Le déficit de talents est votre opportunité
Le déficit de talents en cybersécurité de l’Algérie est l’une des lacunes les mieux documentées dans le paysage technologique du pays. Le déficit mondial en main-d’œuvre de cybersécurité a atteint 4,8 millions de postes non pourvus en 2024, selon l’étude ISC2 sur la main-d’œuvre en cybersécurité — une augmentation de 19 % en glissement annuel. L’étude 2025 d’ISC2 a recentré l’attention des effectifs vers les lacunes en compétences, signalant que le défi n’est pas seulement de recruter davantage mais de développer les bonnes capacités. L’Algérie fait face à sa propre version de ce déficit : alors que le pays numérise les services publics à travers sa Stratégie Nationale de Transformation Numérique (Algeria Digital 2030, successeur de l’initiative e-Algeria), développe la banque en ligne et connecte les infrastructures critiques comme les réseaux de technologie opérationnelle de Sonatrach, la demande en professionnels de la cybersécurité croît plus vite que l’offre.
Pour les étudiants et les jeunes professionnels algériens, ce déficit représente une opportunité exceptionnelle. La cybersécurité est l’un des rares domaines technologiques où la demande dépasse si considérablement l’offre que les employeurs sont prêts à embaucher des candidats avec des parcours non traditionnels, à investir dans la formation et à payer des salaires premium. En Algérie spécifiquement, les professionnels de la cybersécurité à mi-carrière gagnent significativement plus que les développeurs logiciels généraux au même niveau d’expérience, et les postes de sécurité senior (RSSI, responsable sécurité) sont parmi les postes technologiques les mieux rémunérés du pays.
Mais le chemin de l’étudiant universitaire au professionnel de la cybersécurité est mal balisé en Algérie. Contrairement au développement logiciel — où la trajectoire de carrière (stagiaire, développeur junior, mid-level, senior, lead) est bien comprise — l’échelle de carrière en cybersécurité est opaque, les certifications pertinentes sont coûteuses et confuses à naviguer, et les points d’entrée ne sont pas toujours évidents. Cet article fournit la feuille de route.
Points d’entrée : où commencent les carrières en cybersécurité algériennes
Le premier point d’entrée est l’enseignement universitaire. Les grandes institutions algériennes — ESI (École nationale Supérieure d’Informatique), USTHB (Alger), Université de Constantine et Université d’Oran — proposent des programmes d’informatique incluant des cours de sécurité. Historiquement, aucune université algérienne n’offrait de licence dédiée en cybersécurité comparable aux programmes certifiés NCSC au Royaume-Uni. Cela évolue : l’Algérie a annoncé la création d’une école nationale de cybersécurité dédiée (École Nationale Supérieure de Cybersécurité) sous le ministère de l’Enseignement supérieur, et l’ENSIA inclut désormais la cybersécurité comme spécialisation dans son programme d’IA et science des données. En attendant que ces programmes mûrissent, la plupart des étudiants intéressés par la sécurité poursuivent un diplôme général en informatique ou réseaux et complètent par l’auto-formation et les activités extracurriculaires.
Le point d’entrée extracurriculaire le plus efficace est les compétitions CTF (Capture the Flag). Les CTF sont des compétitions de cybersécurité où les équipes résolvent des défis en cryptographie, rétro-ingénierie, exploitation web, forensique et exploitation binaire. L’Algérie possède une communauté CTF en croissance, avec des équipes comme Shellmates (de l’ESI) atteignant des classements dans les compétitions internationales sur CTFtime.org. Fondé en 2011 comme le premier chapitre étudiant OWASP d’Algérie, Shellmates organise également BSides Algiers (depuis 2012) et les événements d’initiation à la sécurité Hack.INI. Participer aux CTF développe des compétences pratiques en sécurité, construit un portfolio de capacités démontrées et connecte les étudiants à la communauté de cybersécurité. Pour les employeurs, les résultats CTF sont l’un des signaux d’embauche les plus forts pour les postes de sécurité débutants.
Les stages dans des organisations disposant d’opérations de sécurité représentent le troisième point d’entrée. En Algérie, les employeurs les plus susceptibles d’offrir des stages pertinents en sécurité incluent Sonatrach (qui maintient l’une des plus grandes équipes de sécurité IT d’Algérie pour protéger les réseaux de technologie opérationnelle pétrolière et gazière), Algérie Télécom, Mobilis, Djezzy et Ooredoo (télécoms), les grandes banques (BNA, CPA, BEA, Société Générale Algérie) et la poignée de cabinets de conseil en cybersécurité algériens. Ces stages peuvent ne pas porter le titre de « stagiaire en cybersécurité » — il peut s’agir de rôles de support IT, d’administration réseau ou d’administration système — mais ils offrent une exposition aux pratiques, outils et structures organisationnelles de sécurité qui forment la base d’une carrière en sécurité.
Advertisement
Le parcours de certification : de CompTIA au CISSP
Les certifications sont la monnaie de la profession en cybersécurité. Alors que le développement logiciel a largement dépassé les certifications formelles (personne ne demande à un développeur React une certification React), les employeurs en cybersécurité — particulièrement dans les secteurs entreprise et gouvernement en Algérie — exigent ou préfèrent fortement des candidats certifiés. Le parcours de certification suit une progression logique du fondamental à l’avancé.
La certification d’entrée est CompTIA Security+ (frais d’examen de 425 $, disponible dans les centres de test Pearson VUE à Alger, incluant ITComp, Learneo Algeria et autres). Security+ valide les connaissances fondamentales en sécurité — sécurité réseau, conformité, menaces, vulnérabilités et contrôles d’accès — et est reconnu mondialement. Pour les diplômés algériens en informatique, le temps de préparation est typiquement de 2 à 3 mois d’auto-formation utilisant des ressources comme Professor Messer (cours vidéo gratuit avec 121 vidéos couvrant tous les objectifs de l’examen SY0-701) et le guide d’étude officiel CompTIA. Security+ est la certification minimale viable pour la plupart des postes de sécurité débutants.
Au niveau intermédiaire, deux voies divergent. La voie sécurité offensive mène au CEH (Certified Ethical Hacker, frais d’examen 950-1 199 $ selon le canal d’inscription, plus 100 $ de frais de candidature) ou au plus respecté OSCP (Offensive Security Certified Professional, 1 749 $ pour le pack cours PEN-200 incluant 90 jours d’accès au laboratoire et une tentative d’examen). Le CEH est plus facile à obtenir et plus reconnu dans les secteurs corporate et gouvernemental algériens. L’OSCP est plus difficile, plus pratique et plus valorisé par les employeurs internationaux et les cabinets de sécurité spécialisés. La voie sécurité défensive mène au CySA+ (CompTIA Cybersecurity Analyst, 425 $) ou aux certifications GIAC (à partir de 949 $ pour le GSEC), axées sur les opérations SOC, la détection des menaces et la réponse aux incidents.
La certification senior est le CISSP (Certified Information Systems Security Professional, frais d’examen 749 $, nécessite 5 ans d’expérience professionnelle). Le CISSP est le standard de référence pour la gestion de la sécurité et est généralement requis pour les postes de RSSI et responsable sécurité. En Algérie, très peu de professionnels détiennent la certification CISSP, ce qui en fait un différenciateur puissant. L’examen est notoirement difficile — un test adaptatif informatisé de 4 heures avec 125-175 questions — et nécessite des connaissances larges à travers huit domaines de sécurité.
Le coût total du parcours de certification fondamental (de Security+ au CISSP sur 5-8 ans) varie de 3 000 à 6 000 $ — un investissement significatif en Algérie mais avec un ROI exceptionnel compte tenu des primes salariales que ces certifications commandent.
Niveaux de carrière, employeurs et progression salariale
L’échelle de carrière en cybersécurité en Algérie suit une progression qui, bien que moins formalisée qu’aux États-Unis ou en Europe, comporte des étapes reconnaissables.
Niveau débutant (0-2 ans) : Analyste SOC, Administrateur Sécurité IT ou Consultant Sécurité Junior. Ces rôles impliquent la surveillance des alertes de sécurité, la gestion des pare-feux et antivirus, la réalisation d’analyses de vulnérabilité basiques et le soutien à la réponse aux incidents sous supervision. Fourchette salariale en Algérie : 100 000-180 000 DZD/mois. Employeurs : télécoms, banques, direction IT de Sonatrach, cabinets de conseil.
Niveau intermédiaire (3-6 ans) : Ingénieur Sécurité, Testeur d’Intrusion ou Analyste en Réponse aux Incidents. Ces rôles impliquent la conception d’architectures de sécurité, la conduite de tests d’intrusion autorisés, la direction d’investigations d’incidents et l’implémentation de contrôles de sécurité. Fourchette salariale : 200 000-350 000 DZD/mois. Employeurs : les mêmes qu’au niveau débutant plus les entreprises internationales avec des opérations algériennes et les cabinets de conseil servant plusieurs clients.
Niveau senior (7-12 ans) : Architecte Sécurité Senior, Chef d’Équipe Sécurité ou Consultant Senior. Ces rôles impliquent la définition de la stratégie de sécurité pour les organisations, la gestion d’équipes de sécurité, la direction de réponses complexes aux incidents et le conseil à la direction. Fourchette salariale : 350 000-550 000 DZD/mois. Employeurs : grandes entreprises, agences gouvernementales et cabinets de conseil spécialisés.
Niveau exécutif (12+ ans) : RSSI, Responsable de la Sécurité de l’Information ou Directeur de la Cybersécurité. Ces rôles impliquent la définition de la stratégie de sécurité organisationnelle, la gestion des budgets, le reporting aux conseils d’administration, la conformité réglementaire et la direction de la fonction sécurité. Fourchette salariale : 550 000-900 000 DZD/mois dans les grandes organisations algériennes, avec les top RSSI dans les secteurs bancaire et hydrocarbures dépassant potentiellement 1 000 000 DZD/mois.
À titre de comparaison, les professionnels algériens de la cybersécurité travaillant à distance pour des entreprises internationales déclarent gagner 3 000-8 000 $/mois aux niveaux intermédiaire à senior, représentant une prime significative par rapport aux salaires locaux. Selon des données d’enquête, 22 % des professionnels algériens de la cybersécurité travaillent déjà à distance pour des entreprises étrangères.
Ce que recherchent les RSSI lors du recrutement
Les entretiens avec les responsables sécurité algériens révèlent des critères de recrutement constants qui vont au-delà des certifications et compétences techniques.
La curiosité et l’apprentissage continu arrivent en tête. La cybersécurité est un domaine où le paysage des menaces change chaque semaine. Les candidats qui démontrent qu’ils lisent des blogs de sécurité (Krebs on Security, The Hacker News, Schneier on Security), suivent des flux de renseignement sur les menaces, participent aux CTF au-delà de l’université et expérimentent avec des outils de sécurité dans des laboratoires personnels signalent l’état d’esprit qui compte le plus.
Les compétences en communication sont la lacune la plus courante. Les professionnels de la sécurité doivent expliquer les risques aux dirigeants non techniques, rédiger des rapports d’incident clairs et exploitables, et collaborer avec les équipes de développement qui perçoivent la sécurité comme un obstacle. Les candidats algériens qui communiquent efficacement en français, arabe et anglais ont un avantage significatif, car de nombreux outils de sécurité, flux de renseignement sur les menaces et cadres industriels sont en anglais.
L’intégrité et l’éthique font l’objet de mentions explicites. Les professionnels de la cybersécurité accèdent à des systèmes et données sensibles. Les employeurs recherchent des candidats avec un casier vierge, un comportement professionnel et des cadres éthiques clairs. Plusieurs RSSI ont noté qu’ils posent spécifiquement des questions sur les dilemmes éthiques lors des entretiens et évaluent le raisonnement autant que la réponse.
L’expérience pratique, même informelle, l’emporte sur les diplômes académiques. Un candidat qui a monté un laboratoire personnel, participé à des programmes de bug bounty (HackerOne, Bugcrowd), contribué à des outils de sécurité open source ou publié des recherches sur des vulnérabilités démontre ses capacités plus convaincamment qu’un candidat avec une moyenne parfaite et aucune expérience pratique.
Advertisement
🧭 Radar de Décision
| Dimension | Évaluation |
|---|---|
| Pertinence pour l’Algérie | Critique — le déficit de talents en cybersécurité se creuse à mesure que la numérisation s’accélère |
| Calendrier d’action | Immédiat — les individus peuvent commencer les CTF et la préparation aux certifications dès aujourd’hui ; les programmes institutionnels nécessitent 1-2 ans |
| Parties prenantes clés | Universités (ESI, USTHB), employeurs (Sonatrach, télécoms, banques), organismes de certification, communauté CTF |
| Type de décision | Éducatif |
| Niveau de priorité | Critique |
En bref : La cybersécurité est le parcours de carrière au meilleur retour sur investissement disponible pour les professionnels tech algériens aujourd’hui. Le déficit de talents garantit l’emploi, les certifications offrent une échelle de progression claire, et les primes salariales à chaque niveau dépassent celles du développement logiciel général. La clé est de commencer tôt (CTF pendant l’université), d’investir systématiquement dans les certifications (Security+ d’abord, CISSP comme objectif à long terme) et de construire une expérience pratique à travers des laboratoires, des bug bounties et des rôles concrets.
Sources et lectures complémentaires
- ISC2 2024 Cybersecurity Workforce Study
- ISC2 2025 Cybersecurity Workforce Study — Skills Focus
- CompTIA Security+ Certification
- Offensive Security PEN-200 / OSCP+
- ISC2 CISSP Certification Exam Outline
- CTFtime.org — Shellmates Club
- Shellmates Club — Official Site
- EC-Council CEH Certification
- Algeria Digital 2030 — National Digital Transformation Strategy
- Algeria National Cybersecurity School Announcement
- Professor Messer — Free Security+ SY0-701 Training
- State of Software Engineering in Algeria — Cybersecurity
Advertisement