La stratégie à l'adoption : six piliers, un calendrier
Le 8 décembre 2024, le Conseil national de l'IA d'Algérie a formellement adopté la Stratégie nationale d'IA 2025-2030, présidée par le professeur Merouane Debbah — chercheur franco-algérien fondateur du centre 6G de Khalifa University à Abu Dhabi et référent scientifique du Conseil. La stratégie structure l'action nationale autour de six piliers : recherche scientifique, développement des talents, matériel et infrastructure, promotion de l'investissement et construction de l'écosystème, protection des données et cadre réglementaire, et déploiement sectoriel en agriculture, santé et cybersécurité.
La stratégie est sous double tutelle du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et du ministère de l'Économie de la Connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises — une redondance institutionnelle destinée à relier R&D académique et déploiement commercial. L'Algérie s'est engagée sur un objectif phare : une contribution de l'IA à 7 % du PIB d'ici 2027, appuyée sur une expansion du marché de 498,9 M$ en 2025 à 1,69 Md$ en 2030, à un TCAM de 27,67 %.
Seize mois après, quels piliers tiennent le cap et lesquels traînent ?
Ce qui livre : calcul, compétences et capital-risque
Trois piliers affichent des jalons concrets sur 2025-2026.
Matériel et infrastructure. L'Algérie a inauguré en 2025 son premier centre de données de l'école nationale d'IA, équipé d'accélérateurs NVIDIA H100, L40S et A40 selon Middle East AI News. Le centre accompagne étudiants et chercheurs dans le développement de modèles IA pour la vision par ordinateur, l'agriculture, l'industrie, la finance et les services publics. L'accord du 15 avril 2026 avec Huawei ouvre un canal de calcul parallèle via les GPU Ascend, ce qui répond directement aux contraintes d'approvisionnement imposées par les contrôles à l'export américains sur les acheteurs non-hyperscalers.
Développement des talents. Le premier Skills Center a ouvert à Sétif en février 2025 dans d'anciens locaux d'Algérie Télécom, proposant une formation gratuite en IA, cloud, IoT et cybersécurité. Le modèle est conçu pour être répliqué à travers les wilayas. En parallèle, les universités algériennes accueillent aujourd'hui 57 702 étudiants répartis dans 74 masters d'IA au sein de 52 universités, d'après l'analyse de New Lines Institute — l'un des plus solides socles d'informatique de l'Afrique.
Investissement et écosystème. En février 2025, Algérie Télécom a lancé un fonds de 1,5 milliard de DZD (environ 11 millions de dollars) ciblant les start-up en IA, cybersécurité et robotique. La première tranche a déjà soutenu plusieurs sociétés du portefeuille, et le ministère de l'Économie de la Connaissance a raccordé ce fonds au pipeline de l'accélérateur A-venture. On estime qu'entre 50 et 60 start-up IA opèrent désormais en Algérie, contre une trentaine en 2022.
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Ce qui traîne : recherche, réglementation et déploiement sectoriel
Trois piliers restent largement sur le papier.
Production de recherche. La base académique algérienne est forte en volume mais faible en impact international. Si le pays compte 74 masters d'IA, sa production d'articles évalués par les pairs dans les grandes conférences (NeurIPS, ICML, ACL, CVPR) reste modeste par habitant face à la Tunisie, au Maroc et à l'Égypte. La stratégie appelle à un objectif national de publications, mais aucun indicateur vérifiable n'est public à la date d'avril 2026.
Protection des données et cadre réglementaire. Le régime algérien de protection des données repose sur la Loi 18-07 de 2018 sur les données personnelles et la décision ARPT n° 48 de 2017 sur la localisation. Ni l'un ni l'autre n'a été conçu pour l'ère de l'IA générative. La stratégie engage à rafraîchir le cadre pour couvrir les données d'entraînement, la gouvernance des modèles, les transferts transfrontaliers et la transparence algorithmique — mais aucun projet de loi n'a été déposé publiquement. C'est le principal déficit de crédibilité de la stratégie.
Déploiement sectoriel. Agriculture, santé et cybersécurité ont été retenus comme verticales prioritaires. La santé a vu la numérisation des systèmes de gestion hospitalière et des outils de diagnostic pilotes. La cybersécurité bénéficie du programme ANSSI sur la défense des chaînes d'approvisionnement. L'agriculture, en revanche, n'a aucun programme IA visible, alors qu'elle représente 12 % du PIB et occupe environ 25 % de la population active.
La fenêtre de livraison 2026-2027
La crédibilité de l'objectif 7 % d'IA dans le PIB d'ici 2027 repose sur trois décisions à 12-18 mois. Premièrement, le dépôt et le vote du projet de loi IA — sans lui, l'adoption en entreprise bute sur l'incertitude juridique. Deuxièmement, la réplication du modèle Skills Center au-delà de Sétif ; la stratégie suggère un minimum de cinq centres fin 2026. Troisièmement, la concrétisation du canal de calcul Huawei en livraisons effectives de GPU, pour compenser la contrainte d'approvisionnement NVIDIA.
Le double rôle de Debbah — diriger le Conseil IA d'Algérie tout en pilotant le Digital Future Institute de Khalifa University à Abu Dhabi — est un signal, pas une faiblesse. La stratégie mise explicitement sur la diaspora algérienne comme ressource de recherche et de gouvernance. Mais sans jalons domestiques en réglementation et déploiement, la stratégie reste un document plutôt qu'une transformation.
Questions Fréquemment Posées
Quels sont les six piliers de la Stratégie nationale d'IA ?
Les six piliers sont : recherche scientifique, développement des talents, investissement matériel et infrastructure, promotion de l'investissement et construction de l'écosystème, protection des données et cadre réglementaire, et déploiement sectoriel en agriculture, santé et cybersécurité. La stratégie a été adoptée le 8 décembre 2024 sous la direction du professeur Merouane Debbah.
Quelles parties de la stratégie livrent après 16 mois ?
Trois piliers affichent des avancées concrètes : le premier centre de données de l'école d'IA équipé de NVIDIA H100/L40S/A40, le premier Skills Center ouvert à Sétif en février 2025 avec formation gratuite en IA, cloud, IoT et cybersécurité, et le fonds d'Algérie Télécom de 1,5 milliard de DZD destiné aux start-up IA, cybersécurité et robotique. La quantification de la production de recherche, la mise à jour de la réglementation des données et le déploiement IA en agriculture restent les points les plus faibles.
En quoi l'objectif 7 % d'IA dans le PIB d'ici 2027 concerne-t-il les entreprises algériennes ?
Si l'objectif est poursuivi avec crédibilité, les marchés publics et les réglementations sectorielles privilégieront de plus en plus les offres intégrant de l'IA en agriculture, santé et cybersécurité. Les DSI doivent anticiper, dès 2026-2027, un reporting obligatoire de l'intégration IA dans les processus d'achat public, et aligner leurs projets pilotes sur les verticales prioritaires de la stratégie pour accéder aux financements et partenariats associés.
Sources et lectures complémentaires
- Algerian Government Announces Adoption of National AI Strategy — Digital Policy Alert
- Algeria Unveils AI Strategy to Boost Digital Transformation — Ecofin Agency
- Algeria inaugurates national AI school data centre — Middle East AI News
- Algeria Bets Big on AI Startups with New Investment Fund — Launch Base Africa
- Why Algeria Is Positioned To Become North Africa's AI Leader — New Lines Institute
- Artificial Intelligence — Algeria Market Forecast — Statista














