⚡ Points Clés

L’Algérie a signé deux accords stratégiques avec la chinoise GeeSpace en décembre 2025 pour codévelopper des services IoT par satellite et une capacité de fabrication de satellites LEO. Avec la constellation GEESATCOM de 64 satellites déjà opérationnelle et supportant 340 millions de communications quotidiennes, le partenariat pourrait positionner l’Algérie comme premier fabricant africain de satellites LEO pour l’IoT.

En résumé : Le partenariat GeeSpace créera une demande spécialisée pour les ingénieurs IoT par satellite dans les 18 à 24 prochains mois. Les ingénieurs télécoms et spécialistes RF algériens devraient commencer à développer des compétences en IoT satellitaire dès maintenant.

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🧭 Radar de Décision

Pertinence pour l’Algérie
Élevé

Le territoire de 2,38 millions de km2 de l’Algérie, dont plus de 80 % de désert, rend l’IoT par satellite particulièrement précieux. Aucune alternative terrestre ne peut connecter économiquement le sud saharien pour la surveillance des pipelines, l’agriculture et la logistique.
Calendrier d’action
12-24 mois

Les accords signés en décembre 2025 établissent des cadres plutôt que des délais de livraison. Les conditions commerciales, les plans de fabrication et le déploiement de première phase prendront 18 à 24 mois pour se concrétiser.
Parties prenantes clés
Sonatrach, ingénieurs télécoms, ASAL, entreprises agricoles, opérateurs logistiques
Type de décision
Stratégique

Ce partenariat positionne l’Algérie comme un hub continental potentiel pour l’IoT par satellite, nécessitant des décisions d’investissement à long terme plutôt que des changements tactiques immédiats.
Niveau de priorité
Élevé

Impact direct sur la capacité de l’Algérie à connecter son vaste territoire sous-desservi et pourrait établir le pays comme le premier fabricant africain de satellites LEO pour l’IoT.

En bref : Les ingénieurs télécoms et spécialistes RF algériens devraient commencer à développer des compétences en IoT par satellite dès maintenant, car le partenariat GeeSpace créera une demande spécialisée dans les 18 à 24 prochains mois. Les startups développant des applications IoT pour l’agriculture, l’énergie ou la logistique devraient évaluer la connectivité satellite comme voie de déploiement pour atteindre les régions méridionales sous-desservies de l’Algérie. Sonatrach et les autres opérateurs sahariens devraient s’engager tôt avec ATS pour façonner les exigences de service.

Deux accords qui redessinent les ambitions spatiales de l’Algérie

En décembre 2025, lors de la Journée africaine des télécommunications au Centre international de conférences Abdelatif-Rahal à Alger, deux accords entre l’entreprise chinoise de satellites GeeSpace et des institutions algériennes ont discrètement posé les bases de l’un des programmes de satellites IoT les plus ambitieux d’Afrique. La cérémonie s’est déroulée en présence du ministre de la Poste et des Télécommunications Sid Ali Zerrouki et de l’ambassadeur de Chine en Algérie Dong Guangli.

Le premier accord, signé par Toufik Hentabli, directeur général d’Algerie Telecom Satellite (ATS), et Wang Yang, PDG de GeeSpace, établit un cadre pour le codéveloppement des conditions commerciales et opérationnelles d’un projet d’investissement et de déploiement de l’IoT par satellite. ATS, filiale du groupe public Algerie Telecom fondée en 2006, exploite le réseau VSAT de l’Algérie et gère l’approvisionnement en bande passante satellite à travers des directions régionales à Oran, Ouargla, Béchar, Constantine, Sétif, Annaba et Tamanrasset.

Le second accord, signé par Azzedine Oussedik, directeur général de l’Agence spatiale algérienne (ASAL), cible la coopération dans la fabrication de satellites LEO. Cet accord est sans doute le plus stratégiquement significatif : il ouvre la voie à l’établissement d’une capacité de fabrication de satellites en Algérie, une capacité qu’aucun pays africain n’a pleinement atteinte pour les satellites IoT en orbite basse.

Ensemble, ces accords positionnent l’Algérie à l’intersection de deux tendances puissantes : l’explosion mondiale des constellations de satellites LEO et le besoin urgent de l’Afrique en infrastructures de connectivité que les réseaux terrestres ne peuvent fournir.

GeeSpace : l’investissement satellite de 281 millions de dollars de Geely

GeeSpace est une filiale de Geely Holding Group, le conglomérat chinois automobile et technologique qui possède Volvo Cars, Lotus et Polestar. Fondée en 2018, GeeSpace exploite GEESATCOM, une constellation de satellites LEO qui a achevé le déploiement de sa Phase I en septembre 2025 avec 64 satellites répartis sur six plans orbitaux.

Les performances de la constellation sont déjà prouvées : les tests commerciaux montrent un taux de réussite de 99,15 % avec une disponibilité réseau dépassant 99,97 %, supportant 340 millions de communications par jour dans la bande de latitudes 60 degrés nord-sud. GeeSpace a obtenu 281 millions de dollars de financement du fonds Zhejiang New Energy Vehicle Industry Fund pour l’expansion de la constellation et un nouveau siège mondial.

La feuille de route complète de la constellation va bien au-delà de l’IoT : 72 satellites pour les communications IoT de Phase 1, 264 satellites pour la connectivité directe vers les smartphones, et à terme plus de 5 600 satellites pour le haut débit mondial. GeeSpace a déjà établi des partenariats avec des opérateurs de télécommunications dans plus de 20 pays au Moyen-Orient, en Asie du Sud-Est, en Afrique et en Amérique latine.

Pour l’Algérie, le partenariat avec GeeSpace offre des avantages au-delà de la technologie satellite. L’expertise de Geely en fabrication automobile se traduit par des compétences en ingénierie de production pertinentes pour la fabrication de satellites. L’intérêt de l’entreprise pour les véhicules connectés crée également un segment client naturel pour les services IoT par satellite.

Pourquoi l’IoT par satellite LEO est important pour l’Algérie

L’Algérie est le plus grand pays d’Afrique par sa superficie, couvrant 2,38 millions de kilomètres carrés. Plus de 80 % de ce territoire est constitué de désert saharien avec une population clairsemée et quasiment aucune infrastructure de télécommunications terrestre. Pour les réseaux cellulaires conventionnels, la couverture du Sahara est économiquement prohibitive.

L’IoT par satellite change cette équation. Contrairement aux services d’internet par satellite destinés aux consommateurs comme Starlink, l’IoT par satellite fournit des connexions à faible bande passante et faible consommation à des millions d’appareils : capteurs dans les champs agricoles, dispositifs de suivi sur les conteneurs d’expédition, équipements de surveillance sur les oléoducs et capteurs environnementaux dans les zones reculées. Une constellation de satellites LEO peut assurer la couverture de l’ensemble du territoire algérien sans nécessiter d’infrastructure au sol au-delà de petits appareils IoT alimentés par l’énergie solaire.

L’énergie et les hydrocarbures restent l’épine dorsale économique de l’Algérie, avec des opérations pétrolières et gazières réparties dans le sud saharien impliquant des milliers de kilomètres de pipelines et des centaines de têtes de puits dans des emplacements isolés. L’IoT par satellite pourrait permettre la surveillance en temps réel de la pression des pipelines, des débits et des capteurs de corrosion sur l’ensemble de l’infrastructure hydrocarbures, réduisant la dépendance aux terminaux VSAT coûteux et aux inspections manuelles périodiques.

L’agriculture est un autre domaine d’application critique. L’Algérie investit massivement dans l’autosuffisance alimentaire, avec un accent particulier sur l’agriculture saharienne utilisant l’irrigation par eaux souterraines dans des zones généralement hors de portée des réseaux cellulaires. Les capteurs IoT par satellite pourraient surveiller l’humidité du sol, la température et la santé des cultures, rendant possible l’agriculture de précision là où elle était auparavant impossible.

Le transport et la logistique à travers certaines des plus longues autoroutes désertiques du monde bénéficieraient du suivi en temps réel des véhicules, tandis que la surveillance environnementale des phénomènes de désertification, des niveaux des nappes phréatiques et de l’activité des tempêtes de sable à travers le Sahara ne devient envisageable qu’avec des réseaux de capteurs satellitaires.

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Le parcours spatial de l’Algérie : 24 ans de montée en compétences

Les accords GeeSpace s’appuient sur plus de deux décennies d’investissement spatial. L’ASAL a été créée en janvier 2002, et l’Algérie a depuis lancé plusieurs satellites :

  • Alsat-1 (2002) : Premier satellite algérien, un microsatellite d’observation de la Terre construit avec Surrey Satellite Technology Limited (SSTL) au Royaume-Uni
  • Alsat-2A (2010) et Alsat-2B (2016) : Satellites d’observation de la Terre à plus haute résolution développés avec Airbus Defence and Space. Notamment, l’Alsat-2B a été intégré par les ingénieurs de l’ASAL au Centre de développement des satellites (UDPS) à Oran
  • Alsat-1B et Alsat-1N (2016) : Une paire de satellites poursuivant le programme d’observation de la Terre
  • Alcomsat-1 (2017) : Premier satellite géostationnaire de télécommunications de l’Algérie, construit par CAST et lancé par une fusée Long March 3B, avec 33 transpondeurs (19 en bande Ku, 12 en bande Ka, 2 en bande L)
  • Alsat-3A (15 janvier 2026) et Alsat-3B (30 janvier 2026) : Satellites d’observation de la Terre de nouvelle génération lancés depuis Jiuquan en Chine, offrant une imagerie à résolution améliorée

Le double lancement de janvier 2026 est particulièrement significatif : deux satellites en deux semaines démontre une cadence accélérée. Cependant, l’Algérie n’a pas encore atteint la capacité de fabrication domestique de satellites. L’accord GeeSpace avec l’ASAL représente un effort délibéré pour combler cette lacune grâce au transfert de technologie d’un partenaire disposant de capacités de production établies.

La dimension africaine : de client à hub continental

Les accords de coopération envisagent explicitement une initiative progressive qui pourrait s’étendre à d’autres pays africains. GeeSpace construit simultanément des partenariats à travers l’Afrique du Nord, ayant signé un protocole d’accord séparé avec le groupe marocain Soremar pour le déploiement de GEESATCOM dans la région élargie.

Le défi de la connectivité en Afrique reste sévère. Selon le rapport GSMA Mobile Economy Africa 2025, près de deux tiers des Africains subsahariens n’utilisent pas l’internet mobile bien qu’ils vivent dans des zones couvertes. Pour les applications IoT nécessitant des communications machine-à-machine à travers de vastes territoires ruraux et désertiques, l’écart est encore plus prononcé.

L’économie de l’IoT par satellite est convaincante pour l’Afrique : une fois la constellation en orbite, le coût marginal de desserte d’un pays supplémentaire est minimal. L’Algérie peut s’associer à GeeSpace pour étendre les mêmes services aux pays voisins sans dupliquer l’investissement en infrastructure. Les revenus des accords de service continentaux contribueraient à amortir les coûts des installations de fabrication locales, tandis que l’expertise technique positionnerait les ingénieurs algériens comme spécialistes de référence pour les systèmes de satellites LEO en Afrique.

Paysage concurrentiel à travers le continent

L’Algérie n’est pas le seul pays africain à poursuivre des capacités spatiales, mais le partenariat GeeSpace lui confère une position distinctive.

Le Nigeria possède le programme spatial le plus établi d’Afrique subsaharienne à travers la National Space Research and Development Agency (NASRDA), ayant lancé plusieurs satellites depuis 2003, dont le premier satellite de communications africain, NigComSat-1. Le Kenya abrite le centre spatial Luigi Broglio près de Malindi, une installation équatoriale exploitée par l’Italie avec des projets de reprise des lancements de satellites. L’Afrique du Sud maintient une infrastructure significative de stations au sol pour les réseaux mondiaux de surveillance satellite.

L’élément différenciateur de l’Algérie est la combinaison de son vaste marché intérieur (le défi de couverture saharienne représente à lui seul un marché adressable massif), de son bilan institutionnel de deux décennies à travers l’ASAL, et désormais d’un accord de coopération manufacturière avec un partenaire bien financé dont la constellation est déjà opérationnelle. Si le partenariat aboutit, l’Algérie pourrait devenir le premier pays africain doté d’une capacité de fabrication domestique de satellites LEO ciblant spécifiquement les applications IoT.

Des risques qui méritent une évaluation franche

La profondeur du transfert de technologie reste la plus grande incertitude. Les accords de coopération dans le secteur spatial ont un bilan mitigé à l’échelle mondiale. La question de savoir si l’Algérie atteindra une véritable capacité de fabrication, incluant la conception, les tests et l’assurance qualité, ou se retrouvera avec un simple arrangement d’assemblage déterminera la valeur industrielle à long terme.

Les considérations géopolitiques sont inévitables. Le partenariat avec une entreprise chinoise sur l’infrastructure satellite comporte des implications, les pays occidentaux ayant exprimé des préoccupations concernant l’implication chinoise dans les infrastructures critiques de télécommunications en Afrique. L’Algérie devra gérer ces sensibilités.

La viabilité commerciale n’est pas prouvée à grande échelle. Si la technologie fonctionne, convertir l’IoT par satellite en services commerciaux rentables nécessite de développer la notoriété auprès des clients, de construire des canaux de distribution et de rivaliser avec les réseaux IoT cellulaires en expansion dans les zones urbaines.

L’évolution réglementaire est nécessaire. L’autorité de régulation des télécommunications de l’Algérie (ARPCE) devra développer des cadres de licences pour l’IoT par satellite couvrant l’allocation de spectre, la souveraineté des données et la coordination orbitale, en particulier concernant les données générées par les appareils IoT sur le territoire algérien mais transmises via des constellations satellitaires étrangères.

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Questions Fréquemment Posées

Qu’est-ce que le partenariat GeeSpace-Algérie et que couvre-t-il ?

Le partenariat se compose de deux accords signés en décembre 2025. Le premier, entre Algerie Telecom Satellite (ATS) et GeeSpace, établit un cadre pour le codéveloppement d’un service commercial d’IoT par satellite utilisant la constellation GEESATCOM de 64 satellites de GeeSpace. Le second, entre l’Agence spatiale algérienne (ASAL) et GeeSpace, cible la coopération dans la fabrication de satellites LEO en Algérie. Les deux accords envisagent une mise en œuvre progressive avec une expansion potentielle à travers l’Afrique.

En quoi l’IoT par satellite diffère-t-il de services comme Starlink ?

L’IoT par satellite fournit des connexions à faible bande passante et faible consommation à des millions de petits appareils comme des capteurs et des traceurs, plutôt qu’un internet haut débit aux utilisateurs individuels. Les appareils transmettent de minuscules paquets de données (de quelques octets à quelques kilo-octets) à des intervalles de minutes à heures, nécessitant un minimum d’énergie et permettant des capteurs fonctionnant sur batterie ou à l’énergie solaire dans des endroits isolés. Cela en fait la solution idéale pour la surveillance des pipelines, des champs agricoles et des flottes de véhicules à travers les 2,38 millions de km2 du territoire algérien, dont 80 % de désert saharien.

Quelles capacités spatiales l’Algérie possède-t-elle déjà ?

L’Algérie développe ses capacités spatiales depuis la fondation de l’ASAL en 2002, ayant lancé sept satellites dont le satellite géostationnaire de télécommunications Alcomsat-1 (2017) et les satellites d’observation de la Terre Alsat-3A et Alsat-3B en janvier 2026. Les ingénieurs de l’ASAL ont intégré le satellite Alsat-2B localement au Centre de développement des satellites à Oran. Cependant, l’Algérie n’a pas encore atteint la capacité de fabrication domestique de satellites LEO, lacune que le partenariat GeeSpace vise à combler.

Sources et lectures complémentaires