Un marché en pleine croissance — sur des fondations fragiles
Le marché du e-commerce algérien connaît une trajectoire extraordinaire. Selon Statista, le secteur a généré environ 799 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2024, avec des projections dépassant les 2 milliards de dollars d’ici 2029. Le Groupement Algérien des Acteurs du Numérique (GAAN) a rapporté en septembre 2024 que le marché avait déjà dépassé 1,5 milliard de dollars, avec plus de 18 millions de cartes de paiement en circulation. Le nombre d’utilisateurs du e-commerce devrait augmenter de 2,3 millions (+32,72 %) entre 2024 et 2029, pour atteindre 9,35 millions d’utilisateurs.
Le rapport annuel E-commerce and Digital Economy Year in Review 2024 de la CNUCED estime les ventes e-commerce locales de l’Algérie à 1,9 milliard de dollars en 2023, soit 0,8 % du PIB. Les entreprises de e-commerce enregistrées ont connu un taux de croissance annuel moyen de 92 % depuis 2020, tandis que les transactions de paiement en ligne pour les biens et services ont triplé entre 2020 et 2024. La loi 18-05, promulguée en mai 2018, a fourni le cadre juridique du commerce électronique, exigeant des détaillants en ligne qu’ils s’inscrivent auprès du Centre National du Registre du Commerce (CNRC) et hébergent leurs sites web en Algérie.
Mais derrière ces chiffres de croissance impressionnants se cache un problème structurel fondamental. L’écrasante majorité des transactions e-commerce en Algérie ne sont pas réglées par des paiements numériques, mais par de l’argent liquide remis au livreur à la porte du client. Le paiement à la livraison n’est pas un mode de paiement en Algérie — c’est le mode de paiement, représentant environ 95 % des achats en ligne.
Les cartes de crédit personnelles restent extrêmement limitées en Algérie, avec très peu de commerçants acceptant les cartes de crédit internationales. La plupart des échanges commerciaux se font sur des plateformes informelles telles que les réseaux sociaux et les applications de messagerie, avec un paiement en espèces à la livraison. Si les cartes CIB de SATIM et les cartes Edahabia d’Algérie Poste existent — totalisant 3,5 millions de cartes CIB et 10,1 millions de cartes Edahabia en 2022 — leur utilisation pour les achats en ligne reste marginale par rapport aux volumes totaux de transactions.
Le résultat est un écosystème e-commerce qui a réussi la découverte numérique et la commande numérique — mais qui repose encore sur un mécanisme de paiement physique et analogique introduisant friction, risque et coût au point le plus critique du parcours client.
L’épidémie de RTS : le plus grand poison du e-commerce
Si le COD est le fondement sur lequel repose le e-commerce algérien, alors le Retour à l’Expéditeur (RTS) est la fissure qui traverse ce fondement.
Le RTS survient lorsqu’un client refuse un colis livré ou n’est pas disponible pour le réceptionner — le livreur revient à l’adresse, ne trouve personne, ou le client refuse simplement de payer. Le colis retourne au commerçant. Et le commerçant paie — deux fois.
Comme le décrit la plateforme logistique algérienne Colisify, le phénomène de Retour à l’Expéditeur est le « plus grand poison » du e-commerce algérien. Quand un client refuse un produit ou devient injoignable, le commerçant paie le double des frais d’expédition — les frais de livraison aller et les frais de retour — entièrement de sa poche. Le produit revient en stock (souvent en état invendable après manutention et transport), la vente s’évapore, et le commerçant absorbe une perte sèche.
L’économie est brutale. Prenons une transaction typique : un commerçant vend un produit à 3 000 dinars avec une marge de 30 % (900 dinars de profit). L’expédition coûte 400 dinars dans chaque sens. Si le client accepte la livraison, le commerçant dégage un bénéfice net de 500 dinars. Si le client refuse, le commerçant perd 800 dinars en frais d’expédition seuls — soit la quasi-totalité de la marge d’une vente réussie. Un seul RTS annule le profit de la prochaine livraison réussie. À grande échelle, un taux de RTS supérieur à 15-20 % peut pousser une opération e-commerce dans le rouge.
Le problème est amplifié par la géographie de l’Algérie. La livraison vers les wilayas reculées du sud ou de l’intérieur montagneux implique des frais d’expédition nettement plus élevés et des délais de transit plus longs. Un RTS sur un envoi vers Tamanrasset ou Bechar ne se contente pas de doubler le coût d’expédition — il peut représenter une perte totale équivalente à plusieurs livraisons urbaines réussies.
Pourquoi les clients refusent : la psychologie du COD
Pour comprendre pourquoi les taux de RTS sont si élevés en Algérie, il faut comprendre la psychologie de l’achat avec paiement à la livraison.
Le COD élimine l’engagement financier au moment de la commande. Un client qui parcourt un magasin Instagram à minuit peut passer une commande sans aucune conséquence financière — aucun numéro de carte saisi, aucun montant débité, aucun investissement personnel. Au moment où le livreur arrive 48 à 72 heures plus tard, l’impulsion qui a motivé l’achat peut avoir entièrement disparu.
Plusieurs comportements expliquent les taux de RTS élevés :
Les commandes impulsives sans engagement. L’absence de paiement anticipé signifie que les clients traitent les commandes comme provisoires plutôt que contraignantes. Le marketing sur les réseaux sociaux — en particulier sur Facebook et Instagram, qui dominent le paysage informel du e-commerce algérien — est conçu pour déclencher des achats impulsifs. Sans barrière de paiement, l’entonnoir de conversion capture des commandes qui n’étaient jamais de véritables intentions d’achat.
La couverture multi-commandes. Les clients commandent fréquemment le même produit auprès de plusieurs vendeurs, prévoyant d’accepter celui qui arrive en premier et de refuser les autres. Dans un marché aux délais de livraison incohérents, c’est un comportement rationnel du point de vue du client — et dévastateur pour les commerçants qui perdent la course.
Les problèmes d’adresse et de contact. Le système d’adressage de l’Algérie reste imprécis dans de nombreuses zones. Les livreurs naviguent par repères visuels et appels téléphoniques plutôt que par adresses standardisées. Si le téléphone du client est éteint, s’il est au travail, ou s’il ne répond tout simplement pas, le colis devient non livrable.
Le décalage entre les attentes et le produit. Sans possibilité d’inspecter les biens avant l’achat — en particulier pour la mode, l’électronique et les cosmétiques — les clients utilisent la livraison comme point d’inspection. Si le produit ne correspond pas aux photos ou à la description (un problème courant dans l’écosystème du commerce social largement non réglementé en Algérie), le client refuse à la porte.
Le timing financier. Un client qui a commandé le jour de paie peut recevoir la livraison pendant une période financièrement tendue. Sans paiement anticipé, la décision de refuser est sans friction.
L’effet cumulatif est qu’un pourcentage substantiel des commandes COD est passé sans intention ferme de finaliser l’achat. À l’échelle mondiale, les taux de retour COD sont significativement plus élevés que ceux des commandes prépayées — et en Algérie, où l’infrastructure de retours, de remboursements et de service après-vente est moins mature, l’écart est encore plus grand.
L’écosystème de livraison : construire l’infrastructure sous pression
Le secteur logistique algérien a répondu à la croissance du e-commerce avec une énergie entrepreneuriale remarquable. Une génération de startups de livraison a émergé pour servir le marché, chacune tentant de résoudre le défi du dernier kilomètre dans un pays à la géographie complexe, aux infrastructures inégales et à la dépendance extrême au COD.
Yalidine Express, fondée en 2013, est devenue l’un des principaux services de messagerie d’Algérie, livrant dans plus de 1 469 communes à travers 56 wilayas. L’entreprise propose la livraison le jour même dans les villes du nord, le suivi en temps réel et la collecte de COD jusqu’à 150 000 dinars. Son vaste réseau d’agences et de bureaux régionaux constitue l’épine dorsale opérationnelle d’une part significative des livraisons e-commerce en Algérie.
Maystro Delivery, fondée en 2019, s’est positionnée au service de milliers de boutiques e-commerce enregistrées, avec plus de 500 employés et des opérations couvrant l’Algérie et la Tunisie. Au-delà de la simple livraison, Maystro propose l’entreposage, l’enlèvement, l’emballage, la collecte d’espèces et le support de centre d’appels — reflétant la réalité que les commerçants e-commerce algériens ont besoin de bien plus que du simple transport.
ZR Express opère à travers 54 wilayas avec 45 agences, offrant une couverture de livraison qui atteint des communautés à travers une grande partie du pays.
Le secteur logistique a connu une croissance régulière, avec de nouvelles entreprises de livraison lancées régulièrement pour répondre à la demande croissante du e-commerce. La super-app Yassir, soutenue par environ 150 millions de dollars lors de sa Série B en 2022 (portant le financement total à environ 200 millions de dollars), opère dans 45 villes et intègre de plus en plus la livraison dans sa plateforme de VTC et de livraison de repas.
Mais les entreprises de livraison sont prises dans le même piège du COD que les commerçants qu’elles servent. Leur modèle économique dépend des livraisons réussies — quand un colis est refusé, l’entreprise de livraison supporte le coût du trajet retour et les frais généraux opérationnels de la tentative échouée. Certaines entreprises ont instauré des pénalités ou réduit les plafonds de COD pour atténuer l’exposition aux RTS, mais ces mesures risquent de pousser les commerçants vers des concurrents offrant des conditions plus souples.
Les attentes des consommateurs : l’étau des 24-48 heures
Alors que le COD crée une fragilité financière, les attentes des consommateurs compriment simultanément les délais de livraison de manière à mettre sous tension l’infrastructure logistique.
Les consommateurs algériens du e-commerce attendent de plus en plus une livraison sous 24 à 48 heures, en se comparant au service le jour même de Yalidine dans la capitale et à la tendance mondiale vers la gratification instantanée. Le suivi en temps réel est devenu une attente de base plutôt qu’une fonctionnalité premium — les consommateurs veulent savoir où se trouve leur colis à chaque instant.
Cela crée une dynamique opérationnelle punitive pour les entreprises de livraison. Une livraison plus rapide nécessite plus de points de distribution, plus de personnel de livraison et un routage plus sophistiqué — ce qui augmente les coûts. Mais le modèle COD signifie que le revenu ne se matérialise que lorsque le client accepte et paie. Une livraison échouée en mode jour même est plus coûteuse qu’une livraison échouée en J+3, car le service plus rapide exige une logistique plus intensive en ressources.
L’écart d’attentes est particulièrement aigu en dehors des grandes villes. Alors qu’Alger, Oran et Constantine disposent d’une infrastructure de livraison permettant un service le jour même ou le lendemain, les wilayas des Hauts Plateaux, du sud et des zones rurales font face à des défis structurels — distances plus longues, moins de points de distribution et coûts par livraison plus élevés. Les clients de ces zones attendent de plus en plus un service de niveau urbain, mais les conditions économiques ne le permettent pas dans un modèle COD avec des taux de RTS élevés.
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Le facteur du commerce social : Facebook et Instagram comme vitrines
Une dimension critique du problème du COD en Algérie est la domination du commerce social — acheter et vendre via des pages Facebook, des comptes Instagram et des groupes WhatsApp plutôt que via des plateformes e-commerce dédiées.
L’Algérie comptait 25,6 millions d’identités d’utilisateurs de réseaux sociaux en janvier 2025, et pour de nombreux commerçants, une page Facebook constitue l’intégralité de leur vitrine numérique. Il n’y a pas de panier d’achat, pas de flux de paiement, pas de système de paiement intégré. Un client voit un produit dans son fil d’actualité, envoie un message direct, fournit une adresse de livraison et attend que le colis arrive. La transaction est scellée par une poignée de main virtuelle, pas par un paiement.
Ce modèle de commerce informel amplifie toutes les pathologies du COD. Il n’y a pas de système d’inventaire vérifié — le produit présenté peut différer de celui expédié. Il n’y a pas de politique de retour structurée. Il n’y a pas de mécanisme de résolution des litiges au-delà du blocage sur les réseaux sociaux. Et il n’y a aucun moyen de collecter un paiement anticipé, car les plateformes utilisées pour la vente n’ont pas de traitement de paiement intégré pour le marché algérien.
L’ampleur du commerce social en Algérie est difficile à quantifier précisément car il opère en grande partie en dehors du cadre formel du e-commerce établi par la loi 18-05. De nombreux vendeurs sociaux ne s’inscrivent pas au CNRC, n’émettent pas de factures et ne collectent ni ne reversent de taxes. Ils opèrent dans une zone grise que la loi sur le e-commerce était censée réguler mais qu’elle peine à atteindre.
Pour le consommateur, l’absence de structure formelle signifie que le COD n’est pas simplement une préférence — c’est un mécanisme de protection rationnel contre un marché non réglementé. Pour le commerçant, cette même absence de structure signifie qu’il supporte l’intégralité du risque de la transaction, y compris les frais d’expédition des produits qui ne se vendent jamais.
Le déficit de confiance : pourquoi les Algériens ne prépayent pas
La solution évidente au problème du COD est le prépaiement électronique. Si les clients payaient avant l’arrivée du livreur, les taux de RTS s’effondreraient, les marges des commerçants se stabiliseraient, et l’ensemble de l’écosystème deviendrait économiquement viable.
Mais les Algériens ont des raisons profondes pour leur réticence à prépayer en ligne.
Les recherches sur le comportement des consommateurs algériens identifient systématiquement la méfiance envers la sécurité des paiements électroniques comme un obstacle majeur à l’adoption du paiement en ligne. Il ne s’agit pas d’une paranoïa irrationnelle — cela reflète la réalité d’un écosystème où les protections du consommateur sont naissantes, la résolution des litiges est peu fiable, et les recours pour une transaction prépayée mal tournée sont limités.
Le rapport State of Inclusive Instant Payment Systems d’AfricaNenda classe l’Algérie comme un pays « émergent » en matière d’adoption des paiements numériques, notant que si les obstacles d’accès sont relativement faibles (forte pénétration d’Internet et des smartphones), les obstacles prédominants concernent « les facteurs de première utilisation tels que le manque de besoin et le manque de sensibilisation aux paiements numériques ». La plupart des utilisateurs de paiements numériques de leur échantillon algérien les utilisaient moins de trois fois par mois.
La nature informelle d’une grande partie du e-commerce algérien amplifie le problème de confiance. Une part significative des ventes en ligne se fait via des pages Facebook, des comptes Instagram et des groupes WhatsApp — des plateformes sans traitement de paiement intégré, sans protection de l’acheteur et sans résolution formelle des litiges. Un client qui prépaye par virement bancaire à un vendeur Facebook et reçoit un produit défectueux n’a essentiellement aucun recours. Le COD, malgré toutes ses inefficacités, offre au client un point d’inspection final et le pouvoir de refuser.
Un rapport de 2023 a révélé que seulement 3 % des entreprises étaient équipées pour traiter les paiements numériques, principalement en raison des coûts d’installation élevés et d’une infrastructure inadéquate — limitant encore davantage les possibilités pour les consommateurs disposés à payer par voie numérique.
Briser le cycle : ce qu’il faudrait
Le goulot d’étranglement du COD n’est pas un problème unique avec une solution unique. C’est un défi systémique qui nécessite une action coordonnée sur plusieurs dimensions.
Un cadre réglementaire pour la protection de l’acheteur. La loi e-commerce algérienne (18-05) fournit une base, mais les consommateurs ont besoin de mécanismes de résolution des litiges visibles et accessibles pour les achats en ligne. Un consommateur qui sait qu’il peut récupérer son argent si un produit est défectueux est un consommateur plus enclin à prépayer.
Des modèles de prépaiement partiel. Certains commerçants algériens ont expérimenté l’exigence d’un acompte partiel (typiquement 500-1 000 dinars) au moment de la commande, avec le solde collecté à la livraison. Ce petit engagement filtre les commandes impulsives les plus légères tout en préservant le filet de sécurité COD pour les consommateurs. L’approche a montré des résultats prometteurs dans la réduction des taux de RTS sans éliminer le mécanisme de confiance.
L’intégration de DZMobPay avec les plateformes e-commerce. Le déploiement du système de paiement mobile interopérable algérien — actuellement proposé par sept banques et Algérie Poste, avec des plans d’extension à 15 banques en 2026 — crée l’infrastructure pour des paiements en ligne fluides. Mais l’infrastructure seule ne suffit pas — les plateformes e-commerce doivent intégrer DZMobPay comme option de paiement, et les consommateurs doivent être incités à l’utiliser par des remises, une livraison plus rapide ou un service prioritaire. Début novembre 2025, DZMobPay comptait 79 130 utilisateurs et 11 873 commerçants — un début, mais encore modeste par rapport à l’échelle du e-commerce algérien.
Des signaux de crédibilité des commerçants. La vérification au niveau des plateformes (badges vendeur vérifié, historique des transactions, avis clients) peut construire la confiance qui réside actuellement dans le mécanisme COD. Le défi est d’étendre ces fonctionnalités au-delà des plateformes formelles vers l’écosystème informel du commerce social où se déroule une grande partie des ventes en ligne algériennes.
La gestion des RTS par les données. Les entreprises de livraison utilisent de plus en plus l’analyse de données pour prédire et prévenir les RTS. Colisify, par exemple, recommande la confirmation téléphonique obligatoire dans les 4 heures suivant la commande, la vérification de l’adresse avec des repères visuels, et des systèmes de liste noire signalant les numéros de téléphone associés à des refus antérieurs. Le scoring client basé sur l’historique des commandes peut réduire les livraisons échouées sans éliminer le COD comme option de paiement.
La comparaison régionale : comment d’autres marchés ont géré le COD
Le défi du COD en Algérie n’est pas unique. À travers la région MENA et au-delà, les marchés du e-commerce ont été confrontés à la même dépendance structurelle aux paiements en espèces — et les solutions qui ont fonctionné ailleurs offrent des enseignements.
L’Égypte fait face à un problème similaire de domination du COD, avec 51-60 % des acheteurs en ligne choisissant le COD. La Banque Centrale d’Égypte a répondu par une réglementation favorable aux fintechs, incluant le lancement d’InstaPay (le réseau de paiement instantané égyptien) et le déploiement complet de la technologie SoftPos en février 2026, qui transforme les smartphones en terminaux de paiement — éliminant le coût du matériel TPE pour les commerçants.
Les Émirats arabes unis ont significativement réduit l’utilisation du COD — en baisse de 75 % depuis la pandémie — grâce à une combinaison de bancarisation quasi universelle, d’incitations aux paiements numériques et d’accoutumance des consommateurs au commerce par carte. Le COD représente encore environ 30 % du volume e-commerce, mais la tendance est résolument vers le numérique.
La Turquie offre peut-être le parallèle le plus pertinent pour l’Algérie. Comme l’Algérie, la Turquie a une population importante et jeune avec une forte pénétration des smartphones et un secteur e-commerce en croissance. La transition de la Turquie du COD vers les paiements numériques a été portée par l’innovation fintech — des entreprises comme iyzico et Papara ont proposé aux commerçants des solutions de paiement faciles à intégrer, compatibles avec l’infrastructure bancaire turque. Les cartes de crédit et de débit représentent désormais environ 60 % des transactions e-commerce turques.
Pour l’Algérie, la leçon commune de tous ces marchés est claire : le COD ne recule que lorsque les alternatives de paiement numérique sont simultanément plus faciles pour les consommateurs et plus rentables pour les commerçants que l’espèce. L’impulsion réglementaire et l’attraction de l’infrastructure doivent fonctionner de concert.
La voie à suivre : le COD comme passerelle, pas comme destination
La tension au cœur du secteur e-commerce algérien est que le COD est simultanément essentiel et insoutenable. Essentiel parce qu’il permet le commerce dans un marché où la confiance dans les paiements numériques est faible et l’inclusion financière incomplète. Insoutenable parce que les coûts de RTS qu’il génère menacent la viabilité économique des commerçants et des entreprises de livraison qui en dépendent.
La résolution ne viendra pas de l’élimination du COD — cela effondrerait le marché. Elle viendra d’un déplacement progressif de l’équilibre des transactions du COD vers le prépayé, porté par une meilleure infrastructure de paiement, des protections du consommateur plus solides, et l’accumulation lente d’expériences positives de paiement numérique.
La poussée de l’Algérie vers les transactions sans espèces — avec le jalon de 939 milliards de dinars de paiements électroniques en 2025 (une augmentation de 46 % par rapport à 2024), la loi de finances interdisant le paiement en espèces pour l’immobilier, les produits de luxe et l’assurance, l’expansion de DZMobPay, et l’objectif de dématérialisation à l’horizon 2028 fixé par la Banque d’Algérie — crée les conditions macro pour cette transition. Mais les conditions micro — la confiance individuelle du consommateur, l’adoption individuelle par le commerçant, chaque transaction prépayée réussie individuellement — sont ce qui déterminera en fin de compte le rythme du changement.
Pour l’instant, le livreur frappe encore à la porte, colis dans une main, caisse enregistreuse dans l’autre. Et parfois, personne ne répond. C’est le prix que l’écosystème e-commerce algérien paie pour une croissance construite sur des fondations de cash.
Questions Fréquemment Posées
Pourquoi le paiement à la livraison domine-t-il le e-commerce en Algérie ?
Le COD représente environ 95 % des achats en ligne en Algérie car la confiance dans le paiement numérique reste faible, les mécanismes de protection des consommateurs sont sous-développés, et une grande partie de l’activité e-commerce passe par des canaux informels comme Facebook et Instagram qui ne disposent pas de traitement de paiement intégré. Pour les consommateurs achetant auprès de vendeurs non vérifiés, le COD offre un point d’inspection critique et le pouvoir de refuser un produit non conforme.
Qu’est-ce que le problème du Retour à l’Expéditeur (RTS) et comment affecte-t-il les commerçants ?
Le RTS survient lorsqu’un client refuse la livraison ou est indisponible pour recevoir un colis. Le commerçant absorbe les doubles frais d’expédition — aller et retour — plus la perte de la vente. Un seul RTS aux tarifs algériens typiques (environ 400 dinars par trajet) peut anéantir le bénéfice de la prochaine livraison réussie. Des taux de RTS supérieurs à 15-20 % peuvent pousser une opération e-commerce en territoire négatif.
Comment l’Algérie travaille-t-elle à réduire la dépendance au COD ?
L’Algérie élargit le système de paiement mobile interopérable DZMobPay de sept à 15 banques en 2026, avec la technologie SoftPos prévue pour fin 2026 qui transformera les smartphones en terminaux de paiement. La Loi de Finances 2025 a déjà interdit le paiement en espèces pour l’immobilier, les biens de luxe et les transactions d’assurance. La Banque d’Algérie s’est fixé un objectif ambitieux de transactions sans espèces d’ici 2028, bien que seulement 3 % des entreprises étaient équipées pour traiter les paiements numériques en 2023.
Sources et lectures complémentaires
- Managing Returns (RTS) in COD E-commerce: Saving Profitability — Colisify Blog
- Algeria eCommerce Country Commercial Guide — U.S. International Trade Administration
- E-commerce in Algeria 2026: Laws, Taxes, and the Commercial Register — Ecommaps
- E-commerce Market in Algeria Surpasses $1.5 Billion — AL24 News
- eCommerce Market Forecast: Algeria — Statista
- The Best E-Commerce Delivery Companies in Algeria — Kiostore
- Yassir: The Algerian Superapp — Empower Africa
- State of Inclusive Instant Payment Systems: Algeria Consumer Research — AfricaNenda
- Algeria to Become Cashless Society by 2028 — Diplomatic Courier
- Paiement mobile : l’interopérabilité élargie à 15 banques en 2026 — Algérie Éco
- E-payments: 939 Billion Dinars in 2025 — Algérie Éco
- CBE Greenlights Full Rollout of Soft POS — Enterprise AM














