La liste grise du FATF et ce qu’elle coûte concrètement à l’Algérie
Figurer sur la liste de surveillance renforcée du FATF — informellement appelée « liste grise » — ne bloque pas les investissements en soi. Aucune résolution du FATF n’empêche un investisseur étranger de financer une startup algérienne. Ce que cela fait, c’est alourdir l’obligation de diligence raisonnable. Les banques internationales qui traitent des transactions impliquant des contreparties algériennes doivent appliquer une diligence raisonnable renforcée (EDD — Enhanced Due Diligence) au titre de leurs propres politiques LBC internes, ce qui nécessite généralement plus de documentation, des délais de traitement plus longs et des coûts de conformité plus élevés par transaction. Pour les transactions fintech spécifiquement, où les délais de clôture et la vélocité des transactions comptent, cette friction se traduit par une réduction des flux de transactions.
Selon le guide de conformité LBC de VoVeID pour les fintechs algériennes, l’Algérie a été citée dans le rapport du FATF de mai 2024 pour « conformité partielle avec 14 des 40 recommandations », avec des faiblesses spécifiques identifiées dans les pratiques d’investigation des transactions suspectes et la transparence de la propriété effective. Ce sont des déficiences structurelles qui nécessitent un changement institutionnel, pas seulement des textes législatifs — et elles expliquent pourquoi l’Algérie est restée sur la liste malgré des mises à jour législatives successives.
L’économie informelle complique davantage les choses. L’économie souterraine algérienne représente un estimé de 30 à 50 % du PIB, rendant la surveillance exhaustive des transactions structurellement difficile. La capacité de la CTRF (Cellule de Traitement du Renseignement Financier) et la qualité des données sont des variables clés que l’évaluation sur site du FATF scrutera.
Ce que la Loi n° 25-07 a réellement changé
La réponse législative algérienne à la détermination du FATF s’ancre dans la Loi n° 25-07 de juillet 2025, qui a considérablement mis à niveau le cadre LBC/FT du pays. La loi apporte trois changements matériels.
Premièrement, elle a relevé la pénalité financière maximale pour les violations LBC à 10 millions DZD — un niveau qui signale le sérieux de l’application et rapproche la structure de sanctions algérienne des normes internationales. Deuxièmement, elle a étendu la couverture LBC aux actifs virtuels, soumettant les plateformes de change de cryptomonnaies et les opérateurs de portefeuilles numériques aux mêmes obligations de déclaration de transactions suspectes et de KYC que les établissements financiers traditionnels. Troisièmement, elle a renforcé le cadre de coopération formelle avec les organismes internationaux dont le FATF lui-même.
Pour les institutions financières et les opérateurs fintech, le guide VoVeID sur la conformité LBC détaille les obligations opérationnelles que la Loi n° 25-07 impose désormais : diligence raisonnable renforcée pour les clients à haut risque, conservation minimale de cinq ans des dossiers clients, protocoles de diligence client basés sur les risques, contrôle des Personnes Politiquement Exposées (PPE) et documentation de la propriété effective pour les clients corporatifs.
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Ce que la visite sur site du FATF évaluera
Les évaluations du FATF suivent une méthodologie structurée qui évalue à la fois la conformité technique (la loi existe-t-elle ?) et l’efficacité (le système fonctionne-t-il ?). La détermination de février 2026 signifie que l’Algérie est dans la phase où la conformité technique a été partiellement établie — les fondations législatives de la Loi n° 25-07 répondent à la plupart des déficiences formelles. La visite sur site déplace l’objectif d’évaluation vers l’efficacité : les institutions financières appliquent-elles réellement les règles, les transactions suspectes sont-elles réellement investiguées, et les informations sur la propriété effective sont-elles réellement précises et accessibles ?
Pour le secteur numérique et fintech spécifiquement, les évaluateurs du FATF examineront trois domaines. Premièrement, les prestataires de services d’actifs virtuels : les opérateurs de portefeuilles numériques et les plateformes de cryptomonnaies sont-ils enregistrés, déclarent-ils les transactions suspectes à la CTRF, et les normes KYC respectent-elles les exigences techniques ? Deuxièmement, l’onboarding numérique : les procédures de vérification d’identité à distance utilisées par les plateformes fintech sont-elles calibrées aux risques ? Troisièmement, les relations de correspondance bancaire : les banques algériennes maintenant des corridors de paiement internationaux appliquent-elles la EDD requise par leurs homologues étrangers ?
Ce que les entreprises fintech et investisseurs algériens doivent faire maintenant
1. Réaliser votre évaluation des lacunes de conformité LBC/FT avant la phase sur site
Les fintechs algériennes opérant en tant que prestataires de services de paiement, opérateurs de portefeuilles numériques ou plateformes d’actifs virtuels devraient réaliser maintenant une évaluation structurée des lacunes par rapport aux exigences de la Loi n° 25-07 — pas après la visite du FATF. Cette évaluation cartographie les procédures KYC actuelles, les flux de déclaration de transactions suspectes, les pratiques de conservation des dossiers et la couverture de contrôle des PPE par rapport aux nouvelles exigences légales. Les entreprises capables de démontrer des programmes de conformité structurés attirent de meilleures conditions de correspondance bancaire et rencontrent moins de friction dans les diligences internationales.
2. Prioriser la transparence de la propriété effective dans les structures corporatives
L’un des déficiences spécifiques signalées dans le rapport du FATF de mai 2024 était la transparence de la propriété effective. Pour les fondateurs de startups levant des fonds locaux ou internationaux, cela signifie maintenir des registres clairs, actuels et documentés de qui possède et contrôle réellement l’entreprise. Les structures opaques — impliquant des actionnaires nominaux, des arrangements de holding complexes ou une propriété familiale non documentée — ajoutent un risque de conformité pour les investisseurs et les banques correspondantes impliquées dans la chaîne de financement. Simplifier les structures corporatives et maintenir des registres de propriété effective à jour est une action à faible coût et fort impact.
3. S’engager proactivement avec le cadre de déclaration de transactions de la CTRF
De nombreuses fintechs algériennes qui entrent techniquement dans le champ des obligations de déclaration de la Loi n° 25-07 n’ont pas encore établi de flux formels de déclaration de transactions suspectes (STR) avec la CTRF. Établir cette relation de manière proactive — plutôt qu’attendre une notification réglementaire — démontre le type d’engagement institutionnel que les évaluations d’efficacité du FATF récompensent. Les étapes pratiques sont de déposer l’enregistrement requis auprès de la CTRF, de désigner un responsable de la conformité LBC et de documenter le processus d’escalade interne pour les activités suspectes.
4. Surveiller le résultat de la plénière de février 2026 et ajuster les communications investisseurs en conséquence
La plénière du FATF publie ses déterminations de surveillance avec des évaluations au niveau des pays qui influencent directement la façon dont les allocataires de capital international perçoivent l’Algérie. Pour les startups en mode levée de fonds en 2026, le résultat du FATF est un élément de contexte de diligence matériel qui devrait être abordé directement dans les documents investisseurs. Les fondateurs qui peuvent démontrer leur connaissance de la dynamique FATF, expliquer les progrès législatifs réalisés et montrer leur propre posture de conformité rencontreront moins de friction dans les conversations avec les investisseurs internationaux.
L’avantage en termes d’investissement d’une sortie réussie de la liste grise
La sortie de la liste grise n’est pas un événement binaire — les pays qui sortent avec succès voient généralement une amélioration des relations de correspondance bancaire, une réduction des délais liés à la LBC et une amélioration progressive des scores sur les indices de risque d’investissement international. Pour le secteur fintech algérien, l’impact le plus immédiat se ferait sentir dans les corridors de paiement transfrontaliers, où les exigences de diligence renforcée des banques correspondantes européennes et américaines ajoutent actuellement des délais de traitement et des coûts aux virements internationaux.
La Stratégie Fintech 2024-2030 de l’Algérie vise l’entrée en sandbox réglementaire de plus de 20 startups fintech — un programme dont l’attractivité pour les co-investisseurs internationaux est significativement corrélée à la position FATF de l’Algérie. La Déclaration Ministérielle FATF 2026 a réaffirmé l’engagement des États membres à soutenir les pays soumis au processus de surveillance renforcée, ajoutant un poids diplomatique au cycle d’évaluation que l’Algérie navigue actuellement. Une sortie de la liste grise en 2026 ou 2027 arriverait précisément au moment où ce sandbox atteint sa vitesse de croisière.
Questions Fréquemment Posées
Qu’est-ce que concrètement figurer sur la liste grise du FATF signifie pour les entreprises fintech algériennes ?
Le statut de liste grise signifie que les banques internationales et les processeurs de paiement appliquent une diligence renforcée aux transactions impliquant des contreparties algériennes — ajoutant des exigences de documentation, des délais de traitement plus longs et des coûts de conformité plus élevés. Pour les fintechs, cette friction affecte les relations de correspondance bancaire, les corridors de paiement internationaux et la facilité d’attirer du capital-risque étranger. Elle ne bloque pas les investissements ou les transactions, mais en augmente le coût et la complexité.
Qu’a changé la Loi n° 25-07 algérienne dans le cadre LBC ?
La Loi n° 25-07, adoptée en juillet 2025, a apporté trois changements matériels : elle a relevé les pénalités financières pour les violations LBC à 10 millions DZD, étendu les obligations LBC aux prestataires de services d’actifs virtuels (cryptomonnaies et opérateurs de portefeuilles numériques), et renforcé le cadre de coopération de l’Algérie avec le FATF. Sur le plan opérationnel, elle a également renforcé les exigences de conservation minimale des dossiers clients sur cinq ans, la diligence renforcée pour les clients à haut risque, le contrôle des PPE et la documentation de la propriété effective.
Comment une sortie réussie de la liste grise du FATF bénéficierait-elle à l’économie numérique algérienne ?
La sortie de la liste grise réduirait la charge de diligence renforcée appliquée par les banques correspondantes étrangères aux transactions liées à l’Algérie, abaissant les coûts des plateformes de paiement transfrontalier. Elle améliorerait les scores de l’Algérie sur les indices de risque d’investissement international consultés par les gestionnaires de fonds européens et américains lors des diligences. Elle arriverait également au moment où le sandbox réglementaire fintech algérien monte en puissance avec 20+ participants, créant un signal positif composé pour l’écosystème des services financiers numériques.
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