⚡ Points Clés

Le droit algérien de la concurrence s'applique désormais aux marchés numériques alors que Yassir domine le VTC avec une valorisation d'un milliard de dollars et qu'Ouedkniss contrôle les petites annonces au point d'être devenu un verbe en dialecte algérien. Après le retrait de Jumia en février 2026 du marché e-commerce de 1,5 milliard de dollars, la concentration s'est intensifiée et le Conseil de la concurrence peut imposer des amendes allant jusqu'à 12 % du chiffre d'affaires.

En résumé : Les plateformes dominantes comme Yassir et Ouedkniss doivent auditer leurs structures tarifaires dès maintenant — la première enquête sur les marchés numériques redéfinira le risque pour chaque plateforme en Algérie.

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🧭 Radar de Décision

Pertinence pour l’AlgérieÉlevé
l’économie numérique algérienne est concentrée autour de quelques plateformes dominantes ; le droit de la concurrence affecte directement Yassir, Ouedkniss et les futurs entrants
Calendrier d’action12-36 mois pour les premières enquêtes s…
12-36 mois pour les premières enquêtes sur les marchés numériques ; 3-5 ans pour une pratique d’application établie
Parties prenantes clésConseil de la Concurrence, Ministère du Commerce, Yassir, Ouedkniss, écosystème startup, associations de consommateurs, programme de concurrence de la CNUCED
Type de décisionStratégique
Nécessite des décisions stratégiques organisationnelles qui façonneront le positionnement à long terme dans le domaine de le droit de la concurrence algérien s’attaque aux marchés numériques
Niveau de prioritéMoyen
Important mais pas urgent — peut être traité dans les cycles normaux de planification et de budget

En bref : Le Conseil de la Concurrence algérien entre dans la supervision des marchés numériques à un moment où Yassir domine le VTC, Ouedkniss domine les petites annonces, et Temu développe le e-commerce. Le Conseil devrait constituer une unité dédiée aux marchés numériques — en recrutant parmi les diplômés de USTHB et ESI avec des compétences en data science — capable d’analyser la tarification algorithmique, l’auto-préférencement des plateformes et les structures de commission avant que les positions dominantes ne se figent et que les préjudices aux consommateurs ne s’accumulent.

Les marchés numériques entrent dans le cadre antitrust algérien

Le cadre du droit de la concurrence algérien, initialement établi par l’ordonnance n° 03-03 du 19 juillet 2003, et amendé par les lois n° 08-12 et n° 10-05, a été conçu pour une économie dominée par les hydrocarbures, l’industrie et le commerce traditionnel. La loi interdit les accords anticoncurrentiels, l’abus de position dominante et les concentrations économiques. Pendant deux décennies, l’application s’est concentrée sur des secteurs comme la pharmacie, la distribution alimentaire et l’importation automobile.

Cela change. Bien que l’Algérie n’ait pas encore adopté de législation ciblant spécifiquement les marchés numériques, le cadre existant s’applique à toutes les entreprises indépendamment du secteur. Le Conseil de la Concurrence, officiellement entré en fonction en janvier 2013, détient l’autorité statutaire pour enquêter, sanctionner et imposer des remèdes structurels à toute entreprise opérant en Algérie, y compris les opérateurs de plateformes numériques.

Le contexte plus large est une vague mondiale d’application antitrust numérique. Le DMA de l’Union européenne, dont les obligations de conformité ont pris effet en mars 2024, désigne les plateformes dominantes. Les États-Unis ont poursuivi un procès historique contre Google. En Afrique, la Commission de la Concurrence d’Afrique du Sud a publié son rapport final sur les plateformes d’intermédiation en ligne en juillet 2023.

Le paysage des plateformes algériennes : qui domine quoi

Yassir, fondée en 2017 par Noureddine Tayebi et Mahdi Yettou, est la plateforme tech algérienne la plus en vue. Opérant comme super-app (VTC, livraison, paiement), Yassir a levé 150 millions de dollars en Series B en novembre 2022, atteignant une valorisation d’environ 1 milliard de dollars. L’expansion de Yassir dans la livraison de courses (Yassir Express) et les services financiers (Yassir Pay) soulève des préoccupations classiques de concurrence sur l’effet de levier d’une position dominante.

Ouedkniss, lancé en août 2006, est la plateforme dominante de petites annonces et de marketplace algérienne — l’équivalent algérien de Craigslist, eBay et AutoTrader combinés.

Le départ récent de Jumia de l’Algérie (février 2026) accentue les dynamiques concurrentielles en jeu, laissant le marché encore plus concentré. Le marché e-commerce algérien, estimé à environ 1,5 milliard de dollars annuellement, reste suffisamment significatif pour attirer l’intérêt concurrentiel.

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Ce que signifie la dominance en droit algérien

Le droit algérien de la concurrence définit la position dominante comme la capacité d’une entreprise à se comporter indépendamment de ses concurrents, fournisseurs et clients. La loi ne fixe pas de seuil de part de marché spécifique. Le Conseil évalue la dominance par une analyse multi-facteurs : part de marché, barrières à l’entrée, pouvoir compensateur des acheteurs et structure concurrentielle.

L’abus de position dominante couvre : conditions d’achat ou de vente inéquitables, limitation de la production ou des marchés, conditions discriminatoires pour des transactions équivalentes, et ventes liées. Le cadre de sanctions prévoit des amendes jusqu’à 12% du chiffre d’affaires annuel en Algérie, hors taxes. Les amendes peuvent aussi être fixées à un minimum de deux fois le profit illicite, jusqu’à un maximum de quatre fois.

De Bruxelles à Alger : comparaison avec le DMA et réalités locales

Le cadre algérien repose sur l’approche traditionnelle du droit de la concurrence d’application ex-post : enquêter et sanctionner les abus après qu’ils surviennent. Cela signifie que le Conseil doit attendre les plaintes ou initier des enquêtes d’office — un processus qui prend typiquement 18 à 36 mois dans les autorités de concurrence fonctionnelles.

L’historique d’application fournit le contexte. Le Conseil a émis des décisions dans les télécoms, la distribution de ciment, les importations de véhicules et la tarification pharmaceutique, mais son bilan reste limité par rapport à son mandat. Développer l’expertise des marchés numériques nécessite le recrutement ciblé d’économistes et de technologues, une assistance technique internationale (CNUCED, Réseau International de la Concurrence) et un engagement politique soutenu.

Le scénario d’application le plus probable à court terme implique des enquêtes à haute visibilité établissant la juridiction numérique du Conseil sans nécessiter l’analyse économique la plus sophistiquée.

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