📚 Fait partie de la série Innovation Ouverte en Algérie — le cadre complet pour la collaboration entreprises-startups-universités.
Pendant des décennies, le secteur bancaire algérien a fonctionné comme une forteresse fermée. Les banques publiques construisaient tout en interne, des applications mobiles rudimentaires aux processeurs de paiement sommaires, tandis que les startups fintech frappaient à des portes qui ne s’ouvraient jamais. Cette époque touche à sa fin. Une convergence entre une réglementation historique, la maturation des capacités des startups et l’intensification de la pression concurrentielle pousse les banques algériennes à adopter un modèle qui transforme déjà les services financiers à l’échelle mondiale : le venture clienting.
Le concept est simple mais radical pour l’Algérie. Au lieu de passer des années et d’investir des millions dans le développement de technologies propriétaires, les banques deviennent des clients payants des solutions proposées par les startups fintech. Elles achètent ou licencient des modules prêts à l’emploi pour les portefeuilles numériques, le scoring de crédit, la détection de fraudes et les services Buy Now Pay Later (BNPL). La banque gagne en rapidité de mise sur le marché. La startup obtient des revenus, une validation et un passage à l’échelle. Le système financier algérien acquiert l’infrastructure numérique dont il a désespérément besoin. Cette approche de venture clienting reflète les cadres d’open innovation plus larges qui gagnent du terrain dans l’économie algérienne.
Ce virage est important parce que la dynamique d’open innovation fintech en Algérie n’est plus théorique. Elle devient transactionnelle.
Le Déclic Réglementaire
Aucune discussion sur l’open innovation fintech en Algérie ne peut commencer sans les avancées réglementaires qui l’ont rendue juridiquement possible.
Le moment décisif est arrivé le 21 juin 2023, lorsque l’Algérie a promulgué la Loi 23-09, la Loi Monétaire et Bancaire. Pour la première fois dans l’histoire du pays, cette législation a explicitement reconnu les entreprises fintech, les banques digitales et les prestataires de services de paiement (PSP) comme des acteurs financiers légitimes. Auparavant, seules les banques agréées pouvaient toucher aux services de paiement. La Loi 23-09 a brisé ce monopole, créant une voie légale pour que les startups opèrent aux côtés des banques traditionnelles — et leur vendent des solutions. Notamment, l’article 2 de la loi a également introduit le concept de « dinar numérique algérien », une monnaie numérique de banque centrale (CBDC), et a accordé au Conseil de la Monnaie et du Crédit de nouveaux pouvoirs pour accréditer les banques digitales, les PSP et les banques d’investissement.
L’élan s’est accéléré tout au long de 2024 et 2025. Le 12 avril 2023, la COSOB (Commission d’Organisation et de Surveillance des Opérations de Bourse) a publié le Règlement n° 23-01 autorisant les activités de financement participatif — une catégorie d’innovation financière qui existait dans une zone grise juridique. Le règlement, publié au Journal Officiel le 25 octobre 2023, a fixé des conditions spécifiques pour l’agrément et la supervision des conseillers en investissement participatif, établissant l’architecture juridique du financement participatif en capital en Algérie.
En octobre 2024, le Règlement 24-04 du Conseil Monétaire et Bancaire a établi des conditions spécifiques pour l’agrément des banques digitales, exigeant qu’au moins 30 % du capital d’une banque digitale soit détenu par une banque algérienne établie disposant d’une expertise en banque en ligne — imposant de facto la collaboration entre les institutions historiques et les nouveaux entrants. Les banques digitales ne peuvent pas être des succursales de banques étrangères et doivent maintenir leur siège physique en Algérie, mais le processus d’agrément en deux étapes (autorisation du Conseil, puis approbation opérationnelle du Gouverneur de la Banque d’Algérie) crée un parcours clair pour les nouveaux acteurs. Ces jalons réglementaires s’inscrivent dans une refonte plus large de la politique d’innovation qui remodèle l’environnement des affaires en Algérie.
Puis est venu le mode d’emploi opérationnel. Le 17 août 2025, la Banque d’Algérie a publié l’Instruction n° 06-2025, le premier cadre réglementaire formel du pays pour les PSP. Il ne s’agissait pas d’une déclaration de politique vague ; c’était un guide détaillé couvrant un système de portefeuilles numériques à trois niveaux — Niveau 1 avec des soldes allant jusqu’à environ 740 $ avec une identification de base, Niveau 2 jusqu’à environ 3 700 $ nécessitant une preuve de revenus et une pièce d’identité officielle, et Niveau 3 jusqu’à environ 7 400 $ avec une vérification plus stricte incluant des entretiens vidéo. L’instruction impose également des comptes séquestres séparés, l’autorisation des réseaux d’agents, des exigences d’authentification forte du client, la conformité aux normes de lutte contre le blanchiment d’argent (LCB), des mandats de protection des consommateurs et l’intégration obligatoire aux systèmes nationaux de compensation des paiements.
Pour les banques envisageant le venture clienting, l’Instruction 06-2025 a levé la dernière ambiguïté juridique. Elles pouvaient désormais acquérir des technologies de niveau PSP auprès des startups avec une couverture réglementaire complète.
Le Venture Clienting en Pratique
Le modèle bancaire algérien traditionnel traitait la technologie comme une affaire interne. Une banque qui voulait une application mobile réunissait une équipe informatique, engageait des prestataires et passait deux à trois ans à construire un produit souvent obsolète avant même son lancement. Le venture clienting inverse totalement cette logique.
En pratique, les banques algériennes commencent à collaborer avec des startups fintech plutôt que de construire à partir de zéro. Des banques publiques, dont la BDL (Banque de Développement Local) et la BEA (Banque Extérieure d’Algérie), ont manifesté leur intérêt pour la transformation numérique — la BDL a participé au Algeria Fintech & E-commerce Summit 2025 et a déployé des solutions tierces comme ETHIX pour les capacités de banque islamique. Si des accords spécifiques de licence BNPL entre banques publiques et startups fintech locales n’ont pas encore été publiquement confirmés, les observateurs du secteur rapportent que la demande de paiement en plusieurs fois explose et que plusieurs banques évaluent activement des modules fintech en marque blanche pour le BNPL, l’automatisation du KYC et la détection de fraudes assistée par l’IA, en puisant dans le vivier croissant de startups fintech algériennes. Cet engagement du secteur bancaire reflète les stratégies d’innovation ouverte corporate plus larges adoptées par les plus grandes entreprises algériennes.
C’est l’open innovation appliquée aux services financiers sous sa forme la plus concrète. La fonction R&D de la banque est partiellement externalisée vers l’écosystème startup. La startup assume le risque de développement et le capital-risque qui la soutient. La banque paie pour une solution éprouvée et l’intègre dans son infrastructure existante. La rapidité remplace la bureaucratie. L’écosystème algérien des venture studios et de la deep tech alimente de plus en plus ce pipeline avec des solutions prêtes pour la production.
Le Facteur BaridiMob
Toute analyse du paysage fintech algérien doit prendre en compte BaridiMob, le portefeuille mobile d’Algérie Poste et l’outil de paiement numérique le plus largement adopté dans le pays. Construit sur l’infrastructure CCP (compte courant postal) qui touche des millions d’Algériens, BaridiMob a démontré ce dont les sceptiques doutaient : l’adoption massive du paiement numérique est réalisable en Algérie.
Les chiffres le confirment. Les transactions de paiement mobile ont bondi à 12,5 millions au T1 2024, soit une augmentation de 71 % par rapport aux 7,6 millions du T1 2023, reflétant une adoption accélérée à travers le pays. En juin 2025, Algérie Poste a lancé BaridiPay, une fonctionnalité de paiement mobile par QR code intégrée à BaridiMob, signalant l’évolution de la plateforme d’un simple portefeuille mobile vers un écosystème de paiements plus large.
Le succès de BaridiMob a créé à la fois un référentiel et une ouverture. Il a prouvé que les Algériens utiliseront des outils financiers mobiles lorsqu’ils sont accessibles et liés à des comptes existants. Mais il a aussi exposé les limites d’un modèle à fournisseur unique. Le prochain défi est d’intégrer des services fintech tiers sur l’infrastructure de BaridiMob et le réseau CCP plus large, en créant un écosystème interopérable plutôt qu’un jardin clos.
GIE Monetique, l’organisme interbancaire de paiement électronique créé en juin 2014, est au cœur de cette intégration. Son mandat d’assurer l’interopérabilité entre les plateformes de paiement signifie que les portefeuilles construits par les startups et les solutions agréées par les banques doivent à terme se connecter aux mêmes rails nationaux. En 2024, GIE Monetique a fait progresser l’interopérabilité des paiements mobiles en désignant SATIM (Société d’Automatisation des Transactions Interbancaires et de Monétique) comme le switch national pour la gestion des flux de paiement mobile. SATIM a acquis une solution de paiement interbancaire — le « Switch Mobile » — grâce à un partenariat avec ProgressSoft et GEP Technology, et exploite désormais un réseau couvrant 19 membres (18 banques plus Algérie Poste), plus de 1 351 DAB et plus de 36 000 terminaux de paiement. Cette infrastructure pose les bases d’un système unifié où l’innovation des startups se branche directement sur les rails de paiement nationaux.
Parallèlement, l’exigence du Règlement 24-04 que les banques digitales s’associent à des banques algériennes établies a déclenché une course aux néobanques. Plusieurs institutions sont désormais en compétition pour lancer des produits bancaires prioritairement numériques — et le chemin le plus rapide vers le marché passe par des partenariats de venture clienting avec des startups fintech qui disposent déjà de la technologie.
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Le Catalyseur FCPR : Du Client à l’Investisseur
La relation de venture clienting se renforce en quelque chose de plus structurel, grâce au nouveau cadre algérien des FCPR (Fonds Commun de Placement à Risque).
Introduit en 2025, le véhicule FCPR permet la constitution de fonds de capital-risque mutualisés avec un minimum de deux porteurs de parts et une exigence d’actif net minimal de 50 millions de DZD (environ 370 000 $), dont au moins 50 % des actifs investis dans des sociétés non cotées. Afiya Investments, géré par Tell Markets — une société spécialisée dans la structuration et la gestion de fonds d’investissement — est devenu le premier FCPR approuvé. Si le focus initial d’Afiya porte sur la santé, la pharmacie et les énergies renouvelables, la structure FCPR elle-même est agnostique en termes de secteur, et les banques comme les investisseurs institutionnels surveillent de près l’émergence de véhicules dédiés à la fintech.
Pour l’open innovation fintech en Algérie, le cadre FCPR est transformateur. Les banques peuvent désormais légalement co-investir dans des startups fintech aux côtés du Fonds Algérien pour les Startups (ASF) — qui a investi dans plus de 130 startups dans 20 secteurs avec un capital de base de 2,4 milliards de DZD et a déjà réalisé sa première sortie réussie — et d’investisseurs privés. Cela signifie que la même banque qui licencie le module BNPL d’une startup peut simultanément détenir une participation au capital de cette startup via un véhicule FCPR. La banque devient à la fois venture client et venture investor dans la même entreprise — alignant les incitations commerciales et financières d’une manière auparavant impossible sous le droit algérien.
Ce Qui Freine Encore
La trajectoire est encourageante, mais des obstacles significatifs persistent.
L’interdiction totale des cryptomonnaies en Algérie, promulguée par la Loi 25-10 et publiée au Journal Officiel le 24 juillet 2025, a criminalisé toutes les activités liées aux actifs numériques, incluant l’émission, l’achat, la vente, la détention, l’utilisation, le minage et la promotion. Les peines vont de deux mois à un an d’emprisonnement et des amendes de 200 000 à 1 000 000 DZD (environ 1 540 à 7 700 $), avec des peines plus lourdes en cas de lien avec le crime organisé ou le blanchiment d’argent. Si cela n’affecte pas directement la plupart des partenariats fintech-banque — qui opèrent en dinars algériens via des canaux régulés — cela traduit une philosophie réglementaire qui privilégie le contrôle sur l’expérimentation. Les innovations basées sur la blockchain en finance commerciale, contrats intelligents et vérification d’identité décentralisée sont effectivement exclues.
La culture bancaire conservatrice reste un obstacle plus profond. Les banques publiques algériennes, qui dominent le secteur, sont des institutions averses au risque avec des processus d’approvisionnement internes profondément enracinés. Convaincre un directeur informatique bancaire de faire confiance à l’algorithme de scoring de crédit d’une startup plutôt qu’à un modèle interne nécessite plus qu’une autorisation réglementaire — cela requiert un changement culturel. Des programmes structurés d’open innovation comme AOIP et le dispositif de matching corporate-startup de Hadina Tech commencent à combler ce déficit de confiance, mais les progrès sont graduels.
L’infrastructure informatique héritée pose également des défis d’intégration. De nombreuses banques algériennes fonctionnent avec des systèmes antérieurs aux architectures API modernes. Connecter la solution cloud-native d’une startup au système bancaire central d’une banque datant de l’ère des mainframes est techniquement complexe et coûteux.
Enfin, la Banque d’Algérie, bien que progressiste dans la publication de cadres comme l’Instruction 06-2025, procède de manière délibérée. Chaque nouvelle réglementation prend du temps avant de se traduire en licences opérationnelles et en activité de marché. L’écart entre le texte réglementaire et la réalité du marché peut s’étendre sur des mois, voire des années.
Ce Qui Vient Ensuite
Malgré ces vents contraires, les conditions structurelles pour l’open innovation fintech en Algérie n’ont jamais été aussi favorables. Les cadres juridiques sont en place : la Loi 23-09 autorise les opérations fintech, l’Instruction 06-2025 réglemente les PSP, le Règlement 24-04 encadre les banques digitales, le véhicule FCPR permet le co-investissement, et le Règlement COSOB 23-01 fournit l’architecture du financement participatif. Les précurseurs agissent déjà — Yinvesti a obtenu la première licence de financement participatif de la COSOB en mars 2025, prouvant que le pipeline de licences fonctionne.
Pour les dirigeants des banques algériennes, le calcul stratégique est clair. Construire en interne est lent, coûteux et de plus en plus non compétitif. Acheter auprès des startups via le venture clienting est plus rapide, moins cher et aligné avec la direction réglementaire. Les banques qui bougeront en premier capteront des parts de marché dans les paiements numériques, le BNPL et les services financiers automatisés. Celles qui attendront se retrouveront à licencier la technologie d’hier auprès des concurrents de demain.
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🧭 Radar de Décision
| Dimension | Évaluation |
|---|---|
| Pertinence pour l’Algérie | Élevée |
| Calendrier d’action | Immédiat |
| Parties prenantes clés | Directeurs techniques et directeurs de la transformation numérique des banques, fondateurs de startups fintech, régulateurs de la Banque d’Algérie, COSOB, gestionnaires du Fonds Algérien pour les Startups (ASF), gérants de fonds VC lançant des FCPR |
| Type de décision | Stratégique |
| Niveau de priorité | Critique |
Synthèse : L’arsenal réglementaire fintech algérien est désormais suffisamment complet pour que les banques puissent entamer le venture clienting immédiatement. Les dirigeants bancaires devraient inventorier les lacunes technologiques internes en portefeuilles numériques, BNPL et détection de fraudes, puis engager des startups fintech agréées comme clients payants. Attendre signifie céder l’avantage du premier entrant aux concurrents qui assemblent déjà des partenariats sous la Loi 23-09 et l’Instruction 06-2025.
Sources et lectures complémentaires
- Algeria Approves New Law, Permitting FinTech and Digital Banks for the First Time — Afrikan Heroes
- Algeria Grants Country’s First Crowdfunding License to Yinvesti — Crowdfund Insider
- Algeria Opens for Fintech: New PSP Rules Create a Playbook for Payments Startups — Launch Base Africa
- The New Algeria? How Latest Fintech and VC Laws Could Redraw North Africa’s Tech Map — Launch Base Africa
- Algeria Launches First Fintech Regulation for PSPs — Startup Researcher
- Algeria Rolls Out New Digital Banking Rules — Launch Base Africa
- Algeria’s Comprehensive Cryptocurrency Ban: Law 25-10 — ZIGRAM
- Algeria Startup Ecosystem Report 2025 — Techpression
- GIE Monetique and SATIM Mobile Payment Interoperability — ProgressSoft





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