour les nœuds de réseau de diffusion de contenu (CDN). Les principaux opérateurs CDN — Cloudflare, Akamai et d’autres — déploient généralement des nœuds en périphérie dans des emplacements dotés d’une connectivité solide et d’une demande locale suffisante. La combinaison en Algérie de plus de 36 millions d’internautes, 3 millions de foyers fibrés et une capacité de câble sous-marin de classe mondiale crée les conditions d’une expansion CDN qui améliorerait les performances pour tous les utilisateurs algériens d’internet.
Infrastructure de services financiers : Les systèmes de paiement en temps réel, la connectivité boursière et la messagerie financière transfrontalière nécessitent tous des liaisons internationales à faible latence et haute fiabilité. Les secteurs bancaire et fintech en Algérie — actuellement en pleine numérisation — bénéficieront du chemin direct et à faible latence de Medusa vers les hubs d’infrastructure financière européens à Marseille, Milan et au-delà.
Le câble sous-marin Medusa représente une mise à niveau générationnelle de la position de l’Algérie au sein de l’architecture mondiale des télécommunications. Lorsque la station d’atterrissage de Collo sera mise en service d’ici fin 2026, l’Algérie passera d’un pays disposant d’une bande passante internationale adéquate mais contrainte à un pays doté d’une connectivité de classe mondiale vers l’Europe — et, grâce à l’architecture en anneau de Medusa, vers l’ensemble du bassin méditerranéen. La question n’est plus de savoir si l’Algérie disposera d’une bande passante suffisante. C’est de savoir si l’économie numérique du pays peut croître assez vite pour exploiter pleinement la capacité qui est sur le point d’arriver sur ses côtes.
Questions Fréquemment Posées
Quelles sont les spécifications techniques du câble sous-marin Medusa, et comment sa capacité de 480 Tbps se compare-t-elle à la bande passante actuelle de l’Algérie ?
Medusa s’étend sur plus de 8 700 km avec 24 paires de fibres, chacune capable d’un débit de 20 Tbps, pour une capacité totale de 480 Tbps. Cela éclipse la bande passante totale installée de l’Algérie de 10,2 Tbps. Le système utilise la plateforme Nokia 1830 GX Series avec optique cohérente ICE7, et l’investissement total s’élève à 342 millions d’euros (374 millions de dollars).
Quand les stations d’atterrissement Medusa d’Alger et de Collo seront-elles opérationnelles, et qu’est-ce qui a été réalisé jusqu’à présent ?
Les stations d’atterrissement d’Alger et de Collo (Skikda) sont prévues pour une mise en service d’ici fin 2026. Les atterrissements de la Phase 1 sont déjà terminés : Marseille (octobre 2025), Bizerte (novembre 2025) et Nador (décembre 2025), le segment Marseille-Bizerte étant entré en service commercial début 2026.
Qui finance le projet de câble Medusa, et comment l’initiative EU Global Gateway y contribue-t-elle ?
Le câble Medusa est développé par AFR-IX Telecom (basée à Barcelone) et fabriqué par Alcatel Submarine Networks (filiale de Nokia) avec le spécialiste italien du câble marin Elettra Tlc. Le projet de 342 millions d’euros est soutenu par le financement EU Global Gateway, la Banque Européenne d’Investissement et GEANT (réseau de recherche européen) ayant signé un accord de 40 millions d’euros. L’UE considère Medusa comme une infrastructure stratégique reliant l’Europe à l’Afrique et au bassin méditerranéen.
Sources et lectures complémentaires
- Medusa Submarine Cable System — Official Website
- Medusa — Submarine Networks Technical Profile
- Nokia Selected for Medusa Submarine Cable System — Nokia Newsroom
- Construction of Medusa Submarine Cable System Begins — Orange Newsroom
- Medusa Submarine Cable Lands in Marseille — Medusa Official
- Medusa Cable Lands in Bizerte, Tunisia — Submarine Networks
- Medusa Lands in Nador, Advancing Morocco’s Connectivity — European Commission
- Algeria: Landing Station for the Medusa Submarine Cable Launched in Skikda — Agenzia Nova
- EU and EIB Support Helps Accelerate MEDUSA — European Commission
- GEANT Signs EUR 40 Million Agreement on MEDUSA — GEANT
- Inside Medusa’s Submarine Cable Project — GEANT Connect
- EU Global Gateway Forum: Strategic Expansion of Medusa to the Middle East — European Commission
- PSI Project: Submarine Cable Monitoring — Medusa Official
- Algeria Announces New Undersea Cable Link — Ecofin Agency
- AFR-IX Telecom Secures EU Funding for Medusa Africa — Submarine Networks















