Les marchés numériques entrent dans le cadre antitrust algérien
Le cadre du droit de la concurrence algérien, initialement établi par l’ordonnance n° 03-03 du 19 juillet 2003, et amendé par les lois n° 08-12 et n° 10-05, a été conçu pour une économie dominée par les hydrocarbures, l’industrie et le commerce traditionnel. La loi interdit les accords anticoncurrentiels, l’abus de position dominante et les concentrations économiques. Pendant deux décennies, l’application s’est concentrée sur des secteurs comme la pharmacie, la distribution alimentaire et l’importation automobile.
Cela change. Bien que l’Algérie n’ait pas encore adopté de législation ciblant spécifiquement les marchés numériques, le cadre existant s’applique à toutes les entreprises indépendamment du secteur. Le Conseil de la Concurrence, officiellement entré en fonction en janvier 2013, détient l’autorité statutaire pour enquêter, sanctionner et imposer des remèdes structurels à toute entreprise opérant en Algérie, y compris les opérateurs de plateformes numériques.
Le contexte plus large est une vague mondiale d’application antitrust numérique. Le DMA de l’Union européenne, dont les obligations de conformité ont pris effet en mars 2024, désigne les plateformes dominantes. Les États-Unis ont poursuivi un procès historique contre Google. En Afrique, la Commission de la Concurrence d’Afrique du Sud a publié son rapport final sur les plateformes d’intermédiation en ligne en juillet 2023.
Le paysage des plateformes algériennes : qui domine quoi
Yassir, fondée en 2017 par Noureddine Tayebi et Mahdi Yettou, est la plateforme tech algérienne la plus en vue. Opérant comme super-app (VTC, livraison, paiement), Yassir a levé 150 millions de dollars en Series B en novembre 2022, atteignant une valorisation d’environ 1 milliard de dollars. L’expansion de Yassir dans la livraison de courses (Yassir Express) et les services financiers (Yassir Pay) soulève des préoccupations classiques de concurrence sur l’effet de levier d’une position dominante.
Ouedkniss, lancé en août 2006, est la plateforme dominante de petites annonces et de marketplace algérienne — l’équivalent algérien de Craigslist, eBay et AutoTrader combinés.
Le départ récent de Jumia de l’Algérie (février 2026) accentue les dynamiques concurrentielles en jeu, laissant le marché encore plus concentré. Le marché e-commerce algérien, estimé à environ 1,5 milliard de dollars annuellement, reste suffisamment significatif pour attirer l’intérêt concurrentiel.
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Ce que signifie la dominance en droit algérien
Le droit algérien de la concurrence définit la position dominante comme la capacité d’une entreprise à se comporter indépendamment de ses concurrents, fournisseurs et clients. La loi ne fixe pas de seuil de part de marché spécifique. Le Conseil évalue la dominance par une analyse multi-facteurs : part de marché, barrières à l’entrée, pouvoir compensateur des acheteurs et structure concurrentielle.
L’abus de position dominante couvre : conditions d’achat ou de vente inéquitables, limitation de la production ou des marchés, conditions discriminatoires pour des transactions équivalentes, et ventes liées. Le cadre de sanctions prévoit des amendes jusqu’à 12% du chiffre d’affaires annuel en Algérie, hors taxes. Les amendes peuvent aussi être fixées à un minimum de deux fois le profit illicite, jusqu’à un maximum de quatre fois.
De Bruxelles à Alger : comparaison avec le DMA et réalités locales
Le cadre algérien repose sur l’approche traditionnelle du droit de la concurrence d’application ex-post : enquêter et sanctionner les abus après qu’ils surviennent. Cela signifie que le Conseil doit attendre les plaintes ou initier des enquêtes d’office — un processus qui prend typiquement 18 à 36 mois dans les autorités de concurrence fonctionnelles.
L’historique d’application fournit le contexte. Le Conseil a émis des décisions dans les télécoms, la distribution de ciment, les importations de véhicules et la tarification pharmaceutique, mais son bilan reste limité par rapport à son mandat. Développer l’expertise des marchés numériques nécessite le recrutement ciblé d’économistes et de technologues, une assistance technique internationale (CNUCED, Réseau International de la Concurrence) et un engagement politique soutenu.
Le scénario d’application le plus probable à court terme implique des enquêtes à haute visibilité établissant la juridiction numérique du Conseil sans nécessiter l’analyse économique la plus sophistiquée.
Questions Fréquemment Posées
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Sources et lectures complémentaires
- Ordinance No. 03-03, Competition Law of Algeria — WIPO Lex
- Algeria Competition Council Official Site
- DPA Digital Digest: Algeria 2025 — Digital Policy Alert
- Yassir Series B Funding — TechCrunch
- Jumia Exits Algeria — TechPoint Africa
- EU Digital Markets Act — European Commission
- US v. Google Antitrust Decision — DOJ
- South Africa Online Platforms Inquiry — Access Partnership
- UNCTAD Competition and Consumer Protection Programme
- Algeria eCommerce Market Forecast — Statista

















