Un consensus continental sur la souveraineté numérique
Plus de 50 ministres de tout le continent africain ont adopté la Déclaration d’Alger sur la souveraineté des télécommunications africaines et la connectivité intégrée le 30 mars 2026, dernier jour du Sommet ministériel africain des télécommunications lors du Global Africa Tech 2026. Ce document politique de 14 articles redéfinit l’infrastructure des télécommunications comme « un pilier stratégique de la souveraineté, de la résilience, de l’inclusion et de la transformation économique » — élevant la politique télécom d’un domaine technique à une question de sécurité continentale.
Le sommet, tenu du 28 au 30 mars au Centre international des conférences d’Alger, a rassemblé plus de 5 000 participants de 45 pays pour trois jours de dialogue stratégique, de discussions politiques et de vitrines d’innovation. Le président Abdelmadjid Tebboune a placé l’événement sous son haut patronage, signalant l’engagement stratégique de l’Algérie à diriger l’agenda de la souveraineté numérique africaine. La déclaration sera soumise au prochain sommet de l’Union africaine pour adoption continentale formelle.
Ce que les 14 articles engagent
La Déclaration d’Alger établit des engagements dans quatre domaines avec une mise en œuvre prévue de 2026 à 2030, alignée sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine et les Objectifs de développement durable.
Connectivité universelle : Étendre l’accès significatif et abordable à tous les citoyens, en particulier dans les communautés rurales et mal desservies, grâce à une infrastructure continentale intégrée reliant les réseaux terrestres, sous-marins et satellitaires.
Protection des infrastructures critiques : Renforcer la sécurité et la résilience des réseaux de télécommunications, y compris les centres de données, les points d’échange internet et les capacités cloud souveraines sur le sol africain. Cela répond directement au fait que la majorité du trafic internet africain transite actuellement par des serveurs en Europe et aux États-Unis.
Souveraineté des données : Bâtir des écosystèmes numériques souverains qui maintiennent les données africaines sous gouvernance africaine. La déclaration reconnaît que la souveraineté numérique exige un contrôle sur tous les domaines de connectivité — le sommet était structuré autour de quatre piliers : Terre, Air, Mer et Espace.
Développement du capital humain : Investir dans les talents et l’industrie locaux pour ancrer la souveraineté numérique à long terme. L’infrastructure sans la main-d’œuvre technique pour la construire, la maintenir et la gouverner reste dépendante des prestataires extérieurs.
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Le cadre de régulation des OTT
L’un des éléments les plus déterminants de la déclaration est la pose des bases d’une régulation panafricaine des plateformes Over-The-Top. Les opérateurs télécoms du continent ont fait valoir qu’ils investissent massivement dans l’infrastructure réseau tandis que les grandes plateformes numériques — principalement des États-Unis, d’Europe et de Chine — captent l’essentiel des revenus générés sur ces réseaux.
La déclaration définit les principes clés d’un cadre unifié pour réguler les plateformes OTT qui fournissent des contenus en ligne et des services de communication en dehors des réseaux télécoms traditionnels. Le cadre a été élaboré sous l’égide de l’Union africaine des télécommunications (UATel) et soumis à l’Union africaine pour approbation politique.
Il ne s’agit pas d’une discussion politique abstraite. Les services OTT comme WhatsApp, YouTube et Netflix consomment la majorité de la bande passante sur les réseaux africains mais ne contribuent en rien aux coûts d’infrastructure. Si le cadre conduit à des mécanismes de partage des revenus ou à des exigences d’investissement local en infrastructure pour les fournisseurs OTT, il pourrait fondamentalement modifier l’économie des télécommunications sur le continent.
L’Algérie au centre
Pour l’Algérie, la déclaration remplit plusieurs objectifs. Sur le plan national, elle valide l’investissement substantiel du pays dans l’infrastructure des télécommunications. Algerie Telecom a atteint 2,5 millions d’abonnés FTTH en septembre 2025, contre seulement 53 000 en 2020 — une augmentation de 2 730 % en quatre ans. Le réseau s’étend sur plus de 140 000 kilomètres de câble à fibre optique avec des débits allant jusqu’à 1,5 Gbps, positionnant l’Algérie comme le plus grand marché FTTH d’Afrique. Le gouvernement prévoit d’éliminer entièrement les réseaux cuivre d’ici 2027.
À l’échelle continentale, accueillir Global Africa Tech positionne l’Algérie comme le centre intellectuel et politique du mouvement de souveraineté numérique africain. À l’international, la déclaration unifiée établit la position de l’Afrique sur la gouvernance numérique en amont des négociations dans les forums multilatéraux comme l’UIT, l’OMPI et les processus de gouvernance numérique des Nations Unies. Les pays africains individuellement disposent d’un pouvoir de négociation limité face aux plateformes technologiques multinationales ; un consensus continental soutenu par plus de 50 ministres crée un levier collectif.
Ce que cela signifie pour le secteur technologique algérien
La Déclaration d’Alger crée à la fois des opportunités et des obligations pour le secteur technologique algérien. L’accent mis sur les solutions cloud souveraines et les centres de données locaux valide les investissements existants et crée un cadre pour attirer des investissements supplémentaires en infrastructure. Le cadre de régulation des OTT pourrait générer de nouvelles sources de revenus pour les opérateurs télécoms algériens.
Les engagements en matière de développement du capital humain renforcent l’urgence des programmes de compétences numériques de l’Algérie. Bâtir la souveraineté numérique continentale exige une main-d’œuvre capable de concevoir, déployer et gérer l’infrastructure — et l’Algérie se positionne pour fournir cette main-d’œuvre à l’échelle du continent.
Questions Fréquemment Posées
Qu’est-ce que la Déclaration d’Alger sur la souveraineté des télécommunications ?
La Déclaration d’Alger est un document politique de 14 articles adopté par plus de 50 ministres africains au Global Africa Tech 2026 à Alger le 30 mars 2026. Elle établit des engagements continentaux en matière de connectivité universelle, de protection des infrastructures critiques, de souveraineté des données et de développement du capital humain, avec une mise en œuvre prévue de 2026 à 2030, alignée sur l’Agenda 2063 de l’UA.
Comment la déclaration aborde-t-elle la régulation des plateformes OTT ?
La déclaration définit les principes d’un cadre africain unifié pour réguler les plateformes Over-The-Top qui utilisent l’infrastructure télécom sans contribuer à ses coûts. Le cadre a été développé sous l’égide de l’Union africaine des télécommunications et soumis à l’Union africaine pour approbation politique. S’il est adopté, il pourrait exiger des fournisseurs OTT qu’ils partagent leurs revenus ou investissent dans l’infrastructure locale.
Pourquoi l’Algérie est-elle au centre de cette initiative ?
L’Algérie a accueilli le Global Africa Tech 2026 sous le haut patronage présidentiel, rassemblant plus de 5 000 participants de 45 pays. Avec 2,5 millions d’abonnés FTTH, plus de 140 000 km de câble à fibre optique et le plus grand marché fibre optique d’Afrique, l’Algérie dispose à la fois des atouts en infrastructure et du positionnement politique pour mener l’agenda de souveraineté numérique du continent.
Sources et lectures complémentaires
- Ministerial Summit: Adoption of the Algiers Declaration — Africa News DZ
- Africa Adopts Algiers Declaration to Strengthen Telecom Sovereignty — TechAfrica News
- Algiers Declaration Lays Groundwork for Africa-Wide OTT Regulation — Ecofin Agency
- African Ministers Adopt Algiers Declaration — Telecompaper
- Algiers Declaration Signals Africa’s Shift Toward Digital Sovereignty — Middle East Observer
- Algerie Telecom Reaches 2.5 Million Fiber Optic Subscribers — Ecofin Agency
















