⚡ Points Clés

Les secteurs hors hydrocarbures de l’Algérie ont connu une expansion de 5,4 % au S1 2025, et le gouvernement a fixé un objectif de contribution de l’IA à 7 % du PIB d’ici 2027 — mais combler l’écart entre une économie de 288 milliards de dollars et l’objectif de 400 milliards nécessite que la transformation numérique passe des documents stratégiques à une production mesurable. — World Bank Algeria Economic Update 2025

En résumé : L’objectif de 400 milliards de dollars de PIB sera atteint — si tant est — principalement par les hydrocarbures et la croissance traditionnelle. Mais l’infrastructure numérique construite maintenant (HPC Oran, DZMobPay, licences PSP, programmes de talents) détermine si le numérique devient un contributeur significatif du PIB d’ici 2030. L’objectif de 7 % de l’IA est atteignable comme métrique de productivité à travers les secteurs, pas comme chiffre d’industrie autonome.

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🧭 Radar de Décision

Pertinence pour l’AlgérieÉlevée
L’objectif de 400 Md$ de PIB et l’objectif de 7 % de contribution de l’IA établissent le contexte stratégique national pour toute activité d’économie numérique ; chaque initiative tech est mesurée par rapport à cette ambition
Calendrier d’action6-12 mois
Le centre HPC d’Oran doit devenir opérationnel, DZMobPay doit atteindre des millions d’utilisateurs, et le cadre PSP doit attirer plusieurs licenciés pour démontrer l’exécution dans le calendrier de l’objectif de PIB
Parties prenantes clésHCN (supervision stratégique), Ministère de la Poste et des Télécommunications (infrastructure), Banque d’Algérie (réglementation des paiements), Sonatrach (déploiement potentiel de l’IA à grande échelle), MESRS (pipeline de talents), entreprises tech privées
Type de décisionStratégique
L’Algérie doit décider si l’objectif de 7 % IA/PIB est une métrique de productivité (IA intégrée dans les secteurs) ou un objectif de secteur autonome — cette distinction détermine les priorités d’investissement
Niveau de prioritéCritique
L’écart de 112 Md$ entre le PIB actuel et l’objectif 2027 ne peut être comblé par le numérique seul, mais l’infrastructure numérique construite maintenant détermine si l’économie algérienne se diversifie au-delà des hydrocarbures à l’horizon 2028-2030

En bref : L’objectif de 400 milliards de dollars de PIB sera atteint — si tant est — principalement par les hydrocarbures et la croissance traditionnelle. Mais l’infrastructure numérique construite maintenant (HPC Oran, DZMobPay, licences PSP, programmes de talents) détermine si le numérique devient un contributeur significatif du PIB d’ici 2030. L’objectif de 7 % de l’IA est atteignable comme métrique de productivité à travers les secteurs, pas comme chiffre d’industrie autonome.

La promesse des 400 milliards de dollars

Début 2025, le Président Abdelmadjid Tebboune a réaffirmé que le PIB de l’Algérie dépassera 400 milliards de dollars d’ici la fin 2027 « au plus tard », un jalon qu’il présente comme le seuil pour que l’Algérie se qualifie comme économie émergente. Le FMI a évalué le PIB nominal de l’Algérie à 288 milliards de dollars en 2025, ce qui signifie que l’objectif nécessite environ 112 milliards de dollars de production économique supplémentaire en deux ans.

L’arithmétique est ambitieuse. La Banque mondiale prévoit une croissance du PIB de 3,5 % pour 2026 et 3,3 % pour 2027, tandis que la loi de finances du gouvernement projette 4,1 % de croissance en 2026 et 4,4 % en 2027. Même les projections gouvernementales plus optimistes ne comblent pas l’écart par la seule croissance organique — atteindre 400 milliards de dollars dépend probablement d’une combinaison de croissance réelle, de mouvements favorables du taux de change et de prix élevés des hydrocarbures.

Ce qui compte pour le secteur technologique algérien n’est pas de savoir si le chiffre de 400 milliards est atteint précisément dans les délais, mais plutôt dans quelle mesure la stratégie de croissance dépend de la transformation numérique et si les institutions exécutent conformément à cette dépendance.

L’ancrage des hydrocarbures et l’impératif de diversification

Les hydrocarbures représentent encore environ 89 % des exportations totales de l’Algérie. Sonatrach, l’entreprise énergétique étatique, a engagé 60 milliards de dollars d’investissements pour 2025-2029, dont environ 80 % orientés vers l’exploration et le développement de gisements en partenariat avec Eni, ExxonMobil, Chevron et Occidental.

Ces investissements maintiendront les revenus d’exportation mais ne transformeront pas, à eux seuls, l’économie. Le signal encourageant est que le PIB hors hydrocarbures a augmenté de 5,4 % au premier semestre 2025, dépassant significativement la croissance globale de 3,4 %. Cette expansion hors hydrocarbures — tirée par l’agriculture, la construction, les services et l’activité numérique émergente — est le vecteur économique que la transformation numérique doit accélérer.

Le FMI a souligné à plusieurs reprises que l’Algérie doit diversifier au-delà des hydrocarbures par le développement du secteur privé et les réformes structurelles. La question est quel rôle joue l’économie numérique dans cette diversification, et quelle taille elle peut réalistement atteindre d’ici 2027.

Algérie Numérique 2030 : la stratégie sur papier

L’architecture de transformation numérique de l’Algérie est placée sous le Haut-Commissariat à la numérisation (HCN), créé en septembre 2023 et relevant directement de la Présidence. Le HCN supervise « Algérie Numérique 2030 » (SNTN-2030), dévoilée en mai 2025, qui organise la stratégie numérique nationale autour de six piliers :

  1. Recherche scientifique — Extension de la recherche en IA et informatique dans les universités algériennes
  2. Développement des talents — Programmes de formation et réforme des curricula pour les compétences numériques
  3. Matériel et infrastructure — Centres de données, réseaux de fibre optique et capacité de calcul GPU
  4. Investissement et construction d’écosystème — Fonds pour startups, incubateurs et partenariats public-privé
  5. Protection des données et réglementation — Cadres juridiques pour la vie privée, l’identité numérique et la fintech
  6. Déploiement sectoriel de l’IA — Mise en œuvre dans l’agriculture, la santé et la cybersécurité

Le HCN a présenté plus de 500 projets numériques pour 2025-2026, dont environ 75 % axés sur la modernisation des services publics. Le gouvernement cible une contribution de l’IA à 7 % du PIB d’ici 2027, un objectif ambitieux compte tenu de l’état naissant du secteur.

Infrastructure physique : le centre HPC et le backbone fibre

La preuve la plus tangible d’exécution est le matériel. Le 16 mars 2025, le Ministre de la Poste et des Télécommunications Sid Ali Zerrouki a posé la première pierre du premier centre de calcul haute performance dédié à l’IA en Algérie, situé dans le quartier Akid Lotfi d’Oran. L’installation sera équipée de grappes GPU conçues pour les charges de travail d’entraînement et d’inférence IA, positionnant l’Algérie pour exécuter des applications à forte intensité de calcul localement plutôt que de s’appuyer sur des fournisseurs cloud étrangers.

C’est stratégiquement significatif. Sans infrastructure de calcul locale, les ambitions algériennes en IA dépendraient entièrement de la location de capacité auprès des hyperscalers — une approche coûteuse et limitante en termes de souveraineté. Le centre HPC d’Oran, en supposant qu’il atteigne sa capacité opérationnelle dans les délais, donne aux chercheurs et startups algériens une option domestique pour l’entraînement de modèles et le traitement de données.

Du côté de la connectivité, Algeria Telecom poursuit l’expansion de la fibre optique, avec des vitesses de téléchargement fixes en amélioration de 22,2 % en glissement annuel à janvier 2025. Les plus de 500 projets numériques prévus incluent des mises à niveau de backbone et un déploiement de fibre du dernier kilomètre ciblant les régions mal desservies.

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La couche financière : paiements électroniques et réglementation fintech

Aucune économie numérique ne fonctionne sans paiements numériques. L’Algérie a fait des progrès mesurables en 2025 :

  • Volume des paiements électroniques atteignant 939 milliards de dinars, en hausse de 46 % en glissement annuel
  • Paiements par Internet bondissant de 179 % à 145 milliards de dinars
  • DZMobPay plateforme de paiement mobile interbancaire lancée en janvier 2025, connectant 8 banques et atteignant 79 130 utilisateurs et 11 873 commerçants en novembre
  • Réglementation PSP (Instruction N° 06-2025 de la Banque d’Algérie) créant un cadre de licence pour les fournisseurs de services de paiement non bancaires
  • Terminaux de paiement en expansion de 15,6 % à 78 774 unités à l’échelle nationale

Pourtant, ces chiffres restent modestes par rapport à la taille de l’économie. Le volume des paiements électroniques de 939 milliards de dinars (environ 6,5 milliards de dollars au taux de change officiel d’environ 145 DZD/USD) représente une petite fraction du PIB de l’Algérie. L’ambition déclarée du gouverneur de la Banque d’Algérie d’une économie sans cash d’ici 2028 implique des ordres de grandeur de croissance dans les volumes de transactions numériques.

Ce que « 7 % du PIB par l’IA » exige réellement

L’objectif gouvernemental de contribution de l’IA à 7 % du PIB d’ici 2027 est l’engagement le plus spécifique pour l’économie numérique. Contre un objectif de PIB de 400 milliards de dollars, cela implique 28 milliards de dollars d’activité économique tirée par l’IA en deux ans. Pour contexte, l’ensemble du marché algérien de l’IA était estimé à moins de 500 millions de dollars en 2025.

Atteindre cet objectif nécessiterait que l’IA soit intégrée dans les principaux secteurs économiques plutôt que d’exister comme une industrie autonome. De manière réaliste, le chiffre de 7 % fait probablement référence aux gains de productivité et réductions de coûts liés à l’adoption de l’IA dans l’agriculture, l’énergie, les services publics, la santé et la logistique — pas aux revenus des produits et services d’IA seuls.

Cette distinction est importante. L’IA comme multiplicateur de productivité dans une économie de 400 milliards de dollars est réalisable si le déploiement est généralisé. L’IA comme secteur autonome de 28 milliards de dollars en Algérie d’ici 2027 ne l’est pas. Les documents stratégiques du gouvernement suggèrent la première interprétation, mais le chiffre phare invite à la confusion.

Le déficit d’exécution : ce qui doit se passer

La stratégie d’économie numérique de l’Algérie est directionnellement solide. L’architecture institutionnelle existe (HCN), la stratégie est documentée (SNTN-2030), les projets d’infrastructure sont en cours (HPC Oran, expansion fibre), et le cadre réglementaire évolue (licences PSP, loi sur la protection des données). Mais plusieurs écarts subsistent entre stratégie et résultat :

Échelle de l’écosystème de startups : L’écosystème fintech de l’Algérie reste petit comparé aux leaders régionaux comme l’Égypte et les Émirats arabes unis. La première demande de licence PSP étrangère (de la fintech sud-africaine Loop) n’est arrivée qu’en septembre 2025. Développer l’économie numérique du secteur privé nécessite plus d’entreprises construisant des produits, pas seulement des projets gouvernementaux.

Pipeline de compétences numériques : L’Algérie compte plus de 74 programmes de master liés à l’IA, mais le chemin de la formation académique à l’application commerciale reste mince. Les plus de 40 programmes de formation professionnelle numérique annoncés par le gouvernement ont besoin de temps pour produire des diplômés prêts pour le marché du travail.

Investissement privé : Le plan d’investissement de 60 milliards de dollars de Sonatrach éclipse tout engagement annoncé dans l’infrastructure numérique. Attirer des capitaux privés — nationaux et étrangers — dans les projets numériques déterminera si le secteur technologique croît proportionnellement à l’objectif global de PIB.

Mesure : L’Algérie ne publie pas encore de métrique formelle de contribution de l’économie numérique comparable à celles suivies par les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite ou Singapour. Sans mesure, il est impossible de savoir si la part numérique du PIB croît au rythme requis.

L’évaluation honnête

L’objectif de 400 milliards de dollars de PIB de l’Algérie pour 2027 est ambitieux, et la contribution de l’économie numérique à cet objectif reste plus aspirationnelle que quantifiée. Les briques sont assemblées : infrastructure de calcul, rails de paiement, cadres réglementaires et programmes de formation. Mais l’écart entre 288 et 400 milliards de dollars sera comblé principalement par les revenus des hydrocarbures et la croissance économique traditionnelle, pas par la transformation numérique seule.

La question plus réaliste et importante est de savoir si l’infrastructure d’économie numérique construite pendant cette période — capacité HPC, rails fintech, talents IA, clarté réglementaire — crée la fondation pour que le numérique devienne une part significative du PIB à l’horizon 2028-2030. Les investissements réalisés aujourd’hui sont nécessaires. Qu’ils soient suffisants dépend de la vitesse d’exécution.

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❓ Foire aux questions

L’objectif de 400 milliards de dollars de PIB d’ici 2027 est-il réaliste ?

Il est ambitieux. Le FMI estime le PIB 2025 de l’Algérie à 288 milliards de dollars, nécessitant 112 milliards de production supplémentaire en deux ans. Les projections de la Banque mondiale (3,5 % de croissance en 2026, 3,3 % en 2027) ne suffisent pas à combler cet écart par la seule croissance organique. Atteindre 400 milliards nécessite probablement une combinaison de croissance économique réelle, de prix des hydrocarbures favorables et de mouvements de taux de change. L’objectif est plus utile comme aspiration stratégique qui motive l’investissement que comme prévision économique précise.

Que signifie réellement « l’IA contribuant à 7 % du PIB d’ici 2027 » ?

Le chiffre de 7 % fait presque certainement référence aux gains de productivité tirés par l’IA dans les secteurs économiques existants — pas aux revenus des produits et services d’IA seuls. Contre un PIB de 400 milliards de dollars, 7 % implique 28 milliards de dollars d’activité économique tirée par l’IA, tandis que l’ensemble du marché algérien de l’IA était sous les 500 millions en 2025. L’interprétation réaliste est le déploiement de l’IA dans l’agriculture (optimisation des rendements), l’énergie (maintenance prédictive chez Sonatrach), les services publics (gouvernement numérique) et la santé (outils de diagnostic) — où l’IA améliore la production plutôt qu’elle ne crée un nouveau secteur autonome.

Comment la stratégie d’économie numérique de l’Algérie se compare-t-elle à d’autres nations dépendantes du pétrole comme l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ?

La Vision 2030 de l’Arabie saoudite et la stratégie d’économie numérique des Émirats arabes unis bénéficient de démarrages plus précoces, de fonds souverains plus importants et d’écosystèmes de secteur privé plus avancés. L’Arabie saoudite cible un PIB hors pétrole dépassant 65 % d’ici 2030 et a investi des milliards dans NEOM et l’infrastructure IA. Les Émirats arabes unis suivent déjà la contribution de l’économie numérique à environ 15 % du PIB. La SNTN-2030 de l’Algérie est structurellement similaire en ambition mais part d’une base plus basse, avec moins de capital disponible et un écosystème de startups moins mature. L’avantage de l’Algérie est le pipeline d’investissement de 60 milliards de dollars de Sonatrach — si même une fraction est dirigée vers l’infrastructure numérique, cela pourrait accélérer significativement le calendrier.

Sources et lectures complémentaires