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Le droit de la concurrence algérien s’attaque aux marchés numériques : ce que la dominance des plateformes signifie pour les entreprises tech

février 26, 2026

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Les marchés numériques entrent dans le cadre antitrust algérien

Le cadre du droit de la concurrence algérien, initialement établi par l’ordonnance n° 03-03 du 19 juillet 2003, et amendé par les lois n° 08-12 et n° 10-05, a été conçu pour une économie dominée par les hydrocarbures, l’industrie et le commerce traditionnel. La loi interdit les accords anticoncurrentiels, l’abus de position dominante et les concentrations économiques. Pendant deux décennies, l’application s’est concentrée sur des secteurs comme la pharmacie, la distribution alimentaire et l’importation automobile.

Cela change. Bien que l’Algérie n’ait pas encore adopté de législation ciblant spécifiquement les marchés numériques, le cadre existant s’applique à toutes les entreprises indépendamment du secteur. Le Conseil de la Concurrence, officiellement entré en fonction en janvier 2013, détient l’autorité statutaire pour enquêter, sanctionner et imposer des remèdes structurels à toute entreprise opérant en Algérie, y compris les opérateurs de plateformes numériques.

Le contexte plus large est une vague mondiale d’application antitrust numérique. Le DMA de l’Union européenne, dont les obligations de conformité ont pris effet en mars 2024, désigne les plateformes dominantes. Les États-Unis ont poursuivi un procès historique contre Google. En Afrique, la Commission de la Concurrence d’Afrique du Sud a publié son rapport final sur les plateformes d’intermédiation en ligne en juillet 2023.

Le paysage des plateformes algériennes : qui domine quoi

Yassir, fondée en 2017 par Noureddine Tayebi et Mahdi Yettou, est la plateforme tech algérienne la plus en vue. Opérant comme super-app (VTC, livraison, paiement), Yassir a levé 150 millions de dollars en Series B en novembre 2022, atteignant une valorisation d’environ 1 milliard de dollars. L’expansion de Yassir dans la livraison de courses (Yassir Express) et les services financiers (Yassir Pay) soulève des préoccupations classiques de concurrence sur l’effet de levier d’une position dominante.

Ouedkniss, lancé en août 2006, est la plateforme dominante de petites annonces et de marketplace algérienne — l’équivalent algérien de Craigslist, eBay et AutoTrader combinés.

Le départ récent de Jumia de l’Algérie (février 2026) accentue les dynamiques concurrentielles en jeu, laissant le marché encore plus concentré. Le marché e-commerce algérien, estimé à environ 1,5 milliard de dollars annuellement, reste suffisamment significatif pour attirer l’intérêt concurrentiel.

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Ce que signifie la dominance en droit algérien

Le droit algérien de la concurrence définit la position dominante comme la capacité d’une entreprise à se comporter indépendamment de ses concurrents, fournisseurs et clients. La loi ne fixe pas de seuil de part de marché spécifique. Le Conseil évalue la dominance par une analyse multi-facteurs : part de marché, barrières à l’entrée, pouvoir compensateur des acheteurs et structure concurrentielle.

L’abus de position dominante couvre : conditions d’achat ou de vente inéquitables, limitation de la production ou des marchés, conditions discriminatoires pour des transactions équivalentes, et ventes liées. Le cadre de sanctions prévoit des amendes jusqu’à 12% du chiffre d’affaires annuel en Algérie, hors taxes. Les amendes peuvent aussi être fixées à un minimum de deux fois le profit illicite, jusqu’à un maximum de quatre fois.

De Bruxelles à Alger : comparaison avec le DMA et réalités locales

Le cadre algérien repose sur l’approche traditionnelle du droit de la concurrence d’application ex-post : enquêter et sanctionner les abus après qu’ils surviennent. Cela signifie que le Conseil doit attendre les plaintes ou initier des enquêtes d’office — un processus qui prend typiquement 18 à 36 mois dans les autorités de concurrence fonctionnelles.

L’historique d’application fournit le contexte. Le Conseil a émis des décisions dans les télécoms, la distribution de ciment, les importations de véhicules et la tarification pharmaceutique, mais son bilan reste limité par rapport à son mandat. Développer l’expertise des marchés numériques nécessite le recrutement ciblé d’économistes et de technologues, une assistance technique internationale (CNUCED, Réseau International de la Concurrence) et un engagement politique soutenu.

Le scénario d’application le plus probable à court terme implique des enquêtes à haute visibilité établissant la juridiction numérique du Conseil sans nécessiter l’analyse économique la plus sophistiquée.

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🧭 Radar de Décision

Dimension Évaluation
Pertinence pour l’Algérie Élevé — l’économie numérique algérienne est concentrée autour de quelques plateformes dominantes ; le droit de la concurrence affecte directement Yassir, Ouedkniss et les futurs entrants
Calendrier d’action 12-36 mois pour les premières enquêtes sur les marchés numériques ; 3-5 ans pour une pratique d’application établie
Parties prenantes clés Conseil de la Concurrence, Ministère du Commerce, Yassir, Ouedkniss, écosystème startup, associations de consommateurs, programme de concurrence de la CNUCED
Type de décision Stratégique
Niveau de priorité Moyen

En bref : L’extension du droit de la concurrence algérien aux marchés numériques crée un risque juridique réel pour les plateformes dominantes comme Yassir et Ouedkniss. Bien que la capacité d’application soit encore en développement, les entreprises ne devraient pas confondre construction institutionnelle lente avec inaction permanente. La première enquête sur un marché numérique redéfinira le calcul de risque pour chaque plateforme opérant en Algérie.

Sources et lectures complémentaires

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