ARPCE : le régulateur derrière la connectivité de l’Algérie
L’ARPCE (Autorité de Régulation de la Poste et des Communications Électroniques) est l’entité qui détermine ce que près de 47,5 millions d’Algériens peuvent accéder sur leurs téléphones, combien ils paient pour cela et quelles entreprises sont autorisées à le fournir. Initialement établie sous le nom d’ARPT en vertu de la Loi 2000-03 sur les télécommunications, l’autorité a été réorganisée et renommée en vertu de la Loi 18-04 du 10 mai 2018, qui a abrogé la loi précédente et élargi le mandat du régulateur pour couvrir toutes les communications électroniques. L’ARPCE détient l’autorité réglementaire sur l’allocation du spectre, les licences d’opérateurs, la tarification d’interconnexion, le contrôle de la qualité de service et la supervision de la concurrence dans le secteur des télécoms algérien.
L’autorité opère avec un degré d’indépendance institutionnelle — son budget provient des frais réglementaires prélevés sur les opérateurs plutôt que d’une dotation gouvernementale directe, et les membres de son conseil servent des mandats fixes. En pratique, l’indépendance de l’ARPCE est contrainte par le Ministère de la Poste et des Télécommunications, qui conserve l’autorité de définition des politiques et est historiquement intervenu dans les décisions politiquement sensibles, incluant le calendrier des licences 3G et 4G et le processus de licences 5G.
Le marché des télécoms algérien est desservi par plus de 54 millions de connexions mobiles — équivalant à environ 116 % de la population — réparties entre les trois opérateurs licenciés : Mobilis (public, faisant partie du Groupe Telecom Algérie), Djezzy (100 % public via le Fonds National d’Investissement depuis que VEON a finalisé sa sortie en août 2022), et Ooredoo Algeria (filiale du groupe qatari Ooredoo). Les services de téléphonie fixe et d’internet sont dominés par Algérie Télécom, également partie du Groupe Telecom Algérie. Les décisions réglementaires de l’ARPCE façonnent directement ce marché — du prix d’un gigaoctet de données mobiles à la question de savoir si un quatrième opérateur sera un jour licencié.
Allocation du spectre et l’étape de la 5G
Le spectre est la ressource la plus précieuse que contrôle l’ARPCE, et la manière dont elle alloue les fréquences radio détermine le rythme du développement de l’infrastructure numérique algérienne. Les attributions de spectre de l’Algérie incluent les bandes 900 MHz et 1800 MHz pour la 2G/3G, et le 1800 MHz pour la 4G LTE (avec des opérateurs licenciés en 2016). La couverture 4G du pays s’est étendue à plus de 80 % de la population, bien que la couverture géographique — particulièrement dans les vastes régions du Sud — reste significativement plus basse.
Le processus de licences du spectre 5G a été l’action réglementaire la plus conséquente entreprise par l’ARPCE en 2025. Après des années de planification et une feuille de route annoncée par le Ministère de la Poste et des Télécommunications, l’ARPCE a attribué les licences 5G aux trois opérateurs mobiles en juillet 2025. Le coût combiné des licences s’est élevé à environ 492 millions de dollars (63,9 milliards de DZD) : Mobilis a payé 22,2 milliards de DZD (~170,7 millions de dollars), Ooredoo a payé 21 milliards de DZD (~161,6 millions de dollars), et Djezzy a payé 20,7 milliards de DZD (~159,2 millions de dollars). Les licences sont valables 15 ans, du 20 novembre 2025 au 20 novembre 2040, avec possibilité de renouvellement par tranches de cinq ans.
Les allocations de spectre clés se concentrent sur la bande médiane 3,5 GHz, avec des opérateurs recevant des blocs de 100 MHz pour la couverture 5G. Mobilis a également obtenu 70 MHz dans la bande TDD 2,6 GHz. La 5G commerciale a été officiellement lancée le 3 décembre 2025, lors d’une cérémonie au Centre International de Conférences Abdelatif-Rahal à Alger, avec un déploiement commençant dans huit wilayas pilotes incluant Alger, Oran, Constantine et Sétif. Les conditions de licence incluent des jalons de couverture contraignants, avec un mandat de couverture nationale d’ici 2031. Les essais réseau de Mobilis en février 2025 ont démontré des vitesses allant jusqu’à 1,2 Gbps.
Le processus de licences 5G a révélé une tension fondamentale dans le mandat de l’ARPCE. Le gouvernement voyait les licences comme une opportunité de revenus, tandis que les opérateurs devaient peser l’investissement face au ARPU mobile relativement bas de l’Algérie. Le précédent de la licence 3G — retardée d’environ 2008 jusqu’en décembre 2013, en raison d’une combinaison d’obstacles bureaucratiques, du contentieux prolongé sur la propriété de Djezzy, et d’une volonté politique insuffisante — soulignait le risque que l’hésitation réglementaire fait peser sur le développement des infrastructures. Que l’Algérie ait complété le processus de licences 5G et lancé le service commercial en 2025 représente un écart par rapport aux retards qui ont caractérisé les transitions technologiques précédentes.
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Concurrence, interconnexion et le vide des MVNO
La structure du marché mobile algérien à trois opérateurs est stable depuis qu’Ooredoo (alors Nedjma, filiale du koweïtien Wataniya Telecom) a obtenu sa licence fin 2003 et lancé ses opérations commerciales en août 2004. Les parts de marché sont restées globalement équilibrées, chaque opérateur détenant environ un tiers du marché. Cette stabilité soulève une question légitime — le marché algérien est-il véritablement concurrentiel, ou est-ce un oligopole confortable où trois opérateurs se sont installés dans un équilibre ?
L’ARPCE fixe les tarifs d’interconnexion — les frais que les opérateurs se facturent mutuellement pour la terminaison des appels sur leurs réseaux — qui sont un levier critique pour la concurrence. Les tarifs de terminaison mobile de l’Algérie suivent une trajectoire descendante, selon une trajectoire établie par l’ARPCE pour s’aligner sur les tendances internationales. Des MTR plus bas bénéficient aux petits opérateurs et aux nouveaux entrants en réduisant le coût de connexion aux réseaux plus importants. Cependant, sans quatrième opérateur à l’horizon et sans cadre de licences MVNO (opérateur de réseau virtuel mobile) en place, la pression concurrentielle que ces tarifs plus bas sont censés permettre a un effet pratique limité.
La question des MVNO est particulièrement révélatrice. Les MVNO — des entreprises qui offrent des services mobiles en utilisant l’infrastructure des opérateurs existants sans posséder de spectre — opèrent dans plus de 80 pays et servent de mécanisme pour accroître la concurrence, faire baisser les prix et permettre des segments de marché de niche. La Tunisie a eu des MVNO actifs depuis environ 2015, avec des opérateurs comme Lycamobile et Asel Mobile construisant des bases d’abonnés petites mais croissantes. Le Maroc a un petit nombre de MVNO opérant sur l’infrastructure d’Inwi. L’Algérie n’a ni cadre réglementaire MVNO ni aucune indication publique que l’ARPCE en développe un. L’absence de MVNO signifie que le consommateur algérien a exactement trois choix pour le service mobile — tous offrant des tarifs globalement similaires, une couverture similaire et des forfaits data similaires. Sans réformes structurelles des licences, le mandat de concurrence de l’ARPCE reste aspirationnel.
Comparaison régionale : ARPCE vs. ANRT vs. INTT
Comparer l’ARPCE avec ses homologues maghrébins — l’ANRT du Maroc (Agence Nationale de Réglementation des Télécommunications) et l’INTT de Tunisie (Instance Nationale des Télécommunications) — révèle une image plus nuancée que de simples classements ne le suggéreraient.
L’ANRT a investi significativement dans les initiatives de données publiques. Elle publie des analyses de marché trimestrielles couvrant les nombres d’abonnés, les revenus et les parts de marché en français et en anglais, et a lancé un portail de données ouvertes rendant les indicateurs télécoms accessibles pour la recherche. D’un autre côté, l’ANRT n’a pas publié de rapport annuel depuis 2018, selon les évaluations de Freedom House, et le président de son conseil est nommé par le roi, soulevant des questions sur l’indépendance opérationnelle. L’enchère 5G de l’ANRT en juillet 2025 a généré environ 210 millions de dollars en revenus de spectre auprès de trois opérateurs.
L’ARPCE publie des données de marché limitées avec des retards significatifs. Ses rapports d’observatoire sur la téléphonie mobile et les marchés internet couvrent des données trimestrielles mais manquent de la granularité des publications publiques de l’ANRT. Les données de qualité de service — vitesses réseau, taux de chute d’appels, cartes de couverture détaillées — ne sont pas disponibles publiquement dans la profondeur qui permettrait une évaluation indépendante. L’INTT de Tunisie se situe entre les deux en termes de disponibilité des données, avec un suivi de marché régulier mais un reporting en anglais plus limité.
En matière de périmètre réglementaire, tant l’ANRT que l’INTT ont avancé plus vite que l’ARPCE dans le traitement des questions télécoms émergentes. La Tunisie a autorisé les MVNO à opérer et a développé son approche des licences de nouvelles technologies. L’environnement réglementaire du Maroc, bien qu’imparfait, a permis des actions antitrust contre Maroc Telecom pour abus de position dominante — un type d’action d’application que l’ARPCE n’a pas entrepris publiquement. Alors que l’Algérie déploie la 5G et se dirige vers l’IoT et les déploiements de villes intelligentes, l’absence de cadres réglementaires pour ces domaines émergents à l’ARPCE deviendra un goulot d’étranglement. Le mandat de l’ARPCE est suffisamment large pour traiter ces questions — la contrainte est la capacité institutionnelle et la volonté politique, pas l’autorité juridique.
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🧭 Radar de Décision
| Dimension | Évaluation |
|---|---|
| Pertinence pour l’Algérie | Élevée — la régulation des télécoms détermine la qualité et le coût de la connectivité pour 47,5 millions de personnes |
| Calendrier d’action | Immédiat — déploiement 5G en cours ; cadre MVNO et revue de la concurrence en retard |
| Parties prenantes clés | ARPCE, Ministère de la Poste et des Télécommunications, Mobilis, Djezzy, Ooredoo, Algérie Télécom |
| Type de décision | Stratégique |
| Niveau de priorité | Critique |
En bref : L’ARPCE a le mandat juridique pour gouverner un marché des télécoms moderne mais est en retard sur son homologue marocain en matière de transparence et d’innovation réglementaire. Avec la 5G maintenant lancée, l’accent doit se porter sur les licences MVNO, le contrôle de la qualité de service et les cadres pour l’IoT. L’absence de MVNO reste une opportunité de concurrence manquée pour les consommateurs algériens.
Sources et lectures complémentaires
- ARPCE Official Website — About the Authority
- Law 18-04 on Electronic Communications — ARPCE Regulation
- Algeria Awards 5G Licenses to Three Operators for Nearly $492 Million — Ecofin Agency
- Algeria Concludes 5G Spectrum Auction — Spectrum Tracker
- 5G Officially Launched in Algeria — AL24 News
- Algeria Launches 5G Rollout — Connecting Africa
- VEON Completes the Sale of Djezzy, Receiving $682 Million — VEON
- Algeria Telecom Operators Intelligence Report 2025 — GlobeNewsWire
- Morocco Awards 5G Licences — Developing Telecoms
- ANRT Morocco — Annual Reports
- Morocco: Freedom on the Net 2024 — Freedom House
- ITU ICT Regulatory Tracker — Algeria Country Profile
- ARPCE Observatory — Mobile Telephony Market Q4 2024
- Algeria 3G History — Oxford Business Group
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