Les chiffres derrière l’écart
L’écosystème des startups algériennes s’est développé rapidement depuis l’adoption du Startup Act de 2020, qui a créé un cadre juridique formel pour les entreprises innovantes et débloqué des financements publics. Mi-2024, plus de 2 300 startups avaient reçu la désignation « label startup » du Ministère de l’Économie de la Connaissance, des Start-ups et des Micro-entreprises, avec plus de 7 800 inscrites sur la plateforme nationale startup.dz. Mais un examen plus attentif des fondateurs révèle un déséquilibre marqué : les femmes restent significativement sous-représentées parmi les fondateurs de startups, en cohérence avec les données MENA montrant qu’environ 10 % seulement des fondateurs de startups tech dans la région sont des femmes.
Ces chiffres sont en retard par rapport aux pairs régionaux de l’Algérie. En Tunisie, les startups avec au moins une co-fondatrice représentent environ 20 % de l’écosystème, soutenues par une culture d’investissement providentiel plus établie et des organisations comme le réseau mondial She Loves Tech. L’écosystème Technopark Casablanca du Maroc a cultivé des programmes actifs d’autonomisation des femmes à travers des initiatives comme l’Association des Femmes Chefs d’Entreprises du Maroc (AFEM). La scène startup égyptienne, la plus importante d’Afrique du Nord en volume de financement, a produit des fondatrices visibles à l’international comme Nour Taher, co-fondatrice d’Intella, qui a levé 12,5 millions de dollars en Série A en 2025.
L’écart algérien n’est pas un problème de talent. Les femmes représentent environ 65 % des diplômés universitaires en Algérie, avec une représentation particulièrement forte en STEM — les femmes obtiennent environ 58 % des diplômes STEM et 48 % des diplômés en ingénierie, contre une moyenne mondiale de 16 % pour l’ingénierie. Le décalage entre la réussite éducative et la participation entrepreneuriale pointe vers des obstacles systémiques qui opèrent après l’obtention du diplôme — dans l’accès au financement, les attentes culturelles, les réseaux professionnels et le soutien institutionnel.
Profils : les femmes qui construisent l’avenir tech de l’Algérie
Un nombre croissant d’Algériennes ont franchi ces obstacles pour bâtir des entreprises fonctionnelles à l’intersection de la technologie et des besoins locaux. Leurs histoires illustrent à la fois ce qui est possible et ce qui reste difficile.
Siham Benharoun a fondé L@bTech, un incubateur de startups tech dont la mission est de combler le fossé numérique. Basé en Algérie, L@bTech crée un espace où l’innovation peut prospérer, avec un accent particulier sur le soutien aux jeunes femmes et aspirantes dans la tech. À travers son incubateur, Benharoun a cultivé un réseau d’innovateurs utilisant la technologie pour relever des défis locaux, faisant d’elle une figure centrale de l’écosystème tech croissant de l’Algérie.
Fatma Meheni, journaliste et professionnelle des médias, a lancé Zolizola.com pendant la pandémie de 2020 — une plateforme e-commerce dédiée aux produits pour bébés et enfants. Ce qui a commencé comme une réponse aux besoins croissants des parents algériens pendant le confinement s’est développé en une marque en expansion visant à devenir la plateforme de référence pour les produits bébé en Algérie et à travers l’Afrique. Meheni a depuis co-fondé Ahras Studio, une entreprise de jeux vidéo et de création.
Yasmine Azzouz construit Ecodz, une éco-startup qui transforme les déchets en opportunité. Dans un pays qui produit 13 millions de tonnes de déchets ménagers par an mais n’en recycle que 4 %, Ecodz propose des solutions innovantes de recyclage et de gestion durable des déchets tout en suscitant un mouvement plus large de sensibilisation environnementale.
Ce qui distingue ces fondatrices de leurs homologues masculins n’est pas l’ambition ou la capacité mais la friction supplémentaire qu’elles rencontrent à chaque étape. Les rapports de la GIZ indiquent que les femmes ne représentent qu’environ 17,4 % des acteurs économiques en Algérie, malgré leur domination dans l’enseignement supérieur. À travers l’écosystème, les fondatrices rapportent être la seule femme dans les réunions avec les investisseurs, être questionnées sur leur statut marital lors des sessions de pitch, et être orientées vers des secteurs « plus doux » comme l’éducation ou la santé plutôt que la fintech ou l’infrastructure.
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Obstacles : financement, culture et déficits de réseau
L’obstacle le plus mesurable est le financement. Le capital-risque algérien est rare en général, mais les données de l’Algerian Startup Fund (ASF) — le fonds de capital-risque public qui a investi dans plus de 130 startups — et d’Algeria Venture, l’accélérateur public national, suggèrent que les startups dirigées par des femmes reçoivent une part disproportionnellement faible. Ce schéma est cohérent avec les données mondiales : en 2024, les équipes fondatrices exclusivement féminines ont reçu seulement 2,3 % du financement mondial en capital-risque, soit 6,7 milliards de dollars sur les 289 milliards déployés dans le monde. En Afrique spécifiquement, les entreprises dirigées par des femmes n’ont représenté que 0,9 % du total des fonds levés par les startups en 2025.
Les attentes culturelles aggravent l’écart de financement. Le tissu social algérien, bien que de plus en plus moderne dans les centres urbains comme Alger, Oran et Constantine, exerce encore une pression significative sur les femmes pour qu’elles priorisent les obligations familiales. Les fondatrices décrivent devoir prouver leur « sérieux » aux investisseurs, partenaires et même membres de leur famille d’une manière que les fondateurs masculins ne rencontrent tout simplement pas.
Le déficit de réseau est peut-être l’obstacle le plus insidieux. L’écosystème tech algérien, comme la plupart dans le monde, fonctionne sur des réseaux informels — groupes WhatsApp, rencontres au café, couloirs de conférences et présentations personnelles. Ces réseaux sont fortement masculins. Les fondatrices rapportent être exclues non par malveillance mais par simple omission : elles ne sont pas dans la salle quand les deals sont discutés, pas invitées aux dîners informels où les partenariats se forment, et pas incluses dans les chaînes de recommandation qui connectent les startups à leurs premiers clients entreprise.
L’écosystème de soutien : ce qui existe et ce qui manque
Plusieurs organisations travaillent à combler ces écarts. Women Techmakers (WTM) Algiers, initialement partie du programme mondial WTM de Google, organise des ateliers, hackathons et événements de réseautage. Basée à l’École nationale Supérieure d’Informatique (ESI) à Alger, la communauté connecte les femmes dans la technologie pour l’apprentissage et le développement professionnel. En octobre 2025, Google a transféré le programme WTM à Technovation, une ONG externe, qui fournit désormais un soutien programmatique aux membres WTM dans le monde entier.
Les programmes gouvernementaux algériens d’accompagnement des startups ont commencé à aborder l’inclusion de genre, bien que la mise en œuvre reste inégale. Le programme PEFEVA de la GIZ (Promotion de l’Entrepreneuriat Féminin dans l’Économie Verte), en cours de 2024 à 2027, développe des services entrepreneuriaux adaptés aux besoins des femmes entrepreneurs, avec un focus sur les chaînes de valeur de l’économie verte. L’Initiative de Financement des Femmes Entrepreneurs de la Banque Mondiale (We-Fi) a formé près de 120 artisanes et entrepreneures à travers l’Algérie en e-commerce et marketing digital, avec plus de 74 % des participantes intégrant de nouvelles plateformes en ligne dans leurs activités. Des accélérateurs privés comme Sylabs — premier accélérateur privé de startups en Algérie, fondé en 2015 — ont accompagné des startups à travers 31 wilayas et étendent leur programmation.
Ce qui manque encore est un fonds tech dédié aux femmes en Algérie — le type de véhicule qui a fait ses preuves ailleurs. En Égypte, le programme Women in Business de la BERD a déployé un capital significatif vers les MPME dirigées par des femmes à travers des banques partenaires comme Banque du Caire et Banque Misr, avec un prêt de 100 millions de dollars ciblant spécifiquement les entreprises dirigées par des femmes. Womena, un réseau d’investissement providentiel basé aux EAU, fournit un soutien structuré aux investisseuses finançant des startups dirigées par des femmes dans la région MENA. L’Algérie n’a pas de mécanisme équivalent. L’autre lacune critique est le mentorat : des programmes structurés connectant les fondatrices à succès avec les entrepreneures en démarrage. Le mentorat informel existe, mais il est ad hoc, non scalable et dépendant de la bonne volonté individuelle plutôt que de la conception institutionnelle.
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🧭 Radar de Décision
| Dimension | Évaluation |
|---|---|
| Pertinence pour l’Algérie | Élevée — les femmes représentent 65 % des diplômés mais sont largement sous-représentées parmi les fondateurs tech, représentant un potentiel inexploité massif |
| Calendrier d’action | 6-12 mois — les programmes de mentorat peuvent se développer rapidement ; un fonds dédié nécessite 12-24 mois |
| Parties prenantes clés | Ministère de l’Économie de la Connaissance, ASF, Algeria Venture, WTM Algérie, GIZ, accélérateurs privés |
| Type de décision | Stratégique |
| Niveau de priorité | Élevé |
En bref : Les fondatrices algériennes construisent de vraies entreprises contre des vents contraires significatifs, mais elles représentent une fraction du talent disponible. Les interventions à plus fort impact sont un fonds tech dédié aux femmes et un mentorat structuré connectant les fondatrices à succès à la prochaine génération. Sans cela, l’Algérie gaspille son plus grand avantage compétitif : le plus grand vivier de femmes éduquées d’Afrique du Nord.
Sources et lectures complémentaires
- Algeria Startup Act 2020 — Official Text
- Inside Algeria’s Startup Labelling System: Over 2,300 Now Labeled — LaunchBase Africa
- World Bank — How Women Entrepreneurs in Algeria Are Going Digital (We-Fi)
- GIZ — Promoting Female Entrepreneurship in Algeria’s Green Economy (PEFEVA)
- Startup Genome — Only 15% of Tech Startup Founders Are Female
- Founders Forum — Women in VC & Startup Funding: 2025 Report
- Disrupt Africa — Only 17% of African Startups Have a Female Co-Founder
- Powering Progress: Women Entrepreneurs Transforming Algeria — SheAtWork
- Sylabs: Algeria’s First Startup Accelerator — MENAbytes
- EBRD Women in Business Programme
- CNN — Google Drops Key Program for Women in Tech (WTM to Technovation)
- Technext — African Female Founders Raised 0.9% of $3.2B Total Funding in 2025
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