⚡ Points Clés

L’Instruction 06-2025 de la Banque d’Algérie établit le premier cadre fintech du pays avec des portefeuilles numériques à trois niveaux, une ségrégation obligatoire des fonds et un capital minimum de 160 M DZD pour les PSP. Les transactions numériques ont bondi de 71 % au T1 2024, la base de cartes EDAHABIA a doublé pour atteindre 14,3 millions, et l’adhésion au PAPSS connecte l’Algérie à plus de 150 banques africaines pour le règlement transfrontalier en monnaies locales.

En résumé : Les startups fintech devraient préparer leurs candidatures au bac à sable réglementaire dès maintenant, la fenêtre de lancement 2026 acceptant au moins 20 innovateurs par an pour tester des modèles de paiement sous supervision de la Banque d’Algérie.

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🧭 Radar de Décision

Pertinence pour l’Algérie
Élevée

Avec 57 % d’adultes non bancarisés et des transactions numériques en hausse de 71 % au T1 2024, cette réglementation façonne directement la manière dont des millions d’Algériens accéderont pour la première fois aux services financiers, tout en donnant aux startups fintech leur premier cadre juridique clair.
Calendrier d’action
Immédiat

L’Instruction 06-2025 est déjà en vigueur ; les PSP doivent se conformer aux exigences de capital, aux niveaux de portefeuilles et aux règles de ségrégation des fonds dès maintenant, et le bac à sable réglementaire est prévu pour 2026.
Parties prenantes clés
Startups fintech, Banque d’Algérie, Algérie Poste, banques commerciales, commerçants e-commerce, fabricants de terminaux de paiement, associations de consommateurs, populations non bancarisées
Type de décision
Stratégique

Cette réglementation définit les règles fondamentales de l’ensemble de l’écosystème de paiement numérique algérien jusqu’en 2030, déterminant quels modèles d’affaires sont viables et comment les consommateurs sont protégés.
Niveau de priorité
Critique

L’objectif de 50 % sans espèces d’ici 2030, l’intégration PAPSS et les incitations fiscales de la Loi de finances 2025 créent un calendrier comprimé où la conformité réglementaire précoce se traduit directement en position sur le marché.

En bref : Les fondateurs fintech devraient évaluer le cadre de portefeuilles à niveaux pour identifier les niveaux de service correspondant à leur marché cible — les portefeuilles de Niveau 1 avec un KYC minimal sont le chemin le plus rapide vers les 57 % de population non bancarisée. Les commerçants e-commerce doivent vérifier leur inscription au CNRC et leur conformité aux canaux de paiement autorisés sous la Loi 18-05. Le bac à sable réglementaire à venir (prévu 2026) offre un avantage de premier entrant aux startups prêtes à tester des modèles de paiement innovants.

Un socle réglementaire pour l’économie numérique algérienne

L’Algérie construit un cadre juridique complet pour protéger les consommateurs alors que le pays accélère sa transition vers une économie sans espèces. Avec des transactions financières numériques en hausse de 71 % au premier trimestre 2024 et la base de cartes EDAHABIA ayant plus que doublé pour atteindre 14,3 millions fin 2024, les enjeux de la protection des consommateurs n’ont jamais été aussi élevés. La convergence d’une nouvelle réglementation fintech, de règles e-commerce renforcées et de l’intégration de l’Algérie dans les réseaux de paiement continentaux marque un tournant pour les 57 % d’adultes algériens qui n’ont toujours pas de compte de transaction de base.

La réglementation PSP : le premier cadre fintech de l’Algérie

L’Instruction n° 06-2025 de la Banque d’Algérie, publiée le 17 août 2025, constitue le premier cadre réglementaire dédié aux prestataires de services de paiement (PSP) du pays. Comptant 36 articles, l’instruction établit des règles contraignantes pour les portefeuilles numériques, les réseaux d’agents et la protection des fonds des consommateurs — comblant une lacune qui avait laissé le secteur fintech algérien en croissance opérer sans garde-fous clairs.

La réglementation introduit un système de portefeuilles numériques à trois niveaux conçu pour concilier accessibilité et sécurité des consommateurs :

  • Les portefeuilles de Niveau 1 autorisent des soldes jusqu’à environ 100 000 DZD (~740 $) avec une identification basique, abaissant la barrière d’entrée pour les primo-utilisateurs du paiement numérique.
  • Les portefeuilles de Niveau 2 permettent des soldes jusqu’à 500 000 DZD (~3 700 $) mais exigent une justification de revenus et une pièce d’identité officielle.
  • Les portefeuilles de Niveau 3 supportent des soldes jusqu’à 1 000 000 DZD (~7 400 $) et imposent une vérification renforcée, incluant un entretien vidéo.

Fait crucial, la Banque d’Algérie surveillera les comptes de séquestre détenus par les PSP et pourra exiger des prestataires qu’ils maintiennent plusieurs comptes de séquestre selon leur profil de risque. Cela garantit que les fonds des consommateurs restent ségrégués et protégés même si un prestataire de paiement rencontre des difficultés financières. Chaque PSP doit avoir son siège en Algérie, exploiter sa plateforme de paiement sur le territoire national et maintenir un capital minimum de 160 millions de dinars — des exigences qui signalent l’intention de la banque centrale de bâtir un secteur fintech réglementé et ancré au niveau national.

Tous les services de paiement numérique doivent être effectués exclusivement en dinars algériens, renforçant la souveraineté monétaire tout en intégrant les transactions informelles en espèces dans l’économie numérique formelle.

Droits des consommateurs e-commerce sous la Loi 18-05

La législation e-commerce fondatrice de l’Algérie, la Loi n° 18-05 du 10 mai 2018, fournit l’ossature juridique de la protection des consommateurs dans les transactions numériques. La loi définit des droits clairs pour le « consommateur électronique » — toute personne qui acquiert des biens ou services par des communications électroniques pour un usage final — et impose des exigences de transparence aux fournisseurs en ligne.

En vertu de la Loi 18-05, les commerçants en ligne doivent divulguer leur identification fiscale, leurs coordonnées physiques et électroniques, des informations détaillées sur les produits et les conditions complètes de la transaction avant de conclure toute vente. Les paiements électroniques doivent passer par des canaux de paiement dédiés et autorisés, créant une piste d’audit qui protège les consommateurs contre la fraude.

L’inscription au Centre national du registre du commerce (CNRC) reste obligatoire pour tous les opérateurs e-commerce, avec un code d’activité dédié (607.074) pour le commerce en ligne. Opérer sans inscription expose les commerçants à des sanctions financières et à la confiscation de marchandises, une disposition qui contribue à protéger les consommateurs des vendeurs non réglementés.

Le ministère du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national travaille actuellement sur une nouvelle législation spécifiquement adaptée au paysage e-commerce en évolution, visant à établir un cadre plus clair qui empêche l’émergence de places de marché virtuelles non réglementées tout en soutenant la croissance entrepreneuriale et la confiance des consommateurs.

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Expansion des portefeuilles numériques et inclusion financière

L’écosystème de paiement numérique algérien a connu une croissance rapide. L’application BaridiMob d’Algérie Poste a dépassé les 5 millions de téléchargements sur Android et est devenue l’application financière la plus téléchargée du pays. En juin 2025, Algérie Poste a lancé Baridi Pay, un service de paiement sans contact par QR code accessible via l’application BaridiMob. Les transactions sont confirmées par authentification SMS, avec transfert instantané des fonds du compte client vers celui du commerçant.

Le projet d’interopérabilité des paiements mobiles, connu sous le nom de « Switch mobile », est désormais opérationnel, permettant des virements interbancaires instantanés et des paiements compte à compte par QR code entre les banques algériennes et Algérie Poste. WimPay BNA, le portefeuille numérique de la Banque Nationale d’Algérie, a également élargi ses fonctionnalités, proposant paiements, règlement de factures, recharges mobiles et transferts entre particuliers.

Ces développements répondent directement au défi d’inclusion financière de l’Algérie. Les données Global Findex de la Banque mondiale montrent que 57 % des adultes algériens — et 71 % des femmes — n’ont toujours pas accès à un compte de transaction de base. Le système de portefeuilles à niveaux de l’Instruction 06-2025 est spécifiquement conçu pour servir ces populations, les portefeuilles de Niveau 1 ne nécessitant qu’une identification minimale pour leur ouverture.

Le gouvernement a créé le Comité national des paiements en 2024 pour coordonner les efforts de modernisation, renforcer la sécurité des transactions dans le secteur bancaire et promouvoir l’inclusivité — une démarche stratégique qui a accompagné la croissance mesurable des volumes de transactions numériques.

Paiements transfrontaliers et intégration continentale

Le cadre de protection des consommateurs de l’Algérie s’étend au-delà des transactions domestiques. En août 2025, la Banque d’Algérie a officiellement rejoint le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), devenant le 18e pays du réseau. Le PAPSS, développé par la Banque africaine d’import-export, permet le règlement direct des paiements transfrontaliers entre banques centrales africaines en monnaies locales, éliminant le recours à des monnaies intermédiaires non africaines.

Pour les consommateurs et entreprises algériens, l’adhésion au PAPSS signifie des coûts de transaction réduits pour le commerce intra-africain — le système a permis des économies allant jusqu’à 27 % pour les utilisateurs finaux dans les pays participants. Le calendrier s’aligne avec l’accueil par l’Algérie de la Foire commerciale intra-africaine 2025 (IATF2025) à Alger et l’engagement plus large du pays avec la Zone de libre-échange continentale africaine.

Avec la Tunisie, l’Égypte et le Maroc déjà connectés, la participation de l’Algérie complète un corridor nord-africain au sein du réseau PAPSS, reliant plus de 150 banques commerciales à travers le continent.

La route vers 2030 : stratégie fintech et incitations fiscales

La Stratégie fintech 2024-2030 de l’Algérie fournit la feuille de route globale. La stratégie vise 50 % de transactions sans espèces d’ici 2030 et prévoit la création d’un bac à sable réglementaire d’ici 2026 pour permettre à au moins 20 startups fintech de tester des innovations chaque année. Le gouverneur de la Banque d’Algérie a même énoncé un objectif plus ambitieux : faire de l’Algérie une société sans espèces d’ici 2028.

Pour accélérer l’adoption, la Loi de finances 2025 a introduit des incitations fiscales pour les paiements électroniques. Des exemptions de droits de timbre s’appliquent désormais aux paiements effectués par voie électronique, et la TVA ainsi que les droits de douane sont supprimés sur les kits d’assemblage de terminaux de paiement électronique jusqu’en décembre 2027. Ces mesures fiscales complètent le cadre réglementaire en réduisant les barrières de coût tant pour les commerçants que pour les consommateurs.

La Loi monétaire et bancaire de 2023 a posé des bases supplémentaires en introduisant des dispositions pour les prestataires de services de paiement, les banques numériques, les banques d’investissement et une éventuelle monnaie numérique de banque centrale — signalant que l’infrastructure réglementaire de l’économie numérique algérienne continuera de s’étendre.

Ce que cela signifie pour les consommateurs algériens

La convergence de la réglementation PSP, de l’application du cadre e-commerce, de l’expansion des portefeuilles numériques et de l’intégration des paiements continentaux crée un filet de sécurité multicouche pour les consommateurs algériens entrant dans l’économie numérique. Les exigences de ségrégation des fonds protègent l’épargne dans les portefeuilles numériques. L’inscription obligatoire des commerçants dissuade les opérateurs frauduleux. La vérification d’identité par niveaux rend la finance numérique accessible tout en augmentant la sécurité avec le montant des transactions. Et l’intégration PAPSS garantit que les protections transfrontalières s’étendent au commerce intra-africain.

Pour les 57 % d’adultes non bancarisés, ces protections ne sont pas des réalisations réglementaires abstraites — ce sont les conditions préalables de la confiance. Et la confiance, plus que la technologie, déterminera si l’Algérie atteint ses ambitions de 2030 en matière d’économie sans espèces.

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Questions Fréquemment Posées

Quels sont les trois niveaux de portefeuilles numériques sous la nouvelle réglementation PSP algérienne ?

L’Instruction 06-2025 crée trois niveaux : le Niveau 1 autorise des soldes jusqu’à 100 000 DZD (environ 740 $) avec une identification basique, conçu pour les primo-utilisateurs. Le Niveau 2 permet des soldes jusqu’à 500 000 DZD (3 700 $) avec justificatif de revenus et pièce d’identité officielle. Le Niveau 3 supporte des soldes jusqu’à 1 000 000 DZD (7 400 $) et exige une vérification renforcée incluant un entretien vidéo. Le système à niveaux concilie inclusion financière et exigences de sécurité progressives.

Comment l’adhésion au PAPSS bénéficie-t-elle aux consommateurs et entreprises algériens ?

L’Algérie a rejoint le Système panafricain de paiement et de règlement en août 2025, devenant le 18e pays membre. Le PAPSS permet le règlement direct des paiements transfrontaliers entre banques centrales africaines en monnaies locales, éliminant les conversions intermédiaires coûteuses. Les pays participants ont constaté des économies allant jusqu’à 27 % sur les coûts de transaction transfrontaliers. Avec la Tunisie, l’Égypte et le Maroc déjà connectés, l’Algérie complète un corridor nord-africain reliant plus de 150 banques commerciales à travers le continent.

Quelles incitations fiscales existent pour l’adoption du paiement numérique en Algérie ?

La Loi de finances 2025 a introduit plusieurs mesures incitatives : des exemptions de droits de timbre pour les paiements électroniques, plus des exonérations de TVA et de droits de douane sur les kits d’assemblage de terminaux de paiement électronique jusqu’en décembre 2027. Ces mesures fiscales réduisent les barrières de coût tant pour les commerçants déployant des terminaux que pour les consommateurs adoptant le paiement sans espèces, complétant le cadre réglementaire pour accélérer la transition vers l’objectif de 50 % sans espèces d’ici 2030.

Sources et lectures complémentaires