Ce que couvre réellement le MoU de novembre 2025
Selon BiometricUpdate, le MoU signé en novembre 2025 entre Ali Badaoui (Directeur Général de la Sûreté Nationale, DGSN) et Alex Norris (Minister of State for Borders and Asylum) engage le Royaume-Uni à soutenir la police algérienne sur deux domaines précis : la forensique numérique pour les enquêtes criminelles et l’identification biométrique pour le travail policier. Le périmètre publié mentionne l’analyse d’empreintes digitales numériques et les capacités de reconnaissance et de vérification d’identité.
Le MoU est avare en chiffres — l’article ne précise ni la durée du programme, ni le nombre d’agents à former, ni la valeur de la coopération. Ce qu’il précise, c’est un cadre d’échange de connaissances, incluant une visite du DG Badaoui à la National Crime Agency britannique pour observer les déploiements opérationnels. Ce détail compte : quand la haute direction parcourt le plateau opérationnel du partenaire avant la signature de l’accord, le programme qui s’ensuit tend à être modelé sur les procédures réelles du partenaire plutôt que sur un curriculum générique.
Pour l’Algérie, le point de référence opérationnel est le programme CyberSouth du Conseil de l’Europe, qui depuis 2017 est le canal multilatéral principal de formation algérienne en cybercriminalité pour les forces de l’ordre. Le MoU britannique se positionne aux côtés de CyberSouth, pas contre lui — mais il apporte une tradition opérationnelle différente (UK NCA, College of Policing) dans la conception des cursus.
Pourquoi la DGSN a besoin de cette montée en capacité, maintenant
La DGSN, la Gendarmerie Nationale et les unités d’investigation du Ministère de la Justice sont les trois entités algériennes qui traitent les preuves numériques dans les affaires criminelles. Leur volume augmente depuis des années. Selon les évaluations du Conseil de l’Europe, les rapports annuels algériens sur la cybercriminalité documentent un flux de dossiers en expansion régulière sur la fraude financière, le rançongiciel contre les entreprises, les enquêtes de protection de l’enfance et le travail anti-terroriste basé sur l’OSINT.
Le goulot d’étranglement n’est pas la loi — la Loi 09-04 (2009) sur la cybercriminalité et la Loi 18-07 (2018) sur la protection des données personnelles donnent aux enquêteurs des prises légales. Le goulot d’étranglement, ce sont les techniciens capables d’imager un téléphone, de récupérer une partition supprimée, d’analyser un export de compte cloud, ou de lancer une comparaison 1:N contre une base de données nationale dans le respect de règles de chaîne de preuve qui tiennent en justice. Ces compétences sont rares en Algérie — la formation publique en DFIR (digital forensics and incident response) reste concentrée dans une poignée d’institutions et la population des examinateurs certifiés se compte en dizaines, pas en centaines.
Le côté britannique apporte une doctrine DFIR établie : les principes de preuve numérique de l’ACPO/NPCC, les filières de formation spécialisée du College of Policing, et les playbooks opérationnels de la National Crime Agency. C’est cette doctrine qui se transfère — pas seulement les outils.
Ce que « forensique numérique » et « biométrie policière » signifient concrètement comme métiers
Dans une force de police britannique ou française, les carrières derrière ces étiquettes se répartissent en quatre familles environ :
La première famille est celle de l’examinateur en forensique numérique — la personne assise devant une station d’imagerie write-blocked, qui exécute des extractions Magnet AXIOM ou Oxygen Forensic Detective sur des appareils saisis, valide les chaînes de hachage et produit un rapport probatoire. Les postes d’entrée au Royaume-Uni démarrent au grade NCA 7 ou au grade de constable spécialisé ; les examinateurs en milieu de carrière détiennent l’accréditation Mainstream Forensic Investigation Programme du College of Policing.
La deuxième famille est celle de l’analyste réponse à incident — plus proche du monde de la cybersécurité, focalisée sur les intrusions réseau en cours où les preuves sont encore en train d’être générées. Les compétences chevauchent l’analyse SOC mais avec des contraintes d’admissibilité juridique en plus.
La troisième famille est celle du spécialiste biométrie — examinateurs d’empreintes (comparaison de traces latentes), opérateurs de reconnaissance faciale (requêtes 1:N sur des individus détenus ou des suspects), et analystes de profils ADN. Le rôle de Biometrics and Surveillance Camera Commissioner du Home Office britannique cadre la dimension gouvernance de ces métiers.
La quatrième famille est celle de l’analyste OSINT et renseignement — celle qui s’est étendue le plus rapidement à travers l’Europe, mêlant analyse de réseaux sociaux, géolocalisation, traçage blockchain et tradecraft de renseignement classique.
Pour les ingénieurs algériens visant un pivot vers le secteur public, le MoU britannique va probablement ouvrir d’abord la capacité formelle dans la première et la troisième famille — examinateur et spécialiste biométrie — parce qu’elles correspondent directement aux organigrammes existants de la DGSN.
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La réalité salariale et de reconnaissance
Les grades techniques DGSN suivent une grille salariale publiée. Un technicien spécialisé entrant avec un BTS ou un DEUA en informatique se positionne dans une bande différente du « préposé technique » sans spécialisation. La désignation biométrie et forensique numérique, lorsqu’elle est formellement créée à l’intérieur du corps, porte généralement une prime de spécialité — qui ajoute 15-30 % au salaire de base selon la tranche, similaire à ce que les spécialistes cybersécurité reçoivent déjà dans le corps IT de Sonatrach.
Les examinateurs certifiés à l’international — ceux qui détiennent le GIAC Certified Forensic Analyst (GCFA), le Magnet Certified Forensic Examiner (MCFE), ou l’AccessData Certified Examiner (ACE) — deviennent également éligibles à des trajectoires de carrière parallèles dans des cabinets privés de réponse à incident, qui paient nettement plus que le secteur public. Le MoU lui-même n’octroie pas ces certifications — le côté britannique forme dans une doctrine alignée avec elles, et les ingénieurs financent ou décrochent les certifications formelles séparément.
Ce que cela signifie pour les ingénieurs algériens visant le pivot secteur public
1. Commencez par le concours technique d’entrée DGSN, puis spécialisez-vous après l’admission
Le concours de recrutement technique de la DGSN s’ouvre annuellement, généralement à l’automne pour la rentrée suivante. Les ingénieurs avec un master en informatique, cybersécurité ou télécommunications qui réussissent le concours entrent à un grade donné et deviennent ensuite éligibles à se porter volontaires pour la filière DFIR ou biométrie une fois à l’intérieur. Tenter de pivoter d’un poste cyber privé directement vers un poste de spécialiste senior DGSN est structurellement plus difficile — le corps préfère faire grandir ses spécialistes en interne. Surveillez l’annonce du concours 2026-2027 et la nouvelle ligne spécialité forensique numérique si et quand elle apparaît dans les ouvertures publiées.
2. Construisez les compétences sur la chaîne d’outils open-source avant les outils propriétaires
Magnet AXIOM, Oxygen Forensic Detective et MSAB XAMN sont les outils propriétaires que la plupart des forces britanniques déploient. Ils sont aussi suffisamment chers pour qu’un ingénieur algérien ne puisse pas s’entraîner dessus à la maison. Le chemin de préparation réaliste consiste à construire la compétence sur les équivalents open-source — Autopsy, FTK Imager (version gratuite), Volatility, PhotoRec, Sleuth Kit et l’outil de timeline Plaso — et à valider la compétence contre les posters DFIR de SANS et les défis CTF gratuits de Magnet. Une fois à l’intérieur de la DGSN, les outils propriétaires sont fournis ; les compétences cognitives se transfèrent directement.
3. Visez les certifications MSAB XAMN, EnCase ou GCFH via des formations en ligne internationales
Les accréditations spécialisées du College of Policing britannique sont formellement réservées aux officiers britanniques. Mais le corpus de connaissances sous-jacent (les principes de preuve numérique ACPO/NPCC, l’ISO/IEC 27037, l’ISO/IEC 27042) est entièrement public. Les certifications commerciales internationales — GCFE et GCFH de GIAC, ACE d’Exterro, XAMN de MSAB — sont ouvertes à quiconque peut payer les frais d’examen. Un ingénieur algérien qui se présente à un entretien de spécialité DGSN en 2027 avec un GCFE a un dossier mesurablement plus solide que sans. Le coût est réel — les frais d’examen vont de 700 à 1 500 € — mais inférieur à un programme de master, et la certification se transfère vers le conseil privé plus tard.
4. Suivez le cycle annuel de rapports cybercriminalité du Conseil de l’Europe CyberSouth
CyberSouth organise des ateliers annuels en Algérie sur la préparation des rapports de situation cybercriminalité et e-evidence. La participation à ces ateliers est une porte d’entrée plus douce qu’un concours — ils admettent des chercheurs civils, des magistrats et des représentants académiques aux côtés des officiers DGSN. Les ingénieurs des universités (USTHB, ESI, École Supérieure du Numérique, École Nationale Supérieure de Police) peuvent y présenter des études de cas et se faire connaître de la communauté opérationnelle. Le prochain cycle d’ateliers, séquencé autour des premiers livrables du MoU britannique, sera un point d’accès utile pour les ingénieurs construisant un profil secteur public depuis l’extérieur du corps.
La suite
Le MoU est signé, le transfert de doctrine a un partenaire et le cadre légal existe déjà. Ce qui manque encore, c’est la structure formelle dans le corps — la désignation de spécialité publiée dans le tableau d’organisation de la DGSN, le calendrier de formation précis pour la première cohorte et le concours public qui crée les postes salariés.
Si le partenariat suit le calendrier de coopération typique du Home Office britannique, les premiers jalons observables apparaîtront fin 2026 : un programme de formation de la délégation britannique pour une cohorte initiale d’officiers DGSN, suivi d’une désignation de spécialité dans l’organigramme 2027 et d’un concours public ouvrant en 2027 ou début 2028. Les ingénieurs qui utilisent la fenêtre 2026 pour bâtir certifications et portfolios opérationnels arriveront à ce concours avec un profil de qualifications que la DGSN ne produit pas en interne aujourd’hui — et c’est l’opportunité structurelle que crée le MoU.
L’opportunité de second ordre est privée. Les cabinets d’avocats, banques et compagnies d’assurance algériens achètent déjà des services DFIR à des cabinets européens parce qu’il n’y a pas de capacité domestique. Une fois que le programme de formation DGSN aura produit des examinateurs qui partiront ensuite vers le privé, un marché algérien de conseil DFIR devient possible — il n’existe pas à l’échelle aujourd’hui. C’est un horizon de 5 à 10 ans, mais il commence avec la cohorte que le MoU britannique forme en premier.
Questions Fréquemment Posées
Que couvre réellement le MoU de novembre 2025 entre la DGSN et le Home Office britannique ?
Selon BiometricUpdate, le DG de la DGSN Ali Badaoui et le Minister of State Alex Norris ont signé un MoU engageant le Royaume-Uni à soutenir la police algérienne sur la forensique numérique pour les enquêtes criminelles et l’identification biométrique — incluant l’analyse d’empreintes digitales numériques et les systèmes de reconnaissance d’identité. Le MoU établit un cadre d’échange de connaissances mais ne précise pas la durée, le nombre d’agents ni le budget.
Quelles certifications un ingénieur algérien devrait-il viser pour se qualifier à un futur poste DGSN en forensique numérique ?
Les certifications DFIR reconnues internationalement et ouvertes aux civils incluent les GCFE (Certified Forensic Examiner) et GCFH (Forensic Hacker) de SANS/GIAC, l’ACE (AccessData Certified Examiner) d’Exterro et le XAMN de MSAB. Elles s’alignent sur le corpus de connaissances spécialisé du College of Policing britannique que le MoU est censé transférer.
Quand le premier concours DGSN avec une spécialité forensique numérique va-t-il probablement s’ouvrir ?
Aucune annonce publiée à ce jour. Sur la base des calendriers de coopération typiques du Home Office britannique, les premières cohortes de formation sont probables à partir de fin 2026, les désignations formelles de spécialité entrant dans l’organigramme DGSN en 2027, et un concours public ouvrant en 2027-2028. Surveillez le portail officiel des concours DGSN et les annonces APS pour la ligne de spécialité.
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