⚡ Points Clés

Le projet de loi algérien sur les plateformes numériques, actuellement devant l’APN, obligerait toute plateforme dépassant un million d’utilisateurs mensuels algériens à ouvrir un bureau local, stocker les données en Algérie et supprimer tout contenu signalé en 24 heures. Une nouvelle Autorité nationale de régulation de l’espace numérique, sous la Présidence, assurerait l’application de ces règles.

En résumé: Les plateformes numériques algériennes approchant le seuil du million d’utilisateurs doivent dès maintenant cartographier leurs données, évaluer l’hébergement local et désigner un représentant légal, avant l’adoption de la loi.

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🧭 Radar de Décision

Pertinence pour l’Algérie
Élevé

Le projet régit directement toute plateforme numérique avec plus d’un million d’utilisateurs algériens, couvrant la résidence des données, la suppression de contenus et la présence locale — avec des coûts de conformité réels et une exposition juridique pour les opérateurs.
Calendrier d’action
Immédiat

Le projet est actuellement devant l’APN ; les préparatifs de conformité (cartographie des données, audit d’hébergement, désignation du représentant légal) nécessitent 3 à 6 mois et doivent commencer avant l’adoption.
Parties prenantes clés
Fondateurs de startups, opérateurs e-commerce, entreprises de médias numériques, équipes juridiques et de conformité

Assessment: Fondateurs de startups, opérateurs e-commerce, entreprises de médias numériques, équipes juridiques et de conformité. Review the full article for detailed context and recommendations.
Type de décision
Tactique

Cet article fournit une feuille de route de conformité concrète — les lecteurs doivent prendre des mesures opérationnelles spécifiques avant l’adoption de la loi.
Niveau de priorité
Élevé

Toute plateforme numérique approchant le seuil d’un million d’utilisateurs algériens est directement exposée ; les premiers acteurs qui construisent une infrastructure conforme acquièrent un avantage structurel sur leurs concurrents tardifs.

En bref: Les entreprises numériques algériennes approchant le seuil du million d’utilisateurs doivent commencer les démarches de conformité dès maintenant : cartographie des données sous la loi 25-11, évaluation de la résidence d’hébergement et désignation d’un représentant légal. Ces coûts ne sont pas spéculatifs — ils sont des prérequis opérationnels que la loi finale rendra obligatoires.

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Ce que le projet de loi propose réellement

Le projet de loi algérien sur la réglementation des plateformes numériques, déposé à l’APN en octobre 2025 par le député Bouhali Abdelbasset, est la législation numérique la plus significative que le pays ait présentée depuis des années. Il cible explicitement TikTok, Facebook, Instagram et YouTube — mais son champ d’application s’étend à toute plateforme répondant à deux critères : plus d’un million d’utilisateurs actifs algériens par mois ou un chiffre d’affaires national atteignant les seuils réglementaires.

Les quatre piliers fondamentaux du texte sont les suivants :

1. Présence locale. Les plateformes concernées doivent établir un bureau physique en Algérie et désigner un représentant légal habilité à recevoir les communications officielles et à répondre aux demandes réglementaires. L’analyse de SMEX sur la trajectoire législative des médias algériens montre comment les obligations de présence locale se sont étendues progressivement depuis la loi sur la presse de 2023, définissant le modèle que le projet de loi sur les plateformes perpétue désormais.

2. Résidence des données. Les données des utilisateurs algériens doivent être hébergées sur des serveurs physiquement situés en Algérie ou synchronisées avec des centres de données locaux agréés. Cette exigence s’appuie sur le précédent établi par la loi audiovisuelle algérienne de décembre 2024, qui impose déjà aux services audiovisuels en ligne d’utiliser des serveurs algériens avec des domaines en .dz.

3. Suppressions de contenus. Dès réception d’une notification officielle du gouvernement, les plateformes doivent supprimer les contenus qualifiés d’illicites dans un délai de 24 heures. Le non-respect de ce délai déclenche des sanctions administratives progressives. Les plateformes doivent également publier des rapports de transparence semestriels détaillant les demandes de suppression et les mesures de conformité prises.

4. Pouvoirs de suspension d’urgence. Les autorités conservent le droit d’imposer des restrictions de service ou des blocages immédiats pour des menaces à la sécurité nationale ou à l’ordre public — sans attendre la procédure standard de suppression en 24 heures.

Le projet confie l’application de ces dispositions à un nouvel organisme, l’Autorité Nationale de Régulation de l’Espace Numérique, entité indépendante placée sous la Présidence, chargée de superviser l’ensemble de la mise en œuvre et d’émettre les réglementations secondaires. Les détails complets sur l’Autorité sont traités dans l’article complémentaire publié sur ce site.

Pourquoi cela concerne les entreprises numériques locales

Le texte ne vise pas uniquement les plateformes multinationales. Les applications fondées en Algérie, les places de marché e-commerce et les médias numériques qui atteignent le seuil du million d’utilisateurs — seuil déjà atteint ou approché par plusieurs plateformes locales — seraient soumis aux mêmes obligations que TikTok ou Meta.

Trois enjeux rendent cette loi particulièrement structurante pour les opérateurs locaux :

Coûts de stockage local. La capacité des centres de données algériens augmente — la loi de localisation des données de décembre 2024 a déjà stimulé les investissements dans l’hébergement national — mais les offres cloud à prix abordables pour les startups en phase d’amorçage restent limitées. Les opérateurs devront évaluer s’ils contractent avec un fournisseur d’hébergement/IaaS local agréé (tel que Djezzy Cloud ou ICOSNET), partenaires avec un fournisseur IaaS local émergent, ou déploient leur propre infrastructure bare-metal.

Exposition à la responsabilité juridique. Selon le projet actuel, les sanctions s’aggravent progressivement, des amendes administratives aux restrictions de service jusqu’à la responsabilité pénale. Le représentant légal désigné en Algérie devient le contact nominatif pour les actions d’exécution — un rôle qui exige des procédures d’escalade internes et des protocoles de réponse définis.

Rapports de transparence. L’obligation de rapports semestriels sur les demandes gouvernementales de suppression constitue un véritable surcoût opérationnel. Le bilan du Digital Policy Alert sur l’Algérie montre comment la posture réglementaire algérienne s’est durcie dans les domaines audiovisuel, de la presse et de la localisation des données depuis 2023.

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Ce que les startups algériennes doivent faire maintenant

1. Vérifiez dès maintenant votre base d’utilisateurs par rapport au seuil du million

N’attendez pas le texte définitif pour savoir si la loi s’applique à vous. Procédez à un audit interne de vos utilisateurs actifs algériens mensuels et de vos flux de revenus en provenance d’Algérie. Si l’un de ces indicateurs approche les 500 000 utilisateurs ou une part significative de vos revenus, commencez à planifier les prérequis de conformité — car les démarches (entité juridique, cartographie des données, audit d’hébergement) nécessitent trois à six mois de travail sérieux.

2. Cartographiez toutes les données personnelles que vous traitez pour les utilisateurs algériens

L’exigence de résidence des données sera plus facile à satisfaire si vous savez déjà quelles catégories de données vous collectez, où elles sont stockées et quels sont vos flux de transferts transfrontaliers. Cet exercice sert aussi un double objectif : c’est exactement ce qu’exige déjà la loi algérienne 25-11 de juillet 2025 — notamment la désignation d’un DPO et la réalisation d’analyses d’impact sur la protection des données (AIPD). Une seule cartographie suffit à satisfaire les deux obligations.

3. Désignez ou contractualisez un représentant légal avant le début de l’application

L’obligation d’un représentant légal algérien est non négociable pour les plateformes concernées. Pour les startups déjà constituées en Algérie, il s’agit d’identifier un dirigeant nommé qui assumera cette fonction. Pour les startups à constitution étrangère ayant des activités en Algérie, cela implique probablement de recourir à un conseil local ou d’établir un bureau de représentation. Ne traitez pas cela comme une formalité : dans la version actuelle du projet, le représentant légal est personnellement actionnable pour les procédures d’exécution.

4. Construisez dès maintenant un protocole de réponse aux demandes de suppression

Un délai de 24 heures est opérationnellement exigeant. Il nécessite un canal surveillé pour recevoir les notifications gouvernementales, un arbre de décision documenté pour évaluer les contenus signalés et un mécanisme technique pour supprimer ou géo-bloquer les contenus rapidement. Commencez par passer en revue votre infrastructure de modération de contenus existante.

5. Vérifiez vos contrats d’hébergement pour les voies de conformité à la résidence des données

Que vous hébergiez sur AWS, Azure, GCP ou un fournisseur local, engagez dès maintenant une conversation avec votre prestataire sur ses capacités de résidence des données en Algérie. AWS, Azure et GCP n’exploitent pas actuellement de zones de disponibilité dédiées en Algérie ; la localisation des données pour leurs services nécessite généralement un accord tiers ou une migration vers un fournisseur basé en Algérie.

La leçon structurelle

La loi algérienne sur les plateformes numériques s’inscrit dans une tendance mondiale : les gouvernements qui s’appuyaient jusqu’alors sur des leviers informels face aux grandes plateformes formalisent désormais ces leviers dans la loi. Le Digital Services Act européen, le Digital Economy Bill nigérian et le Computer Misuse and Cybercrimes Act kenyan suivent tous la même architecture — portée basée sur des seuils, exigences de présence locale, délais de suppression et organismes d’exécution dédiés.

Ce qui distingue l’approche algérienne, c’est la combinaison de la résidence des données et de la suppression de contenus dans un seul instrument. La plupart des juridictions ont traité ces questions séparément. Les regrouper crée un problème de conformité composite pour les plateformes : vous ne pouvez pas respecter l’obligation de suppression si vos données sont à l’étranger, car le flux de notification de suppression suppose une infrastructure localement accessible.

Pour les startups algériennes, ce n’est pas avant tout une menace — c’est une opportunité structurelle. Les entreprises locales qui construisent une infrastructure conforme et établissent des relations de confiance avec l’Autorité seront bien mieux positionnées que les multinationales qui tardent à s’adapter. Un engagement précoce dans le processus réglementaire peut également contribuer à façonner les réglementations secondaires que l’Autorité publiera après l’adoption de la loi.

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Questions Fréquemment Posées

Le projet de loi s’applique-t-il aux startups algériennes ou uniquement aux plateformes étrangères comme TikTok et Facebook ?

Le projet de loi s’applique à toute plateforme — nationale ou étrangère — qui dépasse un million d’utilisateurs algériens mensuels ou atteint le seuil de revenus réglementaire. Plusieurs applications fondées en Algérie et places de marché e-commerce sont déjà à cette échelle ou s’en approchent. Aucune exemption formelle n’est prévue pour les entreprises algériennes dans le texte actuel du projet.

Que se passe-t-il si une plateforme ne respecte pas le délai de suppression de 24 heures ?

Le projet prévoit des sanctions progressives : amendes administratives initiales, escalade vers des restrictions de service, jusqu’au blocage ou à la responsabilité pénale pour les violations graves ou répétées. Des pouvoirs de suspension immédiats existent pour les cas impliquant la sécurité nationale ou l’ordre public — ils contournent entièrement la procédure standard des 24 heures.

Comment ce texte interagit-il avec la loi algérienne existante sur la protection des données (loi 18-07 et loi 25-11) ?

Le projet de loi sur les plateformes et la loi 25-11 sont complémentaires, non redondants. La loi 25-11 régit la manière dont les données personnelles sont collectées, traitées et transférées. Le projet de loi sur les plateformes ajoute des exigences d’infrastructure (stockage national des données) et des règles de gouvernance des contenus (obligations de suppression). Une entreprise conforme à la loi 25-11 n’est pas automatiquement conforme au projet de loi sur les plateformes.

Sources et lectures complémentaires