Le Mandat qui a Transformé le Marché de l’Embauche
Le décret présidentiel 26-07 du 7 janvier 2026 n’est pas la première réglementation de cybersécurité de l’Algérie — mais c’est celle qui transforme le marché de l’embauche. Publié au Journal Officiel le 21 janvier 2026, le décret exige que chaque institution et administration publique algérienne établisse une unité de cybersécurité dédiée. Cette unité doit : relever directement du chef de l’institution, opérer indépendamment de la gestion des systèmes d’information techniques, développer et mettre en œuvre des politiques de cybersécurité, effectuer une cartographie continue des risques, réaliser des audits réguliers et une surveillance des incidents, et rapporter immédiatement les incidents aux autorités nationales compétentes (ASSI, DZ-CERT).
Le décret intervient dans un contexte qui rend son urgence évidente : l’Algérie a enregistré plus de 70 millions de tentatives de cyberattaques en 2024, dont 13 millions+ de tentatives de phishing bloquées, plaçant le pays au 17e rang mondial parmi les nations les plus ciblées. La Stratégie Nationale de Cybersécurité 2025-2029 — construite sur cinq piliers couvrant la gouvernance, la détection, la réponse, les compétences et la coopération internationale — avait déjà identifié la pénurie de talents comme une contrainte structurelle. Le décret 26-07 transforme cette reconnaissance stratégique en exigence opérationnelle.
L’effet immédiat sur le marché du travail est prévisible. Les institutions publiques qui n’ont jamais eu de fonction de sécurité dédiée doivent maintenant en créer une et la doter de personnel qualifié. Cette création simultanée de demande — à travers des centaines de ministères, d’agences et d’entreprises publiques — est en concurrence pour un vivier de talents qui était déjà insuffisant avant que le mandat n’existe.
L’Arithmétique des Talents ne Fonctionne Pas Sans une Stratégie du Secteur Privé
Le vivier de cybersécurité algérien était déjà limité avant le décret 26-07. L’Algérie compte environ 91 universités publiques et 6 universités privées produisant des diplômés dans les domaines techniques, mais les programmes de cybersécurité dédiés au niveau du diplôme sont relativement récents. L’expansion de la formation professionnelle gouvernementale de 2026 — 285 000 nouvelles places annoncées pour cette année, incluant des filières de certification en cybersécurité — s’attaque au problème d’approvisionnement à moyen terme. L’École Nationale de Cybersécurité à Sidi Abdallah développera des spécialistes avancés. Mais aucun de ces pipelines ne produit de talents de niveau RSSI expérimenté en 2026.
Les RSSI expérimentés sont typiquement des professionnels avec 10 à 15 ans d’expérience combinée en IT et sécurité. Ce profil prend des années à développer. Le décret crée une demande pour des centaines de rôles de leadership sécurité simultanément, dans un marché où ce profil est rare même dans le secteur privé.
Pour les entreprises du secteur privé — banques, télécoms, grandes entreprises industrielles, sociétés technologiques — la conséquence pratique est une concurrence aux enchères avec le secteur public pour le même vivier limité de professionnels qualifiés. Les institutions du secteur public peuvent offrir stabilité et grilles salariales gouvernementales ; les entreprises privées peuvent offrir une rémunération plus élevée et une progression de carrière. La dynamique du marché poussera les salaires des professionnels expérimentés en cybersécurité significativement à la hausse et créera de véritables pénuries pour les organisations qui retardent leur réponse en matière d’embauche.
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Une Stratégie Workforce en Trois Niveaux pour les Entreprises Privées Algériennes
1. Leadership Sécurité Immédiat — Nommer, Ne Pas Attendre de Recruter
Les entreprises algériennes les plus capables ne trouveront pas un RSSI avec 12 ans d’expérience disponible pour une embauche immédiate en 2026. La solution réaliste à court terme est de nommer le professionnel de sécurité ou d’IT le plus qualifié existant comme responsable sécurité par intérim, tout en menant un processus de recrutement RSSI structuré en parallèle. Cette personne n’a pas encore besoin d’avoir le titre de RSSI — elle a besoin du mandat exécutif, de la ligne de reporting directe au PDG ou au conseil, et de l’autorité pour prendre des décisions de sécurité sans les acheminer via la direction IT. Le modèle de gouvernance du décret 26-07 (unité de sécurité relevant directement du chef institutionnel) est le modèle correct pour les entreprises privées également, quelle que soit la portée du mandat public.
2. Praticiens Qualifiés en Sécurité — Accélérer les Certifications
En dessous du niveau RSSI, les entreprises algériennes ont besoin de praticiens de sécurité opérationnels : répondeurs aux incidents, analystes SOC, ingénieurs en sécurité réseau et spécialistes en conformité. Le marché pour les professionnels certifiés en milieu de carrière est tout aussi compétitif. La solution pratique pour 2026 est de sponsoriser les certifications pour le personnel IT existant — spécifiquement CISSP (pour les praticiens ciblant des rôles sécurité senior), CEH et CompTIA Security+ (pour les analystes et ingénieurs). Sponsoriser les certifications coûte une fraction de ce que représente la concurrence sur le marché externe pour des professionnels déjà certifiés, et cela fidélise les employés. Les entreprises devraient s’engager sur un parcours de certification défini (par ex., Security+ dans les 6 mois, CISSP dans les 18 mois pour les praticiens seniors) soutenu par du temps d’étude dédié et un financement des examens.
3. Pipeline de Talents Émergents — Partenariat avec les Universités
Le troisième niveau est le plus à long terme mais aussi le plus durable : établir des relations directes avec les universités algériennes et la nouvelle École Nationale de Cybersécurité maintenant, avant l’obtention des premières promotions. Les partenariats d’entreprises avec les programmes universitaires de cybersécurité — programmes de stages, parrainage de projets de fin d’études, participation aux conseils consultatifs industriels — donnent aux entreprises un accès anticipé aux talents émergents. Les entreprises qui investissent dans ces relations en 2026 auront un avantage en recrutement en 2028 et 2029, lorsque le pipeline de formation élargi commencera à produire des diplômés en nombre significatif.
Le Modèle RSSI Intérimaire : Un Pont Pratique
Pour les organisations qui ne peuvent pas immédiatement pourvoir un rôle de RSSI permanent, le modèle de RSSI intérimaire ou fractionnel mérite une considération sérieuse. Un RSSI intérimaire est typiquement un professionnel de sécurité expérimenté engagé à temps partiel ou en contrat pour fournir un leadership sécurité et construire le cadre de gouvernance pendant que l’entreprise mène une recherche permanente complète. Le modèle est bien établi sur les marchés occidentaux et commence à émerger en Afrique du Nord à travers des cabinets de conseil régionaux en cybersécurité et la communauté croissante de professionnels de la diaspora algérienne avec une expérience de niveau RSSI dans des organisations européennes ou nord-américaines.
Le modèle fractionnel est particulièrement approprié pour les entreprises privées de taille moyenne — sociétés technologiques, banques privées, compagnies d’assurance, grands opérateurs industriels — qui ont besoin d’un véritable leadership sécurité mais ne peuvent pas encore justifier le coût d’un RSSI à temps plein. Un RSSI fractionnel engagé deux jours par semaine peut établir un cadre de gestion des risques, construire la structure d’unité de sécurité requise par le modèle du décret 26-07, superviser la planification de la réponse aux incidents et encadrer le personnel interne — tout en permettant à l’organisation de développer la capacité interne pour éventuellement passer à une embauche à temps plein.
La Leçon Structurelle pour les Conseils d’Administration du Secteur Privé
Le décret 26-07 s’applique explicitement aux institutions publiques. Mais l’environnement de risque cybersécurité qui l’a motivé — 70+ millions d’attaques en 2024, exigences de reporting obligatoire, vulnérabilités de la chaîne d’approvisionnement — s’applique également aux entreprises privées, en particulier celles qui exploitent des systèmes d’information critiques, traitent des données personnelles en vertu de la loi 18-07, ou servent de fournisseurs aux institutions publiques dans le cadre de contrats d’externalisation.
Les conseils d’administration du secteur privé qui attendent un mandat légal spécifique avant d’établir une véritable gouvernance de sécurité mal lisent l’environnement des risques. Le mandat pour les institutions publiques crée un précédent et une trajectoire réglementaire. La Stratégie de Cybersécurité 2025-2029 de l’Algérie inclut explicitement les opérateurs d’infrastructure critique privés dans son périmètre. La question n’est pas de savoir si les exigences de gouvernance de sécurité du secteur privé vont s’étendre — c’est quand. Les organisations qui construisent la capacité maintenant seront structurellement mieux positionnées lorsque l’environnement réglementaire rattrapera les réalités actuelles des menaces.
Questions Fréquemment Posées
Le décret 26-07 s’applique-t-il aux entreprises du secteur privé en Algérie ?
Le décret 26-07 s’applique explicitement aux institutions et administrations publiques. Cependant, la Stratégie Nationale de Cybersécurité 2025-2029 de l’Algérie inclut les opérateurs d’infrastructure critique privés (banques, télécoms, entreprises énergétiques) dans son périmètre de gouvernance, et les entreprises privées opérant en tant que fournisseurs d’institutions publiques doivent incorporer des clauses de sécurité dans les contrats d’externalisation. Une extension réglementaire aux infrastructures critiques privées est considérée comme probable dans l’horizon quinquennal de la stratégie.
Quelles qualifications une entreprise algérienne devrait-elle rechercher chez un candidat RSSI en 2026 ?
Étant donné le marché actuel des talents, un profil réaliste de RSSI combine : 8 à 12 ans d’expérience IT avec au moins 4 dans un rôle de sécurité dédié, une familiarité avec le cadre réglementaire algérien (loi 18-07, la stratégie 2025-2029 et les exigences de reporting ASSI), une expérience pratique de réponse aux incidents, et une capacité démontrée à communiquer les risques de sécurité aux dirigeants non techniques. Les certifications internationales (CISSP, CISM) sont des signaux précieux mais ne devraient pas être traitées comme des prérequis qui filtrent les candidats forts avec une expérience pratique équivalente.
Comment une entreprise privée devrait-elle structurer son unité de cybersécurité pour s’aligner sur le modèle du décret 26-07 ?
Le modèle de gouvernance du décret — unité de sécurité relevant directement du chef institutionnel, séparée de la direction IT — est le bon modèle pour les entreprises privées également. Concrètement, cela signifie établir une fonction sécurité avec une ligne de reporting directe au PDG ou au conseil, un budget dédié non subsumé dans le budget IT, et l’autorité de prendre des décisions de sécurité versus commodité sans requérir l’approbation de la direction IT. Même une équipe sécurité de deux personnes structurée ainsi est plus efficace qu’une équipe plus grande intégrée à l’IT sans autorité de décision indépendante.
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Sources et lectures complémentaires
- L’Algérie Ordonne des Unités de Cybersécurité dans le Secteur Public — Ecofin Agency
- L’Algérie Renforce son Cadre de Cybersécurité — TechAfrica News
- Stratégie Nationale de Cybersécurité 2025-2029 : Analyse Complète — ALGERIATECH
- Lois sur la Protection des Données et la Cybersécurité en Algérie — CMS Expert Guide
- Statistiques sur la Pénurie de Talents en Cybersécurité 2026 — Programs.com
- La Pénurie de Talents en Cybersécurité : La Vraie Crise, c’est Ce que Votre Équipe ne Sait Pas — Intelligent CISO














