Un partenariat qui place les compétences avant le matériel
L’Algérie endosse un nouveau rôle sur la scène africaine — non pas en tant qu’exportateur de pétrole, mais en tant qu’exportateur de compétences numériques. La deuxième session de la Haute Commission mixte algéro-nigérienne, tenue à Niamey du 22 au 24 mars 2026, a abouti à plus de 20 accords bilatéraux couvrant l’énergie, la santé, l’enseignement supérieur, l’industrie et les startups. Coprésidée par le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb et son homologue nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine, la commission a placé la formation TIC et le développement de la main-d’œuvre au centre d’un partenariat bilatéral en plein approfondissement.
Le ministre algérien de la Poste et des Télécommunications Sid Ali Zerrouki et le ministre nigérien de la Communication et des Nouvelles Technologies de l’Information Adji Ali Salatou ont dirigé les discussions sur la coopération numérique, s’accordant sur trois domaines prioritaires :
- Centres de compétences numériques : Des centres de formation TIC conjoints ciblant les jeunes dans les domaines de l’IA, de la cybersécurité, du cloud computing et de l’IoT, sur le modèle de la formation domestique algérienne
- Programmes de formation de formateurs : Des initiatives de renforcement des capacités où des instructeurs algériens aident le Niger à développer son propre vivier de formateurs TIC certifiés
- Interconnexion par fibre optique : L’accélération de la connectivité transfrontalière via la dorsale transsaharienne en fibre optique, dont l’Algérie a déjà achevé son tronçon avec 2 548 km de câble reliant Alger à In Guezzam, à la frontière nigérienne
L’élan s’est poursuivi quelques jours plus tard lors du Global Africa Tech 2026 (28-30 mars, Alger), où le ministre Salatou a tenu des réunions bilatérales supplémentaires avec les responsables algériens pour faire avancer le cadre de coopération.
Pourquoi l’Algérie mise sur l’exportation de compétences
Les ambitions de l’Algérie sont stratégiques, pas purement altruistes. La Stratégie nationale de transformation numérique (SNTN) du pays, dévoilée par la Haute Commissaire à la Numérisation Meriem Benmouloud, vise à former 500 000 spécialistes TIC actifs d’ici 2030 tout en réduisant l’émigration des talents technologiques de 40 pour cent. Exporter l’expertise en formation numérique vers le Niger et le Sahel au sens large sert simultanément plusieurs objectifs.
Construire une influence régionale par le soft power. Alors que d’autres nations se disputent les marchés africains par la vente de matériel ou le crédit, l’Algérie offre quelque chose de plus difficile à reproduire : le développement du capital humain. Former la main-d’œuvre nigérienne crée des liens institutionnels durables qui survivent à tout projet d’infrastructure isolé.
Créer une demande pour l’expertise algérienne. Chaque formateur nigérien certifié via les programmes algériens devient un nœud du réseau professionnel algérien. La Politique nationale de développement numérique 2026-2035 du Niger, validée lors d’un atelier à Niamey le 11 mars 2026, classe les compétences numériques parmi ses trois piliers fondamentaux — aux côtés de la gouvernance et sécurité, et de l’infrastructure et des services. À mesure que l’économie numérique du Niger se développe, la demande en conseil algérien, en conception de programmes et en formation avancée croîtra en parallèle.
Capitaliser sur les investissements d’infrastructure existants. L’Algérie a déjà achevé son tronçon de la dorsale transsaharienne et a signé un partenariat stratégique de formation professionnelle avec Huawei couvrant trois instituts nationaux : l’Institut national spécialisé en TIC de Rahmania, l’Institut national de formation professionnelle de Bousmail et l’Institut africain de formation professionnelle de Boumerdes. Ces investissements domestiques bénéficient désormais d’un effet multiplicateur régional : les mêmes curricula, la même dorsale en fibre et le même savoir-faire institutionnel peuvent servir le Niger et potentiellement d’autres nations sahéliennes.
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Le déficit de main-d’œuvre numérique au Sahel
L’urgence est réelle. À travers le Sahel, 65 pour cent de la population a moins de 25 ans, pourtant les jeunes représentent moins de 10 pour cent de la population active. La Banque mondiale estime que 230 millions d’emplois en Afrique subsaharienne nécessiteront des compétences numériques d’ici 2030. Le Niger, avec une population d’environ 28,8 millions d’habitants en croissance de près de 4 pour cent par an — l’un des taux les plus élevés au monde — fait face à un décalage particulièrement aigu entre sa population jeune et les opportunités économiques disponibles. Parmi les jeunes économiquement actifs de 15 à 35 ans, le chômage atteignait 25,5 pour cent au T2 2025, et 37,4 pour cent étaient classés NEET (ni en emploi, ni en formation, ni en études).
L’infrastructure en fibre optique du Niger progresse. En novembre 2025, le pays a réceptionné provisoirement 1 031 km de câble à fibre optique dans le cadre du projet de dorsale transsaharienne, financé par le Fonds africain de développement pour un coût estimé à 43 millions d’euros. Le réseau couvre cinq routes transfrontalières, dont le lien critique Arlit-Assamaka vers la frontière algérienne. Le même projet comprend une boucle locale urbaine de 88 km et un data center national Tier III en construction.
Mais l’infrastructure sans les compétences, ce n’est que du câble coûteux enterré. La Politique nationale de développement numérique 2026-2035 du Niger le reconnaît explicitement, structurant toute sa stratégie autour de trois piliers : gouvernance et sécurité, infrastructure et services, compétences numériques et innovation. Le partenariat de formation avec l’Algérie adresse directement le troisième pilier.
Ce que les professionnels algériens devraient surveiller
Les institutions de formation professionnelle sont les premières à en bénéficier directement. Le partenariat de l’Algérie avec Huawei fournit le modèle. Les formateurs certifiés via ces programmes pourraient être les premiers déployés au Niger dans le cadre de l’accord bilatéral.
Les entrepreneurs EdTech disposent d’un marché émergent. À mesure que les centres de compétences se mettent en place au Niger, la demande de plateformes de formation bilingues arabe-français, de programmes localement pertinents et d’outils d’apprentissage à distance augmentera. Les startups algériennes qui naviguent déjà dans l’espace éducatif trilingue bénéficient d’un avantage de premier entrant.
Les professionnels des télécoms doivent noter la convergence en fibre optique. Avec les 2 548 km de dorsale algérienne atteignant la frontière et les 1 031 km du réseau nigérien progressant depuis le sud, l’interconnexion transfrontalière créera une demande d’ingénieurs réseau, d’intégrateurs systèmes et de fournisseurs de services managés opérant sur les deux marchés.
Les détails de mise en œuvre, y compris les calendriers, les budgets et les premières cohortes de formateurs et de stagiaires, devraient être finalisés lors des prochaines réunions de suivi, alors que les deux gouvernements traduisent les accords-cadres de mars 2026 en programmes opérationnels.
Questions Fréquemment Posées
Sur quelles compétences numériques spécifiques les centres de formation Algérie-Niger se concentreront-ils ?
Les centres de compétences conjoints cibleront quatre domaines prioritaires : l’intelligence artificielle, la cybersécurité, le cloud computing et l’Internet des objets (IoT). Ceux-ci s’alignent à la fois sur le programme de formation domestique de l’Algérie dans le cadre de la stratégie SNTN et sur la Politique nationale de développement numérique 2026-2035 du Niger, qui identifie le développement des compétences numériques comme l’un de ses trois piliers fondamentaux.
Comment la dorsale transsaharienne en fibre optique soutient-elle le partenariat de formation ?
L’Algérie a achevé 2 548 km de câble à fibre optique reliant Alger à In Guezzam, à la frontière nigérienne, tandis que le Niger a réceptionné 1 031 km de fibre en novembre 2025 dans le cadre du même projet, incluant la route Arlit-Assamaka connectant à l’Algérie. Une fois entièrement interconnectée, la dorsale permettra la formation à distance haut débit, la visioconférence pour les programmes de formation de formateurs et l’accès aux plateformes d’apprentissage cloud — rendant les centres de compétences viables même dans les zones reculées.
Pourquoi la crise de l’emploi des jeunes au Niger concerne-t-elle les professionnels algériens ?
Le Niger compte environ 28,8 millions d’habitants avec une croissance démographique annuelle de près de 4 pour cent, mais un taux de chômage des jeunes de 25,5 pour cent et un taux de NEET de 37,4 pour cent parmi les 15-35 ans. La Banque mondiale estime que 230 millions d’emplois subsahariens nécessiteront des compétences numériques d’ici 2030. Ce déficit massif de compétences représente une opportunité de marché directe pour les formateurs professionnels, les entrepreneurs EdTech et les professionnels des télécoms algériens qui peuvent contribuer à combler le fossé.
Sources et lectures complémentaires
- Niger, Algeria Explore Cooperation on Digital Skills Development — Ecofin Agency
- Algeria and Niger Strengthen Cooperation on Telecommunications and Digital Development — Tech Review Africa
- Algeria and Niger Sign 20+ Agreements to Boost Bilateral Partnership — AL24 News
- Niger Moves to Adopt National Digital Development Policy for 2026-2035 — TechAfrica News
- Niger Takes a Major Step Towards High-Speed Connectivity — African Development Bank
- Algeria and Huawei Forge Strategic Partnership to Modernize Vocational Training — SAMENA Council
- Digital Technology and Employment for Young People in the Sahel — Alliance Sahel
- Niger Strengthens Bilateral Cooperation with Algeria at Global Africa Tech Event — Tech Review Africa





