Ce que les deux décrets exigent
Le décret présidentiel 25-321, signé le 30 décembre 2025, a établi la Stratégie nationale de cybersécurité de l’Algérie pour 2025-2029. Quelques semaines plus tard, le décret 26-07 du 7 janvier 2026 a créé le cadre opérationnel, imposant des unités de cybersécurité dédiées au sein des institutions publiques et définissant leurs missions, leur organisation et leurs responsabilités.
Ensemble, les décrets exigent de chaque opérateur d’infrastructure critique — les entreprises énergétiques comme Sonatrach et Sonelgaz, les opérateurs télécoms Algérie Télécom, Mobilis, Djezzy et Ooredoo, les banques, les systèmes de santé, les réseaux de transport et les services numériques de l’État — qu’il établisse des fonctions de cybersécurité dédiées. Il s’agit d’un mandat légal, pas d’une recommandation.
Pour les organisations qui traitaient auparavant la sécurité comme une responsabilité à temps partiel du département informatique, cela signifie créer des postes entièrement nouveaux : responsables de la sécurité des systèmes d’information (RSSI), équipes de centre opérationnel de sécurité (SOC), spécialistes de la réponse aux incidents, architectes de sécurité et responsables de la conformité. La stratégie impose également le signalement des incidents dans des délais définis à un CERT national, des audits de sécurité réguliers et des programmes de formation dans les agences gouvernementales et les secteurs critiques.
L’urgence est quantifiable. Kaspersky a enregistré plus de 70 millions de cyberattaques visant l’Algérie en 2024, ainsi que 13 millions de tentatives de phishing et près de 750 000 pièces jointes malveillantes. L’Algérie se classe 17e mondiale parmi les nations les plus ciblées, tout en restant au stade « en développement » (Tier 3) de l’Indice mondial de cybersécurité 2024 de l’UIT.
Le déficit de talents que l’Algérie doit combler
L’étude ISC2 sur la main-d’œuvre en cybersécurité de 2024 a identifié 4,8 millions de postes non pourvus dans le monde, avec un déficit en hausse de 19 % en glissement annuel. L’étude de 2025 a réorienté l’analyse des effectifs vers les pénuries de compétences, mais le déséquilibre structurel entre l’offre et la demande persiste. Dans la région MENA, le déficit est particulièrement aigu, la cybersécurité s’étant développée plus tardivement en tant que discipline professionnelle qu’en Amérique du Nord et en Europe.
L’Algérie ne dispose pas de données publiées sur la taille exacte de sa main-d’œuvre en cybersécurité, mais les indicateurs suggèrent un déficit sévère. L’enquête State of Software Engineering in Algeria n’a recensé que 8 ingénieurs en cybersécurité parmi 517 professionnels IT interrogés. Sur l’ensemble du continent africain, seuls 20 000 professionnels certifiés en cybersécurité existent. Les universités algériennes — USTHB, ESI, Université d’Oran, Université de Constantine — proposent des programmes d’informatique avec des cours de sécurité, et le campus technologique de Sidi Abdellah abrite des écoles couvrant la cybersécurité aux côtés des programmes d’intelligence artificielle de l’ENSIA. Mais la production universitaire est fortement théorique : les diplômés comprennent le chiffrement RSA sur le plan mathématique mais n’ont peut-être jamais configuré un pare-feu ni traité un incident de sécurité.
Le gouvernement réagit. En février 2026, le ministère de la Formation professionnelle a lancé de nouveaux programmes de qualification en cybersécurité orientés certification en coordination avec l’Agence de sécurité des systèmes d’information (ASSI), dans le cadre des 285 000 nouvelles places de formation professionnelle incluant des parcours de certification en cybersécurité alignés sur les normes internationales comme ISO 27001, CISSP et CEH. Ces programmes répondent au besoin à moyen terme mais ne peuvent combler le déficit immédiat.
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Ce que rapportent les postes et leurs prérequis
La hiérarchie des carrières en cybersécurité en Algérie se structure rapidement, avec des données de rémunération qui commencent à se stabiliser.
Débutant (0-2 ans) : Les analystes SOC et les administrateurs de sécurité IT perçoivent environ 80 000-100 000 DZD par mois dans les entreprises algériennes. Les analystes SOC surveillent les alertes, effectuent le tri et escaladent les incidents à l’aide d’outils SIEM. Les formateurs en sensibilisation à la sécurité, un nouveau rôle créé par les mandats de formation de la stratégie, sont en demande croissante dans les agences gouvernementales.
Intermédiaire (3-7 ans) : Les testeurs d’intrusion (pentesters), les analystes de réponse aux incidents et les ingénieurs en sécurité perçoivent 100 000-200 000 DZD par mois, les pentesters indépendants gagnant nettement plus auprès de clients internationaux. Les analystes GRC (gouvernance, risque, conformité) gérant la conformité avec le nouveau cadre réglementaire représentent le rôle intermédiaire à la croissance la plus rapide. Environ 22 % des professionnels algériens de la cybersécurité travaillent à distance pour des employeurs internationaux, accédant à une rémunération considérablement supérieure.
Senior (8+ ans) : Les RSSI et les architectes de sécurité perçoivent 300 000-600 000 DZD par mois ou plus dans les grandes organisations. L’Algérie ne compte peut-être que quelques dizaines d’individus véritablement qualifiés pour le rôle de RSSI dans l’ensemble des secteurs, face à une demande de plusieurs centaines. La contrainte d’offre à ce niveau est extrême.
Comment entrer dans la cybersécurité depuis l’Algérie
L’écosystème de certification reste la principale barrière et le principal facteur de différenciation. Les frais d’examen sont libellés en devises étrangères — CompTIA Security+ coûte 425 $, le CEH entre 950 et 1 199 $, le CISSP 749 $ et l’OSCP 1 749 $ — un coût prohibitif par rapport aux salaires locaux, compliqué par les restrictions sur les paiements internationaux. Les rares Algériens titulaires du CISSP ou de l’OSCP figurent parmi les professionnels les plus recherchés du pays.
Des voies plus accessibles existent. Les compétitions CTF organisées par CyberTalents Algeria, OWASP Algiers et les communautés locales de sécurité exposent les participants à des défis réels en rétro-ingénierie, exploitation web et forensique à un coût minimal. Les équipes nationales algériennes de CTF ont obtenu des résultats honorables lors des compétitions régionales Arab and Africa Regional Cybersecurity CTF, démontrant que le talent brut existe même là où l’infrastructure de formation formelle est en retard. Plusieurs employeurs recrutent désormais directement à partir des classements CTF.
Les plateformes en ligne — TryHackMe, Hack The Box et SANS Cyber Ranges — proposent des parcours structurés du débutant au profil opérationnel en 6 à 12 mois. Les obstacles pour les Algériens sont l’accès aux paiements et la fiabilité d’internet pour les exercices de laboratoire, mais ces voies restent plus accessibles que la certification formelle.
Les employeurs rapportent systématiquement que la démonstration pratique l’emporte sur les diplômes papier. Un candidat présentant des résultats CTF, un laboratoire personnel documenté ou des contributions open source en sécurité surpassera un candidat ayant simplement mémorisé les réponses d’examen. Les compétences en communication comptent tout autant : un analyste SOC capable de rédiger des rapports d’incidents compréhensibles par des dirigeants non techniques a plus de valeur qu’un analyste techniquement supérieur mais qui communique mal.
Repères régionaux et réalités concrètes
La DGSSI du Maroc est opérationnelle depuis 2011, offrant une avance institutionnelle de 14 ans. L’agence de cybersécurité tunisienne (ANSI, désormais remplacée par l’ANCS depuis 2023) est active depuis 2004. L’avantage stratégique de l’Algérie réside dans le catalyseur réglementaire actuel — une demande obligatoire sur un calendrier compressé signifie que les premiers arrivants font face à moins de concurrence que les professionnels des marchés plus matures.
Les compromis honnêtes méritent d’être reconnus. Les salaires algériens en cybersécurité, bien que compétitifs localement, restent une fraction des taux internationaux — le même analyste SOC gagnant 100 000 DZD par mois à Alger percevrait trois à cinq fois plus dans le Golfe ou en Europe. Cela crée une pression permanente de fuite des cerveaux. De nombreuses organisations mettent en place des fonctions de sécurité pour la première fois, ce qui signifie que les professionnels peuvent consacrer autant d’énergie à construire la culture de sécurité organisationnelle qu’à effectuer un travail technique. Et pour les rôles hautement spécialisés — rétro-ingénierie de malwares, renseignement sur les menaces avancées, opérations red team — le marché local n’offre peut-être pas encore une profondeur suffisante, poussant les praticiens avancés vers le travail international à distance.
Aucune de ces réalités ne diminue l’opportunité fondamentale. Le marché algérien de la cybersécurité devrait atteindre 183 millions de dollars d’ici 2029. Le cadre réglementaire garantit une demande soutenue pendant au moins quatre ans. Et dans un marché aussi contraint en offre, ceux qui investissent dans des compétences pratiques maintenant définiront la trajectoire de la profession dans le pays.
Questions Fréquemment Posées
Quels emplois en cybersécurité sont les plus demandés en Algérie actuellement ?
Les analystes SOC, les ingénieurs en sécurité et les spécialistes GRC dominent la demande immédiate. Le décret 25-321 exige de tous les opérateurs d’infrastructure critique — télécoms, énergie, banque, santé et administration — qu’ils établissent des fonctions de sécurité dédiées, créant une pression de recrutement particulièrement forte. Les testeurs d’intrusion et les RSSI sont en demande extrême mais nécessitent davantage d’expérience et de certifications.
Ai-je besoin d’un diplôme universitaire pour travailler en cybersécurité en Algérie ?
Un diplôme aide mais n’est pas strictement requis au niveau débutant. Les nouveaux parcours de cybersécurité dans le cadre de l’initiative des 285 000 places de formation, l’expérience en compétitions CTF, les certifications comme CompTIA Security+ (425 $) ou CEH (950-1 199 $), ainsi que les compétences pratiques démontrées via des plateformes comme TryHackMe ou Hack The Box constituent des voies d’accès viables. Pour les postes seniors et gouvernementaux, un diplôme est généralement attendu.
Quelles certifications devrais-je viser en priorité depuis l’Algérie ?
Commencez par CompTIA Security+ à 425 $ — c’est la certification la plus accessible, largement reconnue et réalisable en autoformation en 3 à 6 mois. Après avoir acquis de l’expérience professionnelle, envisagez le CEH pour les tests d’intrusion ou le CISM pour les rôles de management. Le CISSP (749 $) est l’objectif à long terme pour les professionnels seniors mais nécessite cinq ans d’expérience. L’OSCP (1 749 $) est la référence absolue en sécurité offensive et confère la plus forte prime de marché.
Sources et lectures complémentaires
- ISC2 2024 Cybersecurity Workforce Study — 4.8 Million Global Shortfall
- Algeria Adopts 2025-2029 National Cybersecurity Strategy — WeAreTech Africa
- Algeria Expands Vocational Training for Cybersecurity — TechAfrica News
- Cybersecurity in Algeria: Rise as a Strategic Hub — Systelium
- Cybersecurity and Governance — State of Software Engineering in Algeria
- CyberTalents Algeria National Cyber Security CTF
- CompTIA State of Cybersecurity 2025 — Skills Gap Analysis















