Le marché mobile algérien : trois opérateurs, 55 millions de connexions
Le marché des télécommunications mobiles en Algérie est desservi par trois opérateurs : Mobilis (public, filiale d’Algérie Télécom), Djezzy (exploité par VEON Ltd., anciennement VimpelCom, l’État algérien détenant 51 % via le Fonds National d’Investissement) et Ooredoo Algeria (filiale du groupe Ooredoo, basé au Qatar). Ensemble, ils desservent environ 54,8 millions de connexions mobiles cellulaires en janvier 2025, selon GSMA Intelligence — un taux de pénétration de 116 % de la population totale, reflétant les pratiques d’utilisation multi-SIM courantes en Afrique du Nord. Cela représente une augmentation annuelle de 3,0 millions de connexions (+5,8 %), dont 91,4 % sont classées haut débit (3G, 4G ou 5G).
Mobilis mène en nombre d’abonnés, tandis que Djezzy détient environ 30,84 % de parts de marché selon les rapports disponibles. Ooredoo Algeria rivalise agressivement sur le débit de données et la qualité du réseau. Les trois opérateurs détiennent des licences 2G (GSM), 3G (UMTS/HSPA+) et 4G LTE. Le déploiement de la 4G LTE a débuté en 2016 suite à une vente aux enchères de spectre retardée — l’Algérie figurait parmi les derniers pays nord-africains à lancer la 4G, des années après le Maroc (2012) et la Tunisie (2014).
L’évolution la plus significative dans l’histoire des télécoms algériennes est survenue le 3 décembre 2025, lorsque l’Algérie a officiellement inauguré les services mobiles 5G commerciaux lors d’une cérémonie au Centre de Conférences Internationales Abdelatif-Rahal à Alger. Les trois opérateurs ont reçu des licences 5G — publiées au JORADP (Journal Officiel) numéro 77 le 20 novembre 2025 — pour un coût combiné de 63,9 milliards de DZD (environ 492 millions de dollars US). Huit wilayas ont été désignées comme zones pilotes initiales, le gouvernement imposant une couverture 5G nationale dans les six ans.
Tests de débit 4G en conditions réelles : les données
Mesurer la performance réseau nécessite de distinguer les sources de données. Ookla Speedtest capture les tests initiés par les utilisateurs — des personnes vérifiant activement leur connexion, souvent quand elles s’attendent à un bon signal — ce qui tend à produire des chiffres plus élevés. OpenSignal mesure passivement pendant l’utilisation normale du smartphone, fournissant une image de l’expérience quotidienne. Les deux sont légitimes mais racontent des histoires différentes.
Le rapport OpenSignal Mobile Network Experience d’avril 2025 pour l’Algérie fournit les données les plus granulaires par opérateur. Ooredoo Algeria mène sur l’expérience de vitesse de téléchargement à 13,8 Mbps — 69,7 % plus rapide que Mobilis et plus du double du score de Djezzy. En vitesse d’upload, Ooredoo mène à nouveau avec 5,8 Mbps, environ 1,7 Mbps devant Mobilis et Djezzy, à égalité en deuxième position. Ce sont des scores d’expérience réelle reflétant ce que les utilisateurs obtiennent réellement au quotidien, pas des conditions de pointe ou de laboratoire.
Pour la disponibilité 4G — le pourcentage de temps où les utilisateurs sont connectés en 4G plutôt qu’en repli 3G — Djezzy mène à 79,3 %, suivi d’Ooredoo à 75,6 % et Mobilis à 68,6 %. Cela signifie que les utilisateurs Djezzy passent le plus de temps sur les réseaux 4G, même si Ooredoo offre des débits plus rapides une fois connecté. Pour l’expérience vidéo, Ooredoo obtient 60,0, Djezzy 57,7 et Mobilis 54,4. Pour l’expérience gaming, les scores sont plus serrés : Mobilis 55,7, Ooredoo 54,7 et Djezzy 54,1.
Selon les standards régionaux, la performance haut débit mobile de l’Algérie la place dans le tier intermédiaire. Le Maroc et l’Afrique du Sud affichent systématiquement des débits médians plus élevés, tandis que des pays comme le Cameroun et l’Éthiopie se classent en dessous. La latence en 4G chez tous les opérateurs se situe généralement dans la bande 30-55 ms — adéquate pour la plupart des applications mais significativement plus élevée que les moins de 10 ms que promettent les réseaux 5G. Pour contexte, le haut débit fixe en Algérie via ADSL (qui domine encore les connexions résidentielles) délivre 5-12 Mbps en téléchargement avec 40-80 ms de latence, ce qui signifie que la 4G LTE est souvent plus rapide que l’internet domestique pour de nombreux Algériens.
5G : des essais au lancement commercial
Le lancement de décembre 2025 a transformé l’histoire de la 5G algérienne du spéculatif à l’opérationnel. Lors des essais de février 2025, Mobilis a rapporté des débits descendants de 1,2 Gbps, avec des vitesses utilisateur typiques dans la plage 150-300 Mbps — une amélioration de 10 à 30 fois par rapport à la 4G. Ces résultats d’essai, bien que conduits dans des conditions contrôlées, signalent le plafond de performance que l’infrastructure 5G peut offrir.
Le coût combiné de 492 millions de dollars des licences reflète la vision du gouvernement de la 5G comme infrastructure nationale critique. Le ministre de la Poste et des Télécommunications Sid Ali Zerrouki a présenté le lancement comme soutenant la stratégie nationale de modernisation de l’infrastructure des télécoms et de stimulation de l’économie numérique, avec des applications dans la santé, l’Industrie 4.0, l’éducation et la mobilité intelligente. Le déploiement initial cible huit wilayas, les trois opérateurs devant atteindre une couverture nationale dans les six ans.
L’impact pratique dépendra de plusieurs facteurs : la disponibilité des appareils (les smartphones 5G restent coûteux par rapport au pouvoir d’achat algérien), la densité des stations de base (8 wilayas est un début, pas une saturation), et l’efficacité de l’allocation du spectre. Les premiers déploiements 5G à l’échelle mondiale ont montré que les vitesses utilisateur réelles se stabilisent généralement à 100-300 Mbps dans les phases initiales — transformateur par rapport à la 4G mais en dessous des maximums théoriques. La question clé est la rapidité avec laquelle l’investissement en infrastructure se traduit en performance accessible aux consommateurs en dehors des wilayas pilotes initiales.
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Zones blanches : le problème géographique
Les 2,38 millions de kilomètres carrés de l’Algérie rendent la couverture universelle économiquement irréalisable. Les trois opérateurs concentrent leurs réseaux 4G LTE dans le corridor de population nord — l’Atlas Tellien et les Hauts Plateaux où vit la vaste majorité de la population. Dans cette zone, la couverture 4G dans les capitales de wilaya et les grandes villes (Alger, Oran, Constantine, Annaba, Blida, Sétif, Batna) est généralement solide, avec de multiples sites cellulaires couvrant les zones urbaines et périurbaines.
Les lacunes de couverture émergent sur trois types de terrain. Premièrement, la Kabylie montagneuse (wilayas de Tizi Ouzou, Béjaïa, Bouira) : la topographie accidentée du Djurdjura et de ses contreforts crée des zones mortes entre les vallées, où les signaux cellulaires sont bloqués par le relief. Circuler sur la RN12 entre Tizi Ouzou et Béjaïa révèle des chutes fréquentes de couverture vers la 3G ou une perte complète. Deuxièmement, les wilayas sahariennes du sud : sous la chaîne de l’Atlas, la couverture 4G existe principalement dans les capitales de wilaya (Ghardaïa, Ouargla, Béchar, Adrar, Tamanrasset) et le long des grandes routes nationales. S’aventurer à 50 kilomètres de la RN1 au Sahara fait chuter la connectivité au 2G GSM ou à rien. Troisièmement, les régions frontalières : les zones proches des frontières marocaine, tunisienne, libyenne, malienne et nigérienne ont fréquemment une couverture minimale, en partie pour des raisons de sécurité et de faible densité de population.
Les obligations de couverture de l’ARPCE imposent aux opérateurs de couvrir un pourcentage minimal de la population (pas de la superficie) en 4G, ce qui incite au déploiement urbain et périurbain plutôt qu’à l’expansion géographique. C’est économiquement rationnel — une seule tour cellulaire à Alger dessert des milliers d’utilisateurs tandis qu’une tour au Tassili n’Ajjer en dessert des dizaines — mais cela laisse un territoire significatif avec un service 2G/3G existant ou aucun service du tout. Le backhaul satellite (via Alcomsat-1) alimente certains des sites cellulaires les plus reculés, mais le coût opérationnel de la maintenance des tours dans les conditions extrêmes du Sahara contraint l’expansion.
Tarification, forfaits data et valeur pour le consommateur
La tarification des données mobiles en Algérie est parmi les plus compétitives d’Afrique, portée par une concurrence intense à trois. Le prépayé domine — environ 90 %+ des abonnements sont prépayés — et la concurrence se joue à travers les offres promotionnelles, les bonus data et les forfaits spécifiques aux réseaux sociaux. Les trois opérateurs proposent des forfaits data dans la gamme 15-30 Go pour 1 000-2 000 DZD, avec différentes durées de validité. L’introduction rapide de la 5G devrait modifier les structures tarifaires, bien que les premiers forfaits 5G n’aient pas encore été largement publiés début 2026.
Selon les standards mondiaux, la tarification des données mobiles en Algérie est raisonnable. Les données de l’Alliance for Affordable Internet (A4AI) et de l’UIT montrent que le coût du haut débit mobile en Algérie se situe à environ 1,5-2 % du RNB par habitant pour un forfait data de base — dans l’objectif d’accessibilité de la Commission Broadband des Nations Unies de moins de 2 %. La vraie proposition de valeur est que la 4G mobile — et maintenant la 5G émergente — surpasse souvent l’ADSL fixe en débit et fiabilité, faisant du mobile la méthode d’accès internet principale pour de nombreux ménages algériens.
Les forfaits entreprise et business sont tarifés de manière moins transparente. Les trois opérateurs proposent des forfaits business avec data mutualisée, gestion de compte dédiée et services VPN/APN, mais la tarification est généralement négociée plutôt que publiée. Les forfaits SIM machine-to-machine (M2M) pour les appareils IoT sont disponibles chez tous les opérateurs, soutenant le déploiement croissant d’appareils connectés dans l’agriculture, la logistique et la surveillance des utilités — des applications que le déploiement 5G devrait significativement améliorer.
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🧭 Radar de Décision
| Dimension | Évaluation |
|---|---|
| Pertinence pour l’Algérie | Essentielle — les réseaux mobiles sont la méthode d’accès internet principale pour la majorité des Algériens ; le lancement 5G de décembre 2025 marque une mise à niveau générationnelle de l’infrastructure. |
| Infrastructure prête ? | Substantiellement pour la 4G dans les zones peuplées ; 5G commercialement lancée dans 8 wilayas pilotes ; des lacunes significatives persistent dans le terrain sud/montagneux. |
| Compétences disponibles ? | Les opérateurs emploient des ingénieurs réseaux algériens ; le déploiement 5G nécessitera des compétences élargies en network slicing, edge computing et IoT. |
| Calendrier d’action | 5G maintenant active — l’adoption par les consommateurs dépend de l’accessibilité des appareils et de la densification du réseau sur les 2-3 prochaines années ; la couverture du sud nécessite une intervention politique continue. |
| Parties prenantes clés | Mobilis, Djezzy, Ooredoo, ARPCE, Ministère de la Poste et des Télécommunications, consommateurs, acheteurs entreprise, fournisseurs d’équipements (Huawei, Ericsson, Nokia). |
| Type de décision | Réglementaire et porté par le marché — l’ARPCE fixe les obligations de couverture et la politique spectrale ; les opérateurs investissent selon les dynamiques concurrentielles, les conditions de licence 5G et le ROI. |
En bref : Les réseaux mobiles algériens offrent une 4G fonctionnelle avec Ooredoo en tête sur le débit (13,8 Mbps en expérience de téléchargement) et Djezzy sur la disponibilité 4G (79,3 %). Le lancement commercial de la 5G en décembre 2025 — soutenu par 492 millions de dollars de licences combinées — marque un tournant transformationnel, avec des essais Mobilis montrant des pics à 1,2 Gbps. Pour la plupart des consommateurs et entreprises algériens, la connectivité mobile est désormais la meilleure expérience internet comparée à l’ADSL fixe, et la 5G creusera cet écart à mesure que le déploiement national sur six ans progresse.
Sources et lectures complémentaires
- Algeria Mobile Network Experience Report April 2025 — OpenSignal
- Algeria to Get 5G as Mobilis, Djezzy and Ooredoo Commence Rollouts — Developing Telecoms
- Algeria Launches 5G Rollout — Connecting Africa
- Algeria Awards 5G Licenses for Nearly $492 Million — Ecofin Agency
- 5G Officially Launched in Algeria — AL24 News
- Algeria Official Gazette #77: 5G Licenses — JORADP.NEWS
- Algeria’s Best and Worst Operators — Connecting Africa
- Algeria Telecom Operators Intelligence Report 2025 — GlobeNewsWire
- Ookla Speedtest Global Index — Algeria — Ookla
- Affordability Report — Alliance for Affordable Internet (A4AI)
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