Trois moments 2026 qui redéfinissent l’exécution du DMA
Le Digital Markets Act (DMA) est entré en vigueur en 2022 et s’applique aux gatekeepers désignés depuis 2024. Après deux années d’exécution réelle, 2026 est l’année où le régime est mis à l’épreuve sur trois fronts simultanément :
- La première revue formelle du DMA, attendue au plus tard le 3 mai 2026, que la Commission doit rendre au Parlement européen, au Conseil et au Comité économique et social européen.
- Le choix publicitaire de Meta, déployé en janvier 2026 auprès des utilisateurs européens de Facebook et Instagram.
- Le verdict de conformité Google, avec une décision finale de la Commission attendue d’ici le 27 juillet 2026, à la suite de constatations préliminaires sur l’interopérabilité et le partage des données de recherche.
Pour les équipes tech, responsables produit et directions conformité des entreprises qui dépendent des plateformes gatekeepers (et beaucoup le font, que l’on vende sur Amazon, développe sur Android ou fasse de la publicité sur Meta), ces trois fronts déterminent comment le DMA mord vraiment dans la pratique.
La première revue DMA : un bilan stratégique
Selon l’Article 53 du DMA et le portail DMA de la Commission, la Commission est tenue d’évaluer le règlement au plus tard le 3 mai 2026, puis tous les trois ans. L’évaluation doit :
- Juger si les objectifs du DMA — marchés numériques contestables et équitables — sont atteints.
- Mesurer l’impact sur les utilisateurs professionnels, notamment les PME, et sur les utilisateurs finaux.
- Envisager l’extension de l’Article 7 aux services de réseaux sociaux et la modification de la liste des services de plateforme essentiels à l’Article 2.
- Réexaminer les obligations des Articles 5, 6 et 7 et leur exécution.
La consultation publique de la Commission sur la revue a reçu plus de 450 contributions entre juillet et septembre 2025, en provenance de PME, gatekeepers, société civile, monde académique et citoyens. L’alerte Goodwin sur la revue DMA note que la synthèse de ces contributions a été publiée le 8 janvier 2026 — posant les bases du rapport formel.
À l’issue de l’évaluation, la Commission peut proposer des évolutions législatives. C’est la partie que chaque gatekeeper et chaque grand utilisateur professionnel surveille de près.
Le choix publicitaire de Meta, janvier 2026
Le parcours de Meta sous le DMA a été parmi les plus contentieux. En avril 2025, la Commission a infligé à Meta une amende de 200 M€ pour son modèle « pay or consent ». Les régulateurs ont continué de pousser, et depuis janvier 2026, Meta propose aux utilisateurs européens de Facebook et Instagram une troisième option : une expérience publicitaire moins personnalisée aux côtés de la personnalisation complète existante et de l’abonnement payant sans publicité.
En décembre 2025, la Commission a publiquement qualifié cette option moins personnalisée de « très bonne avancée », tout en continuant de surveiller « l’impact et l’adoption de ce nouveau modèle publicitaire ». La couverture par The Current et TechBuzz AI présente cela comme une concession aux régulateurs, mais aussi comme le signe que le « choix effectif » du DMA est désormais une exigence produit concrète et non un principe abstrait.
Pour les annonceurs, c’est important : une part croissante des impressions européennes tournera en mode moins personnalisé, ce qui modifie l’efficacité du ciblage, le capping de fréquence et l’attribution. Les plans médias bâtis en 2024 doivent être revalidés pour 2026.
Le 27 juillet 2026 : la deadline Google
Le 27 janvier 2026, la Commission a ouvert une procédure pour aider Google à respecter ses obligations d’interopérabilité et de partage des données de recherche sous le DMA. TechPolicy.Press rapporte que des constatations préliminaires ont ensuite été envoyées à Google, et que la décision finale de la Commission est attendue d’ici le 27 juillet 2026.
Trois obligations DMA sont au cœur du dossier :
- Partage des données de recherche — un gatekeeper opérant un moteur de recherche central doit partager certaines données de classement, de clics et de requêtes avec des moteurs rivaux à des conditions FRAND.
- Interopérabilité — Google doit permettre une interopérabilité effective avec les fonctionnalités de son système d’exploitation pour les tiers (pertinent pour les développeurs Android).
- Non-discrimination — l’interdiction de favoriser ses propres services dans les classements.
Un constat de non-conformité en juillet 2026 peut déclencher des amendes allant jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires mondial annuel sous le DMA — ce qui pour Alphabet représente des dizaines de milliards d’euros d’exposition potentielle. Même si la décision finale est plus clémente, le précédent façonnera l’approche d’Apple, Amazon et des autres gatekeepers sur leurs propres remèdes.
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Le paysage cumulé des gatekeepers
Selon l’analyse DMA du CSIS, le DMA s’applique aujourd’hui à sept gatekeepers désignés : Meta, Alphabet, Amazon, ByteDance, Apple, Booking et Microsoft, sur 23 services de plateforme essentiels. Chacun a son propre dossier DMA :
- Apple et Meta ont reçu les premières amendes DMA en avril 2025 (500 M€ et 200 M€ respectivement), comme le résume TechPolicy.Press.
- Google affronte la décision du 27 juillet 2026 sur recherche et interopérabilité.
- Amazon, Booking, Microsoft, ByteDance — chacun est en dialogue actif avec la Commission sur des obligations DMA spécifiques, avec des rapports de conformité publiés en mars 2026.
La synthèse de European Business Magazine rappelle que l’exposition cumulée aux amendes pour les sept gatekeepers pousse l’UE sur un terrain politiquement sensible — surtout dans le contexte des tensions commerciales tech US-UE.
Ce que cela signifie pour les non-gatekeepers
La plupart des lecteurs ne sont pas des gatekeepers — mais presque tous sont des utilisateurs en aval de plateformes gatekeepers. Implications pratiques pour 2026 :
- [ ] Développeurs d’apps sur Android / iOS — suivre l’évolution des remèdes interopérabilité et paiements in-app ; les calendriers achats et contrats bougeront.
- [ ] Annonceurs sur Meta / Google — modéliser l’impact de l’inventaire moins personnalisé sur le ROAS ; rafraîchir les stratégies first-party data.
- [ ] Vendeurs sur Amazon, hôtes sur Booking — surveiller les évolutions de classement, les remèdes anti-favoritisme et les droits d’accès aux données.
- [ ] Acheteurs cloud et SaaS sur Microsoft — suivre les engagements de portabilité et d’interopérabilité dictés par le DMA.
- [ ] Utilisateurs professionnels en général — la revue DMA peut étendre les services de plateforme essentiels (p. ex. réseaux sociaux sous Article 7) ; certaines plateformes que vous utilisez aujourd’hui peuvent entrer dans le périmètre demain.
Ce que les Entreprises Non-Gatekeepers Doivent Faire Avant Juillet 2026
Les sujets directs du DMA sont sept gatekeepers désignés. Ses effets indirects touchent toute entreprise utilisant des plateformes gatekeeper pour la publicité, la distribution, les services cloud ou la livraison d’applications — ce qui inclut la majeure partie de l’économie numérique mondiale.
1. Revalidez les Hypothèses de Performance Publicitaire sur Meta Avant les Verrouillages Budget T3
L’introduction par Meta en janvier 2026 de l’option publicitaire moins personnalisée va progressivement déplacer une partie des impressions UE du ciblage comportemental vers le ciblage contextuel. Les annonceurs qui n’ont pas modélisé l’impact sur le ROAS pour leur audience UE portent un risque de planification non quantifié dans leurs budgets T3 et T4. La démarche pratique consiste à segmenter le reporting de campagne UE par mode de personnalisation — le Gestionnaire de Publicités de Meta fournit désormais des signaux au niveau des impressions — et à mesurer le différentiel de performance. Pour la plupart des annonceurs B2C, les données précoces des campagnes T1 2026 suggèrent une réduction de 10-25% du ROAS sur les impressions moins personnalisées. Ne reportez pas cette revalidation après le verrouillage des budgets T3 ; les ajustements de planification tardifs coûtent plus cher que les analyses préventives.
2. Auditez Votre Carte de Dépendance Google Avant la Décision du 27 Juillet
La décision de la Commission du 27 juillet 2026 sur Google couvre les obligations d’interopérabilité et de partage des données de recherche. Les entreprises dont la découverte, les revenus ou la distribution dépendent fortement du classement Google Search, Google Ads ou Google Play doivent créer une carte de dépendance maintenant — une répartition documentée de quelle part du trafic, des leads ou des téléchargements provient de chaque surface Google — et identifier les 20% de dépendances représentant 80% du risque commercial. Il ne s’agit pas de prédire que la décision de juillet sera défavorable ; c’est un cartographie d’infrastructure prudente. Ne présumez pas que les résultats de compliance Google seront neutres ; même une conformité totale modifie la façon dont les surfaces Google fonctionnent pour les partenaires tiers.
3. Surveillez l’Examen DMA pour une Expansion du Périmètre dans Votre Catégorie de Plateforme
L’examen DMA du 3 mai 2026 peut recommander d’élargir le périmètre du règlement pour couvrir des catégories de plateformes supplémentaires en vertu de l’Article 7 — notamment les services de réseautage social et potentiellement des plateformes logicielles supplémentaires. Les entreprises exploitant des plateformes avec des bases d’utilisateurs européennes significatives doivent suivre les recommandations de l’examen, car une expansion du périmètre en 2026 pourrait déclencher de nouvelles procédures de désignation de gatekeeper en 2027-2028. La consultation publique close en septembre 2025 a reçu plus de 450 contributions, dont beaucoup appelaient à élargir la couverture DMA à des catégories non actuellement désignées. Ne traitez pas le DMA comme pertinent uniquement pour les Big Tech ; les plateformes de taille moyenne avec des bases d’utilisateurs UE significatives sont dans la fenêtre de désignation potentielle.
La question antitrust
La tension non résolue sous-jacente aux jalons 2026 du DMA est de savoir si la régulation ex ante de la sorte que le DMA représente est compatible avec la réalité économique de l’infrastructure IA. Les sept gatekeepers désignés — Meta, Alphabet, Amazon, ByteDance, Apple, Booking et Microsoft — sont aussi les principaux bailleurs de fonds du déploiement de l’infrastructure IA. Le mégaround OpenAI de 122 milliards de dollars, rapporté par Crunchbase au T1 2026, est venu d’un consortium incluant Microsoft. Amazon et Google s’engagent chacun à des dizaines de milliards annuellement pour leur propre infrastructure IA. Infliger des amendes à ces entreprises au titre du DMA tout en dépendant simultanément de leur allocation de capital pour l’infrastructure IA est une tension structurelle que la Commission n’a pas résolue.
La question antitrust que la révision de mai 2026 est susceptible de soulever — mais pas de résoudre — est de savoir si les obligations de conformité au DMA vont commencer à diverger du droit de la concurrence à mesure que les dynamiques de plateformes de l’ère IA deviennent plus claires. Le DMA a été conçu pour les structures de marché de 2021. En 2026, les gatekeepers sont devenus collectivement les principaux fournisseurs de compute IA, d’APIs de modèles, et de plateformes d’agents aux entreprises que les régulateurs tentent de protéger du pouvoir des gatekeepers.
Pour les entreprises non-gatekeepers, cette tension a une implication pratique : les obligations d’interopérabilité et de portabilité des données du DMA sont le levier à long terme le plus important, car elles créent les conditions dans lesquelles les coûts de transition peuvent finalement baisser. Suivre si la décision Google de juillet 2026 produit des remèdes de portabilité contraignants — ou simplement des amendes que la société absorbe — indiquera si le cadre ex ante du DMA produit un changement structurel ou un simple transfert de revenus.
Questions Fréquemment Posées
Quand la Commission européenne publiera-t-elle sa première revue DMA ?
Au titre de l’Article 53 du DMA, la Commission est tenue de rendre sa première revue d’ici le 3 mai 2026, puis tous les trois ans. La revue doit être remise au Parlement européen, au Conseil et au Comité économique et social européen, et peut être suivie de propositions législatives.
Qu’a changé le modèle publicitaire de Meta en janvier 2026 ?
Depuis janvier 2026, Meta propose aux utilisateurs européens de Facebook et Instagram une option de publicité moins personnalisée aux côtés des options existantes (personnalisation complète et abonnement payant sans publicité). C’est une réponse directe à la pression des régulateurs européens, suite à une amende DMA de 200 M€ en avril 2025.
Que se passe-t-il si Google dépasse la deadline du 27 juillet 2026 ?
La décision finale de la Commission d’ici le 27 juillet 2026 établira si Google respecte les obligations DMA d’interopérabilité et de partage des données de recherche. Un constat de non-conformité peut entraîner des amendes jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires mondial annuel sous le DMA, plus des remèdes contraignants et d’éventuelles astreintes périodiques.
Sources et lectures complémentaires
- Commission européenne — Dernières actualités DMA
- CSIS — Garder les portes : DMA et leçons de la régulation ex ante
- TechPolicy.Press — Comprendre les décisions de non-conformité Apple et Meta sous le DMA
- European Business Magazine — L’UE prépare une exécution tech plus dure en 2026
- Goodwin — La revue DMA avance (janvier 2026)











