⚡ Points Clés

Gifty, une fintech algérienne fondée en 2023, construit une plateforme de paiement mobile ciblant un marché où plus de 90 % des transactions restent en espèces. L’Instruction 06-2025 de la Banque d’Algérie fournit le premier cadre réglementaire formel pour les prestataires de services de paiement, tandis que l’objectif de société sans espèces d’ici 2028 et l’adhésion au PAPSS signalent un engagement institutionnel en faveur de la numérisation financière.

En résumé : Les fondateurs et investisseurs fintech algériens devraient considérer la réglementation PSP comme le coup d’envoi des paiements numériques, le modèle de réseau d’agents de Gifty offrant un modèle reproductible pour convertir les consommateurs dépendants du cash en utilisateurs de portefeuilles mobiles.

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🧭 Radar de Décision

Pertinence pour l’Algérie
Élevé

Gifty s’attaque directement au défi le plus fondamental de la numérisation économique de l’Algérie, où plus de 90 % des transactions restent en espèces et la détention de comptes financiers formels est inférieure à la moyenne régionale MENA.
Calendrier d’action
Immédiat

La réglementation PSP de la Banque d’Algérie (Instruction 06-2025) et l’objectif de société sans espèces d’ici 2028 créent une fenêtre étroite pour les premiers entrants dans les paiements numériques. Les entrepreneurs et investisseurs doivent agir maintenant.
Parties prenantes clés
Fondateurs fintech, régulateurs de la Banque d’Algérie, investisseurs en capital-risque, commerçants e-commerce
Type de décision
Stratégique

Cet article éclaire les décisions de positionnement sur le marché dans le secteur fintech naissant de l’Algérie, où les choix d’infrastructure précoces détermineront les avantages concurrentiels à long terme.
Niveau de priorité
Élevé

La numérisation financière est un prérequis pour la modernisation économique plus large de l’Algérie, et le nouveau cadre réglementaire PSP fait de ce moment le premier où les opérations fintech privées disposent d’un statut juridique clair.

En bref : Les entrepreneurs algériens devraient étudier le modèle de réseau d’agents de Gifty comme un modèle pour combler le fossé entre cash et numérique. Les régulateurs devraient s’assurer que le processus de licence PSP de l’Instruction 06-2025 est suffisamment rapide pour encourager l’innovation plutôt que de l’étouffer. Les investisseurs devraient reconnaître que la combinaison d’une faible inclusion financière et d’une forte connectivité mobile en Algérie représente l’un des marchés fintech les plus sous-desservis d’Afrique du Nord.

Une startup fintech face à la dépendance au cash de l’Algérie

Dans un pays où plus de 90 pour cent des transactions financières impliquent encore des billets de banque, lancer une startup de paiements numériques pourrait sembler relever d’un optimisme obstiné. Mais pour Gifty, la fintech basée à Alger qui construit un écosystème de paiement mobile depuis 2023, cette domination écrasante du cash n’est pas un frein. C’est la raison même d’existence de l’entreprise.

La relation de l’Algérie avec le cash est structurelle. L’économie informelle du pays représente environ 28 à 31 pour cent du PIB, un réseau de vendeurs ambulants, de petits commerçants et de négociants informels qui opèrent exclusivement en billets de banque. La région Moyen-Orient et Afrique du Nord affiche le niveau d’accès aux comptes le plus bas du monde en développement, avec seulement 53 pour cent des adultes détenant des comptes financiers en 2024. L’Algérie se situe en dessous de cette moyenne régionale déjà modeste. Pour une nation de 47,4 millions d’habitants avec un âge médian de 28,6 ans et un taux de pénétration d’internet de 79,5 pour cent, ces chiffres représentent à la fois un échec de marché massif et une opportunité commerciale extraordinaire.

Ce que fait concrètement Gifty

Fondée en 2023 par Abderrahmane Anemiche et basée à Dely Ibrahim, dans l’ouest d’Alger, Gifty exploite une application mobile conçue pour les transactions financières quotidiennes. La plateforme couvre plusieurs catégories principales.

Paiement de factures et services publics. Les utilisateurs peuvent payer leurs factures d’électricité, de gaz, d’eau et de télécommunications directement via l’application, éliminant la nécessité de faire la queue aux bureaux de poste ou dans les agences des entreprises de services publics.

Recharges mobiles et abonnements numériques. Le crédit mobile prépayé reste le modèle de télécommunications dominant en Algérie. Gifty permet des recharges instantanées pour tous les opérateurs majeurs, ainsi que la gestion des abonnements internet et des cartes numériques pour des services comme Netflix et Spotify.

Accès au e-commerce. La plateforme donne accès à plus de deux millions de produits provenant de partenaires e-commerce et de plus d’une centaine de magasins partenaires, permettant aux utilisateurs de parcourir et d’acheter des produits via une interface unique.

Portefeuille numérique et solutions entreprises. Au cœur du système se trouve un portefeuille numérique que les utilisateurs alimentent via des points de vente partenaires en espèces ou par cartes bancaires CIB et EDAHABIA émises par les banques algériennes et Algérie Poste. L’entreprise propose également une plateforme de récompenses et de fidélisation pour les entreprises, avec un tableau de bord administrateur.

Le double mécanisme de financement est un choix de conception délibéré. De nombreux utilisateurs potentiels ne possèdent pas de carte bancaire mais disposent d’espèces. En s’associant avec des points de vente physiques, Gifty crée une passerelle du cash vers le numérique qui ne nécessite pas de compte bancaire comme prérequis.

Pourquoi le problème du cash en Algérie est profondément enraciné

Pour comprendre pourquoi Gifty compte, il faut comprendre pourquoi la dépendance au cash de l’Algérie est si ancrée. Il ne s’agit pas simplement d’une préférence de consommateur que l’on peut surmonter avec une application bien conçue et une campagne marketing.

Les 4 289 bureaux de poste gérés par Algérie Poste servent de facto de banques pour une grande partie de la population via les comptes CCP postaux, qui s’élèvent à plus de 23 millions. Pourtant, pour un pays de 2,38 millions de kilomètres carrés, la couverture reste insuffisante dans les zones rurales et les petites villes. Le secteur bancaire comprend 21 banques commerciales, mais la densité des agences en dehors des grands centres urbains est limitée.

La confiance constitue un autre obstacle. Les enquêtes montrent systématiquement que de nombreux Algériens qui pourraient ouvrir des comptes bancaires choisissent de ne pas le faire, citant la méfiance envers les institutions, l’inquiétude concernant la surveillance des comptes et un confort générationnel avec le cash. Dans le e-commerce, environ 90 à 95 pour cent des achats en ligne sont payés en contre-remboursement, un chiffre qui reflète non seulement les préférences des consommateurs mais un équilibre systémique où les entreprises de livraison, les commerçants et les acheteurs ont tous adapté leurs opérations autour du paiement à la livraison.

Un paysage fintech modeste mais en croissance

Gifty opère au sein d’un cluster naissant mais en expansion de startups fintech. Environ 34 entreprises fintech opèrent désormais en Algérie, un chiffre modeste comparé à l’Égypte (plus de 200) ou aux Émirats arabes unis (plus de 800), mais notable pour un marché qui n’avait pratiquement aucune présence fintech il y a cinq ans.

Algérie Poste et Baridimob restent les acteurs dominants. Baridimob, l’application mobile liée à plus de 23 millions de comptes CCP postaux, a lancé Baridi Pay en juin 2025, un service de paiement sans contact par QR-code. Bien que les fonctionnalités se soient améliorées, les offres fintech privées proposent toujours une intégration de services plus large.

SLICK Pay, fondée en 2022 à Dely Brahim, fournit une infrastructure de passerelle de paiement permettant aux commerçants d’accepter les paiements par cartes CIB et EDAHABIA en ligne. Yassir, la startup tech la plus connue d’Algérie, a intégré des fonctionnalités de paiement dans sa super-app de VTC et de livraison. TemTem, un autre concurrent super-app, a levé 5,7 millions de dollars en financements combinés seed et Series A.

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L’élan réglementaire s’accélère

L’environnement réglementaire a considérablement évolué en 2025. La Banque d’Algérie a publié l’Instruction n° 06-2025 le 17 août 2025, la première réglementation formelle de l’Algérie pour les Prestataires de Services de Paiement. L’instruction établit un système de portefeuille numérique à trois niveaux : le Niveau 1 autorise des soldes jusqu’à environ 740 dollars avec une identification basique, le Niveau 2 permet jusqu’à 3 700 dollars avec justificatif de revenus, et le Niveau 3 supporte jusqu’à 7 400 dollars avec une vérification renforcée incluant des entretiens vidéo.

En août 2025, la Banque d’Algérie a également rejoint le Système Panafricain de Paiement et de Règlement (PAPSS), devenant le 18e pays du réseau. Cette décision a coïncidé avec l’organisation par l’Algérie de la Foire du Commerce Intra-Africain en septembre 2025.

Plus ambitieux encore, le gouverneur de la Banque d’Algérie, Salah Eddine Taleb, a annoncé en octobre 2025 l’objectif de faire de l’Algérie une société sans espèces d’ici 2028. La loi de finances 2025, adoptée en novembre 2024, interdit déjà les paiements en espèces pour certaines catégories de transactions, notamment les achats immobiliers.

Le plan stratégique de Gifty

L’approche de Gifty reflète une compréhension pragmatique de son marché. Plutôt que de tenter de remplacer le cash d’emblée, l’entreprise construit des ponts entre l’économie du cash et l’économie numérique.

Le réseau de partenaires de détail est l’élément stratégiquement le plus important. Ces points de vente physiques, généralement de petites boutiques et des kiosques, servent de points d’entrée où les utilisateurs déposent de l’argent dans leurs portefeuilles Gifty. Ce modèle de banque par agents s’inspire des implémentations réussies de mobile money en Afrique de l’Est mais s’adapte au paysage commercial spécifique de l’Algérie. Pour les partenaires de détail, l’arrangement fournit des commissions et un trafic accru. Pour les utilisateurs, il élimine le prérequis du compte bancaire.

Du côté des dépenses, l’agrégation de plus de deux millions de produits e-commerce crée une utilité immédiate du portefeuille, répondant au problème du démarrage à froid qui tue la plupart des portefeuilles numériques : pourquoi charger de l’argent s’il n’y a rien à acheter ?

Pour les utilisateurs qui possèdent des cartes bancaires, le financement direct par CIB et EDAHABIA positionne Gifty comme une interface de paiement unifiée qui simplifie les transactions, quel que soit le mode de financement préféré des utilisateurs.

Les défis à venir

Malgré toutes les opportunités, des vents contraires significatifs persistent. Algérie Poste, via Baridimob et le nouveau service sans contact Baridi Pay, dispose d’avantages structurels qu’aucune startup ne peut facilement reproduire : plus de 23 millions de comptes existants, 4 289 points physiques et une confiance institutionnelle construite sur des décennies.

L’équilibre du paiement à la livraison dans le e-commerce est particulièrement difficile à rompre. Dans un marché évalué entre 1,5 et 1,9 milliard de dollars, les entreprises de livraison, les commerçants et les consommateurs ont tous organisé leurs opérations autour du contre-remboursement. Changer cela exige un changement coordonné de multiples acteurs simultanément.

La fiabilité de l’infrastructure présente un risque opérationnel. Bien que l’Algérie compte 55,6 millions de connexions cellulaires mobiles et une pénétration internet croissante, des lacunes de connectivité dans certaines régions et des interruptions de service occasionnelles affectent la fiabilité des services de paiement.

Gifty devra également naviguer avec précaution dans le nouveau cadre réglementaire PSP. Le système de portefeuille à trois niveaux de l’Instruction 06-2025 apporte de la clarté mais impose aussi des obligations de conformité, notamment les exigences KYC, les règles d’adéquation des fonds propres et l’obligation d’opérer exclusivement en dinars algériens.

Leçons des acteurs régionaux

Fawry en Égypte, qui a débuté comme plateforme de paiement de factures dans un marché également dominé par le cash, a grandi pour servir environ 20 millions de clients et a atteint une capitalisation boursière dépassant le milliard de dollars. L’orientation de Gifty vers le paiement de factures suit un plan similaire.

Le parcours du mobile money au Maroc illustre à la fois l’opportunité et le calendrier. Bank Al-Maghrib a commencé à délivrer des licences aux opérateurs de mobile money en 2018, et l’adoption a progressé régulièrement depuis. Flouci en Tunisie, qui a atteint 67 000 utilisateurs actifs et 305 000 téléchargements fin 2024, montre à la fois le potentiel et le défi de construire une fintech dans les petits marchés nord-africains. La population plus importante de l’Algérie, avec 47 millions d’habitants, offre à Gifty un marché adressable plus vaste, mais l’environnement de financement par capital-risque reste contraint.

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Questions Fréquemment Posées

Qu’est-ce que Gifty et comment fonctionne-t-elle en Algérie ?

Gifty est une startup fintech algérienne fondée en 2023 à Dely Ibrahim, Alger. Elle exploite une application mobile qui permet aux utilisateurs de payer des factures de services publics, d’acheter des recharges mobiles, d’acquérir des cartes d’abonnement numériques et de faire des achats parmi plus de deux millions de produits e-commerce. Les utilisateurs alimentent leur portefeuille numérique soit dans des points de vente partenaires en espèces, soit via des cartes bancaires CIB et EDAHABIA.

Pourquoi l’économie du cash en Algérie résiste-t-elle autant aux paiements numériques ?

Le taux de transactions en espèces de plus de 90 % en Algérie est alimenté par des facteurs structurels qui se renforcent mutuellement : une économie informelle représentant 28 à 31 pour cent du PIB, un taux de détention de comptes financiers inférieur à la moyenne régionale MENA de 53 pour cent, une culture dominante du paiement à la livraison dans le e-commerce (90 à 95 % des commandes en ligne) et une confiance générationnelle dans la monnaie physique plutôt que dans les institutions bancaires.

Quelles nouvelles réglementations soutiennent la croissance fintech en Algérie ?

La Banque d’Algérie a publié l’Instruction n° 06-2025 en août 2025, la première réglementation formelle du pays pour les Prestataires de Services de Paiement. Elle établit un système de portefeuille numérique à trois niveaux avec des plafonds de solde et des exigences KYC croissants. La banque centrale a également rejoint le Système Panafricain de Paiement et de Règlement (PAPSS) et annoncé l’objectif de rendre l’Algérie sans espèces d’ici 2028.

Sources et lectures complémentaires