La Sortie qui Change le Récit
En décembre 2025, lors de la Conférence Africaine des Startups à Alger, deux événements sont survenus qui devraient intéresser tout fondateur, investisseur et institution qui suit l’écosystème tech algérien. Völz — une startup travel-tech de quatre ans fondée par Mohamed Abdelhadi Mezi et Hacene Seghier en 2022 — a annoncé une Série A de 600 millions DZD (5 millions de dollars) menée par Tell Group et le Groupe Industriel Babahoum Algérie (GIBA). Et le Fonds Algérien de Startups a divulgué un retour de 3,35x sur son investissement initial dans l’entreprise.
Ni l’un ni l’autre ne serait notable dans un marché capital-risque mature. Ensemble, dans le contexte algérien, ils constituent quelque chose de plus significatif : la preuve que le capital-risque public en Algérie peut compléter un cycle complet — investir, soutenir et sortir avec un vrai retour financier — dans un délai qui rend le modèle crédible pour la prochaine génération de co-investisseurs.
L’histoire de Völz mérite d’être comprise en détail, car l’entreprise a réussi précisément en résolvant un problème uniquement algérien : l’incapacité de la plupart des citoyens à payer des vols internationaux en devises étrangères. Les strictes réglementations algériennes sur les mouvements de capitaux font que beaucoup de voyageurs ne peuvent pas utiliser des cartes de crédit internationales pour acheter des billets sur les compagnies aériennes majeures. Völz a construit une Agence de Voyage en Ligne (OTA) qui permet aux utilisateurs de réserver des vols sur des compagnies internationales — dont Turkish Airlines, avec laquelle elle a un partenariat commercial pour des tarifs corporatifs — tout en payant en Dinar Algérien (DZD). La plateforme propose également des options de paiement à la livraison pour atteindre la population non bancarisée. Le produit n’est pas une copie de Booking.com appliquée à l’Algérie : c’est une architecture fondamentalement différente construite autour de la réalité algérienne des paiements.
Pourquoi le Retour de 3,35x Importe Plus que le Chiffre
Un retour de 3,35x dans un fonds de capital-risque public est modeste selon les standards internationaux des VC, où les fonds ciblent du 10x sur les gagnants. Mais la signification du chiffre ne réside pas dans sa magnitude — elle réside dans ce qu’il prouve.
Avant cette sortie, une objection raisonnable à l’investissement dans les startups algériennes était que l’écosystème manquait d’une voie de monétisation. Le capital pouvait entrer via des tickets ASF ou des tours d’anges, mais ce qui se passait ensuite était flou. La ronde Völz répond affirmativement à ces trois questions. Tell Group, un cabinet d’investissement actif dans la région MENA, a mené la ronde — fournissant une validation internationale. GIBA, un conglomérat industriel de Biskra surtout connu pour sa marque d’eau minérale Guedila, a co-investi — signalant que le capital familial algérien commence à se déplacer vers la tech. Et l’ASF a réalisé une sortie profitable, créant un mécanisme de recyclage : les retours reviennent dans le fonds et peuvent être redéployés vers la prochaine cohorte de startups.
Le PDG de Völz, Mohamed Abdelhadi Mezi, a explicitement formulé l’ambition de la ronde : les 5 millions de dollars positionnent Völz « pour devenir la première licorne algérienne dans ce domaine en Afrique. »
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Les Investisseurs Derrière la Ronde : Ce que Leur Participation Signale
La composition du groupe d’investisseurs de la Série A de Völz mérite attention, car chaque participant représente un segment différent du marché des capitaux qui était précédemment inactif dans la tech algérienne.
Tell Group est le participant le plus significatif en termes de signal écosystémique. En tant que cabinet d’investissement actif régionalement, la participation de Tell Group indique que les startups algériennes apparaissent maintenant dans le pipeline de transactions des investisseurs orientés MENA — une communauté qui s’était historiquement concentrée sur l’Égypte, le Maroc, les EAU et l’Arabie Saoudite.
GIBA représente un changement encore plus conséquent : la conversion du capital industriel algérien en investissement tech. Les conglomérats familiaux et groupes industriels d’Algérie contrôlent des bilans substantiels, mais ont historiquement déployé des capitaux dans l’immobilier, la fabrication et l’import-export plutôt que dans la technologie. La participation de GIBA dans un tour tech — aux côtés d’une transition déclarée de percevoir la tech comme « un prestataire de services » à la percevoir comme « une classe d’actifs » — marque un changement structurel dans la façon dont le capital algérien non-tech commence à penser le secteur.
Le rôle de sortie de l’ASF complète le tableau. En retournant le capital à un multiple et en libérant le fonds pour le redéployer, la sortie valide le modèle du fonds de capital-risque public comme mécanisme de catalyse de la participation privée.
Ce que les Fondateurs et Investisseurs Algériens Doivent Retenir
La sortie Völz n’est pas seulement un point de données — c’est un modèle. Le schéma qu’elle démontre est reproductible, et les leçons qu’elle contient sont actionnables.
1. Construire pour la Friction Algérienne d’Abord, Pas pour un Marché Générique
Völz a réussi parce qu’elle a diagnostiqué un problème structurel spécifique à l’Algérie — les barrières aux contrôles de change pour la réservation de vols internationaux — et a construit un produit conçu autour de cette friction. Les fondateurs devraient chercher des asymétries structurelles similaires dans l’assurance, les envois de fonds, les services juridiques, la santé et la logistique — des secteurs où la spécificité réglementaire ou infrastructurelle algérienne crée un fossé que les plateformes étrangères ne peuvent pas facilement franchir.
2. Cibler les Conglomérats Industriels comme Co-Investisseurs Stratégiques, Pas Seulement comme Clients
La participation de GIBA dans la ronde Völz démontre que le capital familial algérien peut être mobilisé dans l’investissement tech — mais il doit percevoir un alignement avec les intérêts stratégiques de l’investisseur. Les fondateurs construisant dans des secteurs adjacents aux grands groupes industriels algériens — transformation alimentaire, matériaux de construction, services énergétiques, santé — devraient approcher ces groupes non seulement comme clients d’entreprise mais comme investisseurs stratégiques potentiels avec à la fois du capital et des avantages de distribution.
3. Planifier la Stratégie de Sortie ASF Avant le Premier Ticket ASF
La sortie de Völz démontre que le modèle d’investissement de l’ASF inclut un mécanisme de sortie — le fonds n’est pas conçu pour être un détenteur d’actions permanent. Les fondateurs prenant du capital ASF devraient comprendre les conditions de sortie dès le départ : quels événements déclenchent les droits de sortie de l’ASF, quelle est la période de détention attendue, et quel multiple de retour l’ASF considère comme satisfaisant. Planifier pour une Série A qui offre à l’ASF une opportunité de sortie — comme l’a fait Völz — devrait être intégré dans la stratégie de capital fondatrice, pas découvert lors des négociations.
4. Utiliser le Modèle de Partenariat Turkish Airlines comme Modèle pour les Revenus B2B
Le partenariat commercial de Völz avec Turkish Airlines — accédant à des tarifs corporatifs et à un programme partenaire — est le chemin de l’entreprise vers des revenus B2B à marges plus élevées. Le modèle de partenariat (accès à la distribution en échange d’une portée de marché) est applicable à plusieurs secteurs de startups algériens. Les fondateurs dans la logistique, l’assurance, la fintech et les logiciels d’entreprise devraient identifier quelles entreprises internationales veulent un accès au marché algérien mais manquent de capacité de distribution locale, et structurer des partenariats qui donnent au partenaire international une portée tout en donnant à la startup des conditions commerciales préférentielles.
Où Cela S’Inscrit dans l’Écosystème Algérien 2026
La sortie Völz et la Conférence Africaine des Startups d’Alger de décembre 2025 marquent ensemble un moment spécifique dans le développement de l’écosystème algérien : le point auquel l’infrastructure construite entre 2020 et 2025 — l’ASF, le label startup, les mécanismes de soutien ANADE et ANSEJ — a commencé à produire des résultats financiers vérifiables.
Le prochain jalon n’est pas nécessairement une autre sortie. C’est la réplication : dix autres startups qui atteignent l’adéquation produit-marché et la préparation à l’investissement que Völz a démontrée, dans différents secteurs et différentes wilayas. Le portefeuille de l’ASF couvre 41 des 58 wilayas et plus de 20 secteurs d’activité. Le modèle du fonds a maintenant une preuve de concept. La question pour 2026 et 2027 est de savoir si le portefeuille contient le prochain Völz.
Questions Fréquemment Posées
Qu’est-ce que le Fonds Algérien de Startups et comment investit-il ?
L’ASF est un fonds de capital-risque public établi en 2020 et opérationnalisé en 2021 sous le Ministère de l’Économie de la Connaissance et des Startups. Il offre des tickets d’investissement jusqu’à 150 millions DZD par projet, opère via des partenariats avec six banques publiques, et cible les startups ayant obtenu le label startup officiel. Le fonds est conçu pour dérisquer l’investissement privé précoce et créer une voie vers la Série A — comme il l’a fait avec Völz.
Qui a mené la Série A de Völz et pourquoi est-ce important ?
Tell Group, un cabinet d’investissement orienté MENA, a mené la ronde aux côtés du Groupe Industriel Babahoum Algérie (GIBA). La participation de Tell Group signale que les startups algériennes apparaissent maintenant dans les pipelines de transactions des investisseurs régionaux. La participation de GIBA signale que le capital industriel algérien commence à traiter la tech comme une classe d’actifs investissable plutôt qu’un coût de service.
Que signifie concrètement un retour de 3,35x pour l’ASF ?
Un retour de 3,35x signifie que l’ASF a récupéré 3,35 fois le montant qu’il avait initialement investi dans Völz lorsque la ronde Série A a fourni une opportunité de sortie. Le capital retourné revient dans le pool d’investissement de l’ASF et peut être redéployé dans de nouveaux investissements startups — créant un mécanisme de recyclage qui rend le fonds plus pérenne et démontre aux co-investisseurs potentiels que le capital-risque public en Algérie génère de vrais retours.
Sources et lectures complémentaires
- Le Fonds Public Algérien de Startups réalise sa première sortie avec Völz — Launch Base Africa
- Völz lève 5 M$ et délivre la première sortie algérienne — TechBuild Africa
- Völz, startup travel-tech algérienne, lève 5 M$ — Arab Founders
- L’algérienne VOLZ lève 5 millions de dollars — Wamda
- VOLZ lève le plus grand tour de financement startup algérien en monnaie locale — TechCabal
- Présentation du Fonds Algérien de Startups — Startup Algeria












