⚡ Points Clés

Chaque jour, des millions d’Algériens ouvrent Instagram, effectuent des recherches sur Google, regardent Netflix en streaming et téléchargent des applications depuis l’Apple App Store et Google Play. Ils regardent des publicités YouTube, cliquent sur des publications sponsorisées de Meta et s’abonnent à Spotify.

En résumé : La DGI devrait commander une étude d’impact fiscal quantifiant le manque à gagner des revenus non taxés des plateformes numériques sous 3 mois. Le ministère des Finances devrait inclure un mécanisme de retenue à la source au niveau bancaire pour les paiements aux plateformes numériques dans la loi de finances 2027, inspiré de l’approche tunisienne. Les entreprises numériques locales devraient s’engager via l’ABEF et l’écosystème startup pour s’assurer que la conception de la taxe ne pénalise pas les plateformes algériennes.

Lire l’analyse complète ↓

Publicité

🧭 Radar de Décision

Pertinence pour l’Algérie
Élevée

Les près de 38 millions d’internautes algériens génèrent des centaines de millions de revenus annuels des plateformes numériques, dont pratiquement aucun n’est effectivement taxé
Calendrier d’action
6-12 mois

Un délai d’action de 6 à 12 mois permet de planifier tout en maintenant l’urgence.
Parties prenantes clés
Ministère des Finances, Direction Générale des Impôts
Type de décision
Stratégique

Cet article fournit des orientations stratégiques pour la planification à long terme et l’allocation des ressources.
Niveau de priorité
Élevé

Il s’agit d’un élément hautement prioritaire justifiant une action à court terme et des ressources dédiées.

Synthèse : Les plateformes numériques étrangères extraient des centaines de millions de dollars annuellement de l’économie numérique algérienne tout en payant un minimum d’impôts locaux. Avec le retrait américain de l’accord fiscal mondial de l’OCDE rendant une solution multilatérale improbable, et avec les voisins tunisien, marocain et égyptien ayant déjà agi, l’Algérie devrait commander une étude des revenus immédiatement et inclure une législation TSN ciblée dans la prochaine loi de finances. La retenue à la source de 30 pour cent existe sur le papier mais échoue en pratique contre des plateformes sans présence physique. Un mécanisme de retenue au niveau bancaire, éprouvé en Tunisie et sur d’autres marchés, comblerait la lacune d’application.

Chaque jour, des millions d’Algériens ouvrent Instagram, effectuent des recherches sur Google, regardent Netflix en streaming et téléchargent des applications depuis l’Apple App Store et Google Play. Ils regardent des publicités YouTube, cliquent sur des publications sponsorisées de Meta et s’abonnent à Spotify. Les plateformes qui fournissent ce contenu comptent parmi les entreprises les plus rentables au monde. Pourtant, la valeur fiscale qu’elles extraient de l’Algérie reste massivement non taxée.

Ce n’est pas un problème uniquement algérien. C’est l’un des défis fiscaux majeurs de l’ère numérique. Mais la position de l’Algérie est particulièrement frappante. Le pays compte près de 38 millions d’internautes, un taux de pénétration d’internet approchant les 80 pour cent, un marché de la publicité numérique en croissance rapide et un public de streaming en expansion. Pourtant, il ne capte presque rien de la valeur fiscale générée par les plateformes étrangères opérant sur son territoire. L’argent sort. Les serveurs sont à l’étranger. Les bénéfices sont comptabilisés dans des juridictions à faible fiscalité.

La réponse mondiale a été la taxe sur les services numériques (TSN), un prélèvement ciblé sur les revenus que les grandes plateformes technologiques tirent des utilisateurs dans un pays donné. La France a été parmi les premières à agir en 2019. Le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne, la Turquie, le Kenya et le Nigeria ont suivi avec leurs propres versions. À travers l’Afrique, la Tanzanie, le Rwanda et l’Ouganda ont avancé. Même la Tunisie, voisine orientale de l’Algérie, a mis en place des dispositions de retenue à la source sur les services numériques. L’Algérie dispose de certains mécanismes fiscaux existants qui touchent les services numériques, mais elle manque d’une TSN dédiée et complète.

La question est de savoir si elle devrait en construire une.

Le problème de l’extraction des revenus

Pour comprendre pourquoi une TSN dédiée est importante pour l’Algérie, considérons comment les plateformes numériques étrangères génèrent des revenus à partir des utilisateurs algériens sans établir une présence taxable significative dans le pays.

La publicité numérique

Google et Meta dominent le marché de la publicité numérique en Algérie. Lorsqu’une entreprise algérienne achète une campagne Google Ads pour atteindre des clients locaux, ou booste une publication Facebook ciblant les consommateurs algériens, le paiement va à Google Ireland ou Meta Platforms Ireland. La publicité est diffusée aux utilisateurs algériens, l’activité économique se produit en Algérie, mais le revenu est enregistré et taxé en Irlande, où les deux entreprises bénéficient d’arrangements fiscaux favorables.

Le marché total de la publicité numérique en Algérie était estimé à environ 270 millions de dollars en 2024 selon Statista, englobant la recherche, les réseaux sociaux, les bannières et la publicité vidéo. La grande majorité de ces dépenses va à Google et Meta. Bien que la retenue à la source existante de 30 pour cent de l’Algérie sur les services de non-résidents s’applique théoriquement, l’application contre les grandes plateformes numériques qui n’ont aucune présence physique et aucun compte bancaire algérien reste extrêmement difficile. Les plateformes ne s’enregistrent pas auprès des autorités fiscales algériennes, et les entreprises algériennes paient souvent par le biais de processeurs de paiement internationaux qui échappent aux mécanismes de retenue à la source nationaux.

Streaming et abonnements

Netflix s’est étendu de manière agressive en Afrique du Nord, et l’Algérie est devenue l’un de ses marchés d’abonnés en croissance dans la région. YouTube Premium, Spotify, Apple Music, Amazon Prime Video et Disney+ collectent également des revenus d’abonnement auprès des utilisateurs algériens. Les boutiques d’applications, Google Play et l’Apple App Store, prennent une commission de 15 à 30 pour cent sur chaque achat d’application et transaction in-app effectuée par les consommateurs algériens.

L’Algérie a étendu la TVA pour couvrir certains services numériques des non-résidents à partir de 2020, initialement à un taux réduit de 9 pour cent sur l’édition électronique, le streaming, les jeux et les logiciels. Cependant, l’application reste incohérente. Les plateformes étrangères sont censées soit s’enregistrer auprès des autorités fiscales algériennes, soit faire en sorte que leurs clients algériens auto-évaluent et remettent la TVA, mais les taux de conformité pour les abonnements numériques grand public sont faibles. L’écart entre la loi sur le papier et les revenus effectivement collectés est large.

La faille de l’établissement stable

Le problème structurel fondamental est le concept d’établissement stable (ES) en droit fiscal international. Selon la plupart des conventions fiscales, y compris celles signées par l’Algérie, une entreprise étrangère ne peut être imposée sur ses revenus en Algérie que si elle y a un ES : un lieu fixe d’affaires, un bureau, une usine ou des employés opérant pour le compte de l’entreprise. Les plateformes numériques n’ont besoin de rien de tout cela. Elles opèrent entièrement à distance, servant près de 38 millions d’utilisateurs algériens depuis des centres de données en Europe et aux États-Unis sans jamais établir d’ES en Algérie.

Ce cadre a été conçu pour une ère de commerce physique. Il avait du sens quand une entreprise française avait besoin d’un bureau à Alger pour vendre ses produits. Il n’en a aucun quand Google peut vendre des milliards de dinars de publicité à des entreprises algériennes depuis un serveur à Dublin.

Le paysage mondial des TSN

L’Algérie n’est pas invitée à être pionnière d’une politique non testée. Des taxes sur les services numériques ont été mises en place ou proposées dans des dizaines de pays. En 2025, environ 20 pays disposaient de TSN unilatérales actives, avec au moins 46 juridictions ayant proposé, adopté ou mis en œuvre une forme de taxation numérique. Les choix de conception de politiques sont bien compris.

La France : la pionnière

La France a mis en place sa TSN de 3 pour cent en juillet 2019, ciblant les revenus de la publicité numérique, l’intermédiation sur les places de marché et la vente de données par des entreprises dont le chiffre d’affaires mondial dépasse 750 millions d’euros et le chiffre d’affaires français dépasse 25 millions d’euros. La taxe a rapporté environ 700 millions d’euros en 2024. Malgré les menaces américaines de droits de douane de rétorsion, la France a non seulement maintenu la taxe mais envisage activement de l’augmenter. Un amendement adopté par l’Assemblée nationale en octobre 2025 dans le cadre du projet de loi de finances 2026 porterait la TSN de 3 à 6 pour cent tout en augmentant le seuil de chiffre d’affaires mondial à 2 milliards d’euros.

Royaume-Uni

La TSN de 2 pour cent du Royaume-Uni, effective depuis avril 2020, cible les moteurs de recherche, les plateformes de médias sociaux et les places de marché en ligne. Elle s’applique aux entreprises dont le chiffre d’affaires mondial des services numériques dépasse 500 millions de livres et le chiffre d’affaires britannique dépasse 25 millions de livres. La taxe a généré environ 800 millions de livres en 2024-25, dépassant significativement les projections initiales de 515 millions de livres. L’Office for Budget Responsibility prévoit que les revenus de la TSN atteindront 1,4 milliard de livres d’ici 2030-31.

Approches des marchés émergents

La Turquie a appliqué une TSN de 7,5 pour cent à partir de 2020, l’un des taux les plus élevés au monde, sur la publicité numérique, la vente de contenu et les services numériques payants. Sous pression américaine, la Turquie a réduit le taux à 5 pour cent à compter de janvier 2026, avec une réduction supplémentaire à 2,5 pour cent prévue pour 2027. La taxe sur la présence économique significative (PES) du Nigeria prélève effectivement 6 pour cent sur le chiffre d’affaires des entreprises numériques étrangères gagnant plus de 25 millions de nairas auprès des utilisateurs nigérians. Le Kenya a remplacé sa TSN initiale de 1,5 pour cent en décembre 2024 par une taxe PES de 3 pour cent qui s’applique désormais à tout niveau de revenu provenant des utilisateurs kenyans, sans seuil minimum.

Pilier Un de l’OCDE : la solution multilatérale au point mort

L’OCDE travaille sur une solution multilatérale via son cadre Pilier Un, qui réallouerait les droits d’imposition aux juridictions de marché pour les entreprises multinationales les plus grandes et les plus rentables. Cependant, le Pilier Un a connu des retards répétés. La convention multilatérale devait être ouverte à la signature fin 2023, puis une échéance de juin 2024 est passée sans accord.

La situation est devenue bien plus incertaine le 20 janvier 2025, lorsque le Président Trump a retiré les États-Unis de l’accord fiscal mondial de l’OCDE dès son premier jour de mandat, déclarant qu’il « n’a ni force ni effet aux États-Unis ». Étant donné que les États-Unis abritent la plupart des entreprises que le Pilier Un ciblerait, dont Google, Meta, Apple, Amazon et Netflix, ce retrait a effectivement bloqué le cadre. En août 2025, Trump est allé plus loin, menaçant de droits de douane et de restrictions à l’exportation les pays qui maintiennent des TSN ciblant les entreprises technologiques américaines.

Cette réalité géopolitique rend les TSN unilatérales à la fois plus nécessaires et plus compliquées. Les pays ne peuvent pas attendre une solution multilatérale qui pourrait ne jamais arriver sous la forme prévue. Mais ils doivent aussi peser le risque, bien que faible pour un pays comme l’Algérie, de frictions commerciales avec les États-Unis.

Les voisins nord-africains

La Tunisie a imposé une retenue à la source de 3 pour cent sur les paiements aux fournisseurs étrangers de services numériques depuis 2020, couvrant les redevances logicielles et les services fournis par internet. Le mécanisme fonctionne via le système bancaire, exigeant la retenue sur les paiements sortants vers des plateformes étrangères identifiées.

Le Maroc a adopté une approche différente en février 2024, étendant sa TVA de 20 pour cent aux fournisseurs non-résidents de services numériques aux consommateurs marocains. Les plateformes étrangères doivent s’enregistrer pour la TVA marocaine dès leur première vente, sans seuil minimum. Cela traite la taxe sur la consommation mais ne capture pas le revenu des sociétés que les plateformes tirent de la publicité et de la monétisation des données.

L’Égypte a mis en place des lignes directrices sur la TVA pour les services numériques étrangers via le Décret ministériel n° 160 en 2023, exigeant des fournisseurs non-résidents qu’ils s’enregistrent et collectent 14 pour cent de TVA sur les services numériques fournis aux consommateurs égyptiens, avec un seuil d’enregistrement de 500 000 livres égyptiennes de chiffre d’affaires annuel.

À travers l’Afrique plus largement, la Tanzanie a une TSN de 2 pour cent effective depuis septembre 2025, le Rwanda a approuvé une TSN de 1,5 pour cent pour mise en œuvre dans son exercice fiscal 2026-27, et l’Ouganda a remplacé sa TSN de 5 pour cent par une retenue à la source de 15 pour cent en juillet 2025.

Ce que l’Algérie possède déjà et ce qui manque

Avant de concevoir une nouvelle TSN, il est important de reconnaître les mécanismes existants de l’Algérie. Le pays ne part pas de zéro.

L’Algérie applique déjà une retenue à la source de 30 pour cent sur les services de non-résidents, qui couvre théoriquement les services numériques. Ce taux consolidé inclut l’impôt sur les bénéfices des sociétés, la taxe sur l’activité professionnelle et la TVA. L’Algérie a également étendu la TVA aux services numériques des non-résidents en 2020. La loi de finances 2026 a en outre précisé que les entreprises étrangères sans établissement stable en Algérie relèvent exclusivement du régime de retenue à la source.

Le problème n’est pas l’absence de loi. C’est l’absence de collecte effective. Ces mécanismes fonctionnent quand une entreprise algérienne contracte avec un prestataire de services étranger par des canaux traçables. Ils ne fonctionnent pas quand des millions de consommateurs individuels s’abonnent à Netflix via des boutiques d’applications, ou quand des entreprises paient Google via des processeurs de paiement internationaux par carte de crédit qui ne retiennent pas pour le compte des autorités fiscales algériennes.

Un cadre TSN dédié comblerait cette lacune d’application en ciblant les flux de revenus spécifiques que les mécanismes actuels manquent, en particulier les revenus de la publicité numérique et les paiements d’abonnements grand public traités en dehors du système bancaire algérien.

Publicité

Concevoir une TSN algérienne

Une taxe sur les services numériques pour l’Algérie nécessite d’équilibrer la captation des revenus avec la faisabilité administrative. L’administration fiscale algérienne, bien qu’en amélioration et de plus en plus numérisée, n’a pas la même capacité institutionnelle que la France ou le Royaume-Uni. La conception doit tenir compte de cette réalité.

Activités taxables

Une TSN algérienne devrait cibler trois catégories de revenus numériques générés à partir des utilisateurs algériens. Premièrement, les services de publicité numérique, incluant la vente d’espace publicitaire sur les moteurs de recherche, les plateformes de médias sociaux et les sites web ciblant les utilisateurs algériens. Cela capture le flux de revenus le plus important et le plus difficile à atteindre avec les mécanismes existants. Deuxièmement, les services d’intermédiation numérique, couvrant les places de marché en ligne et les plateformes facilitant les transactions entre utilisateurs algériens, y compris les boutiques d’applications, les plateformes de VTC et les services de réservation d’hébergement. Troisièmement, les services d’abonnement et de contenu, englobant le streaming vidéo, la musique, le stockage cloud et autres services de contenu numérique vendus aux consommateurs algériens.

Taux et seuils

Un taux entre 3 et 5 pour cent serait compétitif par rapport aux normes internationales et générerait des revenus significatifs sans créer une charge excessive. Un taux de 3 pour cent, correspondant à la TSN actuelle de la France, serait le point de départ le plus conservateur et le plus facile à défendre au niveau international.

Les seuils de revenus devraient garantir que la taxe ne cible que les grandes plateformes multinationales, pas les petites entreprises numériques ou les startups algériennes. Un seuil de chiffre d’affaires mondial de 750 millions d’euros (correspondant aux modèles français et turc) et un seuil de chiffre d’affaires algérien de 5 millions d’euros captureraient les principales plateformes tout en exemptant les entreprises plus petites.

Mécanisme de collecte

Le mécanisme de collecte le plus pratique pour l’Algérie serait un modèle hybride combinant retenue au niveau bancaire et exigences d’enregistrement des plateformes.

Le mécanisme principal devrait être une obligation de retenue sur les paiements sortants, similaire à l’approche tunisienne. Les banques et processeurs de paiement algériens, y compris les réseaux de cartes, seraient tenus de retenir le pourcentage de TSN sur les paiements aux fournisseurs étrangers de services numériques désignés. Cela exploite l’infrastructure financière existante et ne nécessite pas la coopération des plateformes.

Un mécanisme secondaire devrait offrir un enregistrement volontaire pour les plateformes qui préfèrent auto-évaluer et remettre directement, potentiellement à un taux légèrement réduit comme incitation à la conformité. Cette approche à deux voies reconnaît que, bien que l’enregistrement volontaire soit théoriquement plus complet, il est pratiquement irréaliste d’attendre de Google ou Meta qu’ils s’enregistrent auprès des autorités fiscales algériennes à court terme.

Estimations de revenus

Des estimations précises de revenus sont difficiles sans accès aux données spécifiques des plateformes pour l’Algérie, que les plateformes ne divulguent pas. Cependant, une modélisation conservatrice basée sur la base d’internautes algériens, les benchmarks régionaux de dépenses publicitaires et les taux de pénétration des abonnements suggère qu’une TSN de 3 pour cent pourrait générer entre 20 et 50 millions de dollars annuellement, selon la portée et l’efficacité de l’application. Avec le marché de la publicité numérique algérien estimé à environ 270 millions de dollars et en croissance, même capter une fraction via une TSN bien appliquée serait significatif. Le montant augmenterait à mesure que l’économie numérique algérienne se développe.

Risques et contre-arguments

Les opposants à une TSN soulèvent plusieurs préoccupations qui méritent une évaluation honnête.

Retrait des plateformes

Le risque le plus dramatique est que les plateformes pourraient restreindre ou dégrader leurs services en Algérie. Ce risque est minimal. Google, Meta, Netflix et Apple ne vont pas abandonner un marché de près de 38 millions d’internautes, dont 25 millions sur Facebook, pour une taxe de 3 pour cent. Aucune grande plateforme ne s’est retirée d’un pays qui a mis en place une TSN. Le taux initial de 7,5 pour cent de la Turquie, trois fois supérieur à celui de la France, n’a provoqué aucun départ de plateforme. Les plateformes protestent, puis se conforment.

Rétorsion commerciale américaine

L’administration Trump a relancé les enquêtes Section 301 sur les TSN en France, en Autriche, en Italie, en Espagne, en Turquie et au Royaume-Uni, et a menacé de droits de douane et de restrictions à l’exportation. C’est une préoccupation légitime pour les principaux partenaires commerciaux des États-Unis. Pour l’Algérie, le risque est considérablement plus faible. L’Algérie ne fait pas partie des pays ciblés dans les enquêtes actuelles, sa relation commerciale avec les États-Unis est dominée par les hydrocarbures plutôt que par la technologie, et une TSN de 3 pour cent sur un marché relativement petit ne serait pas une priorité pour l’application commerciale américaine. Néanmoins, l’Algérie devrait surveiller cette dynamique et inclure une clause de caducité dans sa législation sur la TSN.

Répercussion sur les consommateurs

Les plateformes pourraient répercuter le coût de la taxe sur les consommateurs algériens en augmentant les prix d’abonnement ou les tarifs publicitaires. À un taux de 3 pour cent, un abonnement Netflix de 1 200 DZD augmenterait de 36 DZD, soit environ 0,25 USD. C’est négligeable pour la plupart des consommateurs et limité par la concurrence entre plateformes. Aucun pays n’a documenté d’augmentations significatives des prix à la consommation directement attribuables à la mise en place d’une TSN.

Contournement par VPN

Certains utilisateurs pourraient utiliser des VPN pour apparaître dans un pays sans TSN, réduisant la base taxable pour les services d’abonnement. Ce risque est réel mais marginal. La grande majorité des consommateurs n’utilisent pas de VPN, et le mécanisme de retenue au niveau bancaire capturerait la plupart des transactions indépendamment de l’utilisation d’un VPN.

Conflit avec le Pilier Un de l’OCDE

Certains soutiennent que l’Algérie devrait attendre le cadre Pilier Un de l’OCDE. Cet argument a été considérablement affaibli par le retrait américain de l’accord fiscal mondial de l’OCDE en janvier 2025. Avec le pays abritant la plupart des plateformes numériques ciblées refusant désormais de participer, le calendrier de toute solution multilatérale est plus incertain que jamais. La plupart des pays disposant de TSN ont inclus des clauses de caducité qui supprimeraient la taxe une fois qu’un accord multilatéral entrerait en vigueur. L’Algérie devrait faire de même.

Préoccupations de double imposition

Les plateformes étrangères arguent que les TSN créent une double imposition parce qu’elles sont taxées sur les revenus dans le pays de marché et sur les bénéfices dans leur pays d’origine. C’est une préoccupation structurelle légitime avec toutes les TSN, mais c’est aussi la justification de la taxe. Le système existant permet aux plateformes de tirer des revenus des utilisateurs algériens tout en comptabilisant tous les bénéfices dans des juridictions à faible fiscalité. La TSN est une correction imparfaite mais pratique.

Feuille de route de mise en œuvre

L’Algérie pourrait mettre en place une taxe sur les services numériques dans un délai de 12 à 18 mois selon l’approche phasée suivante.

Phase 1 (Mois 1-3) : Étude des revenus et conception. Le Ministère des Finances devrait commander une étude détaillée des revenus examinant les estimations de revenus spécifiques par plateforme pour l’Algérie, la conception optimale du taux et des seuils, les options de mécanismes de collecte, et les expériences de la Tunisie, du Maroc, de la France, du Royaume-Uni et des pairs africains comme le Kenya, la Tanzanie et le Rwanda. Cette étude devrait également évaluer l’interaction entre une nouvelle TSN et la retenue à la source existante de 30 pour cent de l’Algérie pour éviter une double couche de taxation sur les mêmes transactions.

Phase 2 (Mois 4-8) : Rédaction de la législation. Un projet de législation devrait être préparé pour inclusion dans la prochaine loi de finances. La loi devrait définir les activités numériques taxables, fixer le taux et les seuils, établir le mécanisme hybride de retenue et d’enregistrement, inclure une clause de caducité liée à la mise en œuvre d’une solution multilatérale, et désigner l’autorité administrante (Direction Générale des Impôts avec coordination de la Banque d’Algérie pour le volet retenue).

Phase 3 (Mois 9-12) : Infrastructure financière. La Banque d’Algérie et le secteur bancaire devraient mettre en place le mécanisme de retenue. Cela comprend l’identification des fournisseurs étrangers de services numériques désignés, la mise à jour des systèmes de traitement des paiements pour signaler et retenir sur les transactions pertinentes, l’établissement des exigences de reporting, et la création d’un portail d’enregistrement volontaire pour les plateformes qui choisissent l’auto-évaluation.

Phase 4 (Mois 13-18) : Lancement et ajustement. La taxe devrait entrer en vigueur avec une période de grâce de six mois pour les ajustements de conformité et la résolution des litiges. L’application initiale devrait se concentrer sur les canaux de paiement à plus fort volume, en particulier les paiements par carte de crédit et de débit à Google, Meta, Apple et Netflix.

La vue d’ensemble

Le débat sur la taxe sur les services numériques en Algérie va au-delà des recettes fiscales. Il s’agit de souveraineté numérique et de savoir si l’Algérie captera une quelconque valeur fiscale de l’économie numérique ou permettra aux plateformes étrangères d’extraire de la valeur indéfiniment sans contribuer aux services publics qui soutiennent les utilisateurs qui génèrent leurs revenus.

Chaque Algérien qui regarde une série Netflix a bénéficié d’une éducation financée par les fonds publics qui lui a appris à lire, d’une infrastructure financée par les fonds publics qui lui délivre sa connexion internet, et d’institutions financées par les fonds publics qui maintiennent la stabilité sociale faisant de l’Algérie un marché attractif. Les plateformes qui profitent de ces utilisateurs ne contribuent en rien au maintien de ces systèmes.

L’Algérie possède déjà les fondements juridiques. La retenue à la source de 30 pour cent et la TVA sur les services numériques montrent que les décideurs comprennent le problème. Ce qui manque, c’est un mécanisme ciblé et applicable, conçu spécifiquement pour les réalités de l’économie des plateformes numériques. Une TSN dédiée, construite sur l’infrastructure de collecte que la Tunisie, la France et le Royaume-Uni ont prouvé efficace, comblerait cette lacune.

Les plateformes ne proposeront pas volontairement de payer. Elles ne l’ont jamais fait, dans aucun pays. Chaque TSN dans le monde a été mise en place malgré les objections des plateformes. L’Algérie devrait étudier les modèles qui fonctionnent, les adapter aux conditions locales, et agir.

Suivez AlgeriaTech sur LinkedIn pour des analyses tech professionnelles Suivre sur LinkedIn
Suivez @AlgeriaTechNews sur X pour des analyses tech quotidiennes Suivre sur X

Publicité

Questions Fréquemment Posées

Combien de revenus l’Algérie pourrait-elle tirer d’une taxe sur les services numériques ?

Les estimations conservatrices suggèrent qu’une TSN de 3 pour cent pourrait générer entre 20 et 50 millions de dollars annuellement, selon la portée et l’efficacité de l’application. Ce montant augmenterait à mesure que l’économie numérique algérienne se développe. Pour comparaison, la France génère environ 700 millions d’euros annuellement avec sa TSN de 3 pour cent, et le Royaume-Uni génère environ 800 millions de livres avec son taux de 2 pour cent.

Google et Meta quitteraient-ils l’Algérie si une TSN était imposée ?

Non. Aucune grande plateforme ne s’est retirée d’un pays ayant mis en place une TSN. La Turquie a appliqué un taux de 7,5 pour cent pendant des années avant de le réduire en 2026, et aucune plateforme n’est partie. Les près de 38 millions d’internautes algériens représentent un marché trop précieux pour être abandonné pour une taxe de 3 pour cent. Les plateformes se sont opposées aux TSN dans chaque pays, puis s’y sont conformées dans chaque pays.

Les consommateurs algériens paieraient-ils des prix plus élevés pour les services de streaming ?

Une certaine répercussion des coûts est possible mais négligeable. À 3 pour cent, un abonnement Netflix de 1 200 DZD augmenterait de 36 DZD, soit environ 0,25 USD. Aucun pays n’a documenté d’augmentations significatives des prix à la consommation attribuables aux TSN, et la concurrence entre plateformes limite les hausses de prix.

Sources et lectures complémentaires