Le secteur des PME en Algérie — environ 1,2 million d’entreprises — se trouve à un carrefour numérique. Les concurrents internationaux fonctionnent sur des infrastructures cloud natives. Les grandes entreprises algériennes migrent leurs systèmes critiques. Et les plus de 500 projets de transformation numérique du gouvernement dans le cadre de l’initiative Algérie Numérique 2030 instaurent des standards d’interaction digitale qui deviendront progressivement la norme pour toute relation commerciale.
Pourtant, la plupart des PME algériennes fonctionnent encore avec des serveurs locaux, des clés USB et l’email comme unique outil de collaboration. Ce guide s’adresse aux dirigeants et aux décideurs informatiques qui savent que la migration est inévitable et qui souhaitent un cadre pratique et honnête pour se lancer — sans jargon ni discours commercial.
Ce que le « cloud » signifie concrètement pour votre entreprise
L’informatique en nuage (cloud computing) n’est pas un produit unique. C’est un spectre de modèles de service :
SaaS (Software as a Service) : Vous utilisez un logiciel hébergé et maintenu par un tiers. Pas de serveurs, pas de personnel informatique nécessaire. Exemples : Google Workspace (messagerie, documents, tableurs), Microsoft 365, Zoho (CRM, comptabilité), Sage Business Cloud. C’est par là que la plupart des PME commencent, et c’est là que la valeur ajoutée est la plus immédiatement visible.
PaaS (Platform as a Service) : Un environnement de développement dans le cloud. Pertinent si votre entreprise développe des logiciels ou emploie des développeurs. Exemples : AWS Elastic Beanstalk, Google App Engine, Heroku.
IaaS (Infrastructure as a Service) : Des serveurs virtuels dans le cloud — l’équivalent de l’achat de matériel serveur, mais hébergé à distance. Plus flexible, mais nécessite une expertise informatique pour la configuration et la gestion. Exemples : AWS EC2, Microsoft Azure VMs, fournisseurs cloud algériens agréés.
Pour la plupart des PME algériennes, le parcours de migration commence par le SaaS — migrer la messagerie et les documents vers Google Workspace ou Microsoft 365 — puis évolue vers l’IaaS une fois l’étape SaaS maîtrisée.
Choisir le bon fournisseur pour l’Algérie
La question de la souveraineté des données
C’est la décision la plus importante spécifique au contexte algérien. La loi 18-07 (adoptée en juin 2018, appliquée depuis août 2023) établit que les transferts transfrontaliers de données personnelles algériennes nécessitent une autorisation préalable de l’ANPDP (Autorité Nationale de Protection des Données à caractère Personnel), opérationnelle depuis 2022. Le décret présidentiel n° 25-320 de décembre 2025 instaure en outre un cadre national de gouvernance des données couvrant la classification des données et l’interopérabilité sécurisée entre administrations publiques.
Avant de choisir un fournisseur, déterminez :
- Quelles données personnelles votre entreprise collecte-t-elle ? Fichiers clients, données des employés, informations de santé ?
- Certaines de ces données relèvent-elles de catégories « sensibles » (santé, biométrie, données de comptes financiers) ?
- Votre entreprise appartient-elle à un secteur réglementé (banque, assurance, santé) où des règles sectorielles de résidence des données s’appliquent ?
Si vos réponses indiquent que vous traitez des données personnelles sensibles de résidents algériens à grande échelle, vous avez besoin d’une infrastructure cloud hébergée sur le territoire national. Les principales options :
Algérie Télécom Cloud
- Data centers physiquement situés en Algérie : conformité garantie en matière de résidence des données
- Solide réputation auprès des clients du secteur public
- Support client en français et en arabe
- Propose la solution de stockage cloud iBOX pour la sauvegarde et le partage de fichiers
- Contact : algerietelecom.dz
Fournisseurs cloud agréés par l’ARPCE
- Depuis la loi n° 22-39 (2022) réglementant l’informatique en nuage et le stockage de données, l’ARPCE a agréé plusieurs entreprises algériennes pour fournir des services d’hébergement et de cloud, notamment ISAAL, AYRADE, eBS et ADEX Cloud
- Ces fournisseurs proposent des tarifs compétitifs adaptés aux charges de travail des PME
Pour les entreprises traitant des données non sensibles sans exigences sectorielles de résidence des données, les fournisseurs internationaux (Microsoft Azure, Google Cloud, AWS) dotés de solides cadres de protection de la vie privée sont utilisables — mais vérifiez votre cas d’usage spécifique au regard des recommandations de l’ANPDP et obtenez toute autorisation de transfert transfrontalier requise.
Le défi du paiement
Un obstacle pratique auquel de nombreuses PME algériennes sont confrontées : payer les fournisseurs cloud internationaux. AWS, Google Cloud et Azure exigent des moyens de paiement internationaux. On estime que seuls 2,8 % des Algériens détiennent des cartes de crédit valides à l’international, et les virements bancaires en devises étrangères se heurtent à des lourdeurs administratives.
Solutions :
- Fournisseurs cloud algériens (Algérie Télécom, fournisseurs agréés ARPCE) : ils acceptent les paiements en dinars via le système bancaire algérien standard
- Paiement via revendeur/partenaire : les fournisseurs cloud internationaux disposent de revendeurs algériens qui facturent en dinars et gèrent les transactions en devises étrangères. Contactez l’équipe commerciale du fournisseur pour obtenir la liste de leurs partenaires certifiés en Algérie.
- Cartes VISA professionnelles : plusieurs banques algériennes (BNA, BEA, BNP Paribas El Djazair) proposent des cartes VISA professionnelles à validité internationale adaptées aux paiements de services cloud
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Un plan de migration par étapes
Phase 1 : Migrer la messagerie et les outils collaboratifs (mois 1 à 3)
Transférer votre messagerie d’un serveur local ou d’un hébergement mutualisé vers Google Workspace ou Microsoft 365 constitue la première étape cloud au meilleur retour sur investissement pour pratiquement toute PME. Avantages :
- Garantie de disponibilité de 99,9 % — contre des serveurs locaux vulnérables aux coupures de courant et aux pannes matérielles
- Aucune maintenance serveur : mises à jour, correctifs et sauvegardes gérés par le fournisseur
- Accès depuis n’importe où : les employés peuvent travailler depuis n’importe quel appareil, n’importe quel lieu
- Collaboration en temps réel : la coédition élimine le problème du « quelle est la dernière version ? »
- Messagerie mobile : messagerie professionnelle sur smartphone sans configuration complexe
Coût de Google Workspace Business Starter : $7 par utilisateur et par mois sur un engagement annuel (tarifs mis à jour en janvier 2026, contre $6 en 2024). Pour une entreprise de 20 personnes, cela représente $140/mois — généralement moins que le coût en électricité d’un serveur de messagerie local fonctionnant 24h/24.
Phase 2 : Migrer le stockage de fichiers et les sauvegardes (mois 3 à 6)
Remplacez le disque réseau partagé et la routine de sauvegarde sur clé USB par du stockage cloud :
- Google Drive (inclus dans Workspace) ou Microsoft SharePoint/OneDrive pour le stockage collaboratif de fichiers
- Sauvegarde automatisée des appareils locaux vers le cloud (Backblaze B2 ou AWS S3) — protection essentielle contre les rançongiciels (ransomware) et les pannes matérielles
Phase 3 : Migrer les applications métier (mois 6 à 18)
L’étape la plus complexe : migrer les applications métier essentielles vers des alternatives hébergées dans le cloud ou en SaaS :
- Comptabilité : Sage Business Cloud, Zoho Books (tous deux avec interface en arabe et en français)
- CRM : Zoho CRM, HubSpot (offre gratuite disponible)
- ERP : Odoo — open source avec localisation algérienne officielle pour la comptabilité et les exigences fiscales, ainsi qu’un réseau de partenaires locaux pour l’accompagnement à la mise en œuvre
- Logiciels sectoriels : consultez votre éditeur actuel pour savoir s’il propose une version cloud de votre système existant
Liste de vérification de conformité avant la migration
Avant de transférer toute donnée client ou employé vers des plateformes cloud, complétez cette liste :
- ☐ Réexaminez votre politique de confidentialité — mentionne-t-elle le stockage cloud et identifie-t-elle le fournisseur ?
- ☐ Mettez à jour vos accords de traitement des données (Data Processing Agreements) avec le fournisseur cloud
- ☐ Confirmez la résidence des données : le fournisseur stocke-t-il vos données dans un lieu conforme aux exigences de la loi 18-07 pour vos types de données ?
- ☐ En cas de transfert de données hors d’Algérie, avez-vous obtenu l’autorisation de l’ANPDP ?
- ☐ Activez l’authentification multifacteur (MFA) sur tous les comptes administrateurs cloud avant de migrer la moindre donnée
- ☐ Établissez un plan d’exportation et de portabilité des données — que se passe-t-il si vous souhaitez changer de fournisseur dans 3 ans ?
- ☐ Formez les employés aux nouveaux systèmes avant la mise en production (les migrations cloud échouent plus souvent à cause de problèmes de gestion du changement que de problèmes techniques)
- ☐ Testez le processus de sauvegarde et de restauration avant de mettre hors service tout système sur site
Calculez votre coût réel
Les migrations cloud échouent souvent parce que les décideurs comparent directement les coûts d’abonnement cloud au coût perçu comme « gratuit » des serveurs locaux existants. La comparaison devrait porter sur le coût total :
Coût total actuel de l’infrastructure locale (estimation annuelle pour une PME de 20 personnes) :
- Amortissement du matériel serveur : $3 000–8 000
- Électricité de la salle serveur : $2 400–4 800
- Support informatique et maintenance : $3 600–12 000
- Supports de sauvegarde et stockage hors site : $600–1 200
- Pertes liées aux interruptions de service (1 à 2 jours/an à $500–2 000/jour) : $500–4 000
- Total : $10 100–30 000/an
Équivalent cloud (PME de 20 personnes, Google Workspace + sauvegarde cloud + sécurité) :
- Google Workspace Business Starter : $1 680/an ($7 × 20 utilisateurs × 12 mois)
- Sauvegarde cloud (Backblaze B2) : $480/an
- Outils de sécurité cloud : $600/an
- Total : $2 760/an
Les chiffres montrent rarement une augmentation des coûts lorsque le calcul est fait correctement. L’obstacle est perceptuel, pas économique.
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🧭 Radar de décision
| Dimension | Évaluation |
|---|---|
| Pertinence pour l’Algérie | Élevée — 1,2 million de PME encore majoritairement hébergées sur site ; la migration cloud est un enjeu de compétitivité immédiat alors qu’Algérie Numérique 2030 accélère les attentes en matière de numérisation. |
| Calendrier d’action | Immédiat — la migration SaaS (messagerie, collaboration) peut commencer dès aujourd’hui avec un minimum de prérequis techniques. Phases 2-3 dans un délai de 6 à 18 mois. |
| Parties prenantes clés | Dirigeants et directeurs généraux de PME, responsables informatiques des entreprises de taille intermédiaire, fournisseurs cloud algériens (Algérie Télécom, agréés ARPCE), ANPDP (conformité en matière de protection des données), ministère de l’Économie numérique et des Startups |
| Type de décision | Tactique — étapes concrètes et réalisables avec un retour sur investissement mesurable pour chaque entreprise |
| Niveau de priorité | Élevé — les économies sont significatives ($2 760 contre $10 100–30 000/an), et la pression concurrentielle des entreprises cloud natives s’intensifie |
En bref : Les PME algériennes devraient entamer leur migration cloud dès maintenant en commençant par la messagerie et les outils collaboratifs (Google Workspace ou Microsoft 365) — l’argument financier est imparable et la barrière technique minimale. L’étape cruciale spécifique à l’Algérie est la classification en matière de souveraineté des données : déterminez si vos données nécessitent un hébergement sur le territoire national en vertu de la loi 18-07 avant de choisir un fournisseur, et privilégiez les fournisseurs algériens agréés par l’ARPCE pour les données sensibles.
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