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La loi audiovisuelle et médias en ligne algérienne : ce que le mandat d’hébergement .dz signifie pour les créateurs de contenu

février 26, 2026

Algerian content creators and digital media regulation

Le nouveau paysage juridique du contenu numérique en Algérie

En décembre 2023, l’Algérie a promulgué la loi n° 23-20 relative à l’activité audiovisuelle, une refonte majeure étendant la régulation de l’ère télévisuelle à la sphère numérique. La législation exige de toutes les entités exerçant une « activité audiovisuelle » sur le territoire algérien d’héberger leur contenu sur des serveurs situés en Algérie et d’opérer sous un nom de domaine .dz. L’article 85 accordait une période transitoire de 12 mois, rendant la conformité obligatoire en décembre 2024.

Le paysage du contenu numérique algérien s’est considérablement développé. Le pays compte 36,2 millions d’internautes début 2025, avec YouTube et Facebook comme plateformes principales. Des créateurs comme DZjoker (environ 4 millions d’abonnés YouTube), Anes Tina (plus de 5 millions de followers) et Raouf Khelif (3,2 millions d’abonnés YouTube) ont construit des audiences rivales des médias traditionnels.

Deux organes régulateurs supervisent la conformité. L’ARPCE gère la supervision des domaines et l’infrastructure. L’ARAV (Autorité de Régulation de l’Audiovisuel) est responsable des licences et du contenu.

Que signifie réellement « activité audiovisuelle » ?

La loi définit l’activité audiovisuelle de manière large : tout service fournissant du contenu audiovisuel au public par voie électronique. Cela englobe clairement les chaînes TV et les plateformes VOD. Mais le texte ne trace pas de ligne claire entre les opérations médiatiques professionnelles et les créateurs individuels.

Les exigences de domaine .dz et d’hébergement local créent des défis pratiques immédiats. Le registre .dz, géré par le CERIST, administre environ 18 000 domaines .dz enregistrés. Le marché d’hébergement local, mené par Algérie Télécom, ICOSNET et DZSphere, offre une capacité limitée par rapport aux hyperscalers comme AWS ou Google Cloud, qui n’opèrent pas de centres de données en Algérie.

Pour un YouTuber dont le contenu réside entièrement sur l’infrastructure de Google, le concept d’« hébergement local » est architecturalement incompatible avec le fonctionnement des plateformes mondiales.

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Le dilemme des créateurs : conformité vs réalité

Depuis que YouTube a étendu son Programme Partenaire à l’Algérie, des milliers de créateurs en tirent un revenu, les meilleurs générant entre 5 000 et 50 000 dollars mensuels. La loi introduit un régime de licences qui pourrait formaliser ou contraindre cette économie. L’article 4 stipule que les activités audiovisuelles nécessitent une autorisation préalable du Ministre de la Communication et limite les opérations aux personnes morales algériennes dont le capital est détenu exclusivement par des personnes physiques ou morales algériennes.

Les dimensions de la loi presse ajoutent une autre couche. La loi n° 23-19 sur la presse écrite et électronique, également promulguée en décembre 2023, exige déjà l’enregistrement des publications en ligne. Pour les éditeurs numériques hybrides, cela crée des obligations réglementaires superposées.

Que se passe-t-il ensuite : application, exemptions et la question des plateformes

Le calendrier d’application reste l’inconnue critique. L’ARPCE a signalé une approche par phases, priorisant les grandes opérations commerciales. Le précédent international offre des repères : la loi turque n° 7253 (2020) exigeant des représentants locaux pour les plateformes sociales étrangères, et l’ARCOM française étendant sa juridiction aux plateformes vidéo en ligne.

La question des plateformes est la plus cruciale. Si l’Algérie applique strictement l’hébergement .dz, des plateformes comme YouTube et Twitch font face à un choix : construire une infrastructure locale, s’associer avec des hébergeurs algériens, ou risquer des restrictions. Vu la taille du marché algérien (environ 270 millions de dollars de dépenses publicitaires numériques annuelles), l’incitation économique est modeste comparée à la Turquie (environ 1,5 milliard) ou l’Arabie Saoudite (plus de 2,5 milliards). Le scénario le plus probable est une application pragmatique ciblant les opérations commerciales tout en laissant les créateurs individuels sur les plateformes mondiales dans une zone grise tolérée de facto.

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🧭 Radar de Décision

Dimension Évaluation
Pertinence pour l’Algérie Élevé — loi promulguée en attente de décrets d’application qui définiront le périmètre pour des milliers de créateurs et d’entreprises numériques
Calendrier d’action 6-18 mois — décrets d’application attendus ; la mise en œuvre par l’ARPCE commence par les opérateurs commerciaux
Parties prenantes clés ARPCE, Ministère de la Communication, CERIST (registre .dz), créateurs de contenu, éditeurs numériques, hébergeurs locaux (ICOSNET, Djaweb), plateformes (Google, Amazon/Twitch)
Type de décision Tactique
Niveau de priorité Élevé

En bref : La loi audiovisuelle algérienne représente l’intervention réglementaire la plus significative dans l’économie du contenu numérique du pays. Les éditeurs numériques et les opérations commerciales de contenu devraient se préparer à la migration .dz dès maintenant. Les décrets d’application détermineront si cette loi modernise le cadre médiatique algérien ou crée des charges de conformité irréalisables.

Sources et lectures complémentaires

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