Pourquoi le 700 MHz est crucial pour l’Algérie
L’Algérie couvre 2,38 millions de kilomètres carrés, ce qui en fait le plus grand pays d’Afrique par superficie. Pourtant, les obligations de couverture de l’ARPCE ont historiquement mesuré la couverture de la population plutôt que la couverture géographique, incitant les opérateurs à concentrer leurs infrastructures dans les corridors urbains denses — Alger, Oran, Constantine, Annaba — tout en laissant de vastes étendues des Hauts Plateaux, des communautés sahariennes et des régions montagneuses de Kabylie avec un service haut débit dégradé ou inexistant.
La bande 700 MHz, souvent appelée « dividende numérique » car elle a été libérée par la transition de la diffusion télévisuelle analogique vers le numérique, offre une solution structurelle. Une seule tour cellulaire 700 MHz couvre environ quatre fois la superficie d’une tour 1 800 MHz, réduisant considérablement le nombre de stations de base nécessaires pour desservir les populations dispersées. Cet avantage de propagation — le signal pénètre mieux les bâtiments et voyage plus loin — en fait la fréquence la plus économiquement viable pour le déploiement du haut débit rural.
À l’échelle mondiale, l’Union internationale des télécommunications (UIT) a désigné la gamme 694-790 MHz comme deuxième dividende numérique pour le haut débit mobile, et plus de 130 pays ont alloué ou prévoient d’allouer cette bande. L’opportunité de l’Algérie réside dans l’exploitation de cet élan international tout en adaptant le déploiement à sa géographie unique.
Le paysage spectral actuel de l’Algérie
Suite à la vente aux enchères du spectre 5G de novembre 2025, l’ARPCE a attribué des licences de 15 ans aux trois opérateurs nationaux — ATM Mobilis, Ooredoo Algérie et Djezzy — pour un total combiné de 62,1 milliards DZD (~460 millions de dollars) en frais de licence initiaux. Le déploiement de la 5G, avec des services commerciaux lancés en décembre 2025, cible les zones urbaines, Mobilis ayant rapporté des vitesses maximales de 1,2 Gbps lors des essais.
Cependant, l’allocation 5G s’est concentrée sur les fréquences de bande moyenne et haute adaptées à la capacité urbaine, et non à la couverture rurale. Les réseaux mobiles actuels de l’Algérie fonctionnent sur 2 bandes GSM, 1 bande UMTS et 6 bandes LTE, mais manquent de spectre dédié sous 1 GHz pour le déploiement rural 4G/5G. La bande E-GSM (880-935 MHz) actuellement allouée aux trois opérateurs fournit une certaine couverture basse fréquence, mais la bande 700 MHz reste l’option la plus efficace pour étendre le haut débit aux zones mal desservies.
Le plan d’expansion de 4 500 zones
Le plan d’expansion du réseau mobile du gouvernement cible 4 500 zones supplémentaires d’ici 2027, en se concentrant sur les communautés de 500 à 2 000 habitants. Cette initiative vise à connecter environ un million de personnes qui dépendent actuellement des services 2G/3G ou qui n’ont aucun accès au haut débit mobile.
Le plan d’expansion fonctionne parallèlement au déploiement agressif de la fibre optique en Algérie. Algérie Télécom a signalé plus de 2 millions d’abonnés FTTH en avril 2025, avec la fibre atteignant environ 27 % des ménages. Le gouvernement cible une couverture fibre complète des quartiers d’ici 2026 et l’abandon total du cuivre d’ici 2027. Pour les zones rurales trop éloignées pour la fibre, le haut débit sans fil via le spectre basse fréquence devient la seule option économiquement viable.
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Défis réglementaires et techniques
Trois défis façonnent le calendrier de déploiement du 700 MHz en Algérie. Premièrement, le basculement numérique de la télévision analogique doit être achevé ou substantiellement avancé pour libérer la bande 700 MHz. La migration vers la télévision numérique en Algérie a progressé, mais la libération complète de la bande par les diffuseurs nécessite une coordination entre l’ARPCE, l’autorité de radiodiffusion et les opérateurs de télévision.
Deuxièmement, l’ARPCE doit concevoir des conditions d’enchères qui équilibrent la génération de revenus avec les obligations de couverture. Des enchères purement maximisant les revenus peuvent amener les opérateurs à payer des frais initiaux excessifs, réduisant leur capital disponible pour le déploiement d’infrastructures. Des pays comme l’Indonésie et le Bangladesh ont adopté des modèles d’enchères pondérées par la couverture où les opérateurs s’engagent sur des calendriers de déploiement rural spécifiques en échange de frais de spectre réduits.
Troisièmement, l’économie du déploiement rural reste un défi. Le renvoi satellitaire via le satellite Alcomsat-1 de l’Algérie alimente certains des sites cellulaires les plus éloignés, mais le coût opérationnel de l’entretien des tours dans des conditions sahariennes extrêmes — températures dépassant 50 degrés Celsius, tempêtes de sable, alimentation électrique limitée — contraint l’expansion. Les stations de base alimentées par l’énergie solaire et les modèles d’infrastructure partagée peuvent réduire les coûts par site mais nécessitent des cadres réglementaires que l’ARPCE est encore en train de développer.
Impact économique de la connectivité rurale
L’argumentaire économique pour le haut débit rural en Algérie s’étend au-delà des revenus des télécommunications. La connectivité numérique permet le suivi de l’agriculture de précision dans les régions agricoles des Hauts Plateaux, les services de télémédecine pour les communautés situées à des centaines de kilomètres de l’hôpital le plus proche, la prestation de services d’e-gouvernement qui réduit la nécessité de se déplacer physiquement vers les centres administratifs, et les services bancaires mobiles pour les populations actuellement exclues des services financiers formels.
La Banque mondiale estime qu’une augmentation de 10 % de la pénétration du haut débit dans les pays en développement correspond à une augmentation de 1,38 % de la croissance du PIB. Pour l’Algérie, combler la fracture numérique rurale n’est pas simplement un objectif de télécommunications — c’est un impératif de développement économique qui touche simultanément l’agriculture, la santé, l’éducation et l’inclusion financière.
Prochaines étapes
La séquence des actions réglementaires est déterminante. L’ARPCE doit finaliser le calendrier de libération du dividende numérique, concevoir le cadre d’allocation du 700 MHz (enchères, attribution administrative ou hybride) et fixer des obligations de couverture qui garantissent que les opérateurs desservent les communautés rurales plutôt que de se concentrer sur les zones semi-urbaines rentables.
Les trois opérateurs algériens ont la capacité financière d’investir — les frais de licence 5G combinés démontrent une volonté d’engager un capital significatif. La question est de savoir si la conception réglementaire crée les bonnes incitations pour le déploiement rural, ou si le spectre 700 MHz devient une couche supplémentaire de capacité urbaine.
Questions Fréquemment Posées
Qu’est-ce que le « dividende numérique » 700 MHz et pourquoi est-il important pour l’Algérie ?
La bande 700 MHz est un spectre de radiofréquences libéré par la transition de la diffusion télévisuelle analogique vers le numérique. Elle est d’une importance capitale pour l’Algérie car les signaux à cette fréquence voyagent quatre fois plus loin que les bandes à plus haute fréquence comme le 1 800 MHz et pénètrent les bâtiments plus efficacement. Pour un pays de 2,38 millions de kilomètres carrés avec des populations rurales dispersées, le 700 MHz permet une couverture haut débit avec moins de tours à moindre coût que toute fréquence alternative.
Quand l’Algérie allouera-t-elle la bande 700 MHz aux opérateurs mobiles ?
Aucun calendrier officiel n’a été annoncé pour une allocation dédiée du 700 MHz. Le processus dépend de l’achèvement du basculement vers la télévision numérique pour libérer les diffuseurs de la bande, du travail de conception réglementaire de l’ARPCE et de la coordination avec le plan d’expansion de 4 500 zones ciblant un achèvement d’ici 2027. Les pays de la région MENA sont à divers stades du déploiement du 700 MHz, l’Algérie étant en position d’apprendre des premiers adoptants.
Comment le déploiement du 700 MHz est-il lié au déploiement de la 5G en Algérie ?
La vente aux enchères du spectre 5G de novembre 2025 s’est concentrée sur les fréquences de bande moyenne et haute optimisées pour la capacité et la vitesse urbaines. La bande 700 MHz sert un objectif différent : étendre la couverture aux zones rurales et éloignées où les fréquences plus élevées sont économiquement impraticables. Les deux sont complémentaires — la 5G offre la vitesse dans les villes tandis que le 700 MHz offre la portée dans les campagnes. Certains pays déploient la 5G sur le 700 MHz pour une couverture à large zone en bande basse, une possibilité que l’Algérie pourrait explorer.
Sources et lectures complémentaires
- Algeria Concludes 5G Spectrum Auction — Spectrum Tracker
- Algeria Plans Mobile Network Expansion to 4,500 New Areas by 2027 — Ecofin Agency
- Algeria Reaches 1.5 Million Households Connected to Fiber-Optic — SAMENA
- Algeria Wireless Frequency Bands and Carriers — FrequencyCheck
- ITU Digital Dividend for Mobile Broadband






