Les premières amendes du DMA frappent Apple et Meta
Le 23 avril 2025, la Commission européenne a imposé ses toutes premières amendes au titre du Digital Markets Act : 500 millions d’euros contre Apple pour avoir empêché les développeurs d’applications de rediriger les utilisateurs vers des achats moins chers en dehors de l’App Store, et 200 millions d’euros contre Meta pour avoir imposé aux utilisateurs européens un modèle coercitif de données de type « consentement ou paiement ». Ensemble, ces décisions ont tranché une question fondamentale : la Commission utiliserait-elle réellement ses pouvoirs d’application.
Le total combiné de 700 millions d’euros peut sembler modeste au regard des 360 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel d’Apple et des 130 milliards d’euros de Meta. Mais le véritable poids réside dans ce que les décisions exigent : des changements structurels dans le fonctionnement des contrôleurs d’accès sur le marché européen, avec 60 jours pour se conformer et des sanctions qui s’intensifient considérablement — jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires mondial pour les violations continues, et jusqu’à 20 % en cas de récidive.
La répression de l’anti-redirection chez Apple
L’article 5(4) du DMA impose aux contrôleurs d’accès de permettre aux développeurs d’applications de communiquer librement des offres alternatives et de diriger les utilisateurs vers des options d’achat en dehors de la plateforme — sans imposer de restrictions ou de frais déraisonnables.
Après l’entrée en vigueur du DMA en mars 2024, Apple a introduit un ensemble de restrictions techniques et commerciales que la Commission a jugées comme annulant effectivement cette obligation. Les développeurs pouvaient techniquement inclure des liens vers des options de paiement externes, mais Apple a entouré cette possibilité de conditions — formats de liens limités, exigences d’affichage restrictives et structures de commission — qui la rendaient commercialement inviable. Un développeur souhaitant vendre un abonnement mensuel à 10 EUR via son propre site web, en évitant la commission standard de 30 % d’Apple, ne pouvait pas communiquer efficacement cette option aux utilisateurs depuis l’application.
La Commission a également signalé le Core Technology Fee (CTF) d’Apple — un frais de 0,50 EUR par première installation annuelle au-delà d’un million — comme potentiellement disproportionné. Sous pression, Apple a annoncé une refonte majeure en juin 2025, remplaçant le CTF par installation par un système de Core Technology Commission (CTC) basé sur un pourcentage. La nouvelle structure — 2 % de frais d’acquisition, 5-13 % de frais de service de la boutique et 5 % de CTC — est entrée en vigueur en janvier 2026.
Apple a déposé son appel le 7 juillet 2025, dernier jour autorisé par les règles européennes, arguant que la Commission avait « mal interprété et mal appliqué » les dispositions du DMA. L’affaire est désormais devant le Tribunal de l’UE à Luxembourg, où les procédures prennent généralement deux à quatre ans. Point crucial : Apple doit se conformer aux exigences comportementales indépendamment du résultat de l’appel.
Publicité
Le verdict « consentement ou paiement » de Meta
La violation de Meta visait une obligation différente du DMA. L’article 5(2) impose aux contrôleurs d’accès d’obtenir un consentement spécifique et éclairé avant de combiner les données personnelles entre leurs différents services. En novembre 2023, Meta a proposé aux utilisateurs européens de Facebook et Instagram un choix binaire : consentir à la combinaison totale des données pour la publicité personnalisée, ou payer un abonnement mensuel — 9,99 EUR sur le web, 12,99 EUR sur mobile — pour une expérience sans publicité.
La Commission a jugé ce modèle non conforme pour deux raisons. Premièrement, le cadre « consentement ou paiement » n’offrait pas d’alternative équivalente véritable — les utilisateurs faisaient face soit à l’exploitation totale de leurs données, soit à un coût financier significatif, sans compromis possible. Deuxièmement, la pénalité financière pour le refus de la combinaison des données rendait le consentement coercitif, ne respectant pas le standard du DMA pour un consentement librement donné.
L’amende de 200 millions d’euros couvrait une période spécifique : mars 2024 (quand les obligations du DMA sont devenues contraignantes) jusqu’à novembre 2024 (quand Meta a introduit des modifications). Huit mois de non-conformité ont abouti à 200 millions d’euros — établissant une base claire pour la tarification des violations continues par la Commission.
À la suite de la décision, Meta a introduit un cadre de consentement révisé. En décembre 2025, la Commission a annoncé que Meta s’engageait à offrir aux utilisateurs européens un véritable choix : consentir au partage total des données avec publicité personnalisée, ou choisir de partager moins de données personnelles tout en recevant une publicité limitée — sans payer. La Commission a qualifié cela de « très bon pas en avant », bien que le suivi à long terme se poursuive.
Ce que signifie l’architecture des sanctions du DMA
Les décisions d’avril 2025 ont établi la crédibilité de l’application, mais la structure de sanctions du DMA crée une pression d’escalade qui va bien au-delà de ces amendes initiales. L’architecture fonctionne à trois niveaux.
Premièrement, les amendes initiales peuvent atteindre 10 % du chiffre d’affaires annuel mondial. Pour Apple, avec plus de 360 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, une amende maximale pourrait théoriquement atteindre 36 milliards d’euros. Deuxièmement, des astreintes allant jusqu’à 5 % du chiffre d’affaires quotidien moyen peuvent s’accumuler en cas de non-conformité continue. Troisièmement, pour les violations systématiques, la Commission peut imposer des mesures structurelles — y compris des cessions forcées et des interdictions d’acquisitions dans les secteurs numériques.
Les décisions Apple et Meta n’étaient pas isolées. Tout au long de la fin 2025, la Commission a ouvert des enquêtes adjacentes : une enquête sur la politique de Meta interdisant aux fournisseurs d’IA concurrents l’accès à WhatsApp Business Solution (bloquant effectivement des concurrents comme OpenAI et Microsoft depuis janvier 2026), et une enquête antitrust formelle sur l’utilisation par Google de contenus en ligne pour l’entraînement de modèles d’IA sans compensation appropriée aux éditeurs. Le filet réglementaire s’élargit.
L’effet d’entraînement réglementaire mondial
L’application du DMA a des implications bien au-delà des frontières de l’UE. Le Digital Markets, Competition and Consumers Act 2024 du Royaume-Uni partage des similarités structurelles avec le DMA, avec des dispositions entrant en vigueur tout au long de 2025-2026 sous l’autorité de la Competition and Markets Authority. Le Japon a adopté le Smartphone Software Competition Promotion Act ciblant spécifiquement les pratiques d’Apple et Google en matière de boutiques d’applications. La Corée du Sud a fait avancer une législation sur l’équité des plateformes au sein de son Assemblée nationale.
Pour les pays développant leur économie numérique — y compris l’Algérie, qui progresse dans ses amendements sur la protection des données et ses dispositions en matière de souveraineté numérique — l’application du DMA offre à la fois un modèle et un avertissement. Le modèle : des règles ex-ante claires avec des sanctions significatives créent des incitations à la conformité que le contentieux antitrust traditionnel (qui prend 7 à 10 ans) ne peut égaler. L’avertissement : l’application nécessite une expertise technique substantielle et une capacité institutionnelle qui prennent des années à développer.
Questions Fréquemment Posées
Qu’est-ce que le Digital Markets Act et en quoi diffère-t-il de l’antitrust traditionnel ?
Le Digital Markets Act est un règlement européen entré en vigueur en mars 2024, qui désigne les plus grandes plateformes technologiques — Apple, Google, Meta, Amazon, Microsoft et ByteDance — comme « contrôleurs d’accès » avec des obligations comportementales spécifiques. Contrairement à l’application antitrust traditionnelle, qui nécessite des années d’enquête et de procédures judiciaires pour prouver un abus de position dominante a posteriori, le DMA fixe des règles claires à l’avance (régulation ex-ante) et permet une application plus rapide. Les premières amendes sont intervenues environ un an après l’entrée en vigueur des obligations, contre 7 à 10 ans pour les affaires antitrust classiques.
Apple et Meta peuvent-elles faire appel, et l’appel suspend-il la conformité ?
Oui, les deux entreprises peuvent faire appel devant le Tribunal de l’UE. Apple a déposé son appel le 7 juillet 2025, arguant que la Commission avait mal interprété le DMA. Cependant, l’obligation de se conformer aux exigences comportementales de la Commission reste en vigueur pendant la procédure d’appel — ce qui signifie qu’Apple et Meta doivent modifier leurs pratiques quel que soit le résultat. Les procédures du Tribunal prennent généralement deux à quatre ans, et un pourvoi devant la Cour de justice de l’UE est possible par la suite.
Comment ces actions d’application du DMA affectent-elles les développeurs d’applications hors de l’UE ?
Les développeurs du monde entier bénéficient des changements de conformité au DMA lorsque leurs applications servent des utilisateurs européens. Les règles révisées de redirection d’Apple permettent aux développeurs de diriger librement les utilisateurs vers des options d’achat moins chères en dehors de l’App Store, et le nouveau modèle de consentement de Meta signifie que les utilisateurs européens peuvent opter pour une publicité moins personnalisée sans payer. Pour les développeurs algériens distribuant des applications via l’App Store d’Apple ou faisant de la publicité sur les plateformes Meta, ces changements s’appliquent à leur base d’utilisateurs européens, augmentant potentiellement les revenus directs et réduisant la dépendance aux plateformes.
Sources et lectures complémentaires
- Commission finds Apple and Meta in breach of the Digital Markets Act — European Commission
- Understanding the Apple and Meta Non-Compliance Decisions Under the DMA — TechPolicy.Press
- The DMA’s Teeth: Meta and Apple Fined by the European Commission — Kluwer Competition Law Blog
- Apple appeals 500 million euro EU fine over App Store policies — CNBC
- Meta commits to give EU users choice on personalised ads under DMA — European Commission
- DMA in Action: European Commission imposes EUR 200 million fine on Meta — Taylor Wessing
- Article 30 — Fines: The final text of the Digital Markets Act
- Apple’s June 2025 EU update: CTF’s 2026 sunset — RevenueCat





