Il y a une ironie discrète dans l’histoire énergétique de l’Algérie. Le pays repose sur certaines des réserves d’hydrocarbures les plus riches d’Afrique — gaz naturel et pétrole qui alimentent son économie depuis des décennies. Pourtant, juste au-dessus de ces réserves, le désert du Sahara reçoit plus de rayonnement solaire par mètre carré que presque partout ailleurs sur Terre. Le potentiel solaire de l’Algérie varie de 5 à 7 kWh/m2/jour sur l’ensemble de son territoire, avec les régions du sud affichant en moyenne 5,5-6,5 kWh/m2/jour et le nord de l’Algérie — où se concentrent la majorité de la population et des infrastructures — recevant encore un excellent 4,5-5,5 kWh/m2/jour.
Parallèlement, l’industrie mondiale des centres de données est en proie à une crise énergétique de sa propre fabrication. Les charges de travail IA dévorent l’électricité à des rythmes sans précédent. Le refroidissement seul représente 30-40 % de la consommation énergétique d’un centre de données typique.
Ces deux réalités — la ressource solaire extraordinaire de l’Algérie et la demande mondiale insatiable de puissance de calcul verte — représentent une convergence qui pourrait remodeler l’avenir économique de l’Algérie. Mais seulement si quelqu’un construit l’infrastructure pour les connecter.
La poussée mondiale vers les centres de données verts
L’industrie des centres de données a consommé environ 415 térawattheures (TWh) d’électricité en 2024, soit environ 1,5 % de la demande mondiale. Gartner prévoit une croissance de 16 % en 2025, avec une consommation totale attendue à 945 TWh d’ici 2030 selon l’Agence Internationale de l’Énergie. Les serveurs optimisés pour l’IA sont le principal moteur, avec une consommation électrique projetée en hausse de près de cinq fois, de 93 TWh en 2025 à 432 TWh d’ici 2030.
Pression réglementaire. La Directive sur l’efficacité énergétique de l’UE exige désormais que les centres de données de plus de 500 kW publient leurs performances énergétiques annuelles. Singapour a imposé un moratoire sur les nouvelles constructions de centres de données de 2019 à 2022.
Pression des entreprises. Google, Microsoft, Amazon et Meta se sont tous engagés à un approvisionnement 100 % renouvelable. Google vise une énergie 24/7 sans carbone d’ici 2030. En 2024, Google a signé des contrats pour environ 8 GW de capacité de production d’énergie propre.
Pression économique. L’énergie représente 40-60 % des dépenses d’exploitation des centres de données. En Virginie du Nord, les coûts de l’électricité de gros ont augmenté jusqu’à 267 % en cinq ans.
La ressource solaire de l’Algérie : les chiffres
Le Sahara reçoit 2 200-2 500 kWh/m2/an d’énergie solaire. Même le nord de l’Algérie reçoit 4,5-5,5 kWh/m2/jour — excellent par les standards mondiaux. Le Sahara couvre environ 2 millions de km2 du territoire algérien.
Le programme national d’énergie renouvelable vise 15 GW de capacité d’ici 2035. La pièce maîtresse est le programme Tafouk 1 — 11 centrales solaires photovoltaïques totalisant 4 GW, soutenu par environ 1,5 milliard d’euros d’investissement. L’Algérie a mis en service environ 400 MW de nouvelle capacité solaire PV en 2025, avec 1,48 GW supplémentaire attendu d’ici août 2026.
L’héritage de Desertec — et ses leçons
L’Initiative Industrielle Desertec (Dii), lancée en 2009, était un plan audacieux pour générer de l’énergie solaire et éolienne au Sahara et l’exporter vers l’Europe. Elle s’est effondrée. Les leçons sont instructives : l’énergie solaire saharienne a plus de sens quand elle est consommée localement. Un centre de données vert — qui localise la charge de calcul à la source d’énergie plutôt que de transmettre l’énergie — est précisément l’application qui manquait à Desertec.
Pourquoi les centres de données à la source d’énergie ont du sens
Une part significative et croissante des charges de travail des centres de données est insensible à la latence : entraînement de modèles IA (durant des jours à des semaines), traitement par lots, encodage de contenu, stockage d’archivage. Pour ces charges, le coût et la disponibilité de l’énergie comptent bien plus que la proximité des utilisateurs.
Le centre de données IA d’Oran : le premier pas de l’Algérie
Le 16 mars 2025, le Ministre de la Poste et des Télécommunications Sid Ali Zerrouki a posé la première pierre du premier centre de calcul haute performance orienté IA à Oran. Oran offre une connectivité internationale (système Alval/Orval jusqu’à 40 Tbps, câble Medex, ALPAL-2, SEA-ME-WE 4, futur câble MEDUSA), un irradiance solaire supérieur à 5 kWh/m2/jour, une infrastructure existante et une main-d’œuvre qualifiée.
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Optimisation du PUE en climat chaud
PUE expliqué. Le Power Usage Effectiveness mesure l’efficacité énergétique. Un PUE de 1,0 signifie que toute l’énergie va au calcul. La moyenne mondiale est d’environ 1,55.
Stratégies efficaces en climat chaud : le refroidissement par évaporation directe (dans le climat sec de l’Algérie, les systèmes évaporatifs consomment 22 fois moins d’énergie que les refroidisseurs à air), le refroidissement liquide (largement indépendant de la température ambiante), le refroidissement nocturne avec stockage thermique, et les emplacements en altitude (les Hauts Plateaux à 800-1 200 mètres offrent des températures estivales 5-10°C plus basses qu’Alger).
Un centre de données bien conçu en Algérie pourrait réalistement atteindre un PUE de 1,2-1,3.
Le cas économique : primes vertes et énergie compétitive
L’électricité solaire dans les emplacements optimaux est la forme de nouvelle production la moins chère au monde. Le LCOE moyen mondial pour le solaire PV était de 43 $/MWh en 2024, projeté à 35 $/MWh en 2025 et 25 $/MWh d’ici 2035. En Algérie, le solaire peut produire de l’électricité à 25-40 $/MWh. Avec stockage par batteries (record bas de 65 $/MWh fin 2025), une configuration solaire-plus-stockage en Algérie pourrait livrer de l’électricité à 40-55 $/MWh — compétitif avec les prix européens.
Concurrence régionale
Maroc : Le complexe solaire Noor à Ouarzazate (582 MW). Plus avancé en énergie renouvelable, accords de libre-échange avec l’UE et les USA. Arabie Saoudite : Accord DataVolt à NEOM de 5 milliards de dollars pour un centre de données de 1,5 GW. Égypte : 20 câbles sous-marins internationaux, hub de connectivité majeur.
L’Algérie se différencie par une ressource solaire supérieure dans le Sahara, une disponibilité massive de terrain, une localisation stratégique entre l’Afrique et l’Europe, le gaz naturel pour l’alimentation de secours, et un faible risque sismique.
Une stratégie de centre de données vert pour l’Algérie
Phase 1 (2026-2028) : Compléter le centre d’Oran comme installation de démonstration. Atteindre un PUE inférieur à 1,3. Établir le cadre réglementaire.
Phase 2 (2028-2031) : Développer un campus plus grand dans la région des Hauts Plateaux (Djelfa, M’sila, Batna). Attirer les fournisseurs cloud internationaux.
Phase 3 (2031-2035) : Positionner l’Algérie comme hub de calcul vert connectant l’Afrique et l’Europe — le « Nordic solaire » de la Méditerranée.
Ce qui doit se passer maintenant
- Exécuter le projet d’Oran dans les temps. 2. Établir un cadre d’investissement pour les centres de données verts. 3. Investir dans l’infrastructure de réseau. 4. Accélérer le programme solaire Tafouk 1. 5. Développer le vivier de talents. 6. Promouvoir la proposition.
Le Sahara a été la ressource la plus sous-utilisée de l’Algérie. Alors que le monde recherche désespérément de la puissance de calcul verte, le soleil du désert pourrait devenir aussi précieux que le gaz en dessous.
Questions Fréquemment Posées
Les centres de données peuvent-ils vraiment fonctionner uniquement à l’énergie solaire ?
Pas sans stockage. Avec 4-6 heures de stockage par batteries et le gaz en secours, une installation peut atteindre plus de 90 % d’utilisation solaire tout en maintenant 99,99 % de disponibilité.
La chaleur au Sahara rendrait-elle le refroidissement impossible ?
C’est une idée reçue. Le climat sec de l’Algérie est avantageux pour le refroidissement par évaporation. Les Hauts Plateaux à 800-1 200 m offrent des températures significativement plus fraîches. Les systèmes de refroidissement liquide de Microsoft éliminent virtuellement la consommation d’eau.
Comment le potentiel de l’Algérie se compare-t-il aux pays nordiques ?
Les nordiques offrent l’hydroélectricité bon marché et le refroidissement naturel pour les charges sensibles à la latence. L’Algérie ciblerait les charges insensibles à la latence (entraînement IA, traitement par lots, archivage). Les deux modèles sont complémentaires.
Sources et lectures complémentaires
- IEA — Data Center Energy Consumption Set to Double by 2030 to 945 TWh
- Algeria Launches Construction of an AI Supercomputing Center in Oran — We Are Tech Africa
- Algeria Solar Energy: Impressive Plant Expansion by 2026 — PVknowhow
- Algeria to Commission 1.48 GW of Solar Capacity by August — ESI Africa
- Global Solar Atlas — Algeria Irradiance Data
- IRENA — Global Average Solar LCOE at $0.043/kWh in 2024
- EU Energy Efficiency Directive — Energy Performance of Data Centres
- Google 24/7 Carbon-Free Energy Progress Report
- Desertec: What Went Wrong? — EcoMENA
- Battery Storage Hits $65/MWh Record Low — Electrek















