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Le marché cloud algérien atteindra 450 millions de dollars d ici 2035 : les moteurs de la croissance

février 20, 2026

Algeria cloud computing and data center infrastructure

Le marché algérien des data centers et de l’infrastructure cloud (informatique en nuage) est sur le point de quasiment doubler au cours de la prochaine décennie. Selon DC Market Insights, le marché passera d’environ 218 millions de dollars en 2025 à 447 millions de dollars d’ici 2035, soit un taux de croissance annuel composé de 7,39 %. Cette expansion est portée par une convergence entre numérisation pilotée par l’État, déploiement de la 5G, modernisation des entreprises et la construction du premier data center dédié à l’IA du pays. Pour les fournisseurs cloud et les investisseurs qui évaluent les marchés technologiques africains, l’Algérie en 2026 représente une opportunité de premier entrant.


Le sprint numérique du gouvernement : 500 projets

Le gouvernement algérien s’est engagé à mettre en œuvre plus de 500 projets de transformation numérique entre 2025 et 2026, dont environ les trois quarts visent à numériser et simplifier les services publics. Cette initiative s’inscrit dans la stratégie nationale plus large « Algérie Numérique 2030 », qui ambitionne de rendre 100 % des services publics accessibles en ligne d’ici 2030.

Le Haut-Commissariat à la Numérisation (HCN), qui relève directement de la Présidence, supervise l’ensemble du portefeuille : portails d’administration électronique, systèmes d’identité numérique et portail administratif national unifié. Un rapport d’avancement publié en 2024 a révélé que 67 % des procédures administratives avaient déjà été dématérialisées, réduisant le délai de dédouanement du commerce extérieur de 15 jours à trois. Chaque nouveau projet génère une demande en puissance de calcul, en stockage et en connectivité, propulsant la consommation cloud du secteur public algérien vers un nouveau palier.


Le data center IA d’Oran

En mars 2025, l’Algérie a lancé la construction d’un data center dédié à l’IA à Oran, deuxième ville du pays et pôle technologique émergent. Cette infrastructure publique est conçue pour fournir du calcul haute performance accéléré par GPU aux chercheurs, universités, startups et institutions publiques.

Le projet s’inscrit dans une ambition nationale en matière d’IA : le gouvernement s’est fixé l’objectif d’une contribution de l’IA à hauteur de 7 % du PIB d’ici 2027. Pour soutenir l’écosystème au sens large, Algérie Télécom a constitué un fonds d’investissement de 1,5 milliard de dinars (~11 millions de dollars) destiné aux startups spécialisées en IA, cybersécurité et robotique. En l’absence de tout hyperscaler mondial exploitant actuellement un data center en Algérie, les installations publiques comme le centre d’Oran constituent une infrastructure essentielle pour les charges de travail intensives en données.


La 5G comme couche de distribution du cloud

Fin 2025, l’Algérie a amorcé sa transition vers la 5G. En décembre 2025, le ministère de la Poste et des Télécommunications a attribué des licences 5G aux trois principaux opérateurs — Mobilis, Djezzy et Ooredoo — avec un déploiement initial dans huit wilayas pilotes et une obligation de couverture nationale dans un délai de six ans.

Les premiers tests réalisés par Mobilis ont atteint des débits de 1,2 Gbps, démontrant le potentiel de la 5G en tant que couche de distribution pour le cloud mobile, l’IoT et l’informatique en périphérie (edge computing). Le ministre Sid Ali Zerrouki a qualifié ce lancement d’« étape décisive » pour accélérer l’IA, l’informatique en nuage, la santé connectée et l’Industrie 4.0.

Le déploiement de la 5G s’appuie sur une connectivité fixe déjà profondément transformée. Algérie Télécom a franchi le cap des 2,9 millions d’abonnés FTTH fin 2025 — contre seulement 53 000 en 2020 — et le gouvernement prévoit de démanteler complètement le réseau cuivre historique d’ici 2027. La connectivité internationale s’améliore également : un nouveau partenariat avec Sparkle (Italie) pour un câble sous-marin viendra renforcer la redondance aux côtés du câble sous-marin Medusa, dont la mise en service est prévue en 2026.


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Modernisation des entreprises et banque numérique

Le secteur privé accélère sa migration vers le cloud. En mars 2025, la Banque d’Algérie a publié l’Instruction 02-2025, établissant les règles d’agrément pour les banques entièrement numériques. Les systèmes bancaires centraux historiques, hébergés sur site (on-premise), ne peuvent pas prendre en charge la banque mobile, l’ouverture de compte en ligne ni les paiements en temps réel — faisant de la migration vers le cloud une nécessité opérationnelle.

L’adoption numérique par les consommateurs progresse : 8,2 % des Algériens ont effectué des achats en ligne en 2023, avec un taux de pénétration des cartes de crédit de seulement 2,8 % et des cartes de débit de 22,9 %. L’écart entre l’intention numérique et l’infrastructure financière représente une marge de progression considérable pour les plateformes fintech basées sur le cloud. Parallèlement, l’opérateur télécom Djezzy a lancé des services cloud destinés aux entreprises en février 2025, signe que les opérateurs mobiles investissent le marché du cloud pour concurrencer les fournisseurs informatiques traditionnels.


Souveraineté des données : une contrainte qui devient opportunité

Les politiques strictes de localisation des données en Algérie créent un marché protégé pour les fournisseurs nationaux. La loi 18-07 (décembre 2024) impose que les contenus audiovisuels et médiatiques numériques soient hébergés sur des serveurs physiquement situés en Algérie, sous le domaine « .dz ». Un décret présidentiel (25-350) de décembre 2025 a en outre instauré un cadre national de gouvernance des données, traitant les données publiques comme un actif souverain.

En pratique, aucun grand hyperscaler mondial (AWS, Azure, Google Cloud) n’exploite actuellement de data center en Algérie. Les organisations soumises à des obligations de résidence des données doivent recourir à des fournisseurs locaux — et la liste est courte. Groupe Telecom Algérie (maison mère d’Algérie Télécom et de Mobilis) a lancé des services cloud domestiques depuis ses installations d’Alger et de Lakhdaria. Le segment des data centers en périphérie (edge) connaît également une croissance rapide, avec des projections passant de 9,54 millions de dollars en 2025 à 36,65 millions de dollars d’ici 2035, soit un TCAC de 14,26 %.

Cet environnement réglementaire garantit de fait la demande en capacité de data centers sur le territoire national, faisant de l’Algérie un marché émergent attractif pour les investisseurs en infrastructure.


Ce qui pourrait freiner la dynamique

Des lacunes infrastructurelles persistent. La fiabilité de l’alimentation électrique en dehors des grands centres urbains nécessite de lourds investissements dans des systèmes redondants (groupes électrogènes diesel, onduleurs). Le refroidissement, dans le climat méditerranéen et saharien de l’Algérie, alourdit les coûts d’exploitation. Et le vivier de talents spécialisés dans l’exploitation des data centers — des ingénieurs en refroidissement aux architectes réseau — n’atteint pas encore la profondeur requise.

Le défi du capital humain est en cours de traitement. Le gouvernement investit entre 550 et 850 millions de dollars dans le développement des compétences numériques. Un partenariat avec Huawei permettra de lancer des programmes de formation professionnelle en IA, cybersécurité et informatique en nuage dès 2026, tandis que des partenariats entre l’École Nationale Supérieure d’Intelligence Artificielle d’Algérie et des universités internationales renforcent les capacités de recherche. Néanmoins, combler le déficit de compétences prendra plusieurs années.


L’argumentaire d’investissement

Le marché algérien du cloud et des data centers est modeste aujourd’hui, mais structurellement positionné pour une croissance soutenue. La pénétration croissante d’Internet (72,9 % des 46 millions d’habitants début 2024), un taux de pénétration mobile de 95,2 %, la localisation imposée des données et plus de 500 projets gouvernementaux de numérisation créent un socle de demande qui existe indépendamment des cycles économiques.

Pour les fournisseurs internationaux, les partenariats locaux sont indispensables — Huawei et d’autres entreprises chinoises et européennes disposent déjà d’une empreinte significative sur les projets. Pour les investisseurs en infrastructure, la combinaison entre exigences de souveraineté des données et capacités actuelles limitées constitue un dossier convaincant. Pour les entrepreneurs algériens, la couche de services cloud managés représente le point d’entrée le plus accessible sur un marché qui va plus que doubler au cours de la prochaine décennie.

Jalon clé Date
Loi 18-07 promulguée (localisation des données) Décembre 2024
Plus de 500 projets numériques annoncés Décembre 2024
Pose de la première pierre du data center IA d’Oran Mars 2025
Publication de la réglementation bancaire numérique Mars 2025
Licences 5G attribuées (8 wilayas) Décembre 2025
Décret national de gouvernance des données Décembre 2025
Objectif de démantèlement du réseau cuivre 2027

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Radar de décision

Dimension Évaluation
Pertinence pour l’Algérie Élevée — cartographie directement la trajectoire de l’infrastructure cloud algérienne et les leviers politiques qui créent une demande garantie
Calendrier d’action 6-12 mois — le déploiement de la 5G est en cours, les 500+ projets gouvernementaux sont lancés et les lois sur la souveraineté des données sont déjà en vigueur
Parties prenantes clés DSI et directeurs d’infrastructure cloud/IT, responsables de la transformation numérique publique (HCN), opérateurs télécoms (Mobilis, Djezzy, Ooredoo), fondateurs de startups cloud/SaaS, investisseurs en infrastructure, directeurs informatiques bancaires
Type de décision Stratégique — les décisions d’entrée sur le marché, de partenariat et d’investissement doivent être prises maintenant, avant que les capacités ne soient saturées
Niveau de priorité Élevé

En bref : Le marché cloud algérien entre dans une phase de croissance structurelle, soutenue par des lois de souveraineté des données contraignantes et plus de 500 projets gouvernementaux générant une demande prévisible. Les responsables IT et les fournisseurs cloud devraient prioriser les partenariats locaux (notamment avec Algérie Télécom et les trois opérateurs mobiles) dans les 6 à 12 prochains mois, tandis que les investisseurs devraient évaluer le déficit de capacité en data centers comme l’opportunité d’infrastructure la plus immédiate.


Sources

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