⚡ Points Clés

Les deux décrets algériens de cybersécurité (25-321 et 26-07) imposent des équipes de sécurité dédiées dans tous les secteurs d’infrastructure critique, des télécoms à la banque en passant par l’énergie. Kaspersky ayant enregistré 70 millions de cyberattaques contre l’Algérie en 2024 avec seulement quelques milliers de professionnels dédiés à l’échelle nationale, l’écart offre-demande est le plus extrême de la main-d’œuvre technologique du pays. Les analystes SOC débutants perçoivent 80 000-100 000 DZD par mois, tandis que les RSSI seniors atteignent 300 000-600 000 DZD.

En résumé : Les professionnels IT et les étudiants en Algérie devraient commencer à développer leurs compétences en cybersécurité immédiatement via les compétitions CTF et la certification CompTIA Security+, car le mandat réglementaire garantit une demande soutenue jusqu’en 2029.

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🧭 Radar de Décision

Pertinence pour l’Algérie
Élevé

Les décrets 25-321 et 26-07 créent des obligations de cybersécurité juridiquement contraignantes pour chaque opérateur d’infrastructure critique du pays, générant directement des milliers de nouveaux postes professionnels dans les secteurs des télécoms, de l’énergie, de la banque et de l’administration.
Calendrier d’action
Immédiat

Les organisations recrutent déjà pour respecter les délais de conformité, et les 285 000 places de formation professionnelle lancées en février 2026 indiquent que le gouvernement attend une montée en charge rapide de la main-d’œuvre dès maintenant.
Parties prenantes clés
Professionnels IT, diplômés universitaires, responsables RH, institutions de formation
Type de décision
Stratégique

Il s’agit d’un changement structurel du marché du travail technologique algérien, pas d’une tendance temporaire. Le mandat réglementaire crée une demande soutenue sur plusieurs années qui modifie fondamentalement le calcul de carrière des professionnels IT.
Niveau de priorité
Critique

Avec seulement quelques milliers de professionnels dédiés à la cybersécurité face à une demande plusieurs fois supérieure, le déséquilibre offre-demande est le plus extrême de tout segment de la main-d’œuvre technologique algérienne.

En bref : Si vous êtes un professionnel IT ou un étudiant en Algérie, la cybersécurité est l’investissement de carrière au meilleur retour que vous puissiez faire aujourd’hui. Commencez par participer aux CTF via CyberTalents Algeria ou OWASP Algiers, visez la certification CompTIA Security+ dans les six mois, et postulez aux postes d’analyste SOC chez les opérateurs télécoms et les banques qui constituent activement leurs équipes dans le cadre de la nouvelle stratégie.

Ce que les deux décrets exigent

Le décret présidentiel 25-321, signé le 30 décembre 2025, a établi la Stratégie nationale de cybersécurité de l’Algérie pour 2025-2029. Quelques semaines plus tard, le décret 26-07 du 7 janvier 2026 a créé le cadre opérationnel, imposant des unités de cybersécurité dédiées au sein des institutions publiques et définissant leurs missions, leur organisation et leurs responsabilités.

Ensemble, les décrets exigent de chaque opérateur d’infrastructure critique — les entreprises énergétiques comme Sonatrach et Sonelgaz, les opérateurs télécoms Algérie Télécom, Mobilis, Djezzy et Ooredoo, les banques, les systèmes de santé, les réseaux de transport et les services numériques de l’État — qu’il établisse des fonctions de cybersécurité dédiées. Il s’agit d’un mandat légal, pas d’une recommandation.

Pour les organisations qui traitaient auparavant la sécurité comme une responsabilité à temps partiel du département informatique, cela signifie créer des postes entièrement nouveaux : responsables de la sécurité des systèmes d’information (RSSI), équipes de centre opérationnel de sécurité (SOC), spécialistes de la réponse aux incidents, architectes de sécurité et responsables de la conformité. La stratégie impose également le signalement des incidents dans des délais définis à un CERT national, des audits de sécurité réguliers et des programmes de formation dans les agences gouvernementales et les secteurs critiques.

L’urgence est quantifiable. Kaspersky a enregistré plus de 70 millions de cyberattaques visant l’Algérie en 2024, ainsi que 13 millions de tentatives de phishing et près de 750 000 pièces jointes malveillantes. L’Algérie se classe 17e mondiale parmi les nations les plus ciblées, tout en restant au stade « en développement » (Tier 3) de l’Indice mondial de cybersécurité 2024 de l’UIT.

Le déficit de talents que l’Algérie doit combler

L’étude ISC2 sur la main-d’œuvre en cybersécurité de 2024 a identifié 4,8 millions de postes non pourvus dans le monde, avec un déficit en hausse de 19 % en glissement annuel. L’étude de 2025 a réorienté l’analyse des effectifs vers les pénuries de compétences, mais le déséquilibre structurel entre l’offre et la demande persiste. Dans la région MENA, le déficit est particulièrement aigu, la cybersécurité s’étant développée plus tardivement en tant que discipline professionnelle qu’en Amérique du Nord et en Europe.

L’Algérie ne dispose pas de données publiées sur la taille exacte de sa main-d’œuvre en cybersécurité, mais les indicateurs suggèrent un déficit sévère. L’enquête State of Software Engineering in Algeria n’a recensé que 8 ingénieurs en cybersécurité parmi 517 professionnels IT interrogés. Sur l’ensemble du continent africain, seuls 20 000 professionnels certifiés en cybersécurité existent. Les universités algériennes — USTHB, ESI, Université d’Oran, Université de Constantine — proposent des programmes d’informatique avec des cours de sécurité, et le campus technologique de Sidi Abdellah abrite des écoles couvrant la cybersécurité aux côtés des programmes d’intelligence artificielle de l’ENSIA. Mais la production universitaire est fortement théorique : les diplômés comprennent le chiffrement RSA sur le plan mathématique mais n’ont peut-être jamais configuré un pare-feu ni traité un incident de sécurité.

Le gouvernement réagit. En février 2026, le ministère de la Formation professionnelle a lancé de nouveaux programmes de qualification en cybersécurité orientés certification en coordination avec l’Agence de sécurité des systèmes d’information (ASSI), dans le cadre des 285 000 nouvelles places de formation professionnelle incluant des parcours de certification en cybersécurité alignés sur les normes internationales comme ISO 27001, CISSP et CEH. Ces programmes répondent au besoin à moyen terme mais ne peuvent combler le déficit immédiat.

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Ce que rapportent les postes et leurs prérequis

La hiérarchie des carrières en cybersécurité en Algérie se structure rapidement, avec des données de rémunération qui commencent à se stabiliser.

Débutant (0-2 ans) : Les analystes SOC et les administrateurs de sécurité IT perçoivent environ 80 000-100 000 DZD par mois dans les entreprises algériennes. Les analystes SOC surveillent les alertes, effectuent le tri et escaladent les incidents à l’aide d’outils SIEM. Les formateurs en sensibilisation à la sécurité, un nouveau rôle créé par les mandats de formation de la stratégie, sont en demande croissante dans les agences gouvernementales.

Intermédiaire (3-7 ans) : Les testeurs d’intrusion (pentesters), les analystes de réponse aux incidents et les ingénieurs en sécurité perçoivent 100 000-200 000 DZD par mois, les pentesters indépendants gagnant nettement plus auprès de clients internationaux. Les analystes GRC (gouvernance, risque, conformité) gérant la conformité avec le nouveau cadre réglementaire représentent le rôle intermédiaire à la croissance la plus rapide. Environ 22 % des professionnels algériens de la cybersécurité travaillent à distance pour des employeurs internationaux, accédant à une rémunération considérablement supérieure.

Senior (8+ ans) : Les RSSI et les architectes de sécurité perçoivent 300 000-600 000 DZD par mois ou plus dans les grandes organisations. L’Algérie ne compte peut-être que quelques dizaines d’individus véritablement qualifiés pour le rôle de RSSI dans l’ensemble des secteurs, face à une demande de plusieurs centaines. La contrainte d’offre à ce niveau est extrême.

Comment entrer dans la cybersécurité depuis l’Algérie

L’écosystème de certification reste la principale barrière et le principal facteur de différenciation. Les frais d’examen sont libellés en devises étrangères — CompTIA Security+ coûte 425 $, le CEH entre 950 et 1 199 $, le CISSP 749 $ et l’OSCP 1 749 $ — un coût prohibitif par rapport aux salaires locaux, compliqué par les restrictions sur les paiements internationaux. Les rares Algériens titulaires du CISSP ou de l’OSCP figurent parmi les professionnels les plus recherchés du pays.

Des voies plus accessibles existent. Les compétitions CTF organisées par CyberTalents Algeria, OWASP Algiers et les communautés locales de sécurité exposent les participants à des défis réels en rétro-ingénierie, exploitation web et forensique à un coût minimal. Les équipes nationales algériennes de CTF ont obtenu des résultats honorables lors des compétitions régionales Arab and Africa Regional Cybersecurity CTF, démontrant que le talent brut existe même là où l’infrastructure de formation formelle est en retard. Plusieurs employeurs recrutent désormais directement à partir des classements CTF.

Les plateformes en ligne — TryHackMe, Hack The Box et SANS Cyber Ranges — proposent des parcours structurés du débutant au profil opérationnel en 6 à 12 mois. Les obstacles pour les Algériens sont l’accès aux paiements et la fiabilité d’internet pour les exercices de laboratoire, mais ces voies restent plus accessibles que la certification formelle.

Les employeurs rapportent systématiquement que la démonstration pratique l’emporte sur les diplômes papier. Un candidat présentant des résultats CTF, un laboratoire personnel documenté ou des contributions open source en sécurité surpassera un candidat ayant simplement mémorisé les réponses d’examen. Les compétences en communication comptent tout autant : un analyste SOC capable de rédiger des rapports d’incidents compréhensibles par des dirigeants non techniques a plus de valeur qu’un analyste techniquement supérieur mais qui communique mal.

Repères régionaux et réalités concrètes

La DGSSI du Maroc est opérationnelle depuis 2011, offrant une avance institutionnelle de 14 ans. L’agence de cybersécurité tunisienne (ANSI, désormais remplacée par l’ANCS depuis 2023) est active depuis 2004. L’avantage stratégique de l’Algérie réside dans le catalyseur réglementaire actuel — une demande obligatoire sur un calendrier compressé signifie que les premiers arrivants font face à moins de concurrence que les professionnels des marchés plus matures.

Les compromis honnêtes méritent d’être reconnus. Les salaires algériens en cybersécurité, bien que compétitifs localement, restent une fraction des taux internationaux — le même analyste SOC gagnant 100 000 DZD par mois à Alger percevrait trois à cinq fois plus dans le Golfe ou en Europe. Cela crée une pression permanente de fuite des cerveaux. De nombreuses organisations mettent en place des fonctions de sécurité pour la première fois, ce qui signifie que les professionnels peuvent consacrer autant d’énergie à construire la culture de sécurité organisationnelle qu’à effectuer un travail technique. Et pour les rôles hautement spécialisés — rétro-ingénierie de malwares, renseignement sur les menaces avancées, opérations red team — le marché local n’offre peut-être pas encore une profondeur suffisante, poussant les praticiens avancés vers le travail international à distance.

Aucune de ces réalités ne diminue l’opportunité fondamentale. Le marché algérien de la cybersécurité devrait atteindre 183 millions de dollars d’ici 2029. Le cadre réglementaire garantit une demande soutenue pendant au moins quatre ans. Et dans un marché aussi contraint en offre, ceux qui investissent dans des compétences pratiques maintenant définiront la trajectoire de la profession dans le pays.

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Questions Fréquemment Posées

Quels emplois en cybersécurité sont les plus demandés en Algérie actuellement ?

Les analystes SOC, les ingénieurs en sécurité et les spécialistes GRC dominent la demande immédiate. Le décret 25-321 exige de tous les opérateurs d’infrastructure critique — télécoms, énergie, banque, santé et administration — qu’ils établissent des fonctions de sécurité dédiées, créant une pression de recrutement particulièrement forte. Les testeurs d’intrusion et les RSSI sont en demande extrême mais nécessitent davantage d’expérience et de certifications.

Ai-je besoin d’un diplôme universitaire pour travailler en cybersécurité en Algérie ?

Un diplôme aide mais n’est pas strictement requis au niveau débutant. Les nouveaux parcours de cybersécurité dans le cadre de l’initiative des 285 000 places de formation, l’expérience en compétitions CTF, les certifications comme CompTIA Security+ (425 $) ou CEH (950-1 199 $), ainsi que les compétences pratiques démontrées via des plateformes comme TryHackMe ou Hack The Box constituent des voies d’accès viables. Pour les postes seniors et gouvernementaux, un diplôme est généralement attendu.

Quelles certifications devrais-je viser en priorité depuis l’Algérie ?

Commencez par CompTIA Security+ à 425 $ — c’est la certification la plus accessible, largement reconnue et réalisable en autoformation en 3 à 6 mois. Après avoir acquis de l’expérience professionnelle, envisagez le CEH pour les tests d’intrusion ou le CISM pour les rôles de management. Le CISSP (749 $) est l’objectif à long terme pour les professionnels seniors mais nécessite cinq ans d’expérience. L’OSCP (1 749 $) est la référence absolue en sécurité offensive et confère la plus forte prime de marché.

Sources et lectures complémentaires